Où est la maison de mon ami ?

Iran (1990)

Genre : Récit initiatique

Écriture cinématographique : Fiction

École et cinéma 1993-1994

Synopsis

Un jeune écolier de Koker, village du nord de l’Iran, Ahmad, rentre chez lui comme chaque soir après la classe. Pendant qu’il aide sa mère aux travaux de la maison, il s’aperçoit qu’il a emporté par erreur dans son cartable le cahier de son camarade Mohamad. S’il ne lui rapporte pas au plus vite, Mohamad risque de se faire renvoyer de l’école. Ahmad décide alors d’aller à pied, jusqu’à Pochté, la ville voisine où habite Mohamad. La route est longue jusqu’à la ville, mais Ahmad est déterminé dans sa quête. Hélas, il n’a pas l’adresse de Mohamad et il est obligé de demander son chemin à des inconnus, incapables de le renseigner. On lui apprend finalement que Mohamad vient de quitter la ville avec son père pour se rendre à Koker. Ahmad retourne en courant chez lui. Là, il rencontre un homme qu’il pense être le père de Mohamad. Il le suit jusqu’à Pochté. Mais l’homme, qui porte le nom de famille de Mohamad, n’est pas le père du petit garçon. On apprend à Ahmad que la famille de Mohamad habite près de la maison du forgeron, à côté d’un arbre mort. Ahmad s’y rend à la tombée de la nuit mais ne trouve personne. Affolé à l’idée d’inquiéter ses parents, Ahmad retourne à Koker, sans être parvenu à voir Mohamad. Le lendemain matin, c’est le début de la classe : l’instituteur vérifie les cahiers des élèves, les uns après les autres. Le petit Mohamad s’aperçoit qu’il n’a pas le sien dans son cartable. En retard, essoufflé, Ahmad fait irruption dans la salle de classe juste au moment où l’instituteur est sur le point de demander son cahier à Mohamad. Ahmad, discrètement, donne le cahier à son camarade. Mohamad ne sera pas renvoyé.

Thème Comédie dramatique

De retour chez lui à Koker après l’école, Ahmad se rend compte qu’il a emporté le cahier de son ami Mohamad. Craignant que cela ne provoque le renvoi de ce dernier, il décide alors d’aller à pied, jusqu’à Pochté, la ville voisine où habite Mohamad. La route est longue, mais il est déterminé. Hélas, malgré ses efforts, il ne trouvera pas la maison de son ami. Le lendemain l’instituteur vérifie les cahiers des élèves. Le petit Mohamad s’aperçoit qu’il n’a pas le sien dans son cartable. En retard, essoufflé, Ahmad fait irruption dans la salle de classe juste au moment où l’instituteur est sur le point de demander son cahier à Mohamad. Discrètement, il donne le cahier à son camarade qui ne sera pas renvoyé.

Distribution

Le maître : intransigeant et sévère

Introduit au départ comme un homme intransigeant et sévère, il n’est pas à priori un « méchant ». Symbole de l’éducation et de l’exigence, il reste néanmoins une des clefs dramatiques du film. Sa réaction, en effet, peut avoir des conséquences graves sur le destin de Mohamad. Il s’agit dès lors pour Ahmad d’empêcher cette réaction. Sans ce personnage, les craintes d’Ahmad pour Mohamad ne seraient pas fondées, et n’entraîneraient pas cette course-poursuite.

Ahmad : généreux

Même si il n’apparaît qu’en second, il est le héros du film. Il n’a pas de rapport conflictuel avec son environnement jusqu’au moment où il se sent soudainement chargé d’un devoir moral, d’une « mission » pour sauver son ami. Généreux, le petit Ahmad est surtout un justicier : car il sait que c’est aussi à cause de lui que Mohamad risque le renvoi.

Mohamad : le grand absent

C’est le grand absent du film, « l’ami » du titre, et naturellement l’objet de la quête d’Ahmad. Pris en faute par le professeur dés le début du film, il apparaît d’emblée comme un personnage fragile et vulnérable.

Les parents d’Ahmad : extérieurs au drame

Ils n’ont guère le temps de s’occuper de leur fils à cause du poids de leurs responsabilités matérielles. Ils ne sont pas jugés par Ahmad qui comprend leur situation. Extérieurs au drame dont Ahmad est le protagoniste, ils sont tout de même attentifs à leur fils (voir l’avant-dernière séquence où la mère dit à Ahmad de dîner).

