Petit lieutenant (le)

France (2005)

Genre : Policier

Écriture cinématographique : Fiction

Archives lycéens, Lycéens et apprentis au cinéma 2007-2008

Synopsis

à€ sa sortie de l’à‰cole de Police, Antoine monte à  Paris pour intégrer la 2ème division de Police Judiciaire. Caroline Vaudieu, de retour dans le service après avoir vaincu son alcoolisme, choisit le petit lieutenant pour son groupe crim’. Plein d’enthousiasme, Antoine fait son apprentissage du métier aux côtés de ses hommes. Vaudieu s’attache rapidement à  ce jeune homme, de l’âge qu’aurait eu son fils disparu.

Générique

Réalisation : Xavier Beauvois
Scénario : Xavier Beauvois, Guillaume Bréaud, Jean-Éric Troubat
Image : Caroline Champetier
Son : Jean-Jacques Ferran, Emmanuel Augeard, Eric Bonnard
Montage : Martine Giordano
Production : Why Not Production
Distribution : Mars Distribution
Sortie : 16 novembre 2005
Couleur
Durée : 1 h 50
Interprétation
Nathalie Baye / Commandant Vaudieu
Jalil Lespert / Antoine Derouère
Roschdy Zem / Solo
Antoine Chappey / Louis Mallet
Jacques Perrin / Clermont
Xavier Beauvois / Nicolas Morbé

Autour du film

Comment sur cette trame, le réalisateur et comédien Xavier Beauvois va-t-il s’emparer du genre policier auquel il s’adonne cette fois, après Selon Matthieu et N’oublies pas que tu vas mourir ? En adoptant un parti pris réaliste qui, au contraire du formatage des pléthoriques séries télévisées, lui autorise la plus grande liberté possible quand au parcours de ses personnages, à la manière dont vont s’échafauder leurs histoires. Bientôt, le commandant Caroline Vaudieu (Nathalie Baye), que son alcoolisme avait durablement mise sur la touche, va croiser le chemin initiatique qu’Antoine poursuit avec une fraîcheur désarmante. Premier flingue, premières menottes, première autopsie, Xavier Beauvois, qui s’est documenté avec la précision d’un Zola anticipant la rédaction de la grande suite naturaliste des Rougon-Macquart, nous prête le regard d’Antoine. Celui de Vaudieu, sans fard, s’abîme parfois vers des cicatrices intérieures. Femme brisée par la mort précoce d’un fils, flic résignée à combattre pour renouer avec le respect des autres et l’estime de soi, c’est à elle qu’Antoine doit le surnom affectueux de « Petit Lieutenant » dont on l’affuble. Écho à plusieurs titres du Petit Soldat, de Jean-Luc Godard, le petit lieutenant d’aujourd’hui n’est pas coincé entre les forces ennemies du FLN et de la future OAS, mais dans la fracture qui sépare ses rêves d’un univers largement désenchanté. Paraphrasant JLG, Xavier Beauvois affirmait dans un récent entretien télévisé qu’il avait souhaité réaliser : « Pas juste un film, mais un film juste. » Autour de seconds rôles soignés dans la meilleure tradition par des acteurs de premier plan (Roschdy Zem, Antoine Chappey, Jacques Perrin pour ne citer qu’eux), Xavier Beauvois installe des dispositifs d’acteurs non professionnels.
Ainsi des flics des stups qui, rencontrés par Antoine au terme d’un long couloir, vont l’introniser dans le sérail par les rites convenus des blagues et binouzes. De même les participants aux réunions des Alcooliques anonymes que les démons encore actifs de Vaudieu la contraignent à fréquenter, les SDF dont aucun artifice ne saurait rendre les gueules de rue, les fidèles réunis pour un baptême orthodoxe surveillé pour les besoins de l’enquête. Car enquête il y a, autour de crimes de sang commis par des repris de justice arrivés de l’Est pour se livrer à des dépouilles minables. On est loin, ici, des figures de « grand truand » et de « grand flic » dont un Melville pouvait confronter les ambivalences pour opérer sa mise à mal des mythologies complaisantes (Un Flic, 1972). Xavier Beauvois entame son film par un panoramique introductif où il nous montre, dans la cour bien propre de l’École de police, la parade ensoleillée des jeunes gens et jeunes filles en uniformes pimpants et vite remballés. De ce trompe-l’oeil, dont Antoine ne se remettra pas, au milieu des regards nés las de ses collègues, des jours blêmes et des nuits indifférentes, le film glissera vers Vaudieu. À elle l’ultime point de vue. Le cinéaste, en route, aura signalé tous les rituels qui sont autant de béquilles à l’humaine condition et dont son film, d’une intense rigueur, est bien le seul à ne pas avoir besoin.
Dominique Widemann / L’Humanité 16 novembre 2005

