Ridicule

France (1995)

Genre : Comédie dramatique

Écriture cinématographique : Fiction

Collège au cinéma 2009-2010

Synopsis

Voyant dépérir de fièvre des marais les paysans travaillant sur ses terres, Ponceludon de Malavoy décide d’employer ses talents d’ingénieur hydrographe pour assainir sa région de la Dombes. Parti pour Versailles présenter son projet au roi, il ne peut accéder à Louis XVI, et ne trouve aucun soutien auprès de ses conseillers. Heureusement, il se fait remarquer dans un salon par son esprit piquant et son art de la repartie. Le médecin qui l’héberge, le marquis de Bellegarde, décide alors d’en faire un atout en l’initiant l’art de briller à la Cour au moyen de bons mots, tout en veillant sur les intérêts de sa fille Mathilde promise à un vieillard fortuné.

À l’occasion d’une nouvelle joute oratoire de salon, Ponceludon parvient à dompter la féroce et séduisante comtesse de Blayac. Redevable d’une faveur, elle lui ouvre d’autres portes, et Ponceludon est choisi parmi un parterre de courtisans pour participer à une cérémonie donnée par le roi. Dépitée, elle le couvre de ridicule lors d’un dîner, disgrâce sans appel à la Cour.

Ponceludon repart alors dans sa province, abandonnant Mathilde avec qui il flirtait. La comtesse de Blayac, décidée à le prendre pour amant, le fait revenir et arrange sa rencontre avec le roi. Brillant toujours trop, l’ingénieur se fait un ennemi du responsable des ouvrages militaires, qu’il affronte en duel. Vainqueur, il rejoint Mathilde, au lieu de retourner auprès de la comtesse de Blayac. Celle-ci lui réserve alors une humiliation encore plus décisive. Couvert de ridicule, Ponceludon garde pourtant la tête haute et conspue le ridicule des mœurs de la Cour, avant de partir en amenant Mathilde avec lui.

Distribution

Baron Ponceludon de Malavoy / Charles Berling
Marquis Louis de Bellegarde / Jean Rochefort
Madame de Blayac / Fanny Ardant
Mathilde de Bellegarde/ Judith Godrèche
L’abbé de Vilecourt / Bernard Giraudeau
Monsieur de Montalieri/ Bernard Dheran
Le chevalier de Milletail / Carlo Brandt
L’Abbé de l’Epée / Jacques Mathou
Louis XVI / Urbain Cancelier
Baron de Guéret / Albert Delpy
Le duc de Guines / Marc Berman

Générique

Réalisation : Patrice Leconte
Scénario : Rémi Waterhouse, Michel Fessler, Eric Vicaut
Image : Thierry Arbogast
Musique : Antoine Duhamel
Son : Paul Lainé
Décor : Ivan Maussion
Costumes : Christian Gasc
Montage : Joëlle Hache
Assistant réalisateur : Jean-Marc Tostivint
Scriptes : Marie Leconte, Maggie Perlado
Maquillage : Michèle Constantinides, Ginette Arbogast
Coiffeurs : Mario Messere, John Nollet, Danièle Beugi
Photographes de plateau : Catherine Cabrol, Jérôme Prébois
Production : Centre National de la Cinématographie (C.N.C.), Cinéa, Epithète Films,
France 3 Cinéma, avec Philippe Carcassonne, Frédéric Brillion
Distribution : PolyGram Film Distribution
Sortie du film : 9 mai 1996
Sortie USA : 22 novembre 1996
Durée : 1h42
Format : 35 mm, couleur, 2.35, cinemascope
Visa : 86063

Palmarès (1997)
Meilleur film étranger (British Academy of Film and Television Arts)
Meilleur film français (Césars du Cinéma Français)
Meilleur film (Les Lumières)
Meilleur film étranger (National Board of Review)

