Enfant lion (L’)

France (1990)

Genre : Aventure

Écriture cinématographique : Fiction

Archives collège, Collège au cinéma 1998-1999

Synopsis

En Afrique occidentale, entre les deux fleuves Volta, un enfant, Oulé, et une lionne, Sirga, sont nés le même jour. Ils grandissent ensemble jusqu’au jour où les lions s’enfuient et des cavaliers arabes viennent mettre le village à  feu et à  sang et s’emparer des enfants qu’ils revendent comme esclaves. Mais le jeune Oulé, tout imprégné de la force des lions, et après de nombreuses péripéties, parviendra à  regagner sa terre natale.

Distribution

Oulé

Fils du chef des Grandes Chasses. Pour avoir bu son lait dans la même calebasse que la petite lionne, Oulé se trouve lié à l’animal. Les deux nouveau-nés sont ainsi devenus frère et sœur. Durant toute son enfance, il a appris auprès d’elle les mystères de la brousse. Il joue peu avec les enfants de son âge. En grandissant, Oulé préfère la compagnie de Sirga à celle de Léna, l’amie qui lui est promise. Il ne pleure jamais, parle peu et semble détenir une grande force intérieure. Il connaît le secret des bois et des bêtes, des secrets que les hommes ne peuvent jamais percer. Il n’a jamais voulu montrer Lena à Sirga, comme s’il préférait préserver la relation exceptionnelle qu’il entretient avec le fauve. Oulé comprend que Léna est malheureuse mais ne peut rien faire. Son père lui dit : “ N’oublie jamais que tu as la force des lions en toi. Et tant que tu vivras, Pama vivra. ”



Il a le port majestueux et la fierté d’un lion. Transfiguré à la fin du film, il affirme son courage et découvre les secrets de sa propre nature. Il déclenche alors une tornade quand on veut le séparer de Léna, faisant appel aux puissances de la nature pour sauver son amie. Il rugit comme un lion, soulève les tempêtes de sable, caresse les serpents, détenant des dons magiques. Pour Oulé, cette histoire est une sorte d’initiation à la vie.

Léna

À Pama, elle est la petite fille éprise de son ami Oulé. C’est elle qui commente l’histoire en voix off. Elle se sent délaissée par le garçon qui partage tout son temps avec la lionne. Elle considère Sirga comme sa rivale et adopte l’attitude typique d’une femme jalouse et inquiète. Boudeuse, charmeuse, féminine et fière, elle arbore un port de reine alors qu’elle est vendue sur le marché aux esclaves. Au cours du film, Léna évolue, traversant le malheur et la peur, elle réalise l’attachement que Oulé lui porte et accepte de le partager avec la lionne. Ensemble, ils trouveront la force de rebâtir Pama, la terre de leurs ancêtres.

Sirga

Elle est la fille de Ouara, la reine de la brousse. Malgré son attachement à un petit humain, Sirga reste une bête sauvage, mystérieuse et majestueuse. Sa communication avec Oulé reste instinctive et inexplicable. Tout comme Léna, son double humain, elle a l’attitude boudeuse et exclusive de la femme jalouse quand elle se sent délaissée.

Générique

Production Patrick Grandperret et Yannick Bernard

Scénario et adaptation Catherine K. Galodé, d’après le roman de René Guillot, “ Sirga la lionne ”

Réalisation Patrick Grandperret

Directeur de la photo Jean-Michel Humeau

Montage Sean Barton, Yann Dedet

Décors Nikos Meletopoulos

Ingénieurs du son Julien Cloquet, Pascal Armant

Musique Salif Keita

Effets spéciaux Benoît Serre

Costumes Wéré Wéré Liking

Maquillage Catherine Fousset de Maesmeker

Opérateur steadicam Pierre Morel



Interprétation

Oulé / Mathurin Sinze

Léna / Sophie-Véronique Toue Tagbe

Moko Kaouro / Souleyman Koly

Tamani / Were Were Liking

Le griot / Salif Keita

Le prince / Jean-René de Fleurieu

Le marchand d’esclaves /Michel Boccara

Les sages / Damouré Zika, Talou Mouzouran, Bohrahima Dia

Kieffi / Thomas Tia

Le vieil esclave / Sidy Lamine Diarra

L’eunuque / Guy Cuevas

Les chasseurs / Alphonse Meletge,
Amédée Gadie

Armand Gnieto

Le gardien de la cage /Abdoulaye Amadous



Film Couleurs

Format 1/1,85

Durée 1h26

Distribution UFD

Visa n° 72982

Sortie en France 16 juin 1993

Autour du film

Une Afrique de légende



L’Enfant lion est une fable qui puise au cœur des légendes millénaires en célébrant la rencontre télépathique de l’enfance et de l’animalité. Le réalisateur fait se rencontrer l’Afrique de légende et l’Afrique d’aujourd’hui, celle imaginaire comme il a pu la rêver enfant et celle bien réelle. Il s’adresse à la part d’enfance de chacun, faisant partager son émerveillement face à la splendeur de la nature.



