Mon oncle

France (1958)

Genre : Burlesque

Écriture cinématographique : Fiction

Collège au cinéma 1998-1999

Synopsis

Monsieur Hulot est l’oncle de Gérard Arpel, un gamin qui vit avec ses parents dans une villa moderne, luxueuse et froide. A ce décor ennuyeux, le petit Gérard préfère l’univers de son oncle : un vieux quartier où il peut jouer avec d’autres enfants sur un terrain vague. Mais les parents de Gérard, et notamment son père, industriel, voudraient bien que Monsieur Hulot mène enfin une existence sérieuse, laborieuse et… ennuyeuse. C’est heureusement sans espoir : à l’usine Plastoc, où il est engagé, Monsieur Hulot s’endort, et provoque des catastrophes… Il est finalement envoyé en province, comme représentant. Le petit Gérard n’a plus que son père vers qui se tourner.

Générique

Réalisation : Jacques Tati
Assistants réalisateurs : Pierre Etaix et Henri Marquet
Scénario et dialogues : Jacques Tati, Jacques Lagrange et Jean Lhôte
Assistants-réalisateurs : André Zwobada, Henri Cartier-Bresson
Image : Jean Bourgoin
Son : Jacques Carrère
Montage : Suzanne Baron
Décors : Henri Schmitt
Musique : Alain Romans et Franck Barcellini
Production : Louis Dolivet et Alain Terouanne pour Specta, Gray, Alter Films et Film del Centauro (Italie)
Durée : 1 h4 7
Sortie à Paris : 10 mai 1958
Interprétation
Monsieur Hulot / Jacques Tati
M. Charles Arpel / Jean-Pierre Zola
Mme Arpel / Adrienne Servantie
Gérard Arpel / Alain Bécourt
M. Pichard / Lucien Frégis
Mme Pichard / Adelaïde Danieli
Mme Dubreuil / Dominique Marie

Autour du film

Une dramaturguie classique qui s’enraye

Mon oncle paraît le plus classique et linéaire des films de Tati, construit en cinq journées qui s’enchaînent logiquement autour d’une question : comment faire de l’associal Hulot un homme rangé ? Par le mariage ou par le travail. L’échec conduit au départ d’Hulot. Mais chaque séquence constitue un tout, juxtaposant des descriptions ethnologiques d’un espace et de son fonctionnement social (entreprise, garden-party), plutôt qu’une montée dramatique progressive. Ces observations miunutieuses, où l’éloignement de la caméra donne un sentiment d’objectivité, sont entrecoupées d’incursions dans le monde ancien, où évoluent aussi bien l’oncle et le neveu, que les chiens.

Un univers cyclique

Ni les lieux, ni les êtres ne changent. A peine une légère évolution : le rapprochement entre Gérard et son père, après le départ d’Hulot. Le film ne décrit pas un trajet mais un cycle : les ordures du vieux quartier alimentent l’usine Plastoc et c’est la même cariolle qui est chargée d’évacuer les tuyaux récalcitrants.  » Rien ne se perd, tout se transforme « . Hulot ne lutte pas contre la société moderne, au contraire, il est prêt à s’y assimiler : son corps, ses gestes, son esprit, sont inadaptables au monde cybernétique où la forme est dissociée de la fonction. Sa bonne volonté est sans faille dans un univers de robots où le subjectif et l’affectif n’ont plus de place, où le plaisir enfantin s’oppose à la rentabilité adulte, où le corps (le sale, l’animalité, les poubelles) se heurte à l’obsession de la propreté, de la blancheur. Marginal, Hulot est encore plus marginalisé, mais son éjection laisse des germes d' » hulotisme  » aussi bien chez Géard que chez son père : le cycle pourrait recommencer…
Joël Magny

«  Je suis le contraire d’un Buster Keaton ou d’un Charlot« , déclare Tati. » Le comique, autrefois, venait et disait : je suis le comique du film, je sais tout faire. Hulot est à l’opposé. Lui, c’est simplement un homme. Il n’a qu’à se promener dans les bureaux, dans les grands magasins… Il est la vie.  » L’oncle de Gérard, effectivement, c’est la vie. Il habite une petite maison tarabiscotée dont les recoins sont sources de gags drôles et poétiques. Un seul exemple : en ouvrant légèrement sa fenêtre, Monsieur Hulot envoie un rayon de soleil sur la cage d’un canari, qui, instantanément, se met à chanter. Comme un grand potache, Hulot suit son neveu dans de folles escapades du côté des terrains vagues où il fait bon marcher dans les flaques d’eau et faire des farces en compagnie d’une bande de gamins délurés. Là encore, le gag est visuel. Pendant les dix premières minutes du film, pas un mot n’est prononcé. Mais la bande sonore est d’une incroyable richesse : le cliquetis des pas de Madame Arpel sur les dalles du jardin, le froufroutement de sa robe en tissus synthétique, le gargouillis du jet d’eau qui sort d’un poisson métallique chaque fois qu’un invité s’annonce… La villa elle-même se mue en véritable personnage.
Bernard Génin, Jacques Tati, éditions Arte-Mille et une nuits, 1997

Pistes de travail

Les maisons

Faire découvrir comment la critique de la société moderne est donnée en termes cinématographiques. Le petit immeuble qu’habite Hulot dans le vieux quartier est biscornu, ouvert aux regards extérieurs. Le trajet complexe et peu rationnel d’Hulot à l’intérieur lui fait rencontrer aisément ses voisins. La villa Arpel est cachée aux regards extérieurs et seul un chemin inutilement sinueux échappe aux lignes droites et froides.

