Lamb

Éthiopie (2015)

Genre : Fable

Écriture cinématographique : Fiction

Collège au cinéma, École et cinéma

Synopsis

Ephraïm est un jeune garçon éthiopien, toujours accompagné de son inséparable brebis. Confié à des parents éloignés, il s’adapte mal à sa nouvelle vie. Un jour, son oncle lui annonce qu’il devra sacrifier sa brebis pour le prochain repas de fête. Mais Ephraïm est prêt à tout pour sauver sa seule amie et rentrer chez lui.

Lamb était en 2015 le premier film éthiopien de l’histoire représenté au Festival de Cannes. Au-delà de l’anecdote, il faut voir dans cette fable humaine et humble un joli regard porté sur une société méconnue, et sur l’acharnement d’un enfant à défendre sa chèvre, bien plus qu’un animal pour lui. Le film offre un fable humaniste dans des paysages somptueux.

Distribution

Avec Rediat Amare, Kidist Siyum, Wolela Assefa

Générique

Film de Yared Zeleke
Éthiopie | 2015 | 1h34
Version originale sous-titrée français

Autour du film

La première image du film ? Une petite main posée avec tendresse sur le beau pelage roux et velu d’une brebis. Nous sommes en Éthiopie à fin des années 1980, juste après les deux famines (mal gérées, voire instrumentalisées par le pouvoir communiste) qui ont sévi sur ce pays dévoré par la sécheresse en 1984 et 1985 et ont entraîné la mort de près d’un million de personnes. Dans ce conte initiatique, Ephraïm (Rediat Amare), un petit garçon de 11 ans, vient de perdre sa mère qui a succombé à la famine. Pour ne pas subir le même sort, son père (Indris Mohammed) quitte le village, situé dans les régions volcaniques et arides du nord-est du pays, pour conduire son fils chez sa grand-tante et son cousin, des paysans pauvres vivant au Sud dans la région de Balé, au climat plus clément. Le père n’a pas d’autre choix que de laisser son fils dans cette famille pour aller tenter de survivre en travaillant à Addis Abeba. Comme seule compagne, Ephraïm n’a que sa brebis Chauni ayant appartenu à sa mère et dont il prend le plus grand soin. Sensible et attentionné, avec peu de goût pour les travaux des champs, il est considéré comme une fillette par son oncle plutôt rustre – celui-ci n’accepte pas que l’enfant ait une véritable passion pour la confection de repas qui se révèlent pourtant succulents, malgré de faibles moyens. L’oncle décide que Chauni devra être sacrifiée pour le repas de la fête chrétienne orthodoxe de la Croix. Mais Ephraïm, au caractère bien trempé, court partout comme un lapin avec ses petites bottes jaunes pour déjouer ce plan terrifiant et trouver ruses et stratagèmes qui lui permettront de sauver sa seule amie et repartir avec elle dans son village natal.

Derrière cette trame d’une grande simplicité, Yared Zekele porte un regard troublant d’enfant sur ce qui l’entoure et, bien au-delà, sur une société paysanne éthiopienne structurée et digne malgré la pauvreté et l’oppression. Nous découvrons ainsi avec beaucoup de détails précis et de finesse une culture locale attachante et chaleureuse : travaux dans les champs avec un équipement archaïque, préparations méticuleuses des repas composés essentiellement d’injéras (galettes traditionnelles), ventes animées au marché, paroles libérées de femmes lors de réunions d’où les hommes sont absents, fêtes joyeuses avec les voisins. Sans oublier de traiter avec une grande délicatesse la période critique qu’est le passage de l’enfance à l’âge adulte chez l’enfant solitaire et meurtri qu’est cet Ephraïm toujours flanqué de son adorable biquette. Lamb est un beau film onirique et émouvant, qui ne dérape jamais dans les larmoiements. Cette émotion est universelle car liée aux sentiments de perte et d’exil. Le film doit par ailleurs beaucoup à l’extraordinaire photographie de Josée Deshaies (la cheffe opératrice géniale du Saint Laurent de Bertrand Bonello), qui magnifie les paysages montagneux éthiopiens, qu’ils soient arides ou verdoyants, et nous enveloppe de superbes couleurs chaudes. Le cinéaste nous offre aussi de beaux gros plans, notamment sur cette nourriture si rare mais traitée avec respect et préparée avec amour. Quant au jeu d’acteur, il est tout simplement d’un naturel époustouflant. Et ce d’autant plus que les personnages sont extrêmement forts, qu’il s’agisse d’Ephraïm, de l’oncle (Surafel Toka), de la grand-tante (Welefa Assefa) ou encore de la fille rebelle (Kidist Siyum).

Lamb
(comme Difret) est un beau film d’auteur qui tranche avec les comédies romantiques (les com rom) et autres films bruyants à la sauce bollywoodienne, qui sont programmés dans la cinquantaine de salles de cinéma existant actuellement en Éthiopie. Espérons qu’il ouvrira la voie à un cinéma trouvant son public éthiopien mais aussi une audience internationale.

Vidéos

Dans la forêt

Catégorie :

La végétation luxuriante est à la fois protectrice et inquiétante. La mousse qui a envahi les arbres aux branches tortueuses donne une dimension fantastique à la déambulation d’Ephraïm.