Ready Player One

États-Unis (2018)

Genre : Science-fiction

Écriture cinématographique : Fiction

Bac L Cinéma, Lycéens et apprentis au cinéma 2020-2021

Synopsis

Épreuve du Baccalauréat cinéma-audiovisuel

En 2045, le monde est au bord du chaos. Les êtres humains se réfugient dans l’OASIS, univers virtuel mis au point par le brillant et excentrique James Halliday. Avant de disparaître, celui-ci a décidé de léguer son immense fortune à quiconque découvrira l’oeuf de Pâques numérique qu’il a pris soin de dissimuler dans l’OASIS. L’appât du gain provoque une compétition planétaire.

Distribution

Tye Sheridan : Wade Owen Watts / Parzival
Olivia Cooke : Samantha Evelyn Cook / Art3mis
Ben Mendelsohn : Nolan Sorrento / Sorrento
T. J. Miller : i-R0k
Simon Pegg : Ogden Morrow / le Conservateur
Mark Rylance : James Donovan Halliday / Anorak

Générique

Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Ernest Cline et Zak Penn, d’après Player One d’Ernest Cline
Photographie : Janusz Kamiński
Montage : Michael Kahn et Sarah Broshar
Musique : Alan Silvestri
Société de distribution : Warner Bros
Durée : 140 min.

Autour du film

À la fois pur divertissement et somme sur la culture populaire américaine des quarante dernières années, Ready Player One s’ouvre comme un teen movie. Mais son narrateur, Wade Watts (Tye Sheridan), vit en 2045 dans un bidonville car Columbus, dans l’Ohio, est devenue un amas de cabanes urbaines. Les allusions à des « émeutes de la bande passante » et à la « pénurie de sirop de maïs » l’année de la naissance du jeune homme ne suffiraient pas à expliquer la paupérisation générale. On comprend bientôt que le monde parallèle des jeux vidéo, visité par chacun de manière quotidienne, a vampirisé le réel – le temps et l’argent de tous. « Ces temps-ci, la réalité est pourrie », résume Wade, lui-même joueur. Impossible de savoir si « l’Oasis », l’espace virtuel, est une échappatoire au chaos ou si elle l’a précipité.

Steven Spielberg a déjà mis en scène des dystopies, inspirées par de grands auteurs de science-fiction comme Philip K. Dick (Minority Report, 2002) et H. G. Wells (La guerre des mondes, 2005). Mais, récemment, il semblait plus soucieux de se montrer « adulte » et de célébrer des figures héroïques de l’histoire américaine. L’éternel enfant trouve matière dans le livre d’Ernest Cline, paru en 2011, à faire fusionner son goût des aventures de gamins et son appétit d’historien, son excitation devant la machine cinéma et son conservatisme profond. Ce faisant, il s’inspire en fait… de lui-même, puisque le romancier de 45 ans s’est nourri des films de Spielberg ! Aussi ne s’étonne-t-on pas de reconnaître en partie le cinéaste dans le portrait du créateur de l’Oasis, James Halliday (Mark Rylance) qui, avant de mourir, a conçu pour les joueurs futurs une chasse au trésor. Or Wade (ou plutôt son avatar Parzival) et ses amis ont à affronter des concurrents dont c’est le métier de chercher les indices pour gagner le Graal sonnant et trébuchant. Cette corporation dirigée par un méchant (qui porte le nom d’un cinéaste concurrent de Spielberg, Nolan !) pervertit le plaisir ludique par le lucre, mais elle épuise les geeks qu’elle embauche, car un joueur professionnel ne sait plus penser « hors de la boîte », selon l’expression américaine. Seul Wade prend le temps d’aller consulter les archives, numériques bien sûr, pour chercher dans le passé intime de Halliday des éléments expliquant la logique de sa création.

Chez Spielberg, l’alien, la machine ou le robot se révèlent toujours détenteurs d’un cœur anthropomorphe qui déploie des ressources émotionnelles insoupçonnées. Ici, c’est le système, l’esthétique entière des jeux vidéo des années 1980 et 1990 qui est requalifiée par cette lecture auteuriste et nostalgique : comme dans l’industrie du cinéma, il y eut dans la Silicon Valley des génies créatifs sincères, éloignés de toute roublardise. Spielberg n’a cessé de légitimer sa propre sincérité, jusque dans la polémique qui entoura sa représentation naïve d’une exception historique, La liste de Schindler, en 1994. Ready Player One n’échappe pas tout à fait à ce plaidoyer pro domo, qui reconduit quelques lieux communs narratifs (féminins ou d’origine étrangère, les amis de Wade n’accèdent jamais au statut de héros) et manque dans la figure de Halliday l’occasion de façonner un démiurge ambivalent. Mais si, comme l’affiche du film, son réalisateur reprend à son compte des clichés du jeu vidéo vintage, c’est pour pointer vers un hors-champ : le monde réel à réinvestir. On avait déjà pu remarquer que ses films politiques récents s’inspiraient de Frank Capra, le classique à la fois conservateur et démocrate des années 1930-1940 américaines. Ready Player One ignore tout des vertiges de The Matrix (1999). Il rejoue en fait le plus célèbre des Capra, La vie est belle (1947), dystopie dont on oublie parfois que le titre peut s’entendre comme une antiphrase. James Stewart y campait un brave père de famille endetté qui, désespéré jusqu’au suicide, se voyait offrir la possibilité de vivre dans le monde comme s’il n’y avait jamais existé. Le joueur de Ready Player One fait une expérience similaire, puisque personne, en 2045, n’existe à proprement parler dans la réalité. D’où, comme chez Capra, un happy end à double fond : une victoire payée d’un retour au monde tangible, à une platitude désormais désirable, à une vie où ferait enfin sens l’étonnant truisme final : « La réalité, c’est ce qui est réel. »

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L’histoire du fond vert vue par Ersan Musa

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Ersan Musa, ancien élève de l’école Georges Méliès, travaille dans le cinéma et les jeux vidéo en tant que Previs artiste en effets spéciaux.