Le film refuse toute explication rationnelle sur la relation qui unit l’enfant à la lionne, préférant préserver le mystère, voire la magie de cette aventure extraordinaire. Loin des accents anthropomorphiques de nombreux films animaliers, (comme L’Ours de Jean-Jacques Annaud qui dote son ourson d’un comportement éminemment humain), L’Enfant lion ne tombe jamais dans le pastiche de notre humanité. Ici, la lionne n’a pas à “ surjouer ” des sentiments, elle demeure une bête sauvage tout en symbolisant la gémellité idéale pour le petit garçon. Quand le chef des Grandes Chasses dit à sa femme que Sirga sera la sœur de leur fils, elle lui répond que c’est impossible entre une lionne et un humain. Ce à quoi il rétorque que la vieille brousse sait ce qu’elle fait et que si elle l’a décidé, personne n’y peut rien. Par ce dialogue, le réalisateur annonce sa ligne directrice : tout en privilégiant la magie et la force des légendes, il ne perd pas de vue la frontière infranchissable séparant l’animal de l’humain. À aucun moment, il n’attribue à la lionne un comportement humain, elle garde les caractéristiques d’un fauve et n’est jamais décrite comme une compagne domestiquée, avec toute la niaiserie que cela suppose. Ce parti pris permet de renforcer la crédibilité de l’histoire et de l’élever à un niveau hautement symbolique.

L’amitié entre Sirga et Oulé est perçue comme une alliance fusionnelle entre deux contraires, symbole du rêve ancestral d’une communion parfaite entre la nature et l’homme. Le réalisateur se place en simple observateur, nous faisant partager ce spectacle magique. Les habitants de Pama restent aussi spectateurs ébahis, tout comme nous, de cette mystérieuse relation qui échappe à la raison. Par sa caméra volontairement distanciée, il confère un caractère mythologique à son histoire, l’élevant au niveau de la légende. L’Enfant lion est un conte où se marient naturel et surnaturel, où les personnages semblent dépendants de la volonté des dieux. (Danièle Parra)



Autres points de vue


  • À la rencontre des maîtres américains et des jeunes cinéastes africains

    “ Ce qui signe la réussite de ce film-là, c’est que son Afrique à lui rejoint mystérieusement celle des vieux maîtres américains (celle du Mogambo de Ford, du Hatari ! de Hawks) en même temps que celle des jeunes artisans du continent noir, comme Ouedraogo par exemple, dont le goût pour la fable et l’oisiveté contemplative ne dépareillerait pas dans l’univers de l’Enfant Lion.

    Olivier Séguret, in “ Libération ”, 15 mai 1993.


  • L’Afrique mythique des contes

    “ Le ton de l’Enfant Lion est un mélange de réalisme et de féerie, de violence naturelle et de sérénité. Tour à tour furieuse et apaisée, l’Afrique est belle et mythique comme dans les contes. Hommes ou animaux, les personnages ne se déparent jamais d’une noblesse qui leur est naturelle. ”

    Bernard Génin, in “ Télérama ”, 16 juin 1993.


  • Quand l’instinct se fait pensée

    “ Sans s’encombrer des scrupules à la mode, L’Enfant Lion reprend l’histoire des hommes là où “ le Livre de la jungle ” l’avait laissée : quelque part au fond des forêts, dans cet incertain ténébreux où l’instinct se fait pensée, où l’animal triomphe, où l’âme des humains cousine étroitement avec celle des fauves. ”

    Alain Riou, in “ Le Nouvel Observateur ”, 24 juin 1993.

  • Pistes de travail

    Le goût du défi



    Patrick Grandperret est un réalisateur original qui, après avoir été catalogué comme artiste marginal, a trouvé un succès public avec L’Enfant lion. Réfléchir à ses partis pris stylistiques : goût du documentaire, refus du psychologisme, regard lucide sur ses personnages, sens de l’authenticité.

