Planête des singes (La)

États-Unis (1968)

Genre : Science-fiction

Écriture cinématographique : Fiction

Archives collège, Collège au cinéma 2005-2006

Synopsis

Après un voyage de 18 mois à travers le temps et l’espace en direction de la constellation d’Orion, un vaisseau spatial s’abîme dans un lac inconnu, laissant l’équipage prisonnier d’un futur correspondant à l’année 3978. Les trois rescapés, le capitaine Taylor et ses adjoints Dodge et Landon, se mettent alors en quête de vivres.

Après deux à trois jours de marche dans un désert hostile, les astronautes atteignent une vallée verdoyante où ils goûtent un peu de repos. Profitant de leur distraction, des êtres primitifs s’emparent de leurs effets, obligeant Taylor et ses hommes à se lancer à leur poursuite. Mais, soudain, c’est la panique. Des gorilles – parlants – armés, montés sur des chevaux et lancés dans une véritable chasse à l’homme, les assaillent de toutes parts ! Dodge est tué tandis que Landon et Taylor sont capturés.

Contraint un moment au silence pour une blessure à la gorge, Taylor finit par entrer en contact avec le docteur Zira, une guenon chimpanzé spécialisée dans la recherche du cerveau humain. Stupéfaite par l’intelligence de l’homme, Zira alerte son fiancé Cornelius, un éminent archéologue. Ensemble, ils tentent d’en savoir plus sur les origines de Taylor jusqu’à ce que le docteur Zaius, un orang-outan ministre des sciences et de la foi, farouchement hostile aux humains, ordonne un procès contre les deux chercheurs, soupçonnés d’avoir produit un monstre parlant en la personne de Taylor. S’affrontent, alors, l’obscurantisme des uns et la thèse évolutionniste des autres qui présentent Taylor comme le chaînon manquant entre le primate inférieur et le simius sapiens.

Condamnés pour hérésie, Zira et Cornelius s’enfuient avec Taylor vers la “zone interdite” où se trouvent les traces d’une intelligence humaine antérieure aux singes. Venu pour les arrêter, Zaius avalise leur théorie non sans avoir dénoncé le danger que représente l’homme pour la civilisation simienne. Parti de son côté, Taylor parvient devant les ruines de la statue de la Liberté et constate amèrement que cette planète est la Terre des hommes livrée aux singes après un conflit nucléaire.

Générique

Titre original : Planet of the Apes
Réalisation : Franklin J. Schaffner
Scénario : Michael Wilson et Rod Sterling d’après le roman de Pierre Boulle
Image : Leon Shamroy
Décor : Walter M. Scott et Norman Rockett
Montage : Hugh S. Fowler
Musique : Jerry Goldsmith
Son : Herman Lewis et David Dochendorf
Direction artistique : Jack Martin Smith et William Creber
Assistant-réalisateur : William Hissel
Maquillage : John Chambers
Coiffure : Edith Lindon
Costumes : Morton Haack
Production : Arthur P. Jacobs Production pour la 20th Century Fox
Distribution : Carlotta Films
Couleur (DeLuxe)
Format : Scope (1/2,35)
Durée : 1 h 52
N° Visa : 3 4341
Sortie en France : 26 avril 1968
Tournage : Parcs nationaux de l’Arizona et de l’Utah
Interprétation
George Taylor / Charlton Heston
Cornelius / Roddy Mc Dowall
Zira / Kim Hunter
Dr Zaius / Maurice Evans
Le président de l’assemblée / James Whitmore
Dr Honorius / James Daly
Nova / Linda Harrison
Landon / Robert Gunner
Lucius / Lou Wagner
Dr Maximus / Woodrow Parfrey
Dodge / Jeff Burton
Julius / Buck Kartalian
Chef de la chasse / Norman Burton
Dr Galen / Wright King
Un ministre / Paul Lambert

Autour du film

La Planète des singes est le type même de film américain à grand spectacle qui enthousiasme tous les publics. Le film vaut pour son postulat scientifique (sorte de darwinisme à rebours) que la mise en scène en général et le travail de maquillage en particulier achèvent de rendre vraisemblable. Enfin, l’oeuvre de Franklin J. Schaffner puise à la source de nombreux registres cinématographiques.

