Libero

Italie (2006)

Genre : Comédie dramatique

Écriture cinématographique : Fiction

Archives collège, Collège au cinéma 2011-2012

Synopsis

Renato est le père de deux enfants, Viola, à qui il témoigne une affection évidente, et son petit frère Tommi, avec qui les rapports sont plus secoués. Ils vivent dans un appartement de Rome, et l’existence s’organise tant bien que mal, entre les jobs épisodiques de Renato et les entraînements de natation de Tommi, auxquels il rechigne malgré l’enthousiasme de son père, incapable de comprendre et d’accepter que son fils puisse préférer le football, « ce sport d’imbéciles » selon ses mots. L’enfant se crispe également lorsqu’un autre sujet est évoqué : « dov’è la mamma ? »…

Générique

Titre original : Anche libero va bene
Réalisation : Kim Rossi Stuart
Scénario : Kim Rossi Stuart, Linda Ferri, Francesco Giammusso, Federico Starmone
Image : Stefano Falivene
Musique : Banda Osiris
Montage : Marco Spoletini
Décors : Stefano Giambanco
Costumes : Sonu Mishra
Production : Palomar, Rai cinema
Producteurs : Giorgio Magliulo, Carlo Degli Esposti, Andrea Costantini
Distribution : MK2 Diffusion
Couleurs
Durée : 1h48
Interprétation :
Alessandro Morace / Tommi
Kim Rossi Stuart / Renato
Marta Nobili / Viola
Barbora Bobulova / Stefania
Alberto Mangiante
Tommaso Ragno

Autour du film

Sur un sujet familial et domestique où le cinéma italien prouve encore qu’il peut avoir la main heureuse, comme en témoignait le récent Caterina va en villle (2004) de Paolo Virzi avec Sergio Castellito dans un bel emploi masochiste, le comédien Kim Rossi Stuart réussit tout de même à surprendre. Non seulement il ne se positionne pas du tout là où on attendait la star sémillante et adulée du divertissant mais artificiel Romanzo Criminale, mais il affirme aussi dès sa première réalisation un ton abrupt et pathétique peu propice à le mettre en valeur, même dans un rôle de composition. Cellule de disfonctionnements et communauté empêtrée dans ses drames quotidiens et mineurs, la famille lui permet de brosser deux portraits saisissants mais crédibles, celui de Renato et de son épouse Stefania, dissociés et pourtant solidaires à tout moment du regard de l’enfant.

Comme l’affirme le réalisateur : « Une fois adulte, la vie devient une expérience plus mentale et moins sensorielle, on ne vit plus les choses avec la plénitude magique de l’enfance ». Ainsi, le film, particulièrement remarqué lors de sa présentation cette année à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes : « entretient un mystère au sein même d’un récit qui semble se dévoiler tout entier dans la simple narration du quotidien de la famille ». « Dov’è la mamma ? » n’est plus alors la seule question que pose la relation toujours au bord de la rupture de Renato l’homme blessé et blessant et de sa progéniture. Kim Rossi Stuart, en souvenir de ce que la veine sociale du cinéma italien peut avoir de meilleur, brouille aussi intelligemment les pistes censées déterminer les activités professionnelles de ce père dépassé par les épreuves, et la classe sociale à laquelle elles se rapportent. De façon équivalente et tout en préservant sa touche économe, il dresse le portrait de Stefania avec un goût du tragique et du délétère auquel peu de cinéastes masculins auraient le culot de souscrire sans prendre peur à l’idée de se voir taxés de brutalité machiste. Voilà qui suffit à présenter « Libero » comme une oeuvre contemporaine et résolument personnelle.

Julien Welter / Arte 11/05/2007

Son père le voit champion de natation ; Tommi, le jeune héros de Libero, rêve de faire du football. Ce résumé du premier film de Kim Rossi Stuart éclaire le titre, et par là même sa philosophie générale. Au souhait paternel de voir son fils à l’aise dans la vie comme un poisson dans l’eau et d’accéder à la plus haute marche du podium, s’oppose le choix du gamin de rester anonyme et de pratiquer son sport pour des raisons ludiques plutôt que par esprit de compétition. Tommi est prêt à tout accepter pour taper dans le ballon et appartenir à un collectif harmonieux, y compris à occuper un poste moins honorifique : celui de « libero », défenseur central, dernier rempart derrière tous les autres, investi du rôle ingrat de colmater les brèches et d’empêcher les attaquants adverses de vous mettre en échec.

Sur le terrain social et familial (que Kim Rossi Stuart a choisi de fouler en frisant le carton rouge), les règles du jeu sont aussi divergentes. Contraint d’assumer la gestion matérielle et affective de la petite cellule qu’il forme avec ses deux enfants depuis que sa femme est partie mener grande vie avec un amant (et ce dans une Italie en crise, en mal d’emplois), Renato, le père, vise un comportement d’excellence, pour lui comme pour les mômes. Au four et au moulin, à la cuisine comme au repassage, il tente de se conformer à une image idéale, celle du papa poule sans déficit d’autorité, du mâle prodigue en câlins mais ferme sur les principes, déterminé à se faire respecter.

