Peau d’âne

France (1970)

Genre : Conte

Écriture cinématographique : Fiction

École et cinéma 2004-2005

Synopsis

Un roi, devenu veuf, pour respecter le serment qu’il avait fait à son épouse, ne peut se remarier qu’avec une femme plus belle que celle-ci. Or, la seule personne qui réponde à cette exigence est sa propre fille et il décide de l’épouser. Effrayée, la jeune Princesse demande assistance à sa marraine la Fée. Suivant ses conseils, la Princesse exige de son père trois robes impossibles à faire, mais il les fait réaliser. Elle lui demande, ensuite, la peau de son âne précieux qui défèque de l’or. Il y consent. La Princesse, déguisée en souillon et couverte de la peau de l’âne, se sauve alors dans une ferme. Un Prince passant par là, tombe amoureux d’elle. Il la reconnaîtra grâce à une bague que Peau d’Âne lui fait parvenir dans un gâteau, et que, seule de toutes les prétendantes à la cour, elle peut enfiler à son doigt.

Générique

Titre original : Peau d’Âne
Réalisation : Jacques Demy d’après le conte de Charles Perrault
Musique écrite et dirigée par : Michel Legrand
Prises de vues : Ghislain Cloquet, assisté de Manuel Machuel et Yves Agostini
Son : André Hervée
Montage : Anne-Marie Cotret
Scripte : Annie Maurel
Maquettes des décors : Jim Leon, réalisées par : Jacques Dugied
Costumes : Pace Tirelli et Gitt Martini
Coiffures : Carita et Alexandre
Coproduction : Parc Film, Marianne Productions
Distribution : Ciné-Tamaris
Durée : 1h29
Interprétation
La Reine, la mère et Peau d’Âne / Catherine Deneuve (deux rôles)
Le Roi, son père / Jean Marais
La Fée, sa marraine / Delphine Seyrig
Le Prince / Jacques Perrin
La Reine / Micheline Presle
Le Roi / Fernand Ledoux
Le Médecin / Henri Crémieux
Le Premier Ministre / Sacha Pitoeff
Thibaud / Pierre Repp
Le Récitant / Jean Servais

Autour du film

Réalisme et merveilleux
Je vois dans le geste de Demy-truqueur, un plaisir qui me semble aussi proche que possible de celui de Perrault-conteur, comme si au plaisir que chaque cinéaste (ou peu s’en faut) éprouve à raconter une histoire s’ajoutait un autre plaisir, très enfantin celui-là, celui de transformer à la main, ou presque, et accompagné du moins de personnes possibles, l’univers dans lequel on a installé son film. Si l’invention de deux palais, l’un tout en rouge (statues vivantes et chevaux compris), l’autre tout en bleu nous amène déjà du côté du merveilleux, les trucages nous y plongent. Mais je ne vois pas de plus bel exemple de cette fusion du réalisme et du merveilleux que dans la séquence chantée – mais ce n’est pas du chant en tant que tel qui ajoute au merveilleux, pour peu qu’on ait vu une ou deux comédies musicales – où Peau d’Âne, couverte de sa peau dialogue avec Peau d’Âne vêtue d’une superbe robe, en un champ-contrechamp de type inédit (généralement au cinéma, on ne dialogue pas avec soi-même) sur une tâche (le suivi de la recette de cuisine) on ne peut plus concrète et réaliste.
Extrait du Point de vue du Cahier de notes sur…Peau d’Âne écrit par Alain Philippon, édité par Les enfants de cinéma

De savantes études ont montré que l’univers des contes de Perrault n’était pas fait pour les enfants qui les lisent, pourtant, depuis des générations. S’il est vrai que dans Peau d’Âne, l’amour du père a quelque chose d’incestueux, la beauté du spectacle organisée par Jacques Demy ne rend pas cette situation scabreuse. On peut admettre que dans la féerie, les sentiments comme les situations s’écartent du monde normal. Peau d’Âne de Jacques Demy se réclame d’un merveilleux cher à Cocteau (La Belle et la Bête) et au Walt Disney de Blanche neige et les sept nains. L’invention décorative est d’une admirable bizzarerie mais elle m’a toujours paru étouffer un peu la sensibilité de l’auteur des Parapluies de Cherbourg et des Demoiselles de Rochefort. Les personnages n’y sont que des marionnettes vivantes dans le jeu de l’amour et du bonheur. Mais enfin, Catherine Deneuve et Jacques Perrin, son prince charmant, ont bien de la poésie et, à force de revoir ce film que je n’aimais pas du tout à sa sortie, je lui trouve un sens de la magie visuelle propre à un réalisateur que le cinéma a injustement délaissé, après ses premiers succès. Les enfants d’aujourd’hui ne croient sans doute plus aux fées. On aimerait pourtant qu’ils soient sensibles à l’enchantement esthétique de ces images de rêve où les couleurs sont utilisées avec une grande originalité.
Jacques Siclier, Télérama

