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Princesse Mononoké

Japon (1997)

Genre : Aventure

Écriture cinématographique : Film d'animation

Archives collège, Collège au cinéma 2002-2003

Synopsis

Le Japon, durant l’ère Muromachi (1333-1568). Le pays est encore sauvage, couvert de forêts profondes, mais les progrès techniques commencent à bouleverser l’équilibre écologique. L’ordre hiérarchique en place depuis des millénaires s’effondre lentement.

Au Nord de l’Archipel vit une tribu pacifique, les Emishi, dont le futur chef est le jeune prince Ashitaka. Un sanglier sauvage possédé par une divinité néfaste attaque son village. Ashitaka le tue, mais il est blessé au bras et frappé d’une malédiction qui peut entraîner sa mort. Sur les conseils de la grande prêtresse du village, il part vers l’Ouest où il devrait trouver le moyen de conjurer le maléfice.

Au cours de son périple, il rencontre Jiko, un bonze vénal. Celui-ci lui révèle l’existence d’une forêt où vit un Dieu-cerf, créature mythique qui règne sur le monde animal et végétal, doté de pouvoirs surnaturels. Ashitaka arrive au village des Tatara, une communauté de forgerons dirigée d’une main de fer par Dame Eboshi. Retranchée dans sa forteresse, celle-ci accueille les malades, les femmes perdues et les paysans sans terre, qu’elle défend contre les clans voisins. Mais Dame Eboshi est détestée par San, une jeune fille sauvage élevée par les loups, qui reproche aux Tatara de détruire la forêt pour alimenter leur forge et étendre leur domaine. On la surnomme Princesse Mononoké : “la princesse des spectres”.

Un soir, San s’introduit dans le village pour tuer Dame Eboshi. Ashitaka s’interpose. Grièvement blessé, il quitte les Tatara pour ramener la princesse inconsciente au cœur de la forêt. Là, il rencontre enfin le Dieu-cerf. Un gigantesque combat éclate alors entre les forces en présence. Ashitaka parviendra à ses fins : faire vivre en paix les hommes, les animaux et les dieux.

Générique

Titre original : Mononoke Hime
Production
: Tokuma Shoten, Nippon
Réalisation et scénario : Hayao Miyazaki
Dir. Photo : Atsushi Okui
Animation : Masashi Ando, Kitaro Kosaka, Yoshifumi Kondo
Directeurs artistiques : Fumi Yamamoto, So Kuroda,Naoya Tanaka, Yoji Takeshige,Kazuo Oga Montage : Takeshi Seyama
Musique : Joe Hisaishi
Interprétation (voix version française) :
Ashitaka / Cédric Dumont
San / Virginie Mery
Dame Eboshi / Micky Sebastian
Gonza / François Siener
Jigo / André Chaumeau
Okkotonuchi / Saïd Amadis
Toki / Adèle Carasso
La femme sage / Jacqueline Danno
Film Couleurs, 1/1,85
Durée 2 h 15
N° de visa 98 955
Sortie 12 janvier 2000
Distribution Gaumont Buena Vista

Rôles

Ashitaka
Ce jeune prince de sang royal est le futur chef du clan Emishi, un peuple réduit à néant par le régime Yamato (le gouvernement de l’empereur) et dont les rescapés ont été contraints de se réfugier au nord de l’Archipel. Ashitaka a le cœur pur. C’est un leader né, très habile au combat, toujours accompagné de sa monture, Yakkuru, mi-bouquetin, mi-yack. Il se dirige vers l’Ouest du Japon à la recherche du Dieu-cerf, afin de lui faire guérir la blessure que lui a fait un dieu maléfique. Comme beaucoup de héros de Miyazaki, il représente la pureté et la jeunesse. Il n’a qu’une obsession : faire régner la bonne entente entre les hommes, les animaux et les dieux de la nature.

« Ashitaka le noble, Ashitaka le brave
Et qui jamais ne tourne le dos à son destin
Ashitaka qui aime le peuple, Ashitaka qui aime la forêt
Ashitaka dont la vision est claire et pure
Encore et encore les villageois
racontent cette histoire à leurs enfants
encore et encore ils disent à leurs enfants
vivez comme a vécu Ashitaka. »

(Textes extraits de courts poèmes écrits par Miyazaki, lors de la préparation du film.)