Tommi, lui, n’est ni dans une optique d’attaque ni dans une stratégie d’organisation. Il subit. Les querelles conjugales de ses parents l’ont rendu adulte avant l’âge, mais son extrême sensibilité, son caractère introverti l’amènent à un repli silencieux, une sagesse fataliste.

MAESTRIA ET DÉLICATESSE

Meurtri par le spectacle d’un père fragile, caractériel, parfois humilié, parfois violent, il a fait du toit de son immeuble son refuge. Son souci n’est pas de faire le fier-à-bras, de conjurer l’adversité par des pieds de nez, mais de s’intégrer, sauver les meubles, assumer douleur et statut d’incompris sans ostentation.

Kim Rossi Stuart montre des scènes de la vie quotidienne, filme les poussées d’adrénaline d’un père qui manifeste son amour et son idéalisme avec raideur. La grande qualité de Libero est à la fois dans son refus délibéré des scènes d’explications et dans la pudeur avec laquelle il suggère le non-dit, le désarroi d’un couple déchiré et le mutisme déchirant du garçon. Tommi souffre des réflexes soupe-au-lait de son père en faillite, et de ne pas comprendre les escapades d’une mère possédée par des démons pour lui mystérieux. Dans une belle séquence, il la voit en rêve, caressée par les mains d’hommes qui finissent par lui ouvrir les entrailles.

Tout cela, la maestria avec laquelle Kim Rossi Stuart joue lui-même le père touchant et pathétique, la délicatesse avec laquelle il suggère le malentendu entre un père et un fils qui s’adorent, le respect avec lequel il peint la mère éplorée d’être indigne, et sa détermination à rester sur une ligne réaliste, sans basculer dans les excès du mélo avec lequel il flirte ostensiblement, ne seraient rien sans son talent à capter un émoi d’enfant sur un visage triste, sur des yeux grands ouverts, bouleversants par le trouble et l’interrogation qu’ils reflètent.

Le héros de Libero est sans nul doute ce personnage magnifiquement interprété par le timide Alessandro Morace, si discret dans sa façon de se rapprocher d’un camarade de classe marginalisé car muet de naissance, ou de glisser un mot d’amour anonyme à une copine de sixième et de le renier lorsque ce qui devait rester secret devient public. Fils d’acteur, Kim Rossi Stuart est devenu acteur lui-même dans les bras de Catherine Deneuve (La Grande Bourgeoise, de Mauro Bolognini). Il avait 6 ans. A l’heure où il signe ce premier film qui pourrait bien receler des tourments autobiographiques, c’est de son vécu, de son expérience personnelle devant la caméra qu’il fait bénéficier ces images.

Il y avoue en même temps une filiation avec les deux grands cinéastes de l’enfance dont l’Italie peut s’enorgueillir. Gianni Amelio (pour lequel il tourna le rôle du père d’un adolescent handicapé dans Les Clés de la maison), et Luigi Comencini, qui de Casanova à Pinocchio en passant par L’Incompris, Eugenio ou Cuore, s’avéra si turbulent et sensible pour peindre l’écrasante mission dont héritaient ses petits héros : réussir l’éducation de leur papa bien-aimé. Comencini a toujours défendu son droit de faire appel aux sentiments dans un film, « à condition qu’ils ne mènent pas à la rhétorique des grands mensonges : nationalisme, patriotisme, exaltation de la famille, ces grands idéalismes qui ne sont que des instruments de répression ». Privilégier l’esprit sur l’estomac et susciter la réflexion fut son credo. Kim Rossi Stuart lui est fidèle.

Jean-Luc Douin / Le Monde 8/11/2006

Vidéos

Analyse de l’affiche : Le « libero »

Catégorie :

De l’affiche de « Libero », il est impossible de déduire quoi que ce soit de son intrigue, si ce n’est qu’elle concerne un enfant. Elle est de celles qui ne s’éclairent vraiment qu’à la lumière du film. Si l’on tire les fils des signes divers qui la composent – couleurs, vêtements, lieux, situation, composition, regard de l’enfant… –, cette affiche raconte pourtant quelque chose, beaucoup de choses, une ou des histoires possibles qui annoncent bien le film lui-même et paraissent parfois le déborder…


Cette vidéo peut être mise en relation avec la page 1 (« Analyse de l’affiche – La vigie ») du dossier “Libero” de Martial Pisani.

Texte: Joël Magny
Réalisation: Jean-Paul Dupuis

Analyse de séquence : Prise de parole

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Après le retour surprise de Stefania (la mère), Renato réveille Viola et Tommaso (Tommi) pour tenir un conseil de famille « démocratique »…
Dans cette séquence, située vers le premiers tiers du film (à 30’ environ), aucune prouesse technique, mais un découpage classique organisé autour du personnage central, Renato, dont la parole surabondante semble dominer à la fois la famille et la séquence. Plus qu’un affrontement entre le père et la mère ou la fille, c’est à un jeu de regards que nous assistons, dont le centre est cette fois Tommaso qui, d’une seule phrase met à nu la machination montée par Stefano.


Cette vidéo peut être mise en relation avec les pages 14-15 (« Analyse d’une séquence – Le vote ») du dossier “Libero” de Martial Pisani.

Texte: Joël Magny
Réalisation: Jean-Paul Dupuis