Comme les autres filles, j’aimais les histoires de fées et de sorcières, de rois et de princesses, de perles et de crapauds.(…) Lorsque j’ai lu le scénario de Peau d’Âne, j’ai retrouvé les émotions de ma lecture d’enfance, la même simplicité, le même humour et, pourquoi ne pas le dire, une certaine cruauté qui sourd généralement sous la neige tranquille des contes les plus féeriques.
Catherine Deneuve, dossier de presse de 1970

Le merveilleux se mêle à l’humain, le présent au futur, et sous ce désir si obstiné de Demy de perfection et d’idéal, on ne peut que supposer le pire.
S. Bonnet, Les Inrockuptibles, 1996

Vidéos

La cérémonie de l’anneau – par Alain Philippon

Catégorie :

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Pistes de travail

  • Du conte au film
    Conte d’origine orientale, Peau d’Âne était déjà connu en France depuis 1547, en Afrique du Nord et en Inde. La version de Perrault date de 1693. À Griselidis, nouvelle pastorale, Charles Perrault ajoute Les Souhaits ridicules et Peau d’Âne, et publie l’ensemble avec une préface en 1694, sous le titre de Contes en vers.
    Jacques Demy, en adaptant le célèbre conte de Charles Perrault, est resté fidèle à l’histoire. Le récit original est respecté dans l’ensemble et particulièrement son déroulement. Les désirs incestueux du père, l’épreuve des trois robes, la peau de l’âne bienfaiteur exigée, la fuite, la vie à la ferme, la découverte de la Belle par le Prince, autant d’épisodes qui s’enchaînent fidèlement. Vous pouvez comparer les épisodes du film à ceux du conte en lisant le conte de Charles Perrault sur internet : Peau d’Âne.
    Le cinéaste a rajouté par rapport au conte des éléments féériques visuels : la chaumière qui scintille, la rose qui parle, la vieille qui crache des crapauds… Ceci pour des raisons évidentes de mise en scène cinématographique. Quelques procédés cinématographiques montrent que l’on est dans l’univers du conte : ainsi les scènes de ralenti exprimant les difficultés de la fuite de Peau d’Âne, référence à La Belle et la Bête de Jean Cocteau.
  • Les anachronismes
    Même si Jacques Demy suit avec précision les épisodes du conte du Charles Perrault, il s’octroie quelques libertés de mise en scène pour le plus grand bonheur des spectateurs. Le film est ainsi ponctué d’anachronismes dont l’exemple le plus représentatif est celui de la séquence finale où le Roi et la Fée arrivent au mariage de la Princesse et du Prince en…hélicoptère ! D’autres anachronismes agrémentent le scénario et participent à l’esthétique de l’univers de Jacques Demy. L’histoire de Peau d’Âne est bien connue de tous, mais elle ne nous a jamais été contée de cette façon-là auparavant : une histoire éternelle saupoudrée de modernisme (cf. aussi les paroles des chansons).
  • La recette du Cake d’Amour
    A partir de la chanson du Cake d’Amour, interprétée par Peau d’Âne, il est possible de cuisiner un gâteau pour séduire le Prince charmant, tout en chantant !

    Ingrédients
    150 g de farine
    4 oeufs frais moyens
    1 bol de lait entier
    175 g de beurre ramolli
    150 g de sucre
    1 sachet de levure chimique (pour le levain)
    1 cuillère à soupe rase de miel
    Du beurre pour le moule

    Préparation
    “ Préparez votre…
    Préparez votre pâte
    Dans une jatte…
    Dans une jatte plate.

    Et sans plus de discours
    Allumez votre…
    Allumez votre four.

    Prenez de la…
    Prenez de la farine
    Versez dans la…
    Versez dans la terrine

    Quatre mains bien pesées
    Autour d’un puit creu…
    Autour d’un puit creusé.

