Nuit du chasseur (La)

États-Unis (1955)

Genre : Récit initiatique

Écriture cinématographique : Fiction

École et cinéma 2004-2005, Lycéens et apprentis au cinéma 2016-2017

Synopsis

Juste avant d’être arrêté puis condamné à mort Ben Harper confie à son jeune fils John le montant d’un hold up. Après son exécution, son co-détenu, Harry Powell, qui a deviné son secret est libéré. Il séduit la veuve, l’épouse puis la fait disparaître. John qui a senti la dangerosité de son beau-père, faux pasteur, psychopathe et criminel, s’enfuit avec sa petite soeur Pearl. Les enfants seront sauvés par une accueillante et courageuse vieille dame, Rachel qui démasque et fait arrêter Powell.

Générique

Titre original : The Night of the Hunter.
Scénario:James Agee, d’après le roman homonyme de Davis Grubb.
Photographie : Stanley Cortez.
Effets spéciaux optiques : Jack Rabin et Louis de Witt.
Montage:Robert Golden.
Son :Standford Haughton.
Décors: Al Spencer.
Direction artistique : Hilyard Brown.
Musique (composée et dirigée par) : Walter Schumann.
Chansons :Main Title, Hing Hang Hung, Cresap’s Landing, Pretty Fly (Walter Schumann et Davis Grubb),Leaning on the Everlasting Arms, Bringing in the Sheaves (airs traditionnels).
Producteur: Paul Gregory.
Distributeur: United Artists.
Interprétation:
Harry Powell, le prêcheur/ Robert Mitchum
Rachel Cooper/ Lillian Gish
Willa Harper/ Shelley Winters
Birdie James/ Gleason
John/ Billy Chapin
Pearl/ Sally Jane Bruce
Mme Icey Spoon/ Evelyn Varden
M. Walt Spoon/ Don Beddoe
Ben Harper/ Peter Graves
Ruby/ Gloria Castilo
Clary / Mary Ellen Clemons
Mary/ Cheryl Callaway
93 mn, Noir et Blanc.

Autour du film

Tout a été dit sur ce film  » unique « ,  » inclassable « ,  » mythique « , qui brille de l’éclat du diamant noir (comme son ouverture) au firmament des salles obscures où se terrent nos plus délicieuses frayeurs. On ne peut que rappeler son étrange poésie, à la fois sombre et lumineuse qu’on a dit  » crépusculaire  » et qui est plus encore, nocturne et lunaire ; baignant dans les éclairages contrastés d’une froide lumière qui sculpte des décors aux arêtes gothiques (ceux de la chambre nuptiale où Powell assassine, quasi rituellement, Willa) et des ombres énigmatiques, fugaces, terrifiantes (celles de ce chasseur de la nuit qui semble  » ne jamais dormir « , comme le dit le petit John). Parcours initiatique bercé de chansons et de comptines pleines de significations secrètes où les voix du bien et du mal s’affrontent, comme l’amour et la haine tatouées sur les mains d’étrangleur de l’ogre Powell. Une atmosphère d’onirisme mystérieux, rêve ou cauchemar éveillé, traverse de part en part ce conte moderne en forme de thriller. Mais c’est aussi une belle fable, une parabole lucide où se rencontrent l’enfance et la vieillesse, partageant la même fragilité et la même force de résistance. Celles d’une grand mère Courage et d’une nichée d’enfants perdus, tous orphelins de ce monde  » cruel aux plus faibles  » qu’ils recréent sur un îlot au bout de la rivière d’argent. Le film s’offre comme un immense réservoir à métaphores dont le décryptage déploie un recueil infini de lectures. France Demarcy

