Petite Vendeuse de Soleil (La)

France, Sénégal, Suisse (1998)

Genre : Récit initiatique

Écriture cinématographique : Documentaire

École et cinéma 2004-2005

Synopsis

Depuis fort longtemps, la vente de journaux à la criée dans les rues de Dakar est l’apanage des garçons. Sili, douze-treize ans, une jambe ballante appareillée, quitte chaque jour sa cité Tomates pour la ville, y mendier et nourrir ainsi sa famille. Un matin, elle se fait bousculer par un jeune vendeur. Elle décide alors de cesser de mendier pour vendre, elle aussi, des journaux, car « ce qu’un garçon peut faire, une fille peut le faire aussi ».
Mais les garçons n’acceptent pas cette intrusion sur leur territoire, et menacent la fillette. Un jeune vendeur solitaire, Babou, prend sa défense. Dès ce premier jour de vente, quelqu’un achète à Sili tous ses journaux, et lui donne un gros billet. Un agent soupçonneux l’emmène à la police. Sili se justifie devant le commissaire et fait libérer une femme, elle aussi accusée de vol sans preuve. Avec son gros billet, elle achète un parasol pour sa grand-mère aveugle, et distribue la monnaie restante aux vieilles femmes et aux enfants.
Les jours suivants, Sili et Babou vendent ensemble leurs journaux, déambulant dans les rues des petites gens de Dakar. Mais la bande des vendeurs, jaloux du succès de Sili, la malmène jusqu’à lui voler sa béquille. L’amitié des deux enfants triomphe : Sili monte sur les épaules de Babou.

Générique

Production : Maag Daan, Waka films AG, Céphéïde Productions
Produit par : Djibril MAMBETY DIOP, Silvia VOSER
Scénario et réalisation : Djibril MAMBETY DIOP
Image : Jacques BESSE
Son : Alioune M’BOW
Montage : Sarah TAOUSS-MATTON
Musique : Wasis DIOP
Chant religieux : Dyenaba LAAM

Interprétation :
Sili Laam / Lisa BALERA
Babou SECK / Taërou M’BAYE
la femme arrêtée / Oumou SAMB
Moussa, le jeune homme dans le fauteuil roulant / Moussa BALDE
Grand-mère / Dyenaba LAAM
le chef de la bande des vendeurs de journaux) / Martin N’GOM

43 minutes, 35mm, couleur, V.O wolof S.T.F.
Distribution France : Les Films du Paradoxe

Autour du film

A conte, conte et demi
A La Petite vendeuse de Soleil on associera sans doute le titre La Petite marchande d’allumettes. Malgré des éléments communs – mendicité, cruauté du monde, personnage de la grand-mère – la similitude des deux récits s’arrête là. Andersen trace le parcours d’une petite fille, victime exclue d’une communauté, qui va s’effaçant, tant et si bien qu’elle meurt. Mambety affirme le parcours initiatique et lumineux de Sili, et l’inscrit dans un monde cruel. Le ressort du conte édifiant d’Andersen est l’effroi et la compassion de son lecteur. Le merveilleux y est mortifère. Au contraire, le trajet volontaire de Sili, interdit toute commisération. Le merveilleux prend corps dans la décision salvatrice prise par la fillette de ne plus mendier. Du coup, Sili entraîne dans son sillage une constellation de personnages dont la caractérisation est empruntée au conte. Ainsi Grand-mère, fée aux pouvoirs surnaturels, surgit-elle dans le film telle une apparition. Elle est la source d’inspiration et la protectrice de Sili par la seule vertu de son chant qui lui confère un don d’ubiquité, et la vue qu’elle n’a plus.
Pour construire ce personnage, Mambety utilise des moyens cinématographiques qui lui sont chers. L’identité de Grand-mère est essentiellement prise en charge par la bande son. Elle n’est représentée qu’en gros plan. Mambety ne prend pas la peine d’installer le personnage dans son décor. L’ellipse produit un saut dans le récit. Ce bref accident narratif suffit pour composer complètement Grand-mère. Comme par magie, le récit décolle vers d’autres sphères.
Dans ce film, le trou narratif ne se limite pas au plan. Ainsi, la séquence de la fête fait-elle irruption, pleinement hors récit, comme un faux raccord, merveilleuse et débordante de bonheur. Pourtant, le film ne bascule jamais complètement dans la dynamique narrative du conte de fées. Le réalisme y entre par bouffées plus ou moins violentes. L’issue du film n’est pas  » Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants « , mais  » Ils sont désormais deux pour affronter la violence de ce monde qui, elle, n’a pas disparue « . L’initiation de Sili est exemplaire de l’enfance qui refuse d’être à genoux. Le handicap n’est rien devant la volonté, la détermination et l’amitié qui illuminent la trajectoire de la fillette, tout entière placée sous le signe de l’astre solaire. La réussite de La Petite Vendeuse de Soleil tient à cet alliage étonnant de la magie et d’une cruelle réalité. Ce conte dit l’enfance sublime, parce que jamais abstraite de la dureté du monde, mais prise dans les réseaux de tensions d’un univers déniaisé. On pressent un projet utopique, que seul le cinématographe.