    Choisissez quatre…
    Choisissez quatre oeufs frais
    Qu’ils soient du ma…
    Qu’ils soient du matin frais.

    Car à plus de vingt jours
    Un poussin sort tou…
    Un poussin sort toujours.

    Un bol entier…
    Un bol entier de lait.
    Bien crémeux s’il…
    Bien crémeux s’il vous plaît.

    De sucre parsemez
    Et vous amalga…
    Et vous amalgamez.

    Une main de…
    Une main de beurre fin
    Un souffle de…
    Un souffle de levain.

    Une larme de miel
    Et un soupçon de…
    Et un soupçon de sel.

    Il est temps à…
    Il est temps à présent,
    Tandis que vous…
    Tandis que vous brassez,

    De glisser un présent
    Pour votre fian…
    Pour votre fiancé.

    Un souhait d’a…
    Un souhait d’amour s’impose
    Tandis que la…
    Que la pâte repose.

    Lissez le plat de beurre
    Et laissez cuire une…
    Et laissez cuire une heure ”

    (Paroles de Jacques Demy, sur une musique originale de Michel Legrand)

    Fiche mise à jour le 26 octobre 2004
    Fiche réalisée par Delphine Lizot

    Pistes pédagogiques ailleurs sur le web :
    (liste non exhaustive)

    Académie de Dijon
    Télémaque – Le sentiment amoureux
    Association Plan-Séquence
    Ecole et Cinéma en Creuse
    Inspection académique de l’Yonne
    Ecole et Cinéma 77
    BNF – Les contes de fées

    Mise à jour: 20.05.08

Expériences

Tous les films de Jacques Demy ne sont pas des films musicaux, mais parmi ceux-ci deux tendances se distinguent. D’une part les films qui, dans leur structure, ressemblent le plus aux comédies musicales à l’américaine – là où la France n’a pas vraiment de tradition, hormis les opérettes avec Luis Mariano-, c’est-à-dire des films où alternent des scènes dialoguées et des scènes chantées : Peau d’Âne, Les Demoiselles de Rochefort. D’autre part un genre que Jacques Demy a inventé : les films “ en chanté ”, selon sa propre expression, comme on dit d’un film qu’il est “ en couleurs ” : dans Les Parapluies de Cherbourg (1964) ou Une Chambre en ville (1982), tout est chanté, y compris les dialogues les plus quotidiens ou les plus réalistes : ainsi, dans Les Parapluies de Cherbourg, entend-on aussi bien “ Il est temps de préparer le déjeuner ” chanté par Anne Vernon (la mère de Catherine Deneuve dans le film) que, dans un dialogue très amoureux entre les amants (Catherine Deneuve et Nino Castelnuovo) en train de faire des projets à long terme (l’achat et la gestion d’une station-service), “ Tu sentiras l’essence toute la journée, quel bonheur ! ” chanté par Catherine Deneuve dans un épanchement de tendresse.
Demy ira encore plus loin dans Une Chambre en ville où, lors d’une manifestation opposant grévistes et forces de l’ordre, les slogans des manifestants et les ordres de charges des CRS n’échapperont pas, quels que soient la violence réelle et le vrai ancrage social de la scène, à la règle du “ en chanté ”.
Il aura fallu à certains attendre 1982 et Une Chambre en ville pour découvrir que l’univers de Jacques Demy n’était pas l’univers tendre et doux que l’on croyait. (Peau d’Âne est l’une des rares exceptions.) La cruauté est là dès Lola, avec cet amoureux transi qui reste à quai tandis que Lola et l’homme de sa vie prennent le large (la plupart des films de Demy se passent dans des ports).

Outils

Bibliographie

Contes de Charles Perrault. ill. de Kelek, 1986. Chez Hatier
Peau d'Âne., Nathan, 1991

Vidéographie

Peau d’Âne, DVD avec de nombreux bonus passionnants..

Web

Le conte de Perrault dans son intégralité : Peau d'Âne

Films

Cinéma, une histoire de plans (Le) de Alain Bergala
Il était une fois... Les Parapluies de Cherbourg de Serge July,Marie Genin
André Téchiné, après la Nouvelle Vague de Laurent Perrin
Naissance de la Nouvelle Vague ou l'Evidence retrouvée de Claude-Jean Philippe

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