Autour du film

Contre les costumes

Patrice Leconte a choisi de ne pas se mettre au service de la reconstitution historique et du genre particulier qu’est le film en costumes Ce choix induit des partis pris de mise en scène marqués, notamment dans les premières scènes du film, car il s’agit de signaler d’emblée, en dépit du décor XVIIIe siècle, la différence de Ridicule. Dès la séquence d’ouverture, surgit le sexe du chevalier de Milletail. La volonté de montrer ce vit, qu’il aurait été simple d’escamoter, n’est évidemment pas gratuite, comme l’explique Patrice Leconte : « Rémy Waterhouse avait commencé le scénario par cette scène. Je me suis dit qu’il fallait être un peu provocant d’emblée pour saisir les spectateurs : on entre dans le film avec quelques plans simples, puis les jeux d’ombre et de lumière font ressentir une sorte de danger, et soudain arrive, ce gros plan sur un sexe d’homme. C’est un petit électrochoc : ça signale qu’on ne doit pas s’attendre à voir un film en costumes comme les autres. » (Les propos de P. Lecompe ont été recueillis par Frédéric Strauss pour le Dossier « Collège au cinéma », CNC/Idoine, 2009).

Dans les scènes d’introduction qui suivent l’ouverture, c’est sur les dialogues que Patrice Leconte prend appui pour contrecarrer les conventions du film en costumes. Au moment de quitter la Dombes en toute hâte, Ponceludon s’agenouille devant le curé qui, voulant le bénir et découvrant qu’il a gardé son tricorne, s’exclame : « Le chapeau, voyons ! ». Peu après, lorsque le marquis de Bellegarde rencontre le chevalier de Milletail devant la dépouille de monsieur de Blayac, il clôt leur échange en lui disant : « Puis-je vous prier à souper ? Nous serions mieux devant une volaille. » Ces répliques ne sont pas utilisées comme une illustration des bons mots qu’on s’ingénie à inventer pour briller à la Cour : elles appartiennent, tout simplement, au registre de la comédie. La comédie irrévérencieuse que Patrice Leconte peut apprécier. Et les mots, ici, ont pour effet d’ôter au film en costumes ce qu’il peut avoir d’amidonné.

Le tempérament de Ridicule s’impose donc rapidement : énergique, presque brusque (comme la marche du chevalier de Milletail et de la servante, au premier plan), stylé mais pas guindé, en tout cas pas « endimanché ». Parmi les décisions de mise en scène qui installent ce climat, il faut relever le mouvement de caméra fougueux qui accompagne Ponceludon dans sa cavalcade vers Versailles. La vivacité de ce plan contraste, là encore, avec la tradition plus contemplative du film en costumes. Patrice Leconte explique comment il a déterminé cette approche : « J’étais chagriné par l’idée d’exprimer le trajet de Ponceludon jusqu’à Versailles. On aurait dû normalement avoir plusieurs paysages de la France, montrer que c’est un long voyage, que Ponceludon s’arrête, qu’il repart. Je me suis dit qu’on avait vu cela trop de fois. J’ai donc décidé de ramener ce trajet à un seul plan, assez long pour que la musique s’exprime, assez intense pour qu’on sente l’opiniâtreté nécessaire dans ce voyage jusqu’à Versailles, qui n’est pas une promenade de santé. J’ai demandé s’il était réalisable de suivre le cheval et Ponceludon depuis un hélicoptère qui volerait à cinquante centimètres du sol. Et cela a été possible. Je voulais qu’on ait le sentiment que la caméra vole derrière le cheval, et il n’y a pas d’autre solution qu’un hélicoptère pour faire ça ».

Patrice Leconte refuse de faire allégeance aux codes du film en costumes, de faire de ces costumes son sujet. Il ne combat pas leur charme (sensible, l’auteur de ces costumes, Christian Gasc, obtiendra d’ailleurs un César pour ses créations), mais il se contente de les utiliser comme n’importe quel vêtement. Il est proche, en cela, de Ponceludon qui, peu soucieux des afféteries de la Cour, arrive à Versailles en souliers crottés et ne se laisse habiller par le Signore Panella (joué par Christian Gasc lui-même), tailleur italien de la comtesse de Blayac, que dans l’espoir de faire aboutir son projet auprès du roi. Au moment de faire, peut-être, ses adieux à la vie pour se battre en duel, il écrira à la comtesse : « Si je suis tué, faites porter mon chaperon et mon épée à ma mère, donnez le reste à vos pauvres, à l’exception bien sûr de mes habits de Cour, qui ajouteraient le ridicule à leur misère. » Deux scènes font exception. Celle du bal masqué final, où les costumes reprennent le pouvoir, mais alors en tant que déguisements, révélateurs des hypocrisies de la Cour. Et celle où Mathilde, tout en conversant avec Ponceludon, utilise sa robe pour la récolte du pollen : la caresse de l’étoffe sur les fleurs annonce le moment où la main de Ponceludon se posera sur la jambe de Mathilde. Il y a là un très bel enchaînement où le costume devient langage de sensualité.