  • Le cahier de notes sur… La Petite vendeuse de soleil, Rédigé par Marie Diagne, réalisé et édité par les Enfants de cinéma
  • Vidéos

    Toute la gravité de l’enfance

    Catégorie :

    par Marie Diagne

    Pistes de travail

  • Trois visages de femmes
    Lavée de tout soupçon, Sili obtient du commissaire la libération de la femme folle. Trois plans se succèdent alors : la femme se dégage des deux policiers qui l’encadrent, Sili regarde Grand-mère hors-champ, Grand-mère chante. Le montage réunit de manière manifeste et unique trois générations de femmes, dont les trajectoires fondent le récit. Leurs différents univers narratifs convergent vers la même toile, écran de la salle de cinéma où se projette le rêve fou de Mambety. La femme folle, triste personnage réaliste, est prise dans les filets de la violence urbaine. Grand-mère appartient au monde des contes merveilleux. Sili porte la promesse magique d’un avenir lumineux et lie les deux femmes.
  • Sons, musiques
    Les sons et les musiques qui caractérisent les personnages racontent à eux seuls la relation implicite qui les unit. Sili est le point de convergence des différents éléments de la bande sonore : mélopée de Grand-mère, airs de Moussa, et son distinctif du casseur de pierres, lesquels sont ses trois anges gardiens. Dans La Petite vendeuse de Soleil, la source sonore n’est jamais extérieure au film, mais les éléments sonores sont l’émanation directe des personnages et des événements.

    Mise à jour : 17-06-04

  • Le cahier de notes sur… La Petite vendeuse de soleil, Rédigé par Marie Diagne, réalisé et édité par les Enfants de cinéma
  • Expériences

    Cinémas, d’Afrique
    En novembre 1981, dans le quotidien Libération, le critique Serge Daney rendait compte du premier symposium du cinéma africain de Mogadiscio. Certes, il tirait la conclusion d’une expérience cinématographique naissante, qui se confronte aujourd’hui encore à l’absence d’une industrie du cinéma, et qui doit faire face à une mainmise des anciens colons.
    Surtout, il ne réfèrait pas les cinémas d’Afrique à leur continent, mais aux individualités qui le constituent. On sortait définitivement du regard porté sur « l’africanité » d’un film. On ne cherchait plus des repères légués, peut-être, par delà l’entreprise de la colonisation, par les cubistes puis les surréalistes sur l’art nègre : charme, origines, caractère naïf et primitif; authenticité. On faisait allusion à la politique des auteurs, celle que Daney définissait ainsi : « […] je ne pouvais avoir de rapports qu’à ce cinéma, où tu es pris par la main par quelqu’un qui a un nom, l’auteur, et qui te dis : Voilà, c’est comme ça que je regarde le monde, c’est comme ça que je m’y retrouve, viens avec moi et tu en auras une vision cohérente »
    Serge Daney. Persévérance, entretien avec Serge Toubiana. Editions P.O.L; Paris; 1994

    Outils

    Bibliographie

    Les cinémas d'Afrique noire, le regard en question, Olivier Barlet, L'Harmattan, coll. "Images plurielles", 2001.
    Cinémas d'Afrique noire francophone et du Maghreb, Denise Brahimi, , Ed. Nathan, 1997.
    Cinéma d'Afriqoe noire francophone : l'espace-miroir, André Gardies, L'Harmattan, 1989.
    Le cinéma africain de A à Z, Férid Boughedir, Ed. OCIC, coll. Cinémédia, 1987.
    Le cinéma africain : des origines à 1973, Soumanou Vieyra, Ed. Présence africaine, 1975.
    Les cinémas africains en 1972, Guy Hennebelle, Ed. Société africaine, 1972.

    Djibril Diop Mambety, la caméra au bout... du nez, Nar Sene, Ed. L'Harmattan, coll. La Bibliothèques d'Africultures, 2001.
    Djibril Diop Mambety ou l'ivresse irrépressible d'images, Ed. ATM-MTM, 1999.
    Hommage à Djibril Diop Mambety, Ecrans d'Afrique n° 24, 1998.

    Ecole et cinéma

    Voir la fiche du film sur le site des Enfants de cinéma

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