Stella

France (2008)

Genre : Récit initiatique

Écriture cinématographique : Fiction

Archives collège, Collège au cinéma 2010-2011

Synopsis

En 1977, Stella âgée de 11 ans, entre en sixième dans un grand collège parisien. Ses parents tiennent un petit bistrot dans une proche banlieue ouvrière. La mère de Stella lui recommande de « se tenir à carreau » mais la jeune fille se sent décalée dans cette école réputée. Elle ne fait pas ses devoirs mais est incollable sur les chansons de variété ; elle ignore ses camarades, sauf une, Gladys, une fille d’intellectuels argentins. Grâce à l’amitié qui lie les deux fillettes, Stella va prendre ses marques dans la vie.

 

Générique

Réalisation : Sylvie Verheyde
Scénario : Sylvie Verheyde
Image : Nicolas Gaurin
Son : Dimitri Haulet, Sylvain Malbrant, Roland Duboué, Olivier Dô Hùu
Décors : Thomas Grézaud
Montage : Christel Dewynter
Musique : NousDeux The Band
Production : Les Films du Veyrier, Arte France
Producteur : Bruno Berthemy
Couleurs
Durée : 1h43
Interprétation :
Stella / Léora Barbara
La mère de Stella / Karole Rocher
Le père de Stella / Benjamin Biolay
Alain-Bernard / Guillaume Depardieu
Yvon / Thierry Neuvic
Bubu / Jeannick Gravelines
Mme Tillier Dumas / Valérie Stroh
Loïc / Johan Libéreau
Gladys / Mélissa Rodrigues
Geneviève / Laëtitia Guérard
Mme Douchewsky / Anne Benoît
M. Larpin / Christophe Bourseiller
La principale du collège / Yolaine Gliott

Autour du film

Si le film tient la route c’est parce que Sylvie Verheyde parvient à faire de ce cheminement initiatique vers la culture une route sinueuse et complexe, par petites touches plutôt qu’à gros traits. Est ainsi évité le « moment révélation », car Stella ne conscientise pas, pas encore, pas à cet âge. Elle se construit en intégrant de nouveaux gestes et goûts aux siens, tout en pouvant continuer à se mouvoir dans son bain originel. Il en est ainsi lorsqu’elle se rend en vacances dans le Nord où elle retrouve une copine bien de là-bas, un segment bien mené du film. La réalisatrice fait l’impasse, bien heureusement, sur le moment cathartique du genre « ouais-mais-tu-vois-on-est-vraiment-différente-moi-je-lis-des-livres-et-je-te-parle-plus ». Puis la réussite de Stella tient aussi à sa capacité à faire vivre une multitude de personnages qui gravitent autour de la fillette ainsi enrichie en contradiction, comme pour figurer les multiples directions qu’une existence peut prendre. Entres autres, il s’agit des parents à la dérive (avec un étonnant Benjamin Biolay en patron de ce rade), de sa copine ou d’un formidable Christophe Bourseiller en prof de lettres old school.

Le film passe parfois par la formulation du décalage qui est en train de se créer, principalement par le biais d’une voix-off ; celle de Stella, souvent rendue amusante par l’effet de distance entre le vu et le dit. Aussi lors de scènes-clefs, notamment lorsque la mère découvre sa fille en train de dévorer un livre et lui lance ces mots : « tu lis toi, t’es amoureuse ? » Un étrange et fascinant objet qu’elle se procure dans une librairie, telle une fugitive traquée. Mais Sylvie Verheyde se situe plus souvent dans la captation de moments où il se passe quelque chose dans cet esprit tourneboulé, à la lecture d’un livre ou à l’écoute d’une chanson. Ces drôles d’instants où l’on se rend compte que des mots peuvent parler à travers soi et aider à vivre. Pour cela, la réalisatrice a pu compter sur l’interprétation pleine d’aplomb de Léora Barbara, fragile et dure, parfaite pour figurer les états intérieurs et les mystérieuses révolutions que la découverte de la culture peut engendrer chez un individu. Pour tout cela, en dépit de quelques lourdeurs que l’on pardonne volontiers, Stella vaut largement le détour.

 

Arnaud Hée, Critikat 11 novembre 2008

 

Sylvie Verheyde fait preuve d’une maîtrise rare dans la peinture de ce refuge enfumé où la bière coule à gogo. L’ambiance bistrot imbibe les images et les sons de ce portrait d’un groupe. Les comédiens y sont épatants : Karole Rocher en mère ivre ou enjouée, complexée, indulgente avec sa fille ou la dévaluant. Benjamin Biolay en père poivrot, clope au bec, oeil torve, taciturne, perdant. Guillaume Depardieu en clodo, chef de bande, un rien dandy, pote de Stella imitant la signature des parents sur son carnet de notes.

Stella est un film sur la tristesse du regard des hommes, sur la crème caramel avalée entre amies, sur une gamine lucide observant des adultes qui se comportent en enfants. Stella n’est dupe de rien. Ni des failles de chacun ni de l’écart que se permet un client pédophile avec elle. Elle voit sa mère pleurer d’être traitée en boniche par son père, elle la voit tromper son père dans les toilettes de l’établissement. Elle voudrait consoler tout le monde, tomber amoureuse, être invitée chez les riches.

La justesse de ton, sans mièvrerie ni racolage, et la sensibilité discrète de cette retranscription des émotions doit beaucoup à la voix off. Stella raconte, à sa façon, dans sa langue dessalée. Mais elle ne dit rien quand elle se sent saisie par la peine, ou la révolte. Vient s’asseoir sur les genoux de son père, qui s’ignore cocu ; prend un fusil pour chasser l’indélicat qui lutine sa mère. Elle est fière de passer en classe supérieure. Elle ne veut pas en rester là.

 

Jean-Luc Douin, Le Monde 11 novembre 2008

 

Pour Stella (formidable Léora Barbara), comme pour des millions d’enfants d’hier, d’au­jourd’hui et de demain, cela passe par l’ouverture aux autres. Mais aussi par la découverte de la violence sociale : celle des riches, les filles à papa qui méprisent la petite prolo arrivée dans les beaux quartiers avec son écharpe du RC Lens ; et ­celle des plus pauvres qu’elle, ces gens du Nord qui agressent la « Parisienne » forcément nantie, forcément bégueule.

Le film, tourné à hauteur de préado, touche au coeur parce qu’il va toujours au-­delà des apparences, dans les situations comme pour les personnages. Sylvie ­Verheyde rappelle que les Ch’tis ne sauraient se réduire aux gentils clichés de Dany Boon, qu’un prof de français impitoyable peut percevoir le potentiel d’une élève sans bagage, qu’un père porté sur le pastis (Benjamin Biolay, un acteur à suivre) peut recéler des trésors de tendresse.

Le récit initiatique aurait sans doute gagné à être resserré et à s’appuyer un peu moins sur les chansons de Sheila ou de ­Gérard Lenorman pour refléter les émotions de son héroïne. Mais ces tubes de juke-box pas si ringards participent au charme d’une reconstitution des années 70 jamais ostentatoire, authentique en dépit de quelques erreurs factuelles. Dans le café de Stella, petit théâtre des plus belles scènes du film, on parle (fort), on boit (beaucoup), on rigole et on déprime, on s’engueule et on s’enlace. C’est la vie comme elle va, comme on ne la voit pas si souvent au cinéma.

 

Samuel Douhaire, Télérama, Samedi 15 novembre 2008

 

Vidéos

La petite voix de Stella

Catégorie :

Analyse : Joël MAGNY d’après Bernard GENIN
Réalisation : Jean-Paul DUPUIS