Voleur de bicyclette (Le)

Italie (1948)

Genre : Comédie dramatique

Écriture cinématographique : Fiction

Collège au cinéma 2018-2019, École et cinéma 2004-2005

Synopsis

Rome, après la Deuxième Guerre mondiale, en 1948. Le chômage règne. Antonio Ricci trouve enfin un emploi de colleur d’affiches, mais pour être engagé, il lui faut absoument une bicyclette et la sienne est au Mont de Piété. Maria, sa femme, décide d’échanger le vélo contre tous les draps de la maison. C’est la joie : Ricci a enfin du travail, et la vie difficile et pauvre de la petite famille va pouvoir changer. Bruno aide son père à remettre en état la précieuse bicyclette, et le lendemain matin, pendant que le petit garçon rejoint son poste – il travaille déjà dans une station service – Ricci va coller ses affiches. Presque immédiatement, alors qu’il est juché sur son échelle, un jeune garçon lui vole son vélo. Aidé par ses amis et surtout par Bruno, Ricci erre dans la ville à la recherche de son voleur. Désespéré, il finit par voler à son tour une bicyclette. Mais il se fait prendre. Le propriétaire du vélo sensible au désespoir de Bruno, laisse partir Ricci, libre.

Générique

Titre original : Ladri di biciclette
Réalisateur: Vittorio De Sica
Scénario: V. De Sica, Caesare Zavattini, Suso Cecchi D’Amico, tiré du roman de Luigi Bartolini
Image: Carlo Montuori
Musique: Alessandro Cicognini
Décors: Antonio Traverso
Montage: Eraldo da Roma
Production: De Sica
Interprétation:
Antonio Ricci/ Lamberto Maggiorani
Bruno/ Enzo Staiola
Maria/ Lianella Carell
La Santona/ Elene Altieri
Bairocco/ Gino Saltamerenda
Le jeune voleur/ Vittorio Antonucci
Durée: 85 minutes noir et blanc
Distribution: Artédis

Autour du film

Images d’hier et d’aujourd’hui

A cinquante ans d’écart de sa réalisation, un film comme Le voleur de bicyclette qui prend pour sujet central le portrait d’un ouvrier acculé au chômage ne peut que rencontrer des résonances d’aujourd’hui. Ce qui frappe à revoir les « images d’hier » que nous offre le film, c’est leur correspondance, leur écho, non plus à celles de l’actualité de l’Italie de 1948 mais de la notre. Coment ne pas voir en surimpression de l’errance urbaine de Ricci; de sa quête vaine et solitaire parmi la foule indifférente et pressée d’une grande ville anonyme; de sa longue et épuisante marche à travers les lieux de la misère, dans ses traits et son veston fatigués, usés; son regard anxieux ou morne; sa démarche de vaincu; d’autres images : celles que la rue, le métro,sans parler des médias nous renvoient quotidiennement. Images de ceux qu’un langage désormais banalisé nomme « exclus », « chômeurs de longue durée », Sans Domicile Fixe ». C’est l’enfant qui chemine aux côtés de Ricci qui le sauve encore (provisoirement?) de la déchéance, mais c’est aussi lui qui interdit au père de voler le vélo salvateur. Une autre image qui se superpose alors : celle du gosse du Kid cassant les carreaux pour fournir du travail à son père vitrier… Image lointaine.
France Demarcy

Il ne s’agit pas d’un récit où le héros serait aux prises avec la Loi, l’interdit, la figure paternelle (bref un récit oedipien classique) mais où il est emporté dans un vertige de la Loi elle-même, au terme duquel c’est son propre fils (devenant le père de son père)) qui doit le restaurer dans sa propre identité. Au bout du chemin de croix, dans sa chute finale – contrairement à celle de son fils, dans la scène de la pluie, qu’il avait abandonné par distraction à sa détresse et à sa solitude – Ricci, même outragé, n’est pas seul, abandonné de tous : Bruno lui tend une main salvatrice. C’est le fils qui vient au secours du père,pour lui donner ce qu’il n’a pas lui-même; la confiance dans un avenir que rien, sinon cette preuve de confiance aveugle, ne semble éclaircir. Quand le fils remet entre les mains de son père humilié la confiance qu’il a gardée intacte dans sa capcité de les sortir tous les deux de l’impasse, il ne reste plus au père qu’à être à la hauteur de ce don de croyance. Même si la rue est très sombre, cela s’appelle l’aurore.
Alain Bergala, Cahiers de notes sur… Le Voleur de bicyclette, Ecole et cinéma, les enfants du deuxième siècle.

Vidéos

Un nouveau voleur de bicyclette – par Nathalie Bourgeois

Catégorie :

Le père devient voleur – séparation Bruno et Ricci et destruction de la relation père-fils.

