Monde vivant (Le)

France (2003)

Genre : Conte

Écriture cinématographique : Fiction

Archives lycéens, Lycéens et apprentis au cinéma 2005-2006

Synopsis

Un ogre, pas très bien rasé, avec deux enfants vivants dans son garde-manger, veut répudier son épouse -qui n’est pas une ogresse- pour se marier avec une demoiselle qu’il tient captive dans une chapelle.
Deux chevaliers partent pour le combattre : l’un a un lion, l’autre pas, et tous deux portent des pantalons en toile de Gênes à la mode de Nîmes. Cette histoire, qui se passe de nos jours, est d’une brûlante actualité.

Générique

Réalisation : Eugène Green
Scénario : Eugène Green
Image : Raphaël O’Byrne
Son : Dana Farzanehpour
Montage : Cheng Xiao Xing, Benoit de Clerck
Production : MACT production, Les films du Fleuve, AB3
Distribution : Shellac
Durée : 1 h 15
Interprétation
Pénélope / Christelle Prot
Le chevalier au lion / Alexis Loret
Nicolas / Adrien Michaux
Demoiselle de la chapelle / Laurène Cheilan
Grand enfant / Achille Trocellier
Moins grand enfant / Marin Charvet
Ogre / Arnold Pasquier
Lion / Sam

Autour du film

Les thèmes de ces deux films (Le Monde vivant et Le Nom du feu) ont trait à la bête qui est en l’homme, et au rapport entre la matière et l’esprit, la résolution de ces deux questions fondamentales tournant autour du mystère de la parole. La bête est une énergie, ni mauvaise, ni bonne, sa valeur dépendant de ce qu’on en fait.

Normalement, c’est le rôle des civilisations de chercher à lui donner une valeur positive, mais l’effondrement de toutes les civilisations laisse l’individu face à son être et à son destin. Ce sont également les civilisations qui ont cherché à donner à l’homme un cadre pour faire coexister les deux composantes de l’univers et de lui-même, mais dans un monde qui évolue vers une négation totale de l’esprit, c’est de nouveau à l’individu de lutter pour garder l’élément qui non seulement lui donne sa dignité, mais qui assure aussi la pérennité de la matière. Dans les combats actuels de l’homme pour conserver son identité, la seule arme qui lui reste, c’est celle qui se confond avec son origine même : la parole, même quand il s’agit, comme dans le cinéma, de la parole faite image.
Eugène Green, in dossier de presse Le Monde vivant

Le Monde vivant, au-delà de sa dimension d’épopée anachronique, ne lâche pas le moindre de ses présupposés, dans une posture de noble et humble intransigeance volontiers à rebours du contemporain. Témoin d’un cinéma de pure croyance,le film d’Eugène Green avance selon une ligne de conduite têtue : éthique de la discussion, éloge de l’accord verbal filmé jusque dans les extrémités les plus sacralisées – la promesse tenue d’une résurrection, à la condition de croire davantage au verbe qu’à la chair-s’y déploient sur un mode joyeusement volontariste. Il ouvre sur des propositions surnaturelles, sources de multiples incongruités filmées le plus calmement du monde (Nicolas pénétrant dans une chapelle au moyen d’une espèce de lévitation onctueuse). Dans son dénuement optimiste – tout fonctionne, chaque détournement déflationniste (le chien pour le lion, un lapin pour un éléphant) ou métonymique (une main pour un ogre) acquiert aussitôt un statut de convention reconnue par tous -, Le Monde vivantcherche une voie vers le hiératique à portée de voix humaine.

Le sacré selon le cinéaste n’existe que si on le nomme, si on l’interpelle. Là naît l’unique possibilité de bâtir et habiter un monde vivant –celui que l’on traverse (la forêt), où l’on revient (d’entre les morts). Il est, par la grâce d’une parole chantée dans ses atouts les plus baroques, le château de tous les miracles.
Jean-Philippe Tessé / Les Cahiers du cinéma novembre 2003

Pistes de travail

Les anachronismes

Des anachronismes jalonnent le film. Avec un œil attentif, il est aisé de repérer ces anachronismes qui suscitent l’hilarité des enfants.
Nous pouvons différencier deux catégories d’anachronismes dans Le Monde vivant : les anachronismes de la langue, et les anachronismes visuels.
Les anachronismes de la langue ponctuent les dialogues des personnages, comme par exemple lorsque Nicolas dit : « c’est chouette ! ». Cette expression moderne contraste avec la préciosité linguistique qui caractérise les échanges de paroles. En effet, la prononciation même des dialogues est soignée puisque les personnages s’efforcent de marquer les liaisons entre chaque mot au risque parfois d’inventer des liaisons qui n’existent pas. Cette particularité participe également à la dimension humoristique du film.
Les anachronismes visuels provoquent également un effet drôlatique. Les deux valeureux chevaliers qui partent tous deux au combat portent un…jeans ! L’action du film se passe au Moyen-âge et pourtant les personnages masculins revêtent des pantalons que les Américains ont inventés au XIXe siècle !
Eugène Green, en parsemant son film d’anachronismes, a certes voulu lui donner une tonalité humoristique, mais de son propre aveu, il a aussi souhaité lui donner une tournure résolument moderne bienque l’action se déroule au le Moyen-âge.

