Monty Python, Sacré Graal

Grande-Bretagne (1975)

Genre : Comédie

Écriture cinématographique : Fiction

Archives collège, Collège au cinéma 2008-2009

Synopsis

Le roi Arthur et les Chevaliers de la Table Ronde se lancent à la conquête du Graal, chevauchant de fantômatiques montures dans un bruitage de noix de coco cognées. La petite troupe va devoir passer mille épreuves, dont un chevalier à trois têtes, des jouvencelles en chaleur, voire même un terrible lapin tueur.

Générique

Titre original : Monty Python and the Holy Grail
Réalisation : Terry Jones, Terry Gilliam
Scénario : Graham Chapman, John Cleese, Terry Jones, Eric Idle, Michael Palin et Terry Gilliam
Image : Terry Bedford
Montage : John Hackney
Musique : De Wolfe, Neil Innes
Décor : Roy Forge Smith
Production : Python Pictures Limited, avec Mark Forstater, Michael White
Distribution : Carlotta films
Format : 35mmm, couleurs
Durée : 1h30
Interprétation
Roi Arthur / Graham Chapman
Patsy le page / Terry Gillian
Chevalier Noir / John Cleese
Bedevere le sage / Terry Jones
Lancelot / John Cleese
Galahad / Michael Palin
Robin / Eric Idle
Chevalier français / John Cleese
Le chevalier géant à trois têtes / Terry Jones, Graham Chapman, Michael Palin
Le Roi du Château Marécageux / Michael Palin
Concorde / Eric Idle
Prince Herbert / Terry Jones
Voyant / Terry Gillian
Roger le spécialiste du jardinet / Eric Idle
Tim l’enchanteur / John Cleese
Frère Maynard / Eric Idle

Autour du film

  • Le gag comme unité

Bien qu’ils ne soient pas tous crédités comme réalisateurs, c’est le bien le travail collectif des six Monty Python qui est à l’origine du film. Cette troupe de comiques iconoclastes composée de Graham Chapman, John Cleese, Terry Jones, Eric Idle, Michael Palin et Terry Gilliam a été rendue célèbre par la télévision. La BBC diffusa pendant cinq ans leurs sketches dans la série télévisée Monty Python’s Flying Circus qui fit pouffer de rire un si grand nombre de britanniques qu’il leur fallu rapidement s’adapter au grand écran.

Le passage d’un médium à l’autre n’est pas simple : comment concilier la brièveté du gag et la durée d’un long métrage ? On sent bien que ce sont les sketches qui ont servis de base à l’écriture du film, et que le schéma narratif de la quête du Graal a servi de liant aux auteurs. Il se révèle alors plus pertinent de découper le film, non en unité de temps, de lieu ou d’action comme le veut la règle, mais plutôt par gag : les noix de coco, la peste et l’homme qui n’est pas complètement mort, la lutte des classes, le duel sanglant avec le Chevalier Noir, les interrogations socratiques sur l’essence de la sorcière, etc…

  • Gags de cinéastes

En s’intéressant de plus près au moteur comique de ces gags, on comprend que le passage du format télé au long métrage ait réussi. En effet, le nombre des gags visuels et sonores témoigne du véritable sens de la mise en scène de la joyeuse équipe, tandis les démystifications et parodies révèlent leur profonde connaissance de l’imagerie cinématographique. Enfin, la mise en abyme récurrente du spectacle et des moyens de sa mise en scène fait de ce film une véritable mine pour enseigner le cinéma qui, en creux, définit ses règles et conventions.

– Effets visuels

A 1 heure 6 minutes du début, un plan nous montre les chevaliers qui semblent sortir du nez d’un crâne géant à la queue leu-leu. Ce gag furtif et grotesque est pensé visuellement. L’opérateur a utilisé une grande profondeur de champ afin de « ramasser » l’arrière plan et le premier plan et créer ce drôle d’effet de superposition.

