Table tournante (La)

France (1988)

Genre : Conte

Écriture cinématographique : Court-métrage

École et cinéma 2004-2005

Synopsis

De la poche de Paul Grimault s’échappe un petit clown impertinent -venant du Roi et l’Oiseau– qui veut savoir comment les personnages et les objets prennent vie sur la pellicule. Le cinéaste répond en l’emmenant découvrir ses premiers courts-métrages : Le Marchand de notes, Les Passagers de la Grande-Ourse, L’Epouvantail, Le Voleur de paratonnerre, Le Petit Soldat… Par la grâce de Paul Grimault, les petits films s’emboîtent dans les grands et tous les personnages qu’il a créés sont réunis autour d’une table de montage.

Générique

Réalisation : Paul Grimault.
Scénario : Jacques Demy et paul Grimault.
Image : Raymond Picon-Borel.
Son : André Hervée.
Montage : Sabine Mamou.
Musique : Wojcieh Kilar.
Interprétation : Paul Grimault, Anouk Aimée, Alain Costa
Et les voix de :
Matthieu Demy (le petit clown),
Anouk Aimée (la bergère),
Jean-Charles Rousseau (l’épouvantail et le robot),
Pierre Tchernia (l’oiseau),
Paul Grimault (le fou du roi),
Lionel Charpy (le roi),
Gary Chekchak (le ramoneur),
Frank Laurent (le voleur de paratonnerres).
Production : Les Films Paul Grimault, La Sept.
Distribution : Neuf de coeur.
Durée : 78mn, film d’animation et prises de vues réelles, noir et blanc et couleur.

Autour du film

La Table tournante contient et révèle l’univers personnel et animé de Paul Grimault, à travers ses courts films et la façon dont ils sont insérés dans un long métrage faisant apparaître le cinéaste. L’absence de frontière entre les dessins animés et les prises de vue réelle invite à entrer dans un monde poétique où s’entremêlent réalité (elle-même  » jouée « ) et fiction (les dessins animés). Grimault entre et sort de l’atelier sous les traits d’un personnage dessiné, ours puis être humain. Les personnages des films quittent leurs boites ou l’écran de projection pour le rejoindre. La table de montage devient une salle de cinéma miniature. Les échelles de grandeur ne sont plus respectées, un noyau de bobine devient un tabouret, les êtres dessinés de Grimault prennent un supplément de réalité en se joignant à leur auteur. Dans les dessins animés projetés dans le film, la magie du cinéma s’exerce doublement. Les créatures dessinées côtoient des objets qu’une logique absurde anime : un tapis devient une piscine dans Le Fou du roi. L’effet d’irréalité de l’animation (la caméra enregistre des dessins, aux traits pas forcément réalistes) est dédoublé : une flûte magique fait danser les personnages contre leurs grés, comme si, supposés autonomes, ils ne l’étaient plus sous l’effet de la magie. La logique de l’absurde pénètre l’animation. La noirceur du monde gagne parfois la fiction. L’univers des films de Grimault n’est pas exempte d’être abjects, comme le musicien tueur qui détruit deux pays avec son instrument. L’état d’esprit de ses films, entre poésie absurde et gravité sombre, est donc pleinement restitué dans La Table tournante qui fait mieux connaître la singularité d’œuvre et de l’imaginaire du cinéaste.

Extrait du point de vue du Cahier de notes sur… p. 8 à 9, de  » En ce sens, La Table tournante a tout d’une réunion de famille (…)  » à  » dans le temps qui caractérise l’œuvre de Grimault. « 

