Stand By Me

États-Unis (1987)

Genre : Récit initiatique

Écriture cinématographique : Fiction

Archives collège, Collège au cinéma 1992-1993

Synopsis

Un homme d’une quarantaine d’années, Gordie Lachance, apprend par le journal la mort de Chris Chambers, un avocat poignardé dans un bar. C’était son ami d’enfance.

Il se souvient de l’été 1959, il avait douze ans. Gordie, Chris, Vern et Teddie, alors inséparables, vivaient dans une petite bourgade de l’Oregon. Apprenant la mort accidentelle d’un adolescent porté disparu, ils décident de partir à la recherche du corps et de le ramener, espérant ainsi devenir des vedettes locales. Suivant la voie ferrée, ils s’enfoncent dans la forêt et se heurtent à de multiples dangers. Ils vivent une aventure étrange où chacun dévoilera ses blessures refoulées et affirmera sa vraie personnalité.

Arrivés à destination, ils sont rejoints par la bande menée par le redouté Ace qui menace Chris de son couteau afin de s’accaparer le cadavre. Gordie prend sa défense en pointant un pistolet sur le jeune voyou qui s’enfuit avec son groupe. Les quatre copains retournent en ville sans signaler leur découverte, ils préfèrent avertir la police par un coup de fil anonyme. Ils n’oublieront jamais ces deux jours marquant un tournant de leur vie. Gordie est aujourd’hui devenu écrivain. Il met le point final à un livre qui raconte avec nostalgie cette expédition. Il n’a plus jamais connu un ami comme Chris.

Générique

Titre original: Stand By Me
Production
Andrew Scheinman, Bruce A. Evans et Raynold Gideon
Scénario original Raynold Gideon et Bruce A. Evans, d’après la nouvelle The Body de Stephen King.
Réalisation Rob Reiner
1er ass.-réalisateur Irby Smith
Directeur de la photo Thomas Del Ruth
Chef décorateur Dennis Washington
Chef monteur Robert Leighton
Musique Jack Nitzsche
Casting Jane Jenkins, C.S.A.et Janet Hirshenson, C.S.A.
Directeur de production Steve Nicolaides
Chef costumière Sue Moore
Cadreurs Gary B. Kibbe, S.O.C Craig Denault
Chef accessoiriste Russel Goble
Scripte Faye Brenner
Ingénieur du son Bob Eber
Superviseur musical Celest Ray
Musique programmée et interprétée par Brian Banks et Antony Marinelli
Photographe de plateau Bruce Birmelin

Interprétation
Gordie Lachance / Wil Wheaton
Chris Chambers / River Phoenix
Teddy Duchamp / Corey Feldman
Vern Tessio / Jerry O’Connell
L’écrivain / Richard Dreyfuss
Ace Merrill / Kiefer Sutherland
Billy Tessio / Casey Siemaszko
Charlie Hogan / Gary Riley
Eyeball Chambers / Bradley Gregg
Vince Desjardins / Jason Oliver
Mr. Lachance / Marshall Bell
Mrs. Lachance / Frances Lee McCain
Mr Quidacioluo / Bruce Kirby
Milo Pressman / William Bronder
Le Maire Grundy / Scott Beach
Denny Lachance / John Cusack
La Serveuse / Madeleine Swift
Chopper / Popeye
La Femme du Maire / Geanette Bobst
Le Principal Wiggins / Art Burke
Bob Cormier / Matt Williams
Lardass Hogan / Andy Linberg
Bill Travis / Dick Durock
Les Jumeaux / Kenneth & John Hodges
La grosse Dame / Susan Thorpe
Moke / Korey Scott Pollard
Jack Mudgett / Rick Elliott
Ray Brower / Kent Lutrell
Le fils de Gordon / Chance Quinn
Son ami / Jason Naylor
Film Couleurs
Format 1/1,66
Durée 1h25
Distribution Columbia
Sortie en France 25 février 1987

Autour du film

Un drame du souvenir

Stand By Me est placé sous le signe de la mort, présente à chaque étape du voyage :