De même, des anachronismes sont semés dans la composition des plans, créant de petites virgules comiques au détour des séquences. Par exemple, le plan large des chevaliers en route vers le château d’Arrrghhh à une heure 19 minutes du film,  montre une carcasse de voiture au premier plan. Plus marqué, le montage alterné entre les chevaliers à la quête du Graal et la police à la recherche de l’assassin du professeur d’histoire met en œuvre un comique de répétition : on nous rappelle régulièrement une scène que l’on avait rapidement oubliée étant donné son rapport a priori lointain avec l’intrigue. Mais finalement, c’est la convergence des deux histoires qui achèvera l’histoire : le roi Arthur sera arrêté pour son crime comme un malfrat ordinaire.

A 52 minutes, un plan serré insiste sur un autre anachronisme, celui d’un garde croquant dans une orange à l’entrée du mariage.

– Effet de montage

Précisément, ce gag est inclus dans un autre de plus grande envergure. Il s’agit de celui du garde qui regarde Lancelot arrivant en courant à l’horizon pendant la fête du mariage. Cette scène est construite sur une alternance de champ – contre champs : nous voyons d’abord le garde en train de regarder hors champ puis, dans un autre plan, on nous montre le contre-champ (ce que le personnage est en train de regarder) : le chevalier Lancelot surgissant en courant sur la ligne d’horizon d’un plan large. Retour sur un plan du garde le regardant, puis, alors que l’on s’attendait à constater la progression de Lancelot dans le contre champ suivant, on découvre Lancelot effectuant le même trajet dans le plan que précédemment. Nous avons donc l’impression qu’il fait du surplace … et cela nous fait sourire.

Le monteur du film a manifestement réutilisé plusieurs fois le même plan de Lancelot. Les réalisateurs détournent ici la règle qui veut que l’action progresse même lorsqu’elle n’est pas montrée. Pendant qu’une action à lieu à  l’écran, le temps continue de défiler pour les autres : ainsi, au montage, le cinéma recompose des unités de temps filmées à divers moments lors du tournage afin de nous donner l’illusion du temps linéaire de la vie.

  • Cinéma, le grand détournement

Les réalisateurs se jouent ainsi des conventions du cinéma. Lorsqu’on regarde un film, nous adhérons à un pacte implicite : même si nous savons que tout est fabriqué, nous y croyons pourtant. Nous acceptons beaucoup de choses impossibles dans la vie courante à condition qu’elles soient vraisemblables dans l’univers du film : il est impossible qu’un homme saute de plusieurs mètres de hauteur sans une égratignure, pourtant James Bond se relève toujours avec un smoking impeccable. Les Monty Python pointent ces conventions.  Lors de la rencontre entre les Chevaliers Qui Disent Ni et le Roi Arthur, ils les poussent jusqu’à l’absurde en nous montrant comment le mot « Ni » peut être implicitement admis comme un mot au pouvoir épouvantable (les personnages tremblent quand ils l’entendent) et terriblement insultant : « Triste époque où un paltoquet peut dire « ni » à un vieille femme » réplique un personnage.

Généralement, la noix de coco est un bruitage utilisé en studio pour imiter le galop du cheval. Mais à quoi bon se priver quand le fruit permet d’économiser à l’écran la location, le dresseur et le coût des formations des acteurs à l’équitation, et permet surtout de faire rire le public !

– Le regard caméra

On ne compte plus le nombre de regard caméra que comporte Sacré Graal. Dans le cinéma classique, tout véritable acteur sait qu’il ne doit jamais regarder la caméra. Lorsqu’il arrive, lors du visionnement d’un film, qu’un figurant tourne son regard vers l’objectif, nous prenons alors immédiatement conscience de l’artifice du film. En faisant communiquer le monde fictionnel de l’histoire et celui du spectateur, le regard caméra d’un personnage/ acteur révèle le simulacre. Cette convention est transgressée avec allégresse tout au long du film : au château d’Anthrax, Dingo, « la sœur jumelle de Zout » demande en regardant la caméra « Vous croyez qu’il faut couper la scène ? ». Après qu’elle ait même évoqué les scénaristes du film, plusieurs personnages (les cartes, les paysans du débuts, Dieu) répondent en s’adressant à l’objectif. Comble des combles, des personnages qui ne sont pas encore intervenus dans l’histoire (le gardien aveugle, Tim l’enchanteur, l’armée) répondent eux aussi selon le même procédé. On peut aussi citer le père de Herbert, le dauphin efféminé qui rêve de devenir chanteur (« coupez ! Coupez ! » ordonne t-il à propos de la musique). L’évocation de la scène 24 par la voix off, l’artificialité du lapin mangeur d’hommes, du sang du Chevalier Noir décapité, de la vache catapultée par les français, etc. relèvent de la même dévastation jubilatoire et irrévérencieuse des règles de la fiction classique.