La synecdote et les plans suggestifs

La synecdote est une figure de style littéraire qui consiste à nommer la partie pour le tout, par exemple on dit couramment une « voile » pour signifier « un bateau ». Le Monde vivant contient une série de plans très singuliers qui peuvent être aparentés à cette figure de style où des mains, des pieds, des armes blanches occupent la totalité des plans. Les voix des comédiens aident les spectateurs à identifier les personnages auxquels appartiennent ces membres ou ces éléments.
Il s’agit d’un procédé suggestif qui oblige les spectateurs à ne pas rester passifs devant les images qu’ils découvrent. En choississant de ne pas tout montrer, c’est aussi une façon de laisser libre cours à l’imagination de chacun. Ainsi, le personnage de l’Ogre n’apparaît jamais en entier l’écran, nous voyons ses pieds, son pelage, son arme, etc. Il est pourtant redoutable et fait peur aux enfants qui sont obligés de l’imaginer puisqu’ils ne le voient jamais. Il peut être intéressant et ludique de constituer un florilège d’éléments caractérisant tel ou tel personnage. Par exemple : quels éléments, quels membres caractérisent Nicolas ? l’Ogre ? etc. Cet exercice permet de souligner l’importance du plan et la singularité du cinéma d’Eugène Green, qui invente un style à contre-courant du cinéma contemporain où tout est montré à l’écran. Le cinéaste lui, fait confiance à la vivacité d’esprit de ses spectateurs et les enfants ne s’y trompent pas : ils avancent dans le film comme dans une énigme à déchiffrer ! Jubilatoire !

Le conte et la chanson de geste

Si l’on écarte les références au monde moderne (cf. rubrique « les anachronismes), plusieurs éléments indiquent que l’action du film se déroule au Moyen-Âge : les vêtements, la coiffure de Pénélope, les armes blanches, les bottes, etc. Les éléments narratifs du film ensuite font écho à la chanson de geste médiévale, genre littéraire très répandu au XIIIè siècle et dont l’auteur le plus connu est Chrétien de Troyes. Dans la chanson de geste, le schéma narratif est souvent le même : un chevalier valeureux doit sauver des griffes d’un terrible ennemi une Dame vertueuse. Au fil du récit, le valeureux chevalier enchaîne les combats, tous plus dangereux les uns que les autres. Dans Le Monde vivant, plusieurs indices indiquent que le cinéaste s’est inspiré de ce genre littéraire.
Par ailleurs, le film emprunte aussi des références à l’univers du conte. La terrifiante présence de l’Ogre, l’enlèvement et l’enfermement des enfants sont autant d’éléments appartement au genre merveilleux. Les contes auxquels on pense aisément sont : Le Petit Poucet, Barbe Bleue et Le Chat botté.
En prenant pour point de départ les définitions précises de la chanson de geste et du conte, on peut demander aux enfants de recenser les indices faisant références à ces deux genres littéraires.

Fiche réalisée par Delphine Lizot
le 15 novembre 2005

Outils

Bibliographie

Le Petit Poucet, Charles Perrault, ill. Clotilde Perrin, Nathan jeunesse, 2003.
Le Chat botté, Charles Perrault, ill. Fred Marcellino , Gallimard Jeunesse, 1991.
Barbe-Bleue, Charles Perrault, ill. Philippe Mornet, Thierry Magnier, Livre-CD, 2005. (Raconté par Cécile de France et Jean-Claude Dreyfuss).

Yvain le chevalier au lion : extrait des Romans de la Table Ronde, Chrétien de Troyes, adapt. Jean-Pierre Foucher, ill. Nathaële Vogel, Gallimard jeunesse, 1998.
Yvain, le chevalier au lion, Chrétien de Troyes, Ecole des Loisirs, 1992.

La Parole baroque, Eugène Green, Desclée de Brouwer 2001.
Présences, Eugène Green, livre avec CD audio, Desclée de Brouwer, octobre 2003
La rue des Canettes, Eugène Green, Desclée de Brouwer, octobre 2003
Le Présent de la parole, Eugène Green, Melville, mars 2004