San, la Princesse Mononoké
Abandonnée dans la forêt, elle a été élevée par les loups des montagnes et elle considère la déesse Moro comme sa mère. Elle porte en elle une haine farouche contre la espèce humaine, et particulièrement Dame Eboshi, qu’elle rend responsable de la destruction des animaux et de la forêt. Le visage couvert d’un masque rituel, elle se fait appeler la “Princesse des spectres” (en japonais, “Mononoké” désigne tout ce qui a trait aux esprits et aux démons). San est sans peur, prête à aller jusqu’au sacrifice.

« Le frémissement de la corde tendue de l’arc
ton cœur en émoi au clair de lune
ton beau visage qui se profile dans la lumière
aussi impitoyable
que le fil de l’épée
Ceux qui connaissent ton cœur
caché sous la peine et la colère
sont les esprits
les esprits de la forêt. »

Dame Eboshi
Respectée de tous, elle est l’âme du clan des Tatara, un peuple de forgerons qui a réellement existé. Elle vit retranchée sur les collines dans une forteresse imprenable, qu’elle dirige d’une poigne de fer. Généreuse, elle a ouvert sa porte aux anciennes prostituées et aux lépreux. Pour fabriquer des mousquets légers et ultra modernes, elle n’hésite pas à détruire les arbres et à attaquer les forces noires de la forêt. Elle combat comme un homme et tient tête aux clans qui prétendent échanger leur protection contre le fer qu’elle produit.

Le Dieu-cerf
Il est l’âme de la forêt, il apparaît sous des formes diverses, diurne ou nocturne. La nuit, il devient un géant de plusieurs dizaines de mètres de haut, que les paysans appellent “le faiseur de montagnes”. Avec un simple regard, il peut prendre la vie de quelqu’un. Lui seul peut guérir la blessure mortelle d’Ashitaka

« Étrange animal
Le corps d’un cerf. Le visage d’un homme
Des bois comme les branches enchevêtrées d’un arbre
Un dieu terrible et magnifique
qui se meurt à la vieille lune
et qui renaÎt à la nouvelle
Un dieu qui se souvient de la naissance de la forêt
un dieu au cœur d’enfant
un dieu de vie et de mort. »

Jiko
Ce bonze au visage de traître est membre d’une mystérieuse organisation, “l’union des maîtres”. Il indique le chemin de la forêt à Ashitaka et il manipule Dame Eboshi dans le seul but de posséder la tête du Dieu-cerf, dont on dit qu’elle confère l’immortalité.

Moro
Ennemie intime de Dame Eboshi, protectrice du Dieu-cerf, cette déesse louve âgée de 300 ans a élevé San. Elle comprend le langage des humains qu’elle déteste, parce qu’ils détruisent la nature.

Les “Sylvains” (ou Kodama)
Ce sont les “esprits des arbres”, pacifiques, translucides. Ils peuvent aider les humains à trouver leur chemin dans les sous-bois. On trouve leur trace dans de nombreuses légendes nippones du Moyen Âge.

Mise en scène

Une quête d’harmonie

Au cours de la pause-repas qu’il fait avec le bonze Jiko, Ashitaka lui raconte le maléfice que lui a infligé le sanglier possédé. Jiko lui répond : “C’est notre monde qui est maléfique”, pensée qui reflète assez l’opinion de Miyazaki, profondément pessimiste.

Durant sa jeunesse dans un Japon meurtri par la guerre, il s’est, un moment, laissé séduire par les thèses marxistes avant de comprendre qu’il peut exister un gouffre entre idéal et réalité. Adolescent, il était fasciné par la nature, mais il voit notre monde industriel la saccager chaque jour un peu plus. Homme sans illusion, il ne se sent pourtant pas le droit d’imposer son pessimisme aux enfants. Pour Miyazaki, si le monde est un chaos, il y règne un ordre naturel (comme pour Kipling, dans le « Livre de la jungle »). Et il faut peindre ce monde sans en édulcorer la violence (grouillements du mal, corps qui se décomposent, affrontements sanglants, etc.). Miyazaki déteste les “enfantillages”, auxquels il a certainement été contraint de participer dans les séries-télé de ses débuts, à Toei Animation. Dès qu’il a gagné sa liberté, il a fait confiance au spectateur pour le suivre dans des films qui ne cherchaient pas à plaire à tout prix. Princesse Mononoké ne sombre jamais dans le folklore national (geishas, samouraïs de pacotille). Miyazaki choisit les marginaux, les minorités opprimées, rarement mis en scène dans le cinéma japonais, comme ces hors-la-loi au service de Dame Eboshi.