Vidéos

Monty Python, Sacré Graal

Catégorie :

Le générique d’€™ouverture (de 00 min à  3 minutes 24)

Initialement, le générique d’€™un film est avant tout fonctionnel. C’est une séquence comportant les noms de l’€™équipe technique et artistique du film. Mais les réalisateurs l’€™utilisent souvent pour donner le ton du film. C’est ce rà´le dont s’€™emparent ici les Monty Python. En trois minutes, le générique concentre efficacement la logique humoristique du film : ne rien prendre au sérieux.

Le générique d’€™ouverture se divise en deux parties aux styles totalement opposés.

La première se caractérise par son austérité. Avec élégance, les lettres blanches sur fond noir apparaissent en fondu. Après un silence respectueux, des notes disjointes viennent ponctuer les noms de l’€™équipe. Rythmes complexes et irréguliers, cette musique savante et tourmentée fait glisser le spectateur dans l’€™univers de films originaires du nord de l’€™Europe, réputés impénétrables. On pense au réalisateur suédois Ingmar Bergman et à  la musique hypnotique de Persona. En somme, nous sommes à  des années lumière de l’€™univers des Monty Pyton. Mais comme on pouvait s’€™y attendre, les choses vont vite déraper : les sous-titres suédois (la graphie nous l’€™indique) n’€™assument plus leur rà´le de simple traducteurs de l’€™anglais mais s’€™imposent maintenant comme des répliques de dialogue :  » – Et si on visitait la Suède, il y a de jolis lacs. – Un élan a mordu ma sœur, une fois’€¦ « .

Avec la prise de distance qui caractérise le film à  suivre, des cartons nous renseignent sur la fabrication du générique : il est question des réalisateurs du générique, de leur laisser-aller et de leur renvoi. En effet, un changement est notable : la musique n’€™est plus la même. Elle est maintenant symphonique et passionnée. Nous avons quitté le drame psychologique pour un film romantique comme Docteur Jivago de David Lean. Un autre carton annonce le goà»t pour les digressions dont font faire preuve les Monty Python dans Sacré Graal : les sous traitants sont eux aussi renvoyés et le générique va faire peau neuve.

Chose promise, chose due : un générique psychédélique nous saute aux yeux. Une joyeuse musique mexicaine populaire rythme des cartons complètement déjantés. Mission accomplie : le ton est donné.

Pistes de travail

Il peut être passionnant de relever toutes les entraves aux conventions cinématographiques que le film propose. Car pour faire cet exercice, les élèves devront d’abord intégrer et repérer les règles de la « grammaire » du cinéma et, au-delà, de la représentation en général.

La partie « Mise en scène » de cette fiche repère et analyse plusieurs d’entre elles.

Voici d’autres suggestions :

– La parodie des films épiques et d’aventure

Les conventions sont encore plus prégnantes lorsqu’il s’agit d’un film de genre. Ici, le sujet du film (la quête du Graal) nous indique que nous aurons à faire à un film épique… Dès le début du film, la musique confirme l’époque annoncée avec une police de caractères médiévale sur le carton d’ouverture en latin (AD pour anno domini = notre ère). Le son lourd et grave de la grosse caisse relayée par des trompettes triomphantes s’accorde au galop des chevaux qui, dans un effet de spatialisation sonore, annonce l’arrivée imminente de valeureux chevaliers. Atmosphère brumeuse et humide, musique, chevaux… A ce point, il n’y a aucun doute : nous allons assister à une histoire héroïque, tout en bravades et en événements sublimes. Mais les cavaliers apparaissent progressivement à l’horizon (autre code du genre), sans leurs montures, remplacées par une paire de noix de coco… Plusieurs grosses productions comme Le seigneur des anneaux de Peter Jackson flirte avec les codes du film épique dont les codes font désormais partie de l’inconscient collectif.