Le vieil homme : la sagesse et l’apprentissage

Il symbolise la sagesse et l’apprentissage. Même si il ne permet pas à Ahmad de retrouver Mohamad, il lui enseigne les traditions et les valeurs d’un « ancien ». Ce personnage de patriarche apparaît sous d’autres formes dans le cinéma enfantin : Merlin l’enchanteur, Obi Wan Kenobi ou Richard Bohringer dans Le Grand Chemin. C’est un personnage universel.

Générique

Titre original Khaneh-Ye Doust Kojast ?
Production Institute for the Intellectual Development of Childrens and Young Adults (Téhéran)
Scénario Abbas Kiarostami
Réalisation Abbas Kiarostami
Dir. Photo Farhad Saba
Montage Abbas Kiarostami
Musique Hossein Allah Hassin Madjid

Interprétation
Mohamad / Babak Ahmadpoor
Ahmad / Ahmad Ahmapoor
Professeur (Mouhalem) / Khadabarech Difâhou
Mader1 / Iran Irtâri
Mader 2 / Aiat Insaari Hadr
Berzan Amsoui / Saadit Tahouidi
Ali (Bessar Amsoui) / Bilân Mouafi
Doustre Baderzikr / Ali Jamali
Khaouaj (cafetier) / Aziz Babâmi
Rali Khardad (forgeron) / Nadr Khallami

Film Couleurs
Format : 1/1,66
Film Couleurs
Durée 1h25
Distribution Les Grands Films Classiques
N° de Visa 7 2543
Sortie en France 21 mars 1990

Autour du film

Un cinéma humaniste

Où est la maison de mon ami ? appartient à cet ensemble de films  » nécessaires  » qui semblent toujours venir à point quand le cinéma ne croit plus en lui-même.

Loin du spectaculaire et de l’excès, Kiarostami renoue avec une tradition humaniste du cinéma qui remonte à Renoir : précision, simplicité, utilisation puissante de la caméra. Chez Kiarostami la caméra semble pouvoir se promener partout, s’inscrire partout, sans pour autant devoir le prouver de manière démonstrative.

Ainsi, d’une cour d’école à une rue nocturne, d’un petit chemin de terre à une devanture de boutique, Où est la maison de mon ami ? donne l’impression rare d’un cinéma qui peut-être partout, comme si ce récit avait été enregistré par de multiples caméras qui se seraient enclenchées les unes après les autres au bon moment et au bon endroit. Nul besoin d’ajouter que si ce sentiment est aussi présent à l’écran, c’est parce que Kiarostami réussit à imposer et à incarner ce récit minimal en lui insufflant une vitalité et une énergie hors du commun. Cadrages serrés, montage raffiné, progression dramatique haletante ; autant d’éléments cinématographiques mis au service d’une forme modeste par sa facture mais en permanence efficace. Le spectateur ne se pose plus de questions qui pourraient gêner la bonne lecture du film.

Interrogé par Truffaut sur la trame plus que rocambolesque d’Une femme disparaît, Hitchcock répondait en avouant que son récit initial était certes bourré d’invraisemblances (une espionne doit se rendre à Londres pour livrer un message codé). Mais son traitement était tel que, le spectateur ne se demandait pas une seule fois pourquoi cette espionne n’avait pas tout simplement envoyé un télégramme. Ahmad aurait pu prévenir Mohamad d’une autre manière, sans aucun doute. Mais le film n’aurait alors pas eu sa raison d’être. Où est la maison de mon ami ? appartient aux films dits initiatiques, qui mettent toujours en relation un enfant avec l’univers des adultes : La Nuit du chasseur (Charles Laughton, 1955), Moonfleet (Fritz Lang, 1955), Jeux interdits (R.Clément,1952). Là encore, le récit d’un voyage ponctué de rencontres sert un propos comparable, mais le film est aussi une réflexion pleine de sens sur la générosité et l’humanité que recèle encore la monde de l’enfance. Pas de cruauté (comme la dépeignait Buñuel dans Los Olvidados) mais au contraire une croyance sans bornes en l’humain, humain qui passe d’abord par le regard de ces enfants sur le monde. (Nicolas Saada)

Toutes les émotions liées à la découverte du monde

 » Cette fable parfaitement « bouclée » est contée avec un humour proche, parfois, de certains films géorgiens (on pense à Iosseliani) que l’on tourne de l’autre côté de la frontière. La mise en scène, d’une fluidité constante, témoigne d’une grande qualité de transparence. Les dialogues, fondés sur le malentendu, abondent en répétitions savoureuses, tandis que passent, dans le regard de l’enfant, toutes les émotions liées à la découverte du monde, que représente métonymiquement ce village voisin et pourtant inconnu. « 
Michel Ciment, in  » Positif « , octobre 1989.