Avec Princesse Mononoké, Miyazaki s’est “laissé aller”, puisant à la fois dans la mythologie et dans son imagination. “La logique, dit-il, concerne la partie superficielle du cerveau. On ne peut pas créer en utilisant uniquement ce pauvre outil de la logique. Il faut ouvrir les portes de son inconscient à toutes les images. Il y a des demandes qui viennent du film lui-même. Ce n’est pas moi qui fait le film, c’est le film qui s’impose à moi. Le film m’a été dicté.”

Coquetterie d’auteur ? Quoi qu’il en soit, à l’arrivée, l’œuvre est totalement maîtrisée et le cinéaste y fait passer toutes ses préoccupations : pacifisme, quête de fraternité entre les êtres, idée que les dieux sont partout où est la vie. Et que chacun mérite respect : un thème qu’il reprendra dans son film suivant, Le Voyage de Chihiro, où l’héroïne travaille dans un établissement thermal de remise en forme pour dieux fatigués.

De film en film, Miyazaki célèbre la profusion du vivant ; ici, en multipliant les personnages (hommes, dieux, animaux…) Et si leurs conflits tumultueux éclatent en images d’autodestruction et de champs de ruines calcinées, tout finit par une renaissance et un retour à l’harmonie. Le pessimisme de Miyazaki a reculé…

Un grand art de la mise en place

Les scènes d’action sont conformes à la violence du manga. Mais cette violence est parfois abstraite ou fantaisiste : chaque fois qu’Ashitaka affronte des bandits, les têtes volent, les bras aussi, bien qu’il ait simplement décoché une flèche. Miyazaki joue surtout sur un rythme trépidant, poussant très loin l’art de la mise en place : le spectateur a toujours les données pour comprendre l’espace où se déroule l’action. Constamment, le cinéaste multiplie les points de vue, découpant la scène à l’extrême, de façon à la rendre plus vivante. Les premières minutes, avec l’attaque du sanglier possédé par un démon, sont un bon exemple. On aperçoit d’abord un grouillement de serpents (ou de vers ?) derrière un mur. Ashitaka, sur sa monture, croise trois jeunes filles alarmées, puis galope jusqu’à une tour de guet qu’il escalade pour explorer les environs. Miyazaki en profite pour nous faire voir le village voisin, où l’inquiétude grandit. Ashitaka redescend et affronte la bête sur sa monture. L’attaque est suivie à la fois par les trois jeunes filles et le guetteur sur sa tour, tandis qu’une caméra invisible semble tourner autour de Ashitaka.

Les temps de pause peuvent être purement lyriques (apparition d’un paysage somptueux, soulignée par la superbe musique de Joe Hisaishi). Ils peuvent aussi faire avancer l’action par le dialogue, comme durant la pause repas avec le bonze Jiko, ou la première entrevue d’Ashitaka avec Dame Eboshi, dans la forge. L’entretien d’Ashitaka avec Moro, la déesse-louve, est une des plus belles plages de calme du film. Elle apparaît couchée, telle un sphinx, sur un piton rocheux, comme en apesanteur au-dessus de la mêlée. Un très beau moment de calme après la tempête.

La mise en scène n’est pas uniquement au service de l’action, elle soigne particulièrement l’atmosphère. Miyazaki nous fait ressentir la rudesse de la vie dans la forteresse, la chaleur des forges, la moiteur de la nuit, la fumée qui monte à la gorge. Le film fait presque appel à nos sens olfactifs. C’est San qui décèle “l’odeur des humains cachés sous des dépouilles d’animaux”, ou qui déclare : “L’odeur de sang couvre toutes les odeurs”…

L’animation

Dans les séries-télé paresseuses, les personnages marchent de profil avec tête et buste immobiles. On n’anime que les jambes dans un mouvement répétitif et l’on fait repasser ces personnages à de nombreuses reprises, en faisant glisser un décor frontal en arrière-plan. On obtient ainsi de longues minutes d’animation à très bon marché. Rien de tel chez Miyazaki. Sa mise en scène n’est avare ni de mouvements de foules, ni de changements d’axes, plongées ou contre-plongées. Jamais il ne triche, jamais il ne recule devant un mouvement de caméra pour mieux décrire un décor… Il faut voir plusieurs fois certaines scènes de foule pour découvrir tous les personnages secondaires. Avec Miyazaki, tout est mis au service de la dynamique du film.
Bernard Génin, dossier « Collège au cinéma », n° 125.

Plus près de Renoir que de Disney “Tout cet écheveau d’histoires et de situations est porté par une beauté graphique (poésie des couleurs, clarté du trait – seule l’animation, admettons le, est moins fluide que chez les Américains) et une mise en scène dont l’ampleur n’a rien à envier au grand cinéma d’aventure : utilisation de toute l’échelle des plans, travellings et panoramiques majestueux, magnificence de la cité des forges perchée sur une haute montagne, meutes de loups blancs striant la nuit, sortilèges multiples de la forêt, voluptueuses envolées de la musique de Joe Hisaishi… les raisons de vibrer ne manquent pas [...].On peut dire que Princesse Mononoké est un grand spectacle à l’américaine, mais un spectacle infusé par les légendes et mythologies japonaises qui nous changent du politiquement correct yankee, un dessin animé porteur d’une complexité psychologique qui le situe plus près de Renoir ou de Mizoguchi que de Disney.”
Serge Kaganski, Vincent Ostria, , in « Les Inrockuptibles« , 11-17 janvier 2000.

L’utopie selon Miyazaki
« Dans Princesse Mononoké, film-somme qui rêve d’une réconciliation (entre les protagonistes, entre la fantaisie sans limite et la fidélité au réel) on veut aussi tout voir [comme dans Mon voisin Totoro] et, surtout, ne pas avoir à choisir son camp. La grandeur est dans le refus de se laisser happer par un principe unique et l’exclusion de tout autre. Là réside l’admirable singularité du cinéma de Hayao Miyazaki : le maître de l’animation nippone filme avec persévérance et sans tricher la longue route vers l’utopie.”
Erwan Higuinen, « Cahiers du cinéma« , n° 642, janvier 2000.

Les hiérarchies s’effondrent
« Plus on pénètre dans cette allégorie au chromatisme chatoyant, plus la structure interne, visuelle et chromatique du film devient une enquête sur l’imaginaire puissant. Pour l’orpheline San, le méchant grand loup est le plus tendre des parents. Tout en frémissant de peur devant les attaques, accompagnées d’une sonorité hyperréaliste, menées par des bandit, par les sangliers, par San, nous traversons les clairières édéniques, où voltigent des papillons blancs à la Disney, les Komoda, aussi, les génies lucioles des arbres. Au fin fond de l’étendue sauvage aux couleurs incandescentes habite le dieu de la forêt, le grand cerf, souleveur de montagnes et symbole protéiforme de la régénération. De quelle source surgissent ces créatures surnaturelles ? Elles naissent dans le cœur de l’enfant. »
Eithne O’Neill, « Positif« , n° 467, janvier 2000.

Pistes de travail

 

  • Ghibli et Disney
    Les films du studio Ghibli sont distribués hors d’Asie par la Compagnie Disney. Réfléchir à ce qui a pu dérouter le public habitué aux “produits Disney”. Chercher les différences visuelles. Les différences dans le traitement du sujet et des personnages.

  • Une portée universelle ?
    En quoi Miyazaki, cinéaste de sensibilité typiquement japonaise, développe-t-il des préoccupations universelles.

  • Image dessinée et image de synthèse
    Rechercher les quelques passages du film où l’ordinateur a été indispensable (la brume, les flammes, les fumées, le “look” du Dieu-cerf).

  • L’image de la femme
    L’image de la femme dans le dessin animé Disneyen : héroïne ou sorcière (Blanche Neige, Pocahontas, Mulan, Cruella dans Les 101 Dalmatiens). Comparer avec San et Dame Eboshi.

  • L’écologie selon Myazaki
    L’écologie et le panthéisme de Miyazaki dans Princesse Mononoké.

  • Fantastique et « heroic fantasy »
    Réfléchir à l’association tellurique et spirituelle dans Princesse Mononoké.

  • Le manga japonais
    Ses origines, sa richesse, sa variété.

  • La culture japonaise
    Rechercher les éléments qui participent spécifiquement de la culture japonaise.

  • Quand les animaux parlent
    Chercher d’autres films où les animaux parlent. En quoi celui-ci est-il différent ?

  • Les techniques d’animation
    Réflexion sur les différentes techniques d’animation : dessin animé (Kirikou et la sorcière) ; marionnettes (L’Étrange Noël de Mr Jack – cf. Dossier “Collège au cinéma” n° 88) ; pâte à modeler (Wallace et Gromit – cf. Dossier “Collège au cinéma” n° 77) ; images de synthèse (Schreck).

    Mise à jour : 17-06-04

  • Experiences

    L’animation japonaise
    Au Japon, “l’anime” (le dessin animé, la BD et le dessin humoristique) fonctionne comme une véritable industrie du divertissement. Les neuf dixièmes des mangas lus dans le métro sont destinés à être jetés après consommation. Miyazaki est l’exception. Sa seule incursion dans le domaine de la BD a donné un livre culte (Nausicaä de la vallée du vent). Et ses films, dont certains ont fait naître de véritables phénomènes de société, forment une œuvre cohérente. Auteur “à succès”, Miyazaki ne s’est pas fait broyer par la machine commerciale.

    Princesse Mononoké, son premier film historique, élève le « manga” au niveau d’objet culturel. Pour la première fois, il a réuni des millions de spectateurs japonais de générations différentes dans un pays où films et BD sont ciblés à l’avance pour des publics bien précis (mangas pour hommes, pour femmes, pour jeunes filles, jeunes garçons…). Il a installé le film d’animation au sommet du septième art. Son succès à l’étranger a ravivé le culte pour le cinéma japonais auprès des jeunes qui ont découvert que BD ou cinéma pouvaient les aider à la compréhension d’un pays, de sa culture et de ses mœurs…

    “Dans le monde de l’animation japonaise, où tout le monde s’épie et se copie, seul Miyazaki est au-dessus de la mêlée”, explique le cinéaste Mamoru Oshii (un de ses anciens élèves, devenu réalisateur avec Ghost in the Shell). On ne comprend pas le message et l’aura de Miyazaki si l’on n’a pas en tête son parcours. Il est le pur produit de sa génération, celle des Anpo 60, les contestataires anti-américains des années 60, alors opposés au traité de sécurité entre Tokyo et Washington. Sa créativité est celle d’un rebelle” (Télérama, n° 2725).

    Miyazaki ne fait aucune concession au système. Dans son pays où le passage au dessin animé s’accompagne systématiquement d’une offensive géante sur l’industrie du jouet, il a résisté à toutes propositions de merchandising, acceptant uniquement la parution de « Princesse Mononoké » en BD. Durant quarante années de carrière, il n’a pas succombé à la mode des dessins animés barbares, pleins de robots, de bruit et de fureur. Il est resté fidèle à sa culture, qui puise ses racines dans le climat pacifiste de l’Après-guerre et la cinéphilie des années 50-60. En battant régulièrement le « dernier Disney”, ses dessins animés apportent un contrepoint salubre au cinéma américain. Dans l’archipel de la technologie de pointe, Princesse Mononoké fait entendre la voix d’un humaniste nostalgique.

    Miyazaki occupe désormais une place identique à celle de Kurosawa ou de Mizoguchi. Kurosawa était d’ailleurs un de ses fervents admirateurs. Miyazaki a fait encadrer dans son bureau une longue lettre d’éloges reçue de lui après Mon voisin Totoro : “Je suis toujours entre rire et larmes devant le spectacle magnifique de vos films animés. La beauté des images, votre sens du naturel, votre simplicité ne cessent de m’émouvoir. Je me réjouis de penser que des réalisateurs tels que vous ont su prendre leur indépendance vis-à-vis des grands studios japonais qui n’ont pas évolué et ont perdu le vrai sens du cinéma”. Les deux hommes se sont d’ailleurs rencontrés durant la préparation de Princesse Mononoké. Leur entrevue a été filmée et leur dialogue publié début 2000, dans la revue française « HK ».

    Outils

    Bibliographie

    Cartoons, le cinéma d'animation 1892-1992, Giannalberto Bendazzi, Ed. Liani Levi, Ed. française, 1991.
    L'univers des mangas, Thierry Groensteen, Ed. Casterman, 1997.
    Princesse Mononoké, le livre du film, Ed. Dreamland, 1999.
    Mon voisin Totoro - Le film en images, Ed. Tonkam.
    Porco Rosso, la légende, BD du film, Ed. Glénat, 2001.
    Nausicaä de la vallée du vent, Ed. Glénat, 2000.
    Porco Rosso, BD du film, Ed. Glénat, 2001.
    Princesse Mononoké, BD du film, Ed. Glénat, 2000.
    Le voyage de Chihiro, BD du film, Ed. Glénat, 2002.

    Vidéographie

    Princesse Mononoké. Distribution ADAV n° 33127

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