Pistes de travail

On peut mettre en évidence quelques uns des traits qui font encore de ce film une oeuvre moderne.

  • La technique de réalisation réinvente ici un rapport cinématographique au réel qui traverse toute l’histoire du cinéma : sujet d’actualité (le chômage), tournage en décors naturels et urbains (la grande ville, ses rues, sa foule, son anonymat).
  • La forme du récit : une quête qui permet de dérouler un panorama des divers lieux et milieux d’une métropole à la fois ancienne et moderne.
  • Les principaux protagonistes : un homme « ordinaire » et son fils, joués par des acteurs non professionnels (l’interprète de Ricci est un ouvrier d’usine) proches du rôle dans la vie.
  • Une tragédie moderne : la perte du statut, d’identité psychologique et sociale d’un vaincu de la société actuelle, de la forme de solitude et d’errance à laquelle elle condamne. Errance contemporaine reprise dans de nombreux films : de Paris-Texas, à Un monde parfait, en passant par Sans toit ni Loi et bien d’autres préfigurés par Le Voleur de bicyclette.Mise à jour: 20-06-04

Expériences

Le Voleur de bicyclette se situe à l’apogée de la carrière du cinéaste. Pour la critique de l’époque, André Bazin en tête qui lui a consacré (parmi une série d’articles sur le néoréalisme regroupés dans « Qu’est-ce que le cinéma? ») une étude fondamentale, ce film est même le chef d’oeuvre de son auteur. L’impact du film, qui fut primé dans tous les festivals du monde, confirmait ce jugement. Le film appartientà la deuxième et plus haute période de De Sica. Après ses six premiers films, qui de 1939 à 1944 lui avaient permis de mûrir son métier de réalisateur, il donna la série des quatre – de Sciuscia à Umberto D – qui apporte une contributio majeure au tableau réaliste de l’après-guerre dressé par le cinéma italien. Ces films forment les quatre volets d’une fresque d’une rare authenticité sur les « laissés pour compte » d’un monde en crise. Si Le voleur de bicyclette est apparu comme le sommet de cette fresque, c’est parce que son sujet comme son traitement évite l’écueil d’un certain misérabilisme mélodramatique qui guettait les trois autres films.

Le voleur de bicyclette est un des chefs d’oeuvre du néoréalisme italien dont l’importance et l’influence marqua profondément le cinéma « moderne ». Ce courant, né dans la tourmente des évènements de la Libération de l’Italie, en mit en scène les acteurs anonymes, avec deux films qui firent date : Rome Ville ouverte et surtout Païsa (1944-46) de Rossellini. Il se poursuivit avec une suite de films (dont ceux de De Sica) qui dressèrent le tableau vériste d’une Italie populaire en proie à la misère et à la lutte pour sa survie. Le voleur de bicyclette, tourné au moment où ce courant novateur commençait à s’essouffler, lui redonna son élan initial. Le film s’appuie sur les conceptions « semi-documentaires » qui donnent aux films néoréalistes leur impact : celui d’une forme imitée du reportage ou de l’actualité « prise sur le vif » quoique en partie reconstituée ou mise en scène. Il brosse le portrait d’un chômeur ordinaire pris dans la foule et dans l’engrenage de rapports sociaux dont la seule description forme un réquisitoire social, et situe le tragique hors des sphères conventionnelles.

Outils

Bibliographie

Qu'est-ce que le cinéma, André Bazin, coll. "Septième art", Ed. du Cerf, 1985.

Vottorio De Sica, coll. "Classiques du cinéma, Ed. Universitaires, 1955.
Les grands cinéastes que je propose, coll. "Septième art", Ed. du Cerf, 1967.

Les années Moretti, dictionnaire des cinéastes italiens, 1975-1979, Alain Bichon, Adranan Distribution/Annecy Cinéma italien, 1999.
Le cinéma italien (1945-1990), Freddy Buache, Ed. L'Age d'homme, 1992.
Le cinéma italien, Jean A. Gili, coll. 10/18, UGE, 1982.
La comédie italienne, Jean A. Gili, Ed. Henri Veyrier, 1993.
Trente ans au cinéma, Alberto Moravia, Ed. Flammarion, 1990.
Le cinéma italien (1945-1995), crise et création, Laurence Schifano, coll. 128, Ed. Nathan Université, 1995.
Le cinéma italien parle, Aldo Tassone, Ed. Edilig, 1982.
Un'altra Italia, pour une histoire du cinéma italien, Sergio Toffeti, Ed. Cinémathèque française/Musée du cinéma/Mazotta, 1998.

DVD

Le Voleur de bicyclette (DVD pour la classe). ADAV Distribution Réf 30325. site de l’ADAV

Ecole et cinéma

Voir la fiche du film sur le site des Enfants de cinéma

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