Looking for Eric

Belgique, France, Grande-Bretagne, Italie (2008)

Genre : Comédie dramatique

Écriture cinématographique : Fiction

Archives collège, Collège au cinéma 2011-2012

Synopsis

Eric Bishop, postier à Manchester, traverse une mauvaise passe. Sous son nez, ses deux beaux-fils excellent en petits trafics en tous genres, sa fille lui reproche de ne pas être à la hauteur, et sa vie sentimentale est un désert.
Malgré la joyeuse amitié et la bonne humeur de ses collègues postiers qui font tout pour lui redonner le sourire, rien n’y fait…
Un soir, Eric s’adresse à son idole qui, du poster sur le mur de sa chambre, semble l’observer d’un oeil malicieux. Que ferait à sa place le plus grand joueur de Manchester United ?
Eric en est persuadé, le King Cantona peut l’aider à reprendre sa vie en mains.

Générique

Titre original : Looking for Eric
Réalisation : Ken Loach
Scénario : Paul Laverty, d’après une idée originale de Eric Cantona
Image : Barry Ackroyd
Musique : George Fenton
Montage : Jonathan Morris
Son : Ray Beckett
Décors : Fergus Clegg
Costumes : Sarah Ryan
Production : Sixteen Films, Why not production
Distribution : Diaphana
Sortie en France : 27 mai 2009

Couleurs
Durée : 1h59
Interprétation
Steve Evets / Eric Bishop
Eric Cantona    / Eric Cantona
Stephanie Bishop / Lily
Lucy-Jo Hudson / Sam
Gerard Kearns / Ryan
Stefan Gumbs  / Jess
John Henshaw / Meatballs
Justin Moorhouse / Spleen
Des Sharples / Jack
Greg Cook / Monk
Mick Ferry / Judge
Smug Roberts / Smug
Johnny Travis / Travis

Autour du film

« Looking for Eric » : l’ange gardien de Manchester United

C’est au footballeur Eric Cantona que revient l’initiative du film. Touché par l’histoire d’un facteur de Leeds dont il était l’idole et qui, pour venir l’applaudir sur le stade de Manchester United (club au maillot rouge et au prestigieux palmarès), avait perdu sa femme et son boulot, Cantona décide de lui rendre hommage dans un film où il raconterait ses relations avec ses fans. Il fallait un réalisateur anglais et féru de football. Ken Loach accepta.

Eric Cantona a mis autant de fierté que d’autodérision dans cette comédie, où il incarne le gourou d’un supporter en déroute. Eric Bishop est inconsolable d’avoir quitté jadis la jeune femme avec laquelle il brillait dans les concours de rock’n roll et qu’il n’a cessé d’aimer depuis. Mais il n’ose pas revenir devant elle faire amende honorable. Déconsidéré par sa fille, malmené par un fils qui est tombé sous la coupe d’un malfrat local et risque la prison, Eric Bishop a la tête à l’envers. Sur la route, dans la bagnole empruntée à un pote, il fait des tours de rond-point à contresens et finit dans le ravin. Ses collègues échouent à le sortir de la dépression. Seule son idole, Eric Cantona, pourrait lui redonner goût à la vie…

Comme dans un film de Frank Capra, c’est ce qui va se passer. Le fantôme de Cantona apparaît dans la chambre du loser pour lui expliquer que la vie est belle, lui donner du charisme, un respect de soi, une confiance, une autorité. Cet ange gardien a marqué des buts fabuleux dont Ken Loach repasse ici et là les images d’archives en rafales. Le voilà coach physique et sentimental de celui qui se donne chaque matin la force de vivre en toisant son affiche grandeur nature du footballeur, et qu’il encourage à ouvrir sa malle aux souvenirs, une cure de reconversion.

Looking for Eric aligne un certain nombre de manières d’incarner la paternité : génétique, symbolique, virtuelle, dévastatrice, régénératrice. C’est une leçon sur le respect des règles (sportives, sociales), une histoire de solidarité illustrée par une scène de punition collective où tout le monde porte le même masque. Une variation sur le thème du double, de l’identification, de l’idole.

