Roseaux sauvages (Les)

France (1994)

Genre : Drame

Écriture cinématographique : Fiction

Archives lycéens, Lycéens et apprentis au cinéma 1998-1999

Synopsis

Une petite ville du sud-ouest de la France, en 1962. Maïté, François, Serge et Henri s’apprêtent à passer le bac, et à entrer dans l’âge adulte. Pas à l’abri des bouleversements du monde lointain (la guerre d’Algérie, où meurt le frère de Serge), ni du chaos des sentiments où les jette leur adolescence finissante, ces quatre lycéens font face aux remises en question personnelles qui vont déterminer leur avenir.

Générique

Réalisation : André Téchiné
Scénario : André Téchiné, Gilles Taurand, Olivier Massart
Interprétation :
Maïté / Elodie Bouchez
François / Gael Morel
Serge / Stéphane Rideau
Monsieur Morelli / Jacques Nolot
Madame Alvarez / Michèle Moretti
Image : Jeanne Lapoirie
Son : Jean-Paul Mugel
Montage : Martine Giordano
Musique : Philippe Sarde
Production : Ima Films, Arte
Durée : 1h50
Sortie à Paris : 1er juin 1994

Autour du film

Avec Les Roseaux sauvages, André Téchiné fait du cinéma une fenêtre ouverte sur le monde, sur les tourments et les ébouissements de la jeunesse. Cette fenêtre ouverte place le film dans le sillage d’un bonheur du regard hérité de Renoir, et, au-delà, éclaire un aspect essentiel de l’ambition de Téchiné : mettre en scène ce qui est en mouvement et ouvre sur des mutations. L’ouverture est donc le principe maître des Roseaux sauvages, quel que soit l’axe de lecture du film.
Un espace ouvert. Du carcan social à l’offrande de la Nature, le film ne cesse d’élargir son champ d’action : l’histoire, d’abord canalisée par des rituels très marqués (le mariage, le rapport professeur-élèves, l’enterrement), trouve peu à peu des repères nouveaux et se libère dans le décor sauvage de la rivière, où les quatre adolescents se débarassent de leurs vêtements, échappent à leurs rôles et peuvent voir leur place dans le monde sous un autre jour.
Une ouverture d’esprit. Le film d’André Téchiné confronte des engagements différents dans l’existence, qu’ils soient amoureux ou idéologiques, sans faire aucun portrait à charge (ni des communistes ou de l’OAS, ni de l’homosexualité ou de l’hétérosexualité). Mais chaque personnage est finalement renvoyé à une solitude, qui est le prix à payer pour la liberté de ses choix de vie. Un film ouvert sur la mémoire intime. Les Roseaux sauvages est le film de Téchiné le plus délibérément offert à une lecture autobobiographique : le personnage de François est un double probable du jeune garçon que fut Téchiné au début des années 60 (cinéphile, littéraire, découvrant son homosexualité). Dans sa limpidité même, le film offre ainsi une mémoire personnelle secrète, qui ne rend que plus émouvant et crucial son principe de dévoilement.

Les Roseaux sauvages est, sans nul doute, le film le plus personnel que Téchiné ait tourné depuis longtemps. Et le plus réussi. On le sent libre. Libre d’oser. Oser, par exemple (et là, on est en plein opéra !) faire apparaître le fantôme d’un soldat tué en Algérie à celle qui se sent responsable de sa mort (un peu comme Lambert Wilson, renversé par une voiture, ne cessait de hanter la vie de Juliette Binoche dans Rendez-vous). Oser cette séquence qui rapelle les plus belles audaces de la Nouvelle Vague où François, qui a appris que le marchand de chaussures est , selon son expression un « inverti », s’en va, parce qu’il n’a plus rien à perdre, parce qu’il est prêt à tout, lui demander conseil […] Il y a, dans Les Roseaux sauvages, les moments de grâce infinie, les envolées brutales et les emportements furieux de l’adolescence. Il y a le monde des adultes, symbolisé par deux professeurs également coupables : l’une de ne pas douter assez, l’autre de douter trop.
Pierre Murat, Télérama du 1er juin 1994

Pistes de travail

  • Le romanesque
    Chaque film d’André Téchiné est l’histoire d’une émancipation : quel que soit leur âge, les personnages du cinéaste sont amenés, pour s’accomplir, à rompre avec leurs attaches sociales, et surtout familiales. C’est de cet arrachement à l’univers familial que naît le romanesque. Ainsi, dans Les Roseaux sauvages, la famille d’Henri est absente, celle de François est à peine représentée, celle de Maïté, déjà éclatée, se disloque avec la dépression de Madame Alvarez, et la famille de Serge ne peut se souder qu’autour d’un mort (son frère), ce qui lui fait horreur. C’est donc en dehors de la famille que les quatre adolescents traceront leur chemin, à charge pour eux de définir leur lois afin de trouver leur liberté.
  • La fable
    Le titre du film d’André Téchiné est inspiré par la fable de La Fontaine que Monsieur Morelli donne à commenter à ses éléves, Le Chêne et le roseau. Téchiné désigne ainsi cette fable comme une grille de lecture possible pour les spectateurs de son film. Le parallèle entre le chêne (solide, mais menacé de rompre sous les assauts du vent) et le roseau (frêle, il plie, mais il ne rompt pas) définit en effet aussi les personnages des Roseaux sauvages.Mise à jour : 17-06-04

Outils

Bibliographie

L'homosexualité à l'écran, Bertrand Philibert, Ed. Henri Veyrier, 1984.
Gay Hollywood, Steve Stewart, Companion Publications, 1995.