Roger et moi

États-Unis (1989)

Genre : Autre

Écriture cinématographique : Documentaire

Archives lycéens, Lycéens et apprentis au cinéma 1998-1999

Synopsis

Flint, dans le Michigan, est une ville réduite au chômage depuis la fermeture et le transfert au Mexique des usines General Motors. Michael Moore, journaliste et enfant du pays, veut rencontrer le P.-D.G. de la firme, Roger Smith, et le faire venir à Flint pour constater l’ampleur du désastre économique. Le film raconte cette poursuite mouvementée, tout en décrivant, à l’aide d’une quantité de documents et de témoignages, la rapide dégradation de la ville. Michael parvient enfin à approcher Roger, mais celui-ci refuse de venir à Flint.

Distribution

Tant de visages défilent devant la caméra de Roger et moi qu’il est difficile de distinguer des  » premiers rôles « , à l’exception des personnes qui sont interrogées le plus longuement : Fred Ross, shérif-adjoint dont l’imperméable et le feutre évoquent le privé des films noirs; la  » femme aux lapins rôles « , sans état d’âme, étrange combinaison de douceur et de cruauté. Bien sûr, il y a aussi les protagonistes  » officiels « , le P.-D.G. et le cinéaste, mais ni Roger ni Michael ne font l’objet d’un véritable traitement psychologique ; seule compte la dynamique de ce couple singulier, et le mouvement qui pousse l’un à la suite de l’autre, dans une traque digne d’un classique du burlesque ou du cartoon. Le premier rôle, ce n’est donc pas un homme qui le tient, mais la ville elle-même : Flint, son espace tourmenté, déchiré de violentes contradictions, ses quartiers vides comme des plaies ouvertes, et le flot continu de paroles qui s’y déverse, paroles d’espoir, de révolte, d’illusion, ou de résignation.

Générique

Etats-Unis, 1989
Titre original Roger and Me
Réalisation et scénario Michael Moore
Prises de vues Christopher Beaver, John Prusack, Kevin Rafferty, Bruce Schermer
Prises de vues additionnelles Ronna Foote, Judy Irving, Daniel S. Noga, Kurt Rauf, David Zaremba
Son Judy Irving
Sons additionnels Charlie Arnot, Pat Barrie, Rod Birleson, Lloyd Dangle, Dana Foote, Dwight Matlock, Robert Prusack, Bruce Schermer, Jim Torres, Robert Wilhelm
Montage Wendey Stanzler
Monteuse/Monteuse son Jennifer Beman
Mixage Peter Waggoner, Sound One
Conseillers juridiques Lynne Bernabei, Gary Boren, Martin Garbus, Richard Heller, Debra Katz, Arthur Klein, Mary Omelveny, Robert Solomon, Mark Traphagen
Mentions spéciales au générique Donnez votre sang au Flint Plasma Center . Ouvert du lundi au vendredi, fermé le week-end / Syndicat d’initiative de Flint : 1-800-482-6708 / Ce film ne peut être projeté à Flint. Tous les cinémas ont fermé.
Production Michael Moore, Dog Eat Dog Films
Productrice associée Wendey Stanzler
Distribution Warner Bros
Durée 1h 31
Sortie à Paris 21 mars 1990

Autour du film

Point de vue du rédacteur, Jacqueline Nacache
Lorsqu’en 1987, le journaliste Michael Moore décida de prendre une caméra pour filmer la misère de Flint, sa ville abandonnée par General Motors, il ne se doutait pas que son film deviendrait un classique du cinéma documentaire. Dix ans après, pourtant, cette fortune se comprend aisément. Ce qui frappe d’abord dans Roger et moi, c’est l’incroyable virtuosité de sa forme visuelle et sonore ; c’est ensuite sa liberté de ton, sa subjectivité revendiquée, et son humour dévastateur. Pour nous, spectateurs français formés au documentaire social, qui pensons n’avoir rien à apprendre d’un Américain révolté du Michigan, c’est la révélation que l’on peut décidément rire aux éclats en parlant de grandes douleurs, que le documentariste peut écouter les autres tout en imposant fortement son regard et son discours, que l’analyse politique n’est pas moins efficace quand elle est nourrie par l’indignation. Il passe parfois dans l’attitude de Michael Moore un air de populisme qui peut agacer, mais qui ne fait oublier ni sa fougue, ni son intégrité. Moore est un juste qui rit de tout et de tous, y compris de lui-même, et cela fait sa force. A la froide inhumanité de General Motors, premier groupe industriel mondial, Michael Moore oppose des valeurs éternelles : solidarité, compassion, et une colère dont on souhaite qu’elle ne se tarisse pas de sitôt.

Pistes de travail

La matière du film est si riche qu’elle se prête à des types d’exploitation très différents. On peut :

  • faire repérer et décrire les différents types d’images utilisés, étudier leur articulation entre elles et avec la bande sonore.
  • analyser des scènes où apparaissent des figures de montage caractéristiques de la démarche de Michael Moore (juxtaposition brutale, montage parallèle ou alterné).
  • étudier les formes que prend ici le traitement satirique.
  • rattacher l’étude du film à l’histoire économique des Etats-Unis.
  • confronter la méthode de Michael Moore à une démarche documentaire plus traditionnelle (voir comment le cinéaste se met en scène, assume son regard subjectif, prend une certaine liberté avec les documents). On pourra à ce propos mettre le film de Moore en rapport avec des documentaires français se déroulant également dans le monde ouvrier (Reprise d’Hervé Leroux) peut-être pour constater que sur un sujet similaire, on peut aller beaucoup plus loin dans la fiction (Fermeture des usines Renault à Vilvoorde, de Jan Bucquoy, 1999).

    Mise à jour : 17-06-04

  • Expériences

    Le Michigan et les états voisins (Illinois, Indiana, Ohio, Pennsylvanie) ont constitué jusqu’aux années soixante, autour notamment de la construction automobile, l’un des plus grands centres industriels des Etats-Unis. Le secteur a commencé à décliner quand de nombreuses firmes ont transféré leurs usines dans les Etats du Sud (Sun Belt) et au Mexique. Dans les années soixante-dix est apparue, pour désigner la région, l’expression Rust Belt, littéralement  » la ceinture de rouille « , allusion aux installations industrielles abandonnées. La désindustrialisation s’est prolongée, comme on le voit dans Roger et moi, jusqu’aux années quatre-vingt. Depuis le début de la dernière décennie, la Rust Belt profite, comme le reste du pays, de l’exceptionnelle croissance américaine ; mais si le taux de chômage est actuellement très bas, la région n’a pas pour autant retrouvé un bassin d’emplois stables et bien rémunérés, comparable à celui qu’engendrait une présence massive de l’industrie.

    Outils

    Bibliographie

    Michael's movie, Michel Cieutat, Positif n° 351, 1990.
    L'enfant de Karl et de Groucho, Daniel Sauvaget, La revue du cinéma n° 349, 1990.

    A town Abandonned : Flint, Michigan, Confronts Deindustrialization, Steven Dandaneau, 1996.
    Une Amérique qui fait peur, Edward Behr, Plon, 1995.

    Le documentaire, un autre cinéma, Nathan Université, 1996.

    Web

    Site officiel de Michael Moore - www.michaelmoore.com