Vidéos

Ridicule

Catégorie :

47’52” à 50’ environ (= 2’ 08” env.)*

 

*Le minutage peut varier de quelques secondes selon le moyen de visionnement (projecteur) ou de lecture utilisé (lecteur DVD, ordinateur…).

 

Ponceludon peut enfin approcher le Roi grâce à Mme de Blayac. La séquence, qui rassemble le propos de Ridicule, s’ouvre sur ce qu’on peut appeler un « plan-portrait » (gros plan serré) du baron de Guéret, un des nombreux solliciteurs attendant la faveur du Roi. Il a fini par s’endormir ce qui laisse entendre que c’est une sorte d’habitude. La cérémonie s’inscrit ainsi dans l’éternité de Versailles, où règne un ordre immuable – ou qui veut l’être.

 

Un léger travelling avant (47’57”) nous rapproche de Ponceludon et de Bellegarde dans l’enfilade de courtisans attendant la venue du monarque. Conversation banale suivi d’une non moins banale suite de champs-contrechamps. La routine de la cour en quelque sorte !

 

En prenant la « salle d’attente » de Versailles du fond (48’25”), courtisans de dos, Patrice Leconte affirme sa volonté de nous dévoiler l’envers du décor comme de ne pas mettre ce décor en avant, comme dans la plupart des films historiques : Versailles ne passe pas avant les personnages. Et le décor n’a pas, ici, une fonction « décorative » : il exprime l’ordre, la docilité des courtisans, pareils à de petits écoliers sur les bancs d’une école.

 

Les confidences de Bellegarde reprennent. Le travelling mêlé d’un panoramique vers le tableau donne la clé de la démarche du film : expliquer et commenter en même temps que faire découvrir les mœurs et pratiques de la Cour de Louis XVI. De même que ce qu’il y a à voir continue à se cacher entre des séries de champs-contrechamps de Ponceludon et Bellegarde, le gros plan du tableau (48’35”) nous révèle ce qui s’y cache : l’œil du roi, qui choisit en douce les courtisans qui auront l’honneur de se joindre à lui pour une cérémonie montrée à la séquence suivante. Tout est affaire de regard dans ce monde où chacun regarde l’autre et se regarde lui-même regardé. Cette découverte introduit la tonalité de la séquence qui est aussi celle du film : la cocasserie. La visite que propose Bellegarde à Ponceludon comme celle que nous propose Patrice Leconte vise moins au documentaire historique qu’à nous faire saisir les travers presque burlesques de cet univers quand ils ne sont pas tragiques.

 

C’est d’ailleurs Bellegarde qui redirige notre regard (et la caméra) vers le baron de Guéret, toujours en proie à un penchant au sommeil.Comme pour illustrer le propos, on voit aussi et surtout, dans le trou laissé entre le baron et son voisin à droite du cadre l’abbé de Vilcourt regardant avidement à la recherche d’une proie comme on imagine inconsciemment que le roi le fait lui-même, invisible derrière le tableau désigné par Bellegarde.

 

La réaction de Ponceludon rejetant l’abaissement qu’il voit chez le baron laisse présager un changement de ton. Pourtant le jeune homme ne saurait encore deviner le rôle de l’abbé et lui-même est en fait animé des mêmes espoirs que le vieux de Guéret…

 

L’arrivée de l’huissier (49’10”) annonçant le nom des heureux élus obéit au même principe visuel : l’homme sort de l’ombre dans un espace visuel limité, mais que l’œil du (des) spectateur(s) ne saurait manquer.