Pistes de travail

La Table tournante mèle dans son montage les dessins animés restitués en intégralité ou en extrait (souvent le générique au moins a été supprimé), et des prises de vue en direct de Paul Grimault dans son atelier, passant les bobines des films sur sa table de montage. Les transitions entre images animés et images filmées se font de façons diverses et très inventives : le voleur de paratonnerres dessiné entre dans l’écran de projection pour  » jouer  » son film animé, la musique d’un dessin animé se prolonge parfois après sa projection, etc. La recherche de ces raccords met à jour la structure du film et les astuces techniques qu’elle a nécessité. L’effacement de l’opposition entre la fiction de l’animation et l’enregistrement de la réalité, oppère également au cours du film selon des liens habiles : un petit papier froissé devient le personnage du petit clown dessiné, l’oiseau du Roi et l’Oiseau sort de son affiche, l’épouvantail annonce depuis l’écran la projection de La Flûte magique, etc.
Ces ponts permettent à l’univers poétique de Grimault d’irradier La Table tournante au-delà de la simple évocation des dessins animés.

Mise à jour : 16-06-04

Expériences

Paul Grimault réalise en 1988 La Table tournante avec le cinéaste Jacques Demy, qui l’a aidé à réaliser des films dans les années 1950. Grimault crée des films d’animation depuis les années 1940, en collaboration avec des auteurs comme Jacques Prévert. Considéré come le père de l’animation française, il reprend dans La Table tournante certains de ses dessins animés réalisés entre 1941 et 1973, et les intègre à des passages le montrant dans son atelier, filmé par Jacques Demy. Les dessins animés ont parfois été modifiés et restaurés pour être intégrés au film. Celui-ci est un hommage-rétrospective de l’œuvre de Grimault, mais également un long métrage à part entière, mêlant pour la première fois en France animation et prises de vue réelle. Anouk Aimée, actrice ayant prétée sa voix à un personnage d’animation de Grimault, fait une apparition dans le film, qui contient aussi un dessin animé inédit. Dans La Table tournante, Grimault montre ses œuvres à un petit personnage animé, dans son studio d’animation de la rue de Bobillot à Paris, réorganisé pour le tournage. Le film a rendu à nouveau visible des films du cinéaste disparu en 1994.

Le principe de l’animation, au cinéma, consiste à filmer image par image ce que l’on veut animer, pour donner ensuite à la projection une impression de mouvement alors même que chaque élément filmé est fixe (contrairement à l’enregistrement de la réalité qui consiste à filmer pour le reproduire le mouvement réel). Le dessin animé est donc le filmage image par image d’une longue série de dessins. Les premiers films apparentés à des dessins animés en France, au tout début du XXème siècle, étaient issus de la tradition du dessinateur virtuose, un artiste qui dessinait devant des spectateurs. Les cinéastes Georges Méliès ou Stuart Blackton adaptèrent ce genre en filmant ce dessinateur et ses dessins. Emile Cohl est le premier cinéaste français qui fait disparaître le dessinateur pour ne filmer que le dessin animé. Il est considéré comme le pionnier du genre. Paul Grimault est un héritier d’Emile Cohl, dans la tradition du dessin animé en France. Il a ravivé la vaine française du genre avec ses films au style personnel et très précis, qui ont fait de lui le nouveau  » père de l’animation française « . Il a initié de nombreux jeunes cinéastes à l’animation de dessins.

Outils

Bibliographie

Traits de mémoire, Paul Grimaut, Le Seuil, 1991.
Le roi et l'oiseau, Paul Grimaut, Gallimard, 1980.
Paul Grimaut, Jean-Pierre Pagliano, L'Herminier, 1986.
Paul Grimaut artisan de l'imaginaire, catalogue de l'exposition du Palais de Tokyo, 1991.

Le dessin animé français, Raymond Maillet, Institut Lumière, 1983.
Le Dessin animé. Histoire, esthétique, technique, Joseph-Marie Lo Duca, Ed. Prisma, 1948.
Le dessin animé après Walt Disney, Robert Benayoun, Ed. Pauvert, 1961.
Encyclopédie du cinéma, Roger Boussinot, Ed. Bordas, 1980.
Le cinéma d'animation 1892-1992, Giannalberto Bendazzi, Ed. Liana Levi, 1991.

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