Formes, couleurs, sons

On peut aussi repérer le jeu de formes entre le monde ancien, plein de courbes, aux couleurs chaudes, aux sonorités vivantes, et le monde moderne rectiligne, aux couleurs glaciales, voire sans couleurs (blanc), peuplé de sons incongrus (l’usine).

Rythmes et trajets

De même que la construction dramatique est à base de digressions et ne paraît pas se préoccuper de mener le spectateur vers une conclusion, les habitants du vieux Saint-Maur (le balayeur) prennent leur temps, tandis que dans la partie moderne, on subit le stress de la vitesse, pourtant limitée par les embouteillages. Faire découvrir comment le film est une suite de trajets du même type que ceux de Hulot et des chiens, balisés par des flèches et des feux rouges, qu’ils respectent ou transgressent en toute innocence.

Fiche mise à jour : 17-06-04

Expériences

Pour Les Vacances de Monsieur Hulot comme pour Jour de fête, Jacques Tati avait dû forcer les résistances des distributeurs qui ne croyaient pas au succès. Les Vacances de Monsieur Hulot reçoit le prix Louis Delluc, est primé à Cannes, Berlin, New York, en Algérie, en Suède, à Cuba, nominé aux Oscars… Pour la première fois, Tati bénéficie de moyens importants. Il a recours aux techniques les plus avancées dans le domaine de l’image comme du son. Le tournage de Mon oncle est très long (six mois) et se déroule pour moitié dans la banlieue parisienne : Saint-Maur, terrain vague de Nanterre, aéroport d’Orly. Les scènes de la villa des Arpel sont tournées dans les studios de la Victorine de Nice. Les sujets de Tati naissent de ses promenades. Il observe ainsi pendant des mois une bande de caniches qui se transforment en voyous sous la mauvaise influence d’un roquet. Il découvre que des vieilles maisons disparaissent pour laisser place à des immeubles modernes, que les trottoirs rétrécissent, que les routes s’agrandissent, que les embouteillages se multiplient.

En 1958, les deux premiers longs métrages de Tati étant demeurés sans postérité, Mon oncle tranche sur un cinéma comique français incapable de se renouveler. Cette année-là, Noël-Noël, en Français moyen naïf et abruti, est le héros de À pied, à cheval et en spoutnik de Jean Dréville, suite affaiblie de À pied, à cheval et en voiture, de Maurice Delbez. Jean Richard prolonge les aventures du sympathique et rusé Claudius Binoche avec le Gendarme à Champignol, de Jean Bastia. Fernandel mise sur un physique et des grimaces, rodées dès les années 30, dans le Grand Chef de Henri Verneuil, où il recompose avec Gino Cervi le tandem de Don Camillo, et dans un remake navrant d’un succès de 1932, les Vignes du seigneur, de Jean Boyer. Fernand Raynaud, dont les sketches triomphent à la radio, déçoit au cinéma (Houla Houla, Minute Papillon). Louis de Funès n’arrive pas encore à imposer ses mimiques et ses colères dans un rôle de premier plan (Taxi, roulotte et corrida). Le verbe écrase l’image, que ce soit dans des adaptations théâtrales (Messieurs les ronds de Cuir, Bobosse) ou à travers les incontournables dialogues préfabriqués de Michel Audiard (Archimède le clochard). Pourtant, sans ambition moderniste, sans grande attention à l’aspect visuel ou à quelque critique de meurs ou sociale, Darry Cowl tente d’imposer son personnage de bégayeur foldingue dans l’Increvable et Roger-Pierre et Jean-Marc Thibault composent des Motards dont le dynamisme et le sourire emportent l’adhésion.

Outils

Bibliographie

Hulot parmi nous, Geneviève Agel, Ed. du Cerf, 1955.
Jacques Tati, Armand-Jean Cauliez, Ed. Seghers, 1962.
Jacques Tati, Michel Chion, Ed. Cahiers du cinéma, 1987.
Les vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati, Jacques Kermabon, Ed. Yellow Now, 1988.
Tati, Marc Dondey, Ed. Ramsay, 1989.
Mon oncle de Jacques Tati, Francis Ramirez et Christian Rolot, Ed. Nathan, 1993.
Jour de fête de Jacques Tati ou la couleur retrouvée, François Ede, Ed. Cahiers du cinéma, 1995.

Cahier des Ailes du Désir n°2 - Notes sur la musique des Vacances de M.Hulot et de Mon Oncle par J.P.Eugène

Vidéographie

Jour de fête. Distribution ADAV n° 7 170
Mon Oncle. Distribution ADAV n° 7 178
Les vacances de Monsieur Hulot. Distribution ADAV n° 7 181
Parade. Distribution ADAV n° 7 179
Playtime. Distribution ADAV n° 7 180
Trafic. Distribution ADAV n° 608

Web

Site officiel : Tati Ville

Films

Cinéma, une histoire de plans (Le) de Alain Bergala
Tout communique de Stéphane Goudet
Couleurs de Jour de fête (Les) de Jacques Deschamps

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