 

Pendant l’appel, Ponceludon et Bellegarde sont comme au garde-à-vous. La vision frontale souligne leur implication soudain bien plus grande dans la scène : leurs échanges étaient filmés jusqu’ici de biais, les isolant dans un entre-deux, mais c’est la fin des apartés. Et, de fait, c’est aussi le silence des deux personnages qui marque ce tournant de la séquence : il les réunit, cette fois, au reste des courtisans. Ponceludon rejoint d’ailleurs leur lot commun : soudain, sa vie semble suspendue aux lèvres d’un huissier qui dira ou ne dira pas son nom. Attente renforcée lors qu’un des appelés se lève derrière eux qui semblent l’ignorer alors qu’il matérialise leur rêve le plus cher.

 

Lorsque vient le tour de Ponceludon, un changement de plan fait succéder à son mouvement celui du provincial de la Dombes, voisin du baron de Guéret, mais la caméra choisit de suivre l’abbé de Vilcourt appelé précédemment. Comme si elle voulait indiquer l’équivalence entre l’attitude du courtisan de Vilcourt et celle du jeune homme. Or l’abbé ne se contente pas de se diriger vers l’entrée du saint des saints, mais s’arrête devant le baron de Guéret et s’agenouille devant lui comme pour une prière 49’50”). Un gros plan de son geste ôtant la chaussure du baron et révélant un orteil passé par le trou de la chaussette.Ce plan est plus obscène encore que le geste même de l’abbé ou que la phrase sacrilège (« Un vrai Jésus ! ») qu’il prononcera en jetant le soulier dans la cheminée. Il expose au grand jour la gêne matérielle de celui-ci, symbolisée par une chaussette trouée embarrassante. Patrice Leconte nous laisse, pour ainsi dire, seuls face à un doigt de pied. Ce gros orteil est comme le sexe de Milletail dans la séquence d’ouverture : il fait surgir le corps dans le monde de l’esprit et annonce en cela un dérèglement.

 

Sans rien perdre de sa majesté, l’abbé jette la chaussure du baron au feu. Patrice Leconte fait surgir la chaussure en gros plan, comme l’orteil précédemment. Ce rapprochement de l’ordre de la métonymie, indique clairement que cette chaussure qui brûle, c’est le baron lui-même qui est jeté dans les flammes. Ce sont bien sûr celles de l’enfer, le seul auquel peut croire un abbé comme Vilecourt : l’enfer du ridicule. Il est la toile de fond de tout le film, la menace qui y plane, et ici, on en voit le feu féroce.

Pistes de travail

Structure narrative

La fluidité et l’élégance caractérisent le récit de Ridicule, mené sur un rythme vif : tout s’enchaîne. Les bonnes manières et les mauvais coups se mêlent, se confondent presque. Le récit avance comme les répliques fusent : du tac au tac.

– Qui est le personnage principal ? Quel est l’enjeu de l’intrigue principale ? Quel moyen est utilisé pour réussir à la cour ? Quel est le dénouement ? Quel enseignement en tirez-vous ?

– Raconter la première séquence et montrer qu’elle nous informe sur les deux grands risques que va encourir Ponceludon de Malavoy en se rendant à la Cour à Versailles.

Mise en scène

– Dans la séquence analysée :

Relever, dans la séquence analysée, des éléments caractéristiques d’un « film d’époque », puis d’un « film comique ». Comment le réalisateur nous fait-il comprendre visuellement que le baron de Guéret est « grillé » à la Cour ?

Que nous apprend cette scène sur les mœurs à la Cour ?

– Dans l’ensemble du film :

Relever des éléments visuels typiques d’un film historique

Relever des éléments visuels destinés à casser le côté reconstitution historique, en choquant.

Chercher où a dû être placée la caméra pour filmer la séquence du voyage de Ponceludon des Dombes à Versailles ? Quel effet produit cette mise en scène ?

– Dialogues

Relever des répliques produisant un effet comique.

Personnages

– « Quand il se tait, il vous guette. Et quand il parle, il est déjà trop tard. » Ce portrait de l’abbé de Vilecour fait par Bellegarde est-il pertinent ? Pourquoi ?

– Quel est le seul personnage de Versailles qui se tient volontairement à l’écart de la Cour ?