    Une Afrique imaginaire

    Retrouver l’origine du film : le livre de René Guillot, “ Sirga la lionne ”, qui avait marqué l’enfance du réalisateur.
    Professeur de français à Dakar dans les années cinquante, René Guillot synthétisa plusieurs contes locaux pour en tirer “ Sirga la lionne ”. Patrick Grandperret a retrouvé dans le grenier de ses parents ce livre qui avait marqué son enfance. Il le fait lire à ses enfants qui l’adorent. Sa fille de douze ans lui dit : “ Au lieu de faire des films que personne ne va voir, tu devrais plutôt raconter cette histoire-là ”. Pour Grandperret, c’est le déclic : « Je me suis dit que j’allais faire un film que j’aurais envie de voir avec mes enfants. Il n’y a là aucune ambition cinéphilique. Je n’ai pas non plus essayé de réaliser un film en me demandant comment un enfant pourrait le recevoir. » S’ensuivirent six mois de préparation et un an de repérage.

    Un studio à ciel ouvert

    Tourné aux quatre coins de l’Afrique, le tournage a posé beaucoup de problèmes : recherche des enfants pour interpréter les deux jeunes héros, repérages, conditions climatiques, rôle des dresseurs d’animaux, impératifs techniques : montrer comment le réalisateur a transformé la nature en un immense studio à ciel ouvert.

    Rôle du “ story board ”

    Grandperret a eu recours à la technique du “ story board ” (dessin de chaque plan pour s’assurer des bons cadrages et des raccords corrects) pour tourner certaines scènes, en particulier celles avec les animaux qui ne permettaient pas la confrontation directe des acteurs avec les fauves.

    Une gémellité magique

    En fondant son film sur l’intime relation de l’enfant à l’animal, le réalisateur retrouve la religion ancestrale de l’Afrique : l’ “ animisme ” qui attribue une âme ou un esprit aussi bien aux choses, à la nature, aux animaux qu’à l’homme.



    Mise à jour: 17-06-04

    Expériences

    Place dans le courant



    Quel regard le Blanc porte-t-il sur le continent noir ? Les réalisateurs en ont relevé l’ambiguïté en projetant leurs fantasmes à travers leurs récits teintés d’exotisme ou d’ignorance.


    Avec la superproduction Lawrence d’Arabie (David Lean, 1962), on est d’emblée dans le grand spectacle avec des héros aux yeux clairs perdus dans l’immensité désertique. Le désert symbolise ici le passage initiatique tout en garantissant un spectacle fascinant et dépaysant. Car que recherchent la plupart des réalisateurs ? Un cadre auréolé de mystère, propice aux aventures et à l’évasion ; l’Afrique s’affirme comme le cadre idéal pour développer leurs histoires.


    Avec Hatari (1962), Howard Hawks suit au Tanganyika une équipe de chasseurs capturant les animaux sauvages pour les envoyer dans les zoos du monde entier. L’intrigue sert de prétexte à la peinture de grandes scènes de safaris et à la mise en valeur de paysages magnifiques, sans jamais pénétrer l’âme du pays. L’Afrique n’est qu’un décor, tout comme dans Mogambo (1953) de John Ford, situé en Afrique équatoriale, film magnifique qui a fait rêver toute une génération. Chasseur de fauves, romance, bêtes féroces, porteurs indigènes et campements à la belle étoile : nous sommes en plein dépliant touristique. Avec Out of Africa (1986), Sydney Pollack n’hésite devant aucun chromo en abordant avec joliesse une histoire d’amour malheureux sur fond de réquisitoire anticolonialiste. Fondé sur la vie de la romancière Karen Blixen, le film pose le problème du racisme européen sans éviter l’approche quelque peu surannée et paternaliste de l’Afrique. Il perpétue un cinéma nostalgique et romanesque, magnifiant les splendides décors de l’Est africain par la musique de Mozart.


    Loin de cette imagerie de carte postale, Chasseur blanc, cœur noir (1989) suit le cheminement initiatique et quasi mystique d’un artiste aux prises avec les affres de la création. Clint Eastwood (derrière et devant la caméra) recrée les préparatifs de tournage de African Queen de Hohn Huston (1951), basculant de la réalité à la fiction en se focalisant sur une obsession : abandonnant le tournage, le metteur en scène part en safari, guidé par le désir entêtant de dominer un continent sauvage et la volonté insensée d’abattre un éléphant. Il reviendra, vaincu par l’Afrique, prêt à redevenir un créateur. Chez Clint Eastwood, tout comme chez Patrick Grandperret, l’Afrique n’est pas envisagée comme un lieu d’évasion touristique mais comme une terre mystérieuse, nourrie de toute une mythologie. Leur approche s’interdit d’expliquer un pays, préférant en évoquer la magie et l’étrange pouvoir de fascination.