Le prologue céleste, où une vieille femme dans la nuit étoilée commente la Bible à des enfants, installe une atmosphère (la candeur irréaliste d’un conte de fées biblique) tout en désamorçant l’enjeu narratif du long épilogue où le prêcheur Harry Powell (Robert Mitchum) rôde autour de la maison de Rachel Cooper (Lillian Gish), à la recherche du trésor. Avant même que l’histoire ne commence, la communauté enfantine rassemblée autour de la mère est en sécurité, hors d’atteinte du danger qui rôde en contrebas. Lorsque la barque des enfants endormis s’échoue dans l’herbe, un mouvement de caméra ascendant découvre la voûte étoilée du ciel.[…]
Film sur  » la fin de l’innocence (l’adieu au monde avant la distinction du bien et du mal), l’expérience d’un désenchantement, d’un temps à jamais révolu, que seul l’amour du cinéma, de ses récits en ombres imagées, peut mélancoliquement réchauffer. Le cinéma a besoin du mal pour être aimé afin que l’homme ressente en lui cet exil de l’enfance, ce souvenir d’une terreur indicible dont il demeure inconsolé. Sans cette appréhension renouvelée du spectre de la mauvaise rencontre pas de vrai désir au cinéma. « 
Charles Tesson, Cahier de notes sur…La nuit du Chasseur, école et cinéma, les enfants du deuxième siècle.

Vidéos

Une ombre en mange une autre

Catégorie :

par Charles Tesson

Une mise en scène à l’économie

Catégorie :

Avec un budget modeste, Charles Laughton a réussi à créer une mise en scène remarquable, grâce à la lumière et certains choix de cadre.

Un style lumineux théâtralisé

Catégorie :

La Nuit du chasseur est un exemple parfait de la façon dont le cinéma hollywoodien est fondé sur l’amour de l’artifice lumineux et des trucages.

Pistes de travail

En paraphrasant Serge Daney qui a écrit à propos de La nuit du Chasseur  » Tout le cinéma en un seul film « , on pourrait ajouter : tous les contes en un seul. Tant sur le plan cinéphilique que mythologique le film offre de riches pistes de lecture. Ogre, Barbe Bleue, nouveau Landru et figure du Malin s’entrecroisent dans la personne du faux et mauvais  » pasteur  » auxquels répondent les récits bibliques et salvateurs d’une Rachel au nom prédestiné. C’est en nouveaux  » Moïse  » que John et Pearl portés par les eaux protectrices de la rivière sont conduits vers cette mère adoptive. A cette mise en abîme des légendes fait écho celle du cinéma. Merveilleuse Lillian Gish : enfant victime d’un parâtre (déjà) dans Le lys brisé de Griffith en 1919, devenue ici une aïeule tutélaire à la figure fordienne :  » petite-grande  » mère armée d’un fusil qui protège le foyer. Véritable icône du cinéma américain dont elle symbolise ici, en un raccourci saisissant, toute l’histoire depuis l’époque pionnière d’Hollywood et l’apogée du muet.

Mise à jour : 17-06-04

Expériences

La Nuit du Chasseur est l’unique réalisation de Laughton qui a alors derrière lui l’une des carrières d’acteur les plus prestigieuses de la scène et de l’écran. Le personnage d’Harry Powell aurait d’ailleurs parfaitement convenu à ce comédien hors pair, largement spécialisé dans les rôles de  » monstres « . Déjà metteur scène de nombreuses pièces de théâtre il applique ici cet art au cinéma donnant au film son aspect d’expérimentation polymorphe : mélange de styles, de genres, de thèmes, de motifs, qui relève peut-être aussi d’une forte collaboration. Autour de Laughton : Davis Grubb, auteur du roman qui participe étroitement à l’adaptation, le grand scénariste (et aussi écrivain et critique) James Agee qui insiste sur l’arrière plan social du drame : la crise des années 30. Stanley Cortez, directeur d’une photographie hautement  » expressionniste « . Performance des interprètes enfin, qui donne encore doublement à ce film son caractère de  » création d’acteur « .

Outils

Bibliographie

La nuit du chasseur, Davis Grubb, Ed. Christian Bourgeois, 1981.
La nuit du chasseur, découpage et dialogues du film, L'Avant-scène cinéma n° 202, 1978.
La nuit du chasseur, Charles Tatum Jr, Ed. Yellow Now, 1988.
La part du feu (La Nuit du chasseur), André S. Labarthe, Cahiers du cinéma n° 60, 1956.

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