  • On apprend dès le début la mort de Chris, ce qui orientera notre perception de l’histoire. La balade en devient tragique et Chris acquiert une image de héros.
  • Le traumatisme de la mort de son frère poursuit Gordie tout au long de l’expédition.
  • Les quatre gamins partent à la recherche d’un cadavre, fascinés par la mort dont ils veulent percer le mystère.
  • Teddy a une attitude suicidaire, il brave la mort en se lançant des défis (l’esquive du train).
  • Ace joue avec le danger en précipitant sa voiture sur un camion qui l’évitera de justesse. À cet instant, il regarde la mort en face sans sourciller.
  • Gordie sauve Chris du couteau pointé sur sa gorge. Au début du film, Gordie adulte apprend par le journal qu’il a été poignardé au cou, et cette fois il n’était pas là pour l’aider. La mort a tissé des liens troublants entre les deux personnages. Gordie adulte ressent une forme de culpabilité envers son ami qu’il n’a pas vu depuis longtemps. Il songe certainement que si leurs chemins ne s’étaient pas séparés, Chris serait peut-être encore vivant. Stand By Me devient un drame du souvenir sur une enfance morbide.

    La voix “off” renforce cette sensation de nostalgie et de gravité. Le regard de l’adulte est omniprésent puisque c’est le narrateur qui décide de la tournure de l’histoire. La description est subjective, certainement déformée par les sentiments et l’imagination débordante de Gordie. Cette plongée dans la mémoire sert d’exutoire à l’écrivain qui prend conscience du rôle essentiel qu’a joué Chris dans sa vie. Cette expérience lui a donné deux leçons de vie : à douze ans, un parcours initiatique durant quarante huit heures déterminantes et, à la quarantaine, la réminiscence de sentiments enfantins trop vite occultés. Il conclut son livre : « Je n’ai plus jamais eu d’ami comme j’en ai eu dans ma douzième année. Bon Dieu, n’est-on pas tous pareils ! » Il installe ainsi une complicité avec le spectateur qui peut aisément se reconnaître et donc être sensibilisé par une histoire en quelque sorte universelle.

    Stand By Me montre une enfance en détresse, malgré tout candide et rieuse, qui ne trouve pas de compréhension auprès des adultes. Chacun a son destin tracé, mais Chris et Gordie réussiront à réaliser leur rêve en dépit des traumatismes familiaux. Le film restitue leur importance aux menus événements qui composent une vie et amène le spectateur à se laisser aller à sa propre nostalgie. Outre sa tristesse diffuse, son aspect optimiste consiste à dire : le dépassement de soi, l’imagination et la force de l’amitié peuvent vaincre les barrages sociaux et les blessures psychologiques.
    Danièle Parra

    Condamnés à devenir adultes

    « Les petits garçons ont leur code, leurs vannes vaseuses, ils ont honte de pleurer et ils rient pour un rien. Ils claquent des dents aux cris des coyotes, la nuit, dans la forêt, mais ils font les yeux doux à la mort pour la voir de plus près. Aussi tendres que les filles qui ne sont encore pour eux que des mamelles mythiques, éperdus d’espérances indicibles et de chagrins secrets, les mousquetaires en blue-jeans de Stand By Me sont infiniment authentiques, infiniment émouvants, condamnés qu’ils sont à la peine capitale : devenir adultes. »
    Danièle Heymann,Le Monde, 3 mars 1987.

    L’orphelin au cinéma

    « En 1979, Leos Carax écrivait à propos de la Taverne de l’enfer de Stallone : « Revoir l’extraordinaire Nuit du chasseur de Laughton pour saisir ce qu’est l’orphelin de cinéma ; l’identification du spectateur ne peut pas être plus profonde qu’avec le personnage de l’orphelin, l’enfant seul dans le noir.” Gordie, Chris, Teddy, Vern, les personnages de Rob Reiner, ne l’oublient pas non plus quand ils se retrouvent seuls dans les paysages fordiens du film. Chacun a une raison différente de se considérer orphelin. »
    Iannis Katsahnias, Les Cahiers du cinéma, mars 1987.