Il est aussi beaucoup question de chaussures dans ce film. Les chaussures à crampons des footballeurs, qui génèrent le bonheur des gradins et des téléspectateurs agglutinés dans les pubs devant leurs chopes de bière, alimentent une solidarité entre supporters, canalisent l’insatisfaction sociale. Et les chaussures en daim d’Eric Bishop, symboles d’un coup de foudre amoureux et d’un possible retour au pas de danse. (…)

 

Jean-Luc Douin / Le Monde 27/05/2009

 

Rangé des crampons, Eric Cantona a enfin trouvé un rôle à sa mesure : lui-même. L’ancien footballeur incarne l’idole d’un autre Eric, un petit facteur dont la vie part à vau-l’eau. Quand il déprime, le prolo confie ses chagrins au héros, ou plutôt à son poster qui trône dans sa chambre. Un soir, le roi Eric lui apparaît. Et devient son ange gardien, moitié psy, moitié coach… Acteur convaincant pour la première fois, « Canto » s’amuse en se moquant de son image médiatique – aphorismes délirants inclus. L’humour est un élément essentiel (et souvent négligé) de la filmographie de Ken Loach, y compris dans ses chroniques sociales, âpres et bouleversantes. Mais jamais le réalisateur anglais n’avait autant assumé le registre de la comédie que dans ce film euphorisant, dont le charme parvient à résister à un virage vers le polar à la mi-temps, peu convaincant.

En regard du Vent se lève, la fresque historique sur les indépendantistes irlandais, ce divertissement peut paraître mineur. Mais on aime aussi ce Loach-là, celui de Regards et sourires et de Riff-Raff, quand il parle avec chaleur de ce qu’il connaît depuis toujours : les gens de peu, les quartiers populaires du Royaume-Uni, les rires et les chants au pub… La dernière scène collective de Looking for Eric pourrait résumer toute son oeuvre. Un mélange énergique de joie, de solidarité et de violence. Car l’optimisme ne calme pas la colère.

Samuel Douhaire / Télérama 22/05/2010

Vidéos

Un fantôme réaliste

Catégorie :

Ken Loach ne nous a pas habitués à flirter avec le fantastique. C’est pourtant bien à une histoire de fantôme que nous convie Looking for Eric. Loach joue sur le double registre du célèbre footballeur. Cantona est à la fois l’idole fantasmée des foules et l’obsession d’Eric Bishop, qui n’est pas étrangère à sa dépression. Le film démythifie la star adulée par la démultiplication de son effigie et le dieu du postier descend de son piédestal pour entamer une série de relais de lui-même au plus humble de ses supporteurs, chacun pouvant être un jour un “Cantona” parmi d’autres.


Cette vidéo peut être vue en relation avec les page 10-13 (« Mise en scène et significations ») du dossier “Looking for Eric” de Philippe Leclercq.

Analyse : Joël Magny
Réalisation : Jean-Paul Dupuis

Masques et caméras

Catégorie :

L’ « opération Cantona » aurait pu n’être qu’une simple rixe, une vengeance, une intimidation où la force et le nombre l’emporteraient simplement sur la perfidie et la malhonnêteté. Le traitement qu’en fait Ken Loach la transforme en une opération avant tout cinématographique où l’image et sa conquête sont l’élément central, donnant la clé d’un film qui n’est ni une banale exaltation du sport et de ses fans ni une cure psychanalytique et politique menée par un praticien collectif, encore moins l’aventure d’un homme ordinaire décidant de se faire justice lui-même.


Cette vidéo peut être mise en relation avec les pages 14-15 (« Analyse d’une séquence ») du dossier “Looking for Eric” de Philippe Leclercq.

Analyse : Joël Magny
Réalisation : Jean-Paul Dupuis

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