Les décors naturels du Lake Powell (Utah) pour la séquence de l’amerrissage (séq. 2) impriment d’emblée un caractère à la fois insolite et familier au film. Familier, car on pense immédiatement aux grands espaces sauvages des westerns hollywoodiens. Seulement, ici, la représentation de cet univers âpre et rugueux n’est pas significative d’osmose entre les personnages et le décor. Ce territoire tragiquement aride, filmé en plans panoramiques (horizontalité et profondeur de champ comme spécificités esthétiques phagocytaires), domine l’homme qui perd de sa réalité. L’oeil doit parfois fouiller l’écran pour retrouver trace des personnages (vêtus de blanc) tant l’immensité du paysage semble les absorber. Cette dissolution dans l’espace passe également par l’extrême pâleur de la gamme chromatique qui accentue l’impression d’errance, de dénuement et d’écrasement. De plus, le rythme alterné des panoramiques et des plans rapprochés sur les personnages parachève l’idée du chaos et de la perdition instaurée depuis le crash de la navette. Cette longue marche dans le désert (une vingtaine de minutes !) constitue le moment de bravoure, “la” scène dans l’espace, façon 2001, l’odyssée de l’espace.

État des lieux d’une étrange planète

Les maîtres de la planète, les singes, constituent une société rurale et agricole pourchassant les hordes d’humains qui pillent leurs récoltes situées dans une vallée fertile à la périphérie de leur territoire. Ils vivent tous regroupés dans un village dont les constructions en terre battue (tons entre le marron et l’ocre sale) dénotent une inspiration cappadocienne que n’aurait pas renié l’architecte espagnol Antonio Gaudi. Les intérieurs aux dominantes de gris telles que l’habitation de Zira (9) ou la salle du tribunal (12) rappellent les habitats troglodytiques. Un musée du Singe, une place publique avec son marché, un lieu de culte (on y célèbre des funérailles, 10), un tribunal, un zoo, un centre de recherches scientifiques et un théâtre en hémicycle en plein air constituent les principaux sites de cette cité des singes.

Très cloisonnée, la société des singes est régie par un système de castes (les chimpanzés en vert foncé, les orangs-outans en orange, et les gorilles, bottés et gantés, en noir). Leur technologie guerrière oscille entre des pratiques à la fois moderne (les fusils) et ancienne (les filets, gourdins et lances).

Une querelle byzantine

La science des singes, relativement évoluée, est agitée par une querelle byzantine qui oppose les orangs-outans, sous la férule de Zaius, gardien de l’orthodoxie scientifique, à deux chimpanzés éclairés et novateurs, Zira, une chercheuse-vétérinaire, et son compagnon, l’archéologue Cornelius. Les deux chercheurs tentent de réévaluer la condition de l’homme dans la société des singes et d’officialiser leur thèse sur les origines de l’espèce simiesque selon laquelle Taylor serait le “chaînon manquant” entre le primate non-évolué et les singes qu’ils sont. Au cours du procès pour hérésie que le pouvoir orang-outien leur intente, les débats se trouvent biaisés par la mauvaise foi de Zaius qui semble vouer aux hommes une haine implacable dont on s’explique mal les raisons jusqu’au coup de théâtre final.

Dérision, réflexion et espoir

En effet, une explosion nucléaire qui a eu lieu quelques années après le départ de Taylor et son équipage pour le cosmos a engendré un bouleversement radical dans la classification des espèces. Les humains ont perdu l’usage de la parole et sont retombés à l’état sauvage, tandis que les singes mutants ont évolué dans le sens inverse et ont fait des hommes des créatures de laboratoire ou des animaux de compagnie difficiles à domestiquer (20).

La Planète des singes est une satire caricaturale prenant plaisamment le contre-pied des théories darwiniennes et un conte philosophique exposant la dérisoire vanité des querelles humaines exprimée par des singes à l’anthropomorphisme ironiquement signifiant. Enfin, admirable composition plastique proposant un raccourci entre image et signification, le dernier plan travaillé au “matte-painting” découvrant la statue de la Liberté, rongée par une lèpre verte, à demi enfouie dans le sable et dont le regard vide semble fixer un futur sans avenir, symbolise l’idée de la chute comme rançon de la barbarie de l’homme. Ici, pas de happy end au sens classique du terme. Néanmoins, le dernier homme d’une race éteinte devient, Nova-Eve à ses côtés, l’Adam d’un monde nouveau. Pas de happy end, mais la promesse tout de même que la pyramide des espèces retrouve son bon sens.

Pistes de travail

De l’écrit à l’écran

Après lecture de l’oeuvre de Pierre Boulle dans le cadre d’une séquence d’étude sur le genre romanesque, établir la structure narrative du livre et du film (situation initiale, modification, péripéties, réparation, situation finale). Relever dans un tableau synoptique en quatre colonnes ce qui a été supprimé, conservé, transformé, ajouté lors du passage du texte à l’écran (scènes, personnages, thèmes, ton, importance relative réservée aux divers épisodes). Analyser les différences avec le film en expliquant les choix narratifs et plastiques du metteur en scène. Souligner l’impact du contexte social et politique aux États-Unis sur la conception du film (Guerre froide, révoltes raciales, conquête de l’espace, etc.)