    Une excellente surprise

    « Si les quatre héros de cette aventure sont des adolescents, nous sommes pourtant très loin de ces films bêtifiants dont les Américains ont le secret et qui mettent en scène des jeunes quelque peu débiles ou au contraire surdoués à qui il arrive des histoires plus ou moins extraordinaires. Stand By Me est une excellente surprise par l’intelligence et la fraîcheur du récit, la clarté de la mise en scène et l’excellence de l’interprétation. »
    Robert Chazal, France-Soir, 27 février, 1987.

  • Pistes de travail

  • Susciter l’identification

    Stand By Me a rencontré un grand écho auprès des jeunes qui se sont d’emblée identifiés aux personnages du film. Chacun a pu se reconnaître peu ou prou dans tel ou tel personnage. Et tous ont pu éprouver une même angoisse : l’affrontement au monde adulte. C’est un film où chacun aura a cœur de se livrer, et qui constitue une belle leçon d’espoir.

  • L’adaptation

    Stand By Me est adapté d’une longue nouvelle de Stephen King. Présenter cet auteur en mettant l’accent sur les dominantes de son œuvre, notamment son attachement au monde de l’enfance.

  • Le style de Rob Reiner

    Voir comment le film s’inscrit dans la filmographie du réalisateur. On y retrouve par exemple son goût pour la narration, les personnages fouillés et le souci d’authenticité.

  • Le rôle du commentaire

    Mettre l’accent sur la construction en flash-back et sur l’utilisation de la voix “off”. Comment l’omniprésence du commentaire renforce la gravité de l’histoire et son impact émotionnel ?

  • Le parcours initiatique

    S’attacher à la psychologie des personnages (primordiale chez Rob Reiner). Suivre l’évolution de chaque garçon en insistant sur l’aspect initiatique de leur voyage. Cette expérience leur apporte une leçon de vie et les prépare à quitter l’enfance au fur et mesure que surviennent les événements.

  • La naissance d’une vocation

    Le film (aux accents autobiographiques) dévoile les origines d’une vocation. Comment Gordie prend-t-il conscience de ses dons d’écrivain ? Noter les nombreuses allusions à ce fil directeur.

  • La mort au seuil de la vie

    Relever l’aspect morbide du film qui s’articule autour de l’obsession de la mort.

  • L’originalité du film

    Evoquer quelques films américains traitant de l’adolescence. Voir leurs différents styles (films de bandes, comédies, drames psychologiques, etc.). Ce sont des films urbains, contrairement à Stand By Me.

  • La reconstitution d’une époque

    Élargir l’analyse au contexte général du film, en le plaçant dans son époque : les années 50 avec l’explosion du rock’n’roll, l’Amérique conservatrice, le monde rural.

    Mise à jour : 16-06-04

  • Expériences

    Des rebelles sans cause

    Le cinéma américain a largement exploité le filon que représentent l’enfance et l’adolescence. Période de fraîcheur pour certains cinéastes, de désarroi total pour d’autres, elle diffuse toujours un parfum nostalgique.

    En 1955, James Dean allait marquer des générations en incarnant la lutte éternelle de la jeunesse incomprise contre le monde adulte. Dans À l’Est d’Eden et surtout dans La Fureur de vivre, son personnage cristallise les frustrations, la solitude et les rêves d’une jeunesse blessée. Héros mythique, il personnifiait l’adolescence perdue en tendant un miroir à une génération de “rebelles sans cause”. Son influence se perpétue encore aujourd’hui au cinéma. De nombreux films d’adolescents se situent dans les années 50-60. On y retrouve un climat rétro avec les coiffures, les musiques, les voitures et l’ombre de James Dean.

