Johnny Guitare

États-Unis (1954)

Genre : Western

Écriture cinématographique : Fiction

Archives collège, Collège au cinéma 1993-1994, Lycéens et apprentis au cinéma 2019-2020

Synopsis

Après avoir assisté impuissant à  l’attaque d’une diligence, Johnny Guitar (sobriquet dà» à  la guitare dont il se sépare rarement) se rend dans un saloon tenu par Vienna. On apprend vite que sous ce sobriquet se cache un redoutable “ pistolero ”, Johnny Logan, et qu’il a abandonné Vienna qui fut sa maîtresse, il y a cinq ans. Celle-ci est très liée à  la bande de Dancing Kid qui n’a pas bonne presse auprès des propriétaires et notables locaux dont les “ leaders ” sont John Mc Ivers et Emma Small.

Amoureuse de Dancing Kid, lui-même amoureux de Vienna, Emma voue une haine farouche à  Vienna et veut s’en débarrasser. Elle est suivie en cela par les autres propriétaires menacés par la construction du chemin de fer que Vienna appelle de tous ses vœux pour décupler la valeur de son saloon.

Lors de l’attaque de la diligence où périt son frère, Emma accuse de ce meurtre la bande de Dancing Kid et Vienna, de complicité. Faute de preuve, Mc Ivers et les hommes du shérif doivent abandonner cette piste. Ils donnent à  Vienna un ultimatum : elle doit quitter les lieux dans les vingt-quatre heures.

Dancing Kid, excédé, décide alors d’attaquer la bande locale. Le gamin de la bande, Turkey, blessé, se réfugie chez Vienna où les hommes du shérif le retrouvent. Contre la promesse d’avoir la vie sauve, Turkey accuse injustement Vienna de complicité. Pendant qu’on les emmène pour être pendus, Emma met le feu au saloon.

Johnny parvient à  sauver Vienna ; ils se réfugient dans le repaire de Dancing Kid où ils sont assiégés par les “ miliciens ”, Emma en tête. Au cours des péripéties du siège, Dancing Kid et ses hommes sont abattus. Un duel au revolver oppose Emma à  Vienna. Celle-ci, blessée, réussit à  abattre Emma. Les “ miliciens ”, écœurés par ce bain de sang, laissent partir Johnny et Vienna.

Thème

L’originalité de ce western tient en partie au fait que le personnage central soit une femme, Vienna, qui tient un saloon dans un endroit isolé. Son ancien amant, Johnny Logan, redoutable “ pistolero ” connu sous le nom de Johnny Guitar, vient la retrouver au moment où elle est aux prises avec une autre femme, Emma, liée à  Dancing Kid, chef d’€™une bande de gangsters, qui s’€™oppose à  la création d’€™une ligne de chemin de fer.

Emma, dont le frère est mort lors d’€™une attaque de diligence, accuse Vienna de complicité : le shérif intime l’€™ordre à  Vienna de quitter la ville ; tandis que Dancing Kid attaque la bande locale. L’un des jeunes, Turkey, se réfugie chez Vienna, mais, pressé par les hommes du shérif, il accuse Vienna. Condamnée à  la pendaison, elle est sauvée par Johnny avec lequel elle se réfugie dans un repaire de Dancing Kid. Ils doivent subir les attaques de “ miliciens ” menés par Emma, qui se terminera par un duel au revolver entre les deux femmes.

Distribution

De manière un peu sommaire, on pourrait dans un premier temps opposer les marginaux — au sens social du terme (Johnny, Vienna, Dancing Kid et sa bande) — aux gardiens de l’establishment (McIvers, Emma et tous les notables et propriétaires).

Mais à y regarder de plus près, il est clair qu’Emma ne se sert des partisans de l’ordre établi que pour assouvir sa haine, la possession et la sauvegarde de ses biens fonciers passant au second plan. De même un personnage comme Bart ne cherche que la richesse facilement acquise ; s’il veut posséder beaucoup d’argent, ce n’est pas pour réaliser un rêve, c’est pour en jouir comme un goret. Plus justement, la véritable distinction s’établit entre ceux qui sont mus par leurs sentiments : amour, haine, amitié, entre ceux qui poursuivent un rêve, fût-il de vengeance — c’est-à-dire tous les personnages principaux auxquels il faut ajouter Corey et Old Tom mourant pour ne pas trahir leur amitié — et les autres — c’est-à-dire grosso modo la foule, le troupeau. Dans ce film-là, comme dans tous les films de Ray, c’est la force des sentiments qui établit le distinguo. Et plus ces sentiments sont violents, plus les personnages qui les portent deviennent fascinants et contraints d’une certaine façon à extérioriser cette violence pour se défendre, attaquer, se préserver… La violence, voilà bien une chose à laquelle tous les personnages du film ont affaire. Il y a bien sûr la violence vulgaire, stupide, des “ miliciens ” qui ont besoin de s’encourager les uns les autres pour accomplir leur forfait. Et puis il y a l’autre violence, celle qui provient d’une révolte intérieure et qui pose un problème de taille : comment la maîtriser à certains moments ? Comment faire pour ne pas la laisser éclater, la rendre efficace ?

Vienna

Tout comme Emma, c’est une femme de pouvoir. Si l’on pouvait flirter du côté de la psychanalyse, on pourrait dire que le phallus, elle le possède. Comme le dit l’un de ses croupiers : “ J’ai jamais vu une femme qui ressemble à ce point à un homme, elle me ferait douter de l’être ! ”

L’argent est un des moyens d’exprimer ce pouvoir, elle en veut… beaucoup : “ À combien estimez-vous la valeur de cette propriété quand vous aurez construit la ligne ? ”, demande-t-elle au représentant des chemins de fer. Mais Vienna, c’est aussi une amoureuse, une femme qui a été blessée dans son amour, et ceci peut expliquer cela. C’est pourquoi son comportement et surtout son visage (ses yeux…) expriment à la fois la dureté, la détermination et une sorte de fêlure, de cassure. On ne m’en fera plus voir, semble-t-elle dire, mais dès que Johnny arrive, elle aime, elle est aimée, que souhaiter d’autre ?