Décrire avec soin les décors intérieurs/extérieurs et dire comment la société simienne est représentée dans les deux œuvres. Commenter et justifier l’ancrage contemporain pour le livre, médiéval pour le film. Jouer sur l’opposition/complémentarité de la littérature et du cinéma en les faisant découvrir l’un par l’autre. Sensibiliser les élèves à l’approche sémiologique de l’image en analysant le dernier plan par exemple.

Confronter un passage (descriptif ou narratif) du roman avec son adaptation à l’écran et demander aux élèves de rédiger un commentaire critique argumenté. On évitera de tomber dans le schéma simpliste “j’aime/je n’aime pas”, “je préfère”… en exigeant des élèves qu’ils justifient leurs goûts avec précision (la justesse du vocabulaire employé ici constitue la vertu cardinale de l’exercice).

Un voyage initiatique

Brosser le portrait physique et psychologique des principaux personnages. Dresser le schéma actantiel et observer la trajectoire des protagonistes par rapport à l’intrigue. Étudier la formation et l’évolution des “couples” de personnages. Analyser leurs motivations et la nature des obstacles qu’ils rencontrent. Décrire la structure hiérarchique et éminemment cloisonnée de la société des singes. Comparer avec la nôtre. S’interroger sur la concentration des pouvoirs scientifiques et religieux détenus par Zaius.

Étudier le caractère de Taylor. Commenter le sentiment d’amertume qui le caractérise et le regard critique qu’il porte au début de l’histoire sur l’ambitieux Landon (dépositaire des valeurs morales de la blanche Amérique). Décrire sa volte-face idéologique au contact du danger simien. Expliquer comment et pourquoi il passe du cynisme à l’être révolté pour devenir à la fin le sauveur de l’Humanité. Mettre son parcours psychologique et moral (re-connaissance de soi) en relation avec son épopée en terra incognita (découverte de l’Autre menaçant). Étendre cette étude à d’autres voyageurs mythiques comme Ulysse, Jason, Enée, etc…

Un genre cinématographique : la science-fiction

Pour étudier les caractéristiques du genre, repérer les diverses références à la science : personnages (astronautes en mission stellaire, singes-chercheurs), théories (paradoxe relativiste de “Hasslein”, querelle “darwinienne”), recherches (expériences sur le cerveau humain), matériels (instruments d’études des astronautes…). Expliquer que ce vernis scientifique participe à la fois de la crédibilité d’un récit invraisemblable et d’un contrat de lecture passé avec le spectateur dont on définira les attentes. Exposer la théorie darwinienne défendue par les simiesques chercheurs.

Outre le rôle joué par la science et la technologie, dire que la science-fiction, sorte de machine à explorer le temps et l’espace, est à la fois un produit de divertissement (enjeu ludique) et un objet de réflexion (enjeu critique). Relever les autres thèmes propres au genre : guerre, devenir de l’humanité, désastres écologiques, etc. Souligner les emprunts dépaysants au récit d’aventures (héros, quête, action, suspense). Établir un rapprochement avec d’autres films liés à la guerre froide (Le Jour où la terre s’arrêta de Robert Wise en 1951; L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel en 1956) et énoncer les autres formes que prend le film de science-fiction (Voyage dans la lune; Metropolis; 2001, l’odyssée de l’espace; La Guerre des étoiles…).

La Planète des singes : un apologue

Démontrer que ce film de science-fiction s’apparente au genre argumentatif de l’apologue. Pour cela, définir ses enjeux moraux, politiques, scientifiques, religieux et philosophiques. Comparer avec le quatrième voyage (à Broddingnag) de Gulliver ou autres contes/fables/paraboles. Relever les nombreuses interrogations que pose le film sur l’avenir de notre monde. Dire qu’elles sont le reflet d’une crainte collective du présent et d’un espoir général pour un futur réconcilié. Rappeler le rôle “purgatif” du film d’anticipation.

S’interroger sur la portée éthique du renversement des rôles hommes/singes. Réfléchir à la question controversée de la vivisection. Étudier la dispute darwinienne opposant les théories progressistes des chimpanzés à l’obscurantisme des dogmes scientifiques et/ou religieux défendus par les orangs-outans. Aborder le problème de la discrimination et du racisme sous-jacent à l’intrigue (cf. les quotas/la hiérarchie sociale) et formuler le message de tolérance délivré par le film. Commenter l’image finale du film et expliciter la visée satirique de cette parabole antimilitariste.