– Pourquoi les courtisans cherchent-ils à faire des bons mots ?

Genre

– Relever des exemples qui montrent que Ridicule est à la fois un film d’Époque et une comédie de mœurs. Cherchez les points communs entre Ponceludon et les courtisans ainsi que les différences.

Le langage et les bons mots

– « Je classe tous les mots d’esprit dans ce carnet », dit Bellegarde. Et lorsque le roi descend un escalier extérieur du château, un courtisan lui dit pour le rassurer sur une bonne formule : « Non, sire, ce n’est pas un calembour, c’est un jeu de mots ». Car, comme a prévenu aussi Bellegarde : « Jamais de calembours, on les méprise à Versailles, “le calembour, éteignoir de l’esprit”. » Ce à quoi Ponceludon réplique : « Voltaire, ma lecture de chevet. »

– Relever les mots inscrits sur le carnet de Bellegarde et en chercher le sens. Relever ce qui pousse les courtisans à faire des bons mots.

– Sur quoi reposent le rapp et le slam ? Quelles rlations voyez-vous avec les habitudes de la Cour ?

Voltaire

« Vous enviez l’esprit mordant de monsieur Voltaire. Le grand homme aurait pleuré, lui, car il était d’une ridicule sensibilité au malheur humain », dit Ponceludon après avoir été ridiculisé.

– Chercher dans la vie et l’œuvre de Voltaire si cette réplique est justifiée.

L’abbé de l’Épée

– Que fait-il dans film ? Chercher les rapports entre son invention et le sujet du film. Chercher si son invention lui a survécu.

Profession : costumier

Christian Gasc a reçu en 1997 le César du meilleur costumier pour les costumes de Ridicule. Chercher ce que sont « les Césars » et en quoi consiste le métier de costumier dans le cinéma.

Joël Magny, d’après Frédéric Strauss et Michel Cyprien, le 25 août 2009

Expériences

Le langage et ses bons mots

Dans l’art du langage qui marque celui de la conversation au XVIIIe siècle, autant dans les salons et clubs qui fleurissent qu’à la Cour qui se sclérose, on voit s’installer un usage intensif des mots d’esprit inhérent à un comportement : le persiflage. « Ce terme caractérise ce siècle », n’hésite pas à dire l’universitaire Élisabeth Bourguinat qui parle « devant un engouement aussi considérable et aussi durable, d’un véritable phénomène de société. » En 1781 dans son célèbre Tableau de Paris, Louis-Sébastien Mercier définit le persiflage comme « une raillerie continue, sous le voile trompeur de l’approbation. On s’en sert pour conduire la victime dans toutes les embuscades qu’on lui dresse ; et l’on amuse ainsi une société entière aux dépens de la personne qui ignore qu’on la traduit en ridicule, abusée qu’elle est par les dehors ordinaires de la politesse. » Le persiflage, par lequel on raille pour tourner quelqu’un en ridicule tout en voulant briller, se manifeste donc dans les joutes oratoires. Il utilise (liste du marquis de Bellegarde dans Ridicule) « l’équivoque » (mot à double sens en réalité bien proche du méprisé calembour !) « la saillie drolatique » (trait inattendu et amusant), « l’allusion piquante » (on évoque une chose par une autre qui y fait penser, avec un effet blessant), « la bagatelle » (un petit rien futile mais amusant), « le brocard » (trait moqueur). En évitant le « calembour », ce mal-aimé qui heurte le bon goût mais surtout, explique Mercier, dont « les équivoques dénaturent à la fois la logique et la langue ». D’ailleurs dès 1777 dans le Supplément à l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert où il figure à la lettre K (possible origine du mot liée au nom du comte de Kahlenberg, ambassadeur allemand coutumier d’erreurs de langage à effet comique ), le calembour est immédiatement défini comme abus de langage, qui met la langue en péril à cause de la confusion que cela implique avec l’orthographe.