– Le héros : dans ces films, le héros est un valeureux personnage qui doit inspirer le respect aux autres. Dans Sacré Graal il est très vite et sans cesse ridiculisé. Alors qu’il s’apprête à se recueillir après le duel qui l’a opposé au Chevalier Noir, la solennité du moment (gros plan en plongée sur le roi agenouillé) est réduite à néant par le coup de pied donné dans la tête par l’adversaire. Personne ne reconnaît, ni ne considère le Roi Arthur à la hauteur de sa fonction et de son mythe.

– La démonstration de force : il s’agit d’un passage obligé permettant d’informer le spectateur des pouvoirs d’un nouveau personnage mais aussi d’impressionner le héros et de constituer un nouvel obstacle à franchir. Nous allons donc voir le nouveau personnage à l’œuvre à un moment du film. C’est ce dont se moquent les Monty Python dans la scène de rencontre avec Tim l’enchanteur. Le personnage qui a le pouvoir de déclencher des explosions à distance en fait trop : il n’en finit plus d’enclencher des détonations face à une Table Ronde fascinée.

Ainsi, les scènes solennelles sont désenchantées. La découverte du message à décrypter sur les parois de la grotte, la résolution de l’énigme pour pouvoir progresser, l’assaut (la violence gratuite pendant le mariage), le duel, le monstre, la bataille finale…

– La musique : on parle de musique épique. Franche et triomphale, ici elle souligne par contraste la dérision des actions. Elle peut aussi annoncer une épreuve ou orienter notre lecture de l’action (chants grégoriens accompagnent la Sainte Grenade). Entre autre, on notera le gimmick (leitmotiv sonore) qui est associé à la menace : c’est un bref morceau de violons suraigus et stridents qui est censé annoncer les situations périlleuses.

– les pauses du récit : film d’actions par excellence, le film épique est aussi sérieusement écorché ici par les détails et les considérations qui freinent le récit. L’enchaînement soutenu d’actes héroïques est sans cesse entravé par le discours : les questionnements et digressions sur la présence de noix de coco au royaume de Mercie (« un oiseau de 100g ne peut pas transporter une noix d’une livre ! »), par le discours politique du paysan de la scène 2, par les considérations de la voix off sur la distance réelle qui sépare le roi Arthur des chevaliers (à un vol d’hirondelles ? Deux et demi ?)

– Un film composite : d’autres genres et d’autres techniques surgissent au milieu du récit : le film d’animation, la comédie musicale, le reportage télé…

Cécile Paturel, le 25 août 2008

Expériences

    • Le Graal : c’est un vase sacré qui aurait servi à Jésus pour la Cène et aurait aussi recueilli le sang du Christ lors de la Crucifixion. Au XIIIe siècle, Chrétien de Troyes raconte la quête du Graal par les Chevaliers de la Table Ronde. Réunis autour du Roi Arthur, ils ont été choisis en raison de leur courage et leur vaillance exceptionnelle pour trouver le Graal. Leurs aventures sont réunies sous le nom de Légendes Arthurienne. Mais, contrairement à une épopée comme l’Iliade ou l’Odyssée (les Monty Python se plaisent à en citer quelques épisodes incontournables comme le Sphinx ou le Cheval de Troie), il n’existe pas une version unique des Légendes Arthurienne qui varient selon les textes.
    • L’humour anglais : le film fournit de belles démonstrations de ce qu’on appelle le nonsense : à plusieurs reprises (voir la séquence de la noix de coco) les personnages développent des raisonnements totalement dénués de sens sous une apparente logique. Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll auquel le film fait référence (les cartes à trois têtes) est emblématique de cette forme d’humour qui aime jeter ses personnages dans des situations absurdes ou excentriques avec beaucoup de gaieté.

Outils

Bibliographie

Hofmarcher Arnaud, Algoud Robert, Les Monty Pythons, Textes, pensées et dialogues de sourds, Ed. Cherche Midi, 2003 : Compilation de textes tirés des sketches des Monty Python

Web

Site officiel en anglais construit dans l’esprit loufoque des Monty Python.
Site officiel de Terry Jones, en anglais.

Commentaires