Criants de vérité

 » Le sujet de Où est la maison de mon ami ? peut sembler mince. Mais certains cinéastes ont le don de transformer les histoires les plus limpides en épopées. Souvenons-nous de François Truffaut qui disait :  » Les films qui ne brassent que du mensonge, c’est-à-dire des personnages exceptionnels dans des situations exceptionnelles, sont finalement raisonnables et ennuyeux. Alors que ceux qui partent à la conquête de la vérité – des personnages vrais dans des situations vraies – nous donnent une sensation de folie « . Les situations et les personnages de ce film sont criants de vérité. Personne peut-être, sinon Comencini, n’a filmé avec autant de justesse le monde intérieur d’un enfant, l’indifférence des adultes qui l’écoutent à peine, sa dignité et sa détermination, mêlée de timidité. Où est la maison de mon ami ? est un « grand petit film », un conte moral qui a aussi le bon goût de ne pas manquer d’humour. « 
Bernard Génin, in  » Télérama « .

À la hauteur du regard de l’enfant
 » Le très grand charme de ce petit film au budget aussi ténu que son récit réside dans son obstination à ne jamais perdre de vue la gravité de son enjeu et à se tenir constamment à la hauteur du regard de l’enfant. Le temps (compté) et l’espace (frénétiquement arpenté ont ici une épaisseur rare, exacerbée.
Les va-et-vient incessants du gosse, son essoufflement, ses peurs, son agacement, son désarroi perplexe face à l’incompréhension et l’apathie pachydermique des « grands », composent la matière du film, tout autant que les épreuves et les fausses pistes qui jalonnent sadiquement son parcours. Où est la maison de mon ami ? offre l’illustration pure et lumineuse de cette définition selon laquelle tout scénario est le récit d’un désir butant sur des obstacles. C’est aussi et surtout un conte fort pertinent, et mine de rien terrifiant, sur l’indécrottable inconséquence du monde adulte. « 
Jacques Valot, in  » La Revue du cinéma « , avril 1990.

Vidéos

Les rencontres d’Ahmad

Catégorie :

par Alain Bergala

Pistes de travail

  • Le sens de la dramaturgie
    Où est la maison de mon ami ? marque la rencontre unique entre une forme réaliste, authentique et un travail de scénario et de construction précis, élaboré et passionnant. La difficulté posée par le film réside dans son équilibre savant entre réalisme documentaire et fiction. Recherchez ce qui relève de la fiction et ce qui relève du documentaire.
  • Le choix du récit
    Kiarostami utilise ici un point de départ de suspense classique : lequel ? Montrez comment le film tient à la fois de la fable et de la course-poursuite…
  • Les dispositifs narratifs
    Montrer comment les évènements qui ponctuent le trajet de Ahmad ne cessent de retarder sa rencontre avec Mohamad tout en créant un autre récit, plus contemplatif (les rencontres avec les gens du village, les discussions avec le vieil homme).
  • La géographie
    À l’aide de plans généraux très brefs, Kiarostami réussit à nous faire saisir la distance qui sépare les deux villages et les efforts accomplis par Ahmad. Faire une évaluation.
  • Les personnages
    Décrire l’opposition entre le regard de l’enfant et l’indifférence des adultes.
  • La structure en boucle
    Kiarostami ouvre et termine son film avec des scènes quasiment identiques mais dramatiquement différentes. Comment entre ces deux scènes a-t-il pu faire monter l’intensité dramatique ?
  • Le découpage
    Même si le style du film peut faire penser au documentaire, Où est la maison de mon ami ? est un jeu sur la  » translation  » du point de vue à l’intérieur des scènes. En quoi le découpage de Kiarostami y contribue-t-il ?