    George Lucas choisit la bonne humeur pour décrire la vie d’une bande de jeunes durant les années 60 dans American Graffiti (1973). D’autres réalisateurs préfèrent se pencher sur le caractère rituel des bandes de révoltés. Les Guerriers de la nuit de Walter Hill (1979) s’enfonce dans un New York terrifiant où des mini-gangs s’affrontent violemment pour affirmer leur existence pathétique. Les Seigneurs de Philip Kaufman (1979) suit leur vie quotidienne dans un contexte urbain hostile en misant sur l’approche sociologique et ethnologique (dans les années 60). Ici, point d’aspect mythologique mais un souci de réalisme. On notera une scène où, alors que la télévision vient d’annoncer la mort de Kennedy, la chanson Stand By Me s’élève dans la rue où pleure la foule.

    Se déroulant de nos jours, Violences sur la ville de Jonathan Kaplan (1979) dresse un constat sur les causes psychologiques et sociologiques de la fureur suicidaire d’adolescents marginaux. Francis Ford Coppola réalise deux longs métrages passionnants sur ces thèmes. The Outsiders (1982), se référant directement à La Fureur de vivre, se passe dans les années 60 en pleine lutte entre bandes rivales : grands sentiments, sombre fatalité, violence et émotion mélodramatique. Le metteur en scène déploie le même lyrisme dans Rusty James (1983), œuvre novatrice et forte autour d’adolescents à la recherche de modèles. Coppola n’effectue pas de lecture sociologique mais réinvente le mythe du jeune rebelle en rompant avec les schémas narratifs traditionnels.

    Tous ces films de bandes tournent autour de la délinquance juvénile en soulevant un problème plus général:

    le besoin des jeunes de posséder un territoire dans lequel l’ordre adulte ne pénètre pas. Le cinéma américain a multiplié autour de la jeunesse des produits standard totalement bêtifiants. Certains réalisateurs réussissent malgré les clichés du genre à approfondir leur propos, tel Diner de Barry Levinson (1982) qui raconte, en 1959, la dernière année scolaire de cinq amis inséparables. Optant pour la nostalgie attendrie, la dérision et l’amertume, Reckless de James Foley (1983) reste fidèle à l’imagerie conventionnelle tout en décrivant les tiraillements d’un adolescent taciturne taxé d’asocial. Dans Breakfast club de John Hughes (1985), cinq collégiens, collés un samedi, sont amenés à réfléchir sur eux-mêmes et à se découvrir des points communs malgré leurs divergences sociales et psychologiques. Ici, les personnages sont fouillés et la morale gentiment optimiste. À l’opposé, Pump up the Volume de Allan Moyle (1990) illustre avec acuité et impertinence le mal de vivre contemporain de lycéens, jusqu’à leur soulèvement explosif. Un adolescent, timide le jour, se métamorphose la nuit en un animateur radio spécialiste de la provocation rageuse. Acide et cynique, le film dévoile la révolte latente que recèle chaque lycéen. « Y a-t-il une vie après le lycée ? » demande ironiquement le réalisateur. Question posée plus ou moins explicitement par tous ces films sur l’adolescence, spectacles garants de succès puisque les jeunes s’y reconnaissent et les adultes retrouvent leur jeunesse perdue.

    Outils

    Bibliographie

    Différentes saisons, Stephen King, Ed. Albin Michel, 1986.
    50 ans de cinéma américain, Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier, Ed. Nathan, 1991.
    Le film hollywoodien classique, Jacqueline Nacache, coll. Cinéma 128, Ed. Nathan Université, 1999.
    Hollywood, la norme et la marge, Jean-Loup Bourget, coll. Fac Cinéma, Ed. Nathan Université, 1998.
    Histoire du cinéma américain, Brigitte Gauthier, coll. Les Fondamentaux, Ed. Hachette Supérieur, 1995.
    Le cinéma anglo-américain, Freddy Buache, Ed. L'Age d'homme, 2000.
    Le cinéma hollywoodien, le temps du renouveau (1970 à nos jours)coll. Cinéma 128, Ed. Nathan Université, 2003.

    Vidéographie

    Stand By Me. VHS distribution ADAV n° 32 637. DVD distribution Columbia (Droits réservés au cercle familial)