Au-delà des costumes, un film d’aujourd’hui (Ridicule vu par la presse)

– Le plus beau film de Patrice Leconte

« … Ne nous laissons pas abuser par les costumes, les perruques et les poudres qui, en apparence, figent les personnages dans une époque précise, en faisant mine de les éloigner de nous. Ridicule pourrait parfaitement être joué en complet veston. Ou même en tenue campagnarde, tenez, avec quelques fidèles et pas mal de traîtres, aidant un monarque républicain à gravir, chaque année, la roche de Solutré… »

Pierre Murat, Télérama n° 2417, 8 mai 1996

– De la politique comme rapport de farces

« L’originalité (de ce film), à l’interprétation et à la direction d’acteurs irréprochables, est son constant éclairage à double facette, éclat et noirceur fusionnés, comme si, servi par le scénario et les dialogues savoureux de Rémi Waterhouse, le réalisateur avait fondu un alliage des deux courants qui hantent sa cinématographie, en une comédie tragique ou une tragi-comédie. »

Michel Guilloux, L’Humanité, 9 mai 1996

– La comédie de la séduction et du pouvoir

« Belle histoire universelle, que celle d’un honnête homme vibrant pour une idée généreuse confrontée aux magouilleurs et autres profiteurs n’écoutant que leur cynisme. Belle histoire narrée avec le panache du XVIIIe siècle, mais que l’on peut très facilement transposer à notre époque… »

Annie Coppermann, Les Échos, 10/11 mai 1996

– L’esprit en fête

« Patrice Leconte qui, au fil des ans, s’évertue à nous amuser avec des fortunes diverses, a eu la magistrale idée d’aller fureter dans le XVIIIe siècle qui fit de l’esprit, de l’imagination, de l’insolence et de la décadence un art que le monde entier admire. Avec la complicité de Rémi Waterhouse, il en a ramené une cascade de situations et de bons mots qui illuminent un scénario auquel le malicieux Voltaire n’est pas étranger. […] Car il s’agit d’une manière de Huron arrivé de sa lointaine contrée et débarquant à la Cour de Versailles avec l’espoir d’y gagner quelque crédit. »

Claude Baignères, Le Figaro, 10 mai 1996

Outils

Bibliographie

Je suis un imposteur, Patrice Leconte, 2000, Essai, Broché
Patrice Leconte et les autres, par Pascal Chantier et Jean-Charles Lemeunier, 2001, Broché
Des nouvelles du cinéma : Une première fois, par Patrice Leconte, Ovidie, Yann Dedet, et Catherine Corsini, 2003, Broché

Dossier pédagogique « Collège au cinéma », n°175, par Michel Cyprien et Frédéric Strauss, CNC, 2009.
L’Avant-scène cinéma, n°521 (avril 2003)
Positif, n°423, 451, octobre 2006

Histoire de la Révolution française, (l’Introduction), de Jules Michelet (1939), « Bibliothèque de la Pléiade » n°55, Gallimard ; colle. « Bouquins », Laffont, 1979 ; « Folio-Histoire » n°151, Gallimard, 2007.
Histoire de la littérature française, XVIIIe siècle, Georges Décote et Hélène Sabbah, dir., Hatier, 1991.
La Vie quotidienne au temps de Louis XVI, de François Bluche, Hachette Littérature, 1989.
L’Invention de la liberté, de Jean Starobinski, Skira, 1962.
L’Invention technique au siècle des Lumières, de Liliane Hilaire-Pérez et Daniel Roche, Albin Michel, 2000.
La France des Lumières, de Daniel Roche, Fayard, 1993.
La Civilisation de l’Europe des Lumières, de Pierre Chaunu, coll. « Champs » n°116, Flammarion, 1997.
Le Siècle du persiflage (1734-1789), d’Élisabeth Bourguinat, coll. « Perspectives littéraires », PUF, 1998.
Épigrammes de Martial, choisies, adaptées du latin et présentées par Dominique Noguez, 2001, Arléa

Web

Exemples de travaux interdisciplinaires autour du film
Biographie et bibliographie - Fiche de la Cinémathèque française sur le réalisateur.
Fiche ABC Le France - Extraits de critiques et entretien avec Patrice Leconte (document PDF téléchargeable).
Etude pédagogique du film - Cette étude a été élaborée par Chantal PAPON, Danielle HAFNER et Nicole PAVONI (document PDF téléchargeable de 22p.)

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