    Mise à jour : 17-06-04

    Pistes pédagogiques ailleurs sur le web :
    (liste non exhaustive)

    Ciné club de Caen
    Hors champ
    Réseau rural d’éducation embrunais savinois

    Mise à jour le 10 mars 2008

Expériences

Le cinéma néoréaliste

À sa sortie, Où est la maison de mon ami ? a contribué à ramener au premier plan le cinéma iranien, jusqu’alors peu connu. C’est grâce à des festivals internationaux, comme celui des Trois Continents à Nantes, que la critique occidentale a pu découvrir ainsi Kiarostami.

La démarche du cinéaste s’inscrit dans un courant inauguré après-guerre par les néo-réalistes italiens avec des films comme Païsa ou Allemagne, année zéro. On peut aussi la rapprocher d’œuvres plus récentes, comme celles de Luigi Comencini par exemple.
Mais raccourcir le film et l’œuvre de Kiarostami à un simple héritage direct du néo-réalisme italien est somme toute réducteur.
Comme il l’a prouvé dans son Close-up, le cinéma de Kiarostami va plus loin qu’une simple reproduction impressionniste du réel. Là où un Rossellini construit un échafaudage fait de tensions émotionnelles, Kiarostami préfère construire très précisément la dramaturgie de ses récits pour aussi diriger de façon plus orientée sa mise en scène.
Dans Où est la maison de mon ami ?, la structure du film repose sur la recherche d’un personnage par un autre dans un environnement qui, à défaut d’être hostile, entrave néanmoins cette recherche. On pourrait certes comparer cette structure à celle de l’épisode florentin de Païsa, où une infirmière anglaise part à la recherche de son mari sous les coups de feu des partisans et des alliés. Mais, dans Où est la Maison de mon ami ?, le trajet du petit Ahmad a aussi quelque chose de l’enquête policière, avec à la clef, un authentique suspense : Ahmad retrouvera-t-il Mohamad à temps ? Chez Rossellini, le but final est la rencontre (Païsa). Chez Kiarostami, cette rencontre est doublée d’un « compte à rebours » : la classe du lendemain matin qui risque de se conclure avec l’exclusion et le renvoi de Mohamad. Kiarostami a réussi l’impossible : la rencontre entre une forme réaliste et impressionniste et un scénario  » à suspense « .

Outils

Bibliographie

Abbas Kiarostami, Petite bibliothèque du cinéma, 1997.
Le cinéma iranien, de l'image d'une société en mouvement. De la vache au Goût de la cerise, Hormuz Kéy, coll. "Hommes et société", Karthala, 1999.
Histoire du cinéma iranien, 1900-1999, Mamad Haghigat, Cinéma du réel BPI, 1999.
Kiarostami le magnifique, numéro spécial des Cahiers du cinéma n° 493, 1995.

Films

Abbas Kiarostami, vérités et songes de Jean-Pierre Limosin
Close up Long Shot (Sujet) de Mahmoud Chokrollahi,Moslem Mansouri
Cinéma, une histoire de plans (Le) de Alain Bergala
Kid (The) - Avec la participation d'Abbas Kiarostami de Alain Bergala

DVD

DVD de la collection L'Eden cinéma. Il propose :
- le film
- Abbas Kiarostami commente son film avec Alain Bergala (73mn). Devant des plans et des séquences de Où est la maison de mon ami ?, Alain Bergala mène un entretien avec Abbas Kiarostami.
- Abbas Kiarostami, vérités et songesde Jean-Pierre Limosin (52mn), le cinéaste rencontre des acteurs de ses films, qui ont souvent tourné pour lui quand ils étaient enfants, il évoque son enfance, raconte ses années de formation et livre enfin sa principale occupation : la recherche constante de « la vérité qui se cache derrière la réalité ». Des extraits de ses films illustrent ce film faisant parti de la série "Cinéma de notre temps".
- D'où viens-tu l'ami? de Jean-Louis Cros (11mn), Lisant et commentant divers morceaux choisis, Yadollah Royaï, poète iranien vivant en France, évoque la naissance puis l'évolution au fil des siècles du thème de l'Ami dans la poésie persane. Des images de miniatures persanes illustrent ses propos.
- Petite histoire de la miniature persane, par Agnès Devictor , de Jean-Louis Cros (36mn), Agnès Devictor, explique à un jeune garçon, exemples à l'appui, les grandes étapes de l'histoire de la miniature persane.

Ecole et cinéma

Voir la fiche du film sur le site des Enfants de cinéma

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