Storm Boy

Australie (1976)

Genre : Aventure

Écriture cinématographique : Fiction

École et cinéma 2004-2005

Synopsis

Mike, dit Storm Boy, « l’enfant-tempête », vit avec son père, Tom, dans une cabane faite de bric et de broc, dans un coin sauvage du littoral méridional de l’Australie. Il doit son surnom à un ami aborigène,  » Main de fer », aussi solitaire que lui. à dix ans, Mike ne sait ni lire, ni écrire, ni compter et reçoit son premier livre de Main de fer. Ensemble ils sauvent trois bébés pélicans dont l’enfant se chargera, malgré les réticences de son père. Un seul, Monsieur Perceval, lui restera fidèle et aidera au sauvetage de navigateurs imprudents. Les liens de Mike, de Tom et de Main de fer se resserrent, mais Mike doit faire face au chagrin de la mort de Monsieur Perceval. Au moment d’embarquer, avec son père, pour retrouver, après bien des émotions, la ville et l’école, Main de fer surgit et conduit l’enfant jusqu’à un nid de pélicans nouveaux-nés…

Générique

Réalisation : Henri Safran
Scénario : Sonia Borg, d’après le roman de Colin Thiele, On l’appelait Tempête, (Storm Boy), paru dans la collection Castor Poche, Flammarion, 152.
Image : Geoff Burton
Son : Ken Hammond
Musique : Michaël Carlos
Interprétation :
Mike « Storm Boy » / Greg Rowe
Tom, le père / Peter Cummins
Main de fer, l’aborigène / David Gulpilil
L’institutrice / Judy Dick
Le shérif / Tony Allisson
Production : South Australian Film Corporation
Durée : 1h 33
Sortie à Paris : 1982

Autour du film

Le nom d’Henri Safran semble définitivement attaché à Storm Boy, film de jeunesse, qui continue à braver le temps et à séduire des générations de jeunes spectateurs. Le fait que l’histoire s’inscrive dans des paysages d’une grande beauté qui ne sont pas de simples décors mais des acteurs à part entière est un des facteurs de séduction. Quand on découvre pour la première fois la silhouette d’un enfant, seul être humain au bord d’un océan balayé par les vents, survolé par une myriade d’oiseaux, on sait que c’est plus qu’une belle image, même si on ne se situe alors ni dans le temps ni dans l’espace. L’aisance avec laquelle Mike et son père Tom vaquent à leurs occupations – ranger le bois dans le réduit de leur cabane ou plier les filets – accentue cette impression d’intégration à ce lieu qui semble être le bout du monde. Nous savons vite qu’il n’en est rien. Mais une des grandes qualités du film c’est d’éclairer cette situation que peu à peu, dans le mouvement d’un récit harmonieux, dans l’enchaînement d’évènements qui surviennent de façon à créer chez l’enfant/spectateur le sentiment d’être toujours sur le point de percer un nouveau secret, de partager une nouvelle aventure.

Mike vit dans un milieu exclusivement masculin même les pélicans sont des mâles ! L’institutrice apparaît peu, même si elle est appelée à jouer un rôle important dans l’avenir de Mike. Si le problème de l’école est clairement posé, tout le film travaille à la transformation des relations père/fils, et en cela Main de fer est d’une grande aide, lui qui occupe auprès de Mike la place d’ami, de père ou de grand frère et de mère, riche d’une autre culture et de sa propre douleur d’exclu.
Luce Vigo

Pistes de travail

Le problème de l’école est au cœur du film. En s’isolant loin de la ville, Tom a mis Mike, son fils, au ban de l’école. A dix ans il ne sait ni lire, ni écrire, ni compter. Certes il en sait davantage dans certains domaines que des enfants de son âge. Mais peut-il se passer de l’instruction scolaire? N’existe-t-il pas, pour autant, différentes manières d’acquérir des savoirs diversifiés et complémentaires? Le film pose et répond à ces questions dans le cours de son récit.

  • « Main de fer » est un Aborigène. Quelle place occupent les Aborigènes dans l’histoire de l’Australie? Autrefois le pays leur appartenait, puis ils ont été chassés de leurs terres et massacrés. Certains survécurent, comme « Main de fer ». A quel prix?
  • Etre exclu, comme « Main de fer » par sa tribu, ou s’exclure de la société, par chagrin d’amour, comme Tom. Qu’est-ce que l’exclusion, qu’elles en sont les conséquences?
  • Les trois personnages du film font, chacun, un travail de deuil. Pourquoi ? Comment?Mise à jour : 16-06-04

Expériences

Né en France, à Paris, en 1932, où il a fait ses études secondaires tout en s’intéressant de très près à la mise en scène théâtrale, au chant et à la danse, Henri Safran partit pour l’Australie en 1955, après avoir reçu une formation cinématographique. Il s’établit dans le pays et prit la nationalité australienne en 1963. Lié, depuis 1960, par contrat, à l’Australian Broadcasting Commission, il réalisa documentaires, séries télévisées et téléfilms. La South Australian Film Corporation produisit, en 1976, Storm Boy, film de fiction qui remporta un très grand succès dans le monde entier. Comme beaucoup de réalisateurs australiens, Henri Safran travailla ensuite aux Etats-Unis où il poursuit une carrière de réalisateur de télévision. Il semble que le cinéaste n’ait jamais retrouvé l’inspiration de Storm Boy, puisée dans On l’appelait Tempête (Storm Boy), livre/conte, de l’écrivain australien Colin Thiele, ancien instituteur, adapté par la scénariste Sonia Borg.

L’exclusion

Les trois personnages de Storm Boy sont des exclus : Main de fer, l’Aborigène, qui a reçu son éducation de missionnaires anglais, a été exclu de sa tribu parce qu’il n’en a pas respecté les lois. La femme qu’il avait enlevée l’a quitté pour un Blanc. Triste, blessé, Main de fer s’est exclu lui-même de la vie en société en venant vivre dans la Réserve, interdite aux hommes pour sauvegarder l’existence des oiseaux. Tom, le père de Mike, à cause d’un chagrin d’amour, s’est aussi exclu de la ville pour se réfugier dans une région de dunes, au bord de l’Océan Indien, imposant ainsi à son fils une vie solitaire, l’excluant de l’école. En recueillant les trois petits pélicans, Mike les sauve peut-être de la mort, mais les prive de liberté. Se refusant à faire son service militaire pendant la guerre d’Algérie, le cinéaste s’est expatrié et a pris la nationalité australienne. Ce statut d’exclu est un lien implicite entre les personnages et sous-tend la dramaturgie du film sans la tirer du côté du misérabilisme.

Outils

Bibliographie

Storm Boy, Colin Thiele, Ed. Castor Poche/Flammarion, 1986.
Cinéma australien, Claudine Thoridnet (dir.), Ed. Centre Georges Pompidou, 1991.
Totem et tabou, Sigmund Freud, Ed. Payot, 193.
Du rêve à la loi chez les Aborigènes, Barbara Glowczewski, PUF Ethnologie, 1991.