Emma

Elle, en revanche, n’a jamais été aimée par celui qu’elle aime. En lieu et place de l’amour, c’est la haine qui surgit. Une telle haine, une telle détermination à détruire Vienna, est certes monstrueuse, mais comment s’empêcher d’être fasciné par le personnage ? Elle est prête à tout et n’hésite jamais à prendre des risques. Sa vie ? Elle n’a pas de sens dès lors qu’il n’y a pas d’amour. Elle sait bien que si elle la perd, elle ne perd pas grand-chose. Mais, tant qu’à faire, avant que Vienna ne perde la sienne :

– Tenez vous prête Vienna, je viens.
– Je vous attends, lui répond Vienna.
Ainsi, superbe et tellement simple, le dialogue final préside-t-il au duel final entre les deux femmes:

Johnny Guitar

Masse imposante mais placide, donnant l’impression d’être toujours un peu ailleurs, semblant ne jamais perdre son sang froid. Mais, à l’intérieur, la violence est tapie, toujours prête à ressurgir (cf. “ la leçon de tir ” à Turkey lorsqu’il le désarme, la scène au cours de laquelle Dancing Kid fait mine de sortir son revolver; dans ces deux scènes, son visage se crispe, ses yeux fixent l’ennemi, on le sent prêt à tuer). Ne dit-il pas à Vienna, après le hold-up quand elle lui suggère de rester pour se battre en évitant une effusion de sang : “ Se battre c’est tuer, et je ne connais pas d’autres moyens ”. Mais ce qu’il veut d’abord, c’est Vienna qu’il n’a jamais sans doute cessé d’aimer – et ça change tout.

Dancing Kid

Un impulsif, une sorte de chien fou incapable de se maîtriser. Sa décision d’attaquer la banque est prise sur un coup de tête, ses réactions, de manière générale, sont toujours à fleur de peau. Parce qu’il aime Vienna, on comprend bien qu’il ne puisse aimer Johnny, mais il est incapable de traîtrise, il a même une certaine noblesse en lui (il veut aller chercher Turkey blessé et est prêt à en assumer les risques). À un moment donné, avant qu’il n’entraîne Emma dans cette danse un peu folle, on devine que s’il n’y avait pas Vienna, il pourrait être copain avec Johnny.
– Vous savez danser ? demande-t-il à Johnny
– Vous savez jouer de la guitare ? lui répond-il
Leurs yeux se sourient.

Générique

Production Republic Pictures
Producteur Herbert J. Yates*
Scénario Philip Yordan d’après le roman de Roy Chanslor
Réalisation Nicholas Ray
Assistants-réalisateurs Herb Mendelson, Judd Cox
Directeur de la photo Harry Stradling
Son T.A. Carman, Howard Wilson
Décorateurs James Sullivan, John Mc Carthy Jr et Edward G. Boyle
Montage Richard L. Van Enger
Musique Victor Young. La chanson “ Johnny Guitar ” est interprétée par Peggy Lee
Effets spéciaux Howard Lydecker, Theodor Lydecker
Régisseur Johny Guibbs
Robes de J. Crawford Sheila O’Brien
Maquillage Bob Mara
Coiffures Peggy Gray

* Nicholas Ray était en fait producteur exécutif pendant le tournage, mais il a interdit que son nom fût mentionné au générique en tant que producteur associé. Les caprices de Joan Crawford, protégée par le producteur Herbert Yates, patron de Republic Pictures, ont fait que, s’estimant amputé d’une partie de son autorité, il s’est toujours refusé à assumer ce titre.

Interprétation

Vienna / Joan Crawford
Johnny Guitar / Sterling Hayden
Emma Small /Mercedes Mc Cambridge
Dancing Kid /Scott Brady
John Mc Ivers / War Bond
Turkey Ralston / Ben Cooper
Bart Lonergan / Ernest Borgnine
Old Tom /John Carradine
Corey / Royal Dano
Marshal Williams / Franck Ferguson
Eddie /Paul Fix
Mr Andrews /Rhys Williams
Pete / Ian Mac Donald
Ned /Will Wright
Jake / John maxwell
Sam / Robert Osterloh
Franck / Franck Marlowe
Jenks /Trevor Bardett

Film Couleur Eastmancolor, procédé Trucolor
Duré 1h 50
Distribution Acacias Cinéaudience
Visa n° 15 503
Début du tournage 19 octobre 1953
Sortie en France Novembre 1954
Sortie aux Etats-Unis 27 mai 1954

Autour du film

Une portée symbolique

“ J’ai voulu, dit Philip Yordan, construire une histoire lyrique qui permit à Nick de donner libre cours à ses idées baroques ”.

Mission accomplie, pourrait-on dire : Yordan, qui n’était point sot, avait bien compris que cette sorte de révolte romantique présente dans les films précédents de Ray et, bien sûr chez le réalisateur lui-même, ne pouvait s’exprimer qu’à travers une histoire mettant au premier plan l’amour et la mort. D’autant que pour un cinéaste au tempérament lyrique, ce type d’histoire se prête volontiers à un traitement poétique exaltant la force des sentiments.

Si, dans un chapitre précédent, nous faisions référence au théâtre et à l’opéra, on peut également envisager Johnny Guitar