Dans le cadre du cinéma français, et plus spécialement du polar, un auteur de la trempe de Xavier Beauvois est plutôt une bonne nouvelle. De par son humilité tout d’abord, forme sereine d’un naturalisme n’ayant pas peur de se déborder lui-même pour ouvrir à un au-delà crépusculaire du monde qu’il décrit : la mort, qui rôde dans Le Petit lieutenant comme dans les précédents films de l’auteur, n’a rien d’une posture arty, mais travaille de manière insidieuse la matière même de l’oeuvre, en un ballet d’ombres qui renvoie le petit nihilisme noirâtre et bourgeois de tant de films français au vestiaire. De par sa simplicité formelle enfin, qui feint la grande forme pour revenir constamment à une épure qui doit moins au modèle de la qualité française qu’à son envers pas moins noble, sinon plus : dans ce film, notamment, l’aspect pédagogique de la fiction ou du feuilleton institutionnel dont la télé nous abreuve chaque semaine, et qui prend ici une forme d’idéal.
L’histoire est des plus anodine : une jeune recrue de la police, soutenue par une femme mûre et ancienne alcoolique, évolue au sein de la crim’ à Paris. Une banale affaire de meurtre le plonge dans l’enfer du métier : sa routine blême, existence morne sur laquelle plane constamment l’ombre du tragique et de la mort. La grande réussite du Petit lieutenant tient donc dans sa précision, approche assez éclatante du métier journalier de policier, évitant toute complaisance sans pour autant se raccrocher à un regard d’entomologiste froid. Il y a dans le personnage d’Antoine, la recrue, comme dans celui de Caroline, qui le prend sous son aile, une densité dramatique, légèrement romanesque, qui donne au film son mouvement : simple, intense, émouvant, bouleversant parfois. Chaque personnage secondaire, chaque pause ou suspension du récit s’inscrivent dans cette logique d’un romanesque de gare (la scène dans Paris où sont filés les suspects, exemplaire, comme celle d’interrogatoire d’un témoin vagabond) veiné d’une grande force documentaire.
Mais paradoxalement, c’est aussi de cet aspect documentaire qu’adviennent des limites qui ne seraient pas celles du film lui-même, mais d’un cinéma français qui, même quand il est d’une telle qualité, demeure l’ombre un peu mesquine de son grand frère hollywoodien. Impossible, évidemment, de ne pas songer ici à des films tels que Police fédérale L.A. ou Les Flics ne dorment pas la nuit, chef-d’oeuvres de la chronique policière dont Le Petit lieutenant n’atteint évidemment pas la cheville. La faute à cette manière de s’excuser constamment d’être un film de cinéma : témoin ce petit passage, assez insupportable, où des photos réelles d’autopsie passent entre les mains des policiers. Gêne, encombrement, retour étriqué de réel qui est bien sûr le signe d’un refus, d’une dérobade envers l’indispensable perversité -vulgarité à reconstituer le réel, croyance en la fiction- du cinéma. Si bien que les films de Beauvois, comparés par exemple avec ceux d’un James Gray (dont les sujets sont voisins) apparaissent aussi comme l’envers un peu nombriliste, un peu exhibo de la richesse de ce qui fonde un genre classique.
Vincent Malausa / Chronicart 16 novembre 2005

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