Fiche réalisée par Philippe Leclercq
22 septembre 2005.

Expériences

Le darwinisme

Le naturaliste anglais Charles Darwin (1809-1882) élabore à partir d’une étude détaillée du monde vivant le principe d’une lutte pour l’existence (« struggle for life« ) qu’il formule sous le principe d’une sélection naturelle dans son célèbre ouvrage De l’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle publié en 1859. Théorie à laquelle il ajoute en 1871 la notion de sélection sexuelle selon laquelle les femelles s’accouplent de préférence avec les mâles les mieux doués, améliorant de facto la race à chaque génération. Bien sûr, cette interprétation du monde vivant qui rend superflue l’idée d’intervention divine soulève dès 1860 une violente controverse avec l’Eglise et les milieux conservateurs. Les partis religieux traditionalistes voient notamment dans cette théorie transformiste des espèces prêtant une origine animale à l’homme une doctrine immorale et antichrétienne.

Le chaînon manquant

Le concept de transformation exclusivement graduelle implique la succession de milliers de stades intermédiaires qui changent insensiblement. Toute étape intermédiaire constitue un “chaînon manquant” entre deux stades morphologiques qui l’encadrent. Dès lors que cette étape est découverte, elle n’est évidemment plus considérée comme un chaînon manquant, mais comme un chaînon identifié. Le chaînon manquant devient alors synonyme d’intermédiaire. C’est ainsi que l’homme de Neandertal (de -150 000 à -35 000 ans), chaînon manquant découvert près de Düsseldorf en 1856, est devenu le maillon intermédiaire entre le singe et l’homme, remplacé en 1891 par le fameux pithécanthrope (“singe-homme” de -2 M. à -700 000 ans), puis en 1924 par le singe bipède australopithèque (de -4,4 à -2,2 M.) dont la figure emblématique, découverte en 1974, est “Lucy” (de -3,4 à 2,9 M.).

Pierre Boulle (1912-1994) et sa Planète des singes

Seul écrivain français de science-fiction mondialement connu avec Jules Verne, Pierre Boulle est né à Avignon en 1912. Ingénieur, il s’établit en Indochine, puis rejoint les Forces Françaises Libres (F.F.L.) en 1941. Après guerre, ce lecteur passionné de Conrad et Kipling décide de se livrer entièrement à l’écriture. De sa longue expérience de la guerre sur le continent sud-asiatique, sortiront Le Sacrilège malais ou Le Pont de la rivière Kwaï, admirablement mis en scène au cinéma par David Lean en 1957.

La Planète des singes (1963) est un court roman qui nous emmène à la rencontre de nous-mêmes : un peu à la manière d’un Montesquieu ou d’un Voltaire, Boulle invite le lecteur à jeter un regard étranger sur la société simienne de Soror (soeur jumelle de la Terre) pour mieux voir et critiquer ses propres travers. Proche du film quant à sa trame narrative, l’action du livre se déroule en l’an 2500 dans la constellation d’Orion qu’un équipage français (!) dirigé par Ulysse Mérou a atteint au terme d’un voyage de deux ans. Mais Ulysse Mérou n’a pas le caractère trempé de George Taylor. Attentiste, il demeure peu critique sur les tests psychologiques et pavloviens qu’il doit endurer à la suite de sa capture (ses compagnons connaissent le même sort que dans le film). Une même querelle scientifique oppose chimpanzés et orangs-outans qui parlent tous un langage simien que Mérou apprend peu à peu. Cette dispute prend fin quand, aux deux tiers du livre, Mérou parvient à démontrer son intelligence à un parterre de singes réunis en congrès. Zaïus est alors limogé et l’homme devient la coqueluche de la société simienne. Au cours d’un voyage d’études, Cornélius met à jour une poupée qui parle, preuve de l’existence d’une humanité civilisée antérieure à la présence des singes sur Soror. Explication romanesque de l’inversion des rôles : les hommes ont régressé par veulerie tandis que les primates, d’abord animaux de compagnie puis esclaves, se sont mis à singer les hommes jusqu’à s’affranchir de leur autorité. La fin du roman voit le retour en force de Zaïus, obligeant Mérou, Nova (la belle sauvageonne pareille au film) et leur fils Sirius à regagner la Terre (plus vieille de 700 ans), dominée elle aussi par les singes ! Le récit est un long flash-back encadré par deux parenthèses narratives qui révèlent que les singes sont devenus les maîtres de la galaxie.

L’humanisme du livre est avant tout social. Les mauvais traitements infligés à l’infra-population des hommes indignent le lecteur et imposent la réflexion critique. Outre qu’elle frappe l’imagination, l’inversion homme/singe est le prétexte à dénoncer l’exploitation de l’homme par l’homme dès qu’il exerce un pouvoir tutélaire sur une population techniquement moins avancée. Néanmoins, livre et film transmettent le même message : l’homme n’est qu’un maillon de l’évolution dans l’immensité de l’espace-temps. Comme les dinosaures, il disparaîtra. Ce que le film ajoute au pessimisme de Boulle, c’est que la fin de l’homme pourrait être plus rapide qu’on ne le pense (écho des peurs américaines contemporaines de la réalisation du film).

Les autres adaptations

À la suite du succès inespéré du film de Franklin J. Schaffner, cinq nouvelles adaptations ont vu le jour :

En 1970, produit à nouveau par Arthur P. Jacobs, c’est Le Secret de la planète des singes réalisé par Ted Post, un réalisateur plus connu pour ses westerns (Pendez-les haut et court avec Clint Eastwood, 1968) que pour son travail dans le domaine de la science-fiction. Trois millions de dollars, soit la moitié du premier volet, lui sont alloués et… le résultat est consternant de pauvreté plastique et scénaristique.
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Les Évadés de la planète des singes (Don Taylor, 1971) inverse le postulat du film de Schaffner. Catapultés sur la Terre du passé (en 1973), Zira et Cornelius sont à leur tour victimes des hommes qui voient en eux une menace pour le futur. Exterminé à la fin, le couple laisse derrière lui un petit chimpanzé qui deviendra le héros des volets suivants. Ce nouvel apologue laisse poindre l’idéologie contestataire des années 1970 en dénonçant discrètement le caractère belliciste du pouvoir étasunien (“tuer pour survivre”) ainsi que les problèmes de ségrégation raciale du pays.

La Conquête de la planète des singes (Jack Lee Thompson, 1972) : vingt ans après la mort de Zira et Cornelius, dans l’Amérique policière de 1991, les singes sont devenus des animaux de compagnie asservis à de basses besognes. Aussi prennent-ils un jour conscience de leur condition d’esclave et fomentent une révolte conduite par César, le fils de Zira et Cornelius, qui leur permet de prendre le pouvoir. Un décor épuré, une caméra-reporter filmant au plus près les combats nocturnes éclairés par des torches et incendies (Thompson affirme s’être inspiré des émeutes raciales de Watts, L.A., 1965) impriment au film une indéniable authenticité plastique. Le final délivre un message de paix et de tolérance.

La Bataille de la planète des singes (Jack Lee Thompson, 1973) : César est devenu roi des singes. Il doit affronter (aux côtés d’un Noir non-violent) les rescapés humains d’un immense conflit nucléaire. Ici, l’asservissement des humains vivant auprès des singes et le conflit entre chimpanzés pacifistes et gorilles belliqueux pointent les problèmes de la discrimination raciale. Les scènes de combat au lance-flammes embrasant villages et végétation évoquent la guerre du Vietnam (très présente dans les esprits). Enfin, en abandonnant leurs armes à feu au cri de “Battez-vous comme des singes” lancé par César, les primates se lancent dans les arbres et terrassent leurs ennemis au corps à corps, signe d’une réconciliation victorieuse de l’anthropoïde avec la nature.

La Planète des singes : cette dernière et décevante version de Tim Burton (2001) fait de la critique sociale du livre une réflexion sur la folie nucléaire des hommes et les dérives du pouvoir absolu.

Outils

Bibliographie

La planète des singes, Pierre Boulle, éd. Pocket Jeunesse, 2004
Darwin et la science de l’évolution, Patrick Tort, coll. Découvertes, éd. Gallimard, 2000
Darwin et le darwinisme, Denis Buican, éd. P.U.F., coll. "Que sais-je ?", 1987
Une famille peu ordinaire. Du singe à l'homme : les preuves, Jean Chaline, éd. du Seuil, 1994
L'apocalypse nucléaire et son cinéma, Hélène Puiseux, éd. du Cerf, coll. 7e art, 1987

Vidéographie

La Planète des singes. Distribution ADAV n° 36 556 (éd. Collector 6 DVD)
Secret de la planète des singes de Ted Post
Les Évadés de la planète des singes de Don Taylor
La Conquête de la planète des singes de Lee Thompson
La Bataille de la planète des singes de Lee Thompson
La Planète des singes de Tim Burton. Distribution ADAV n° 38 492 et n° 57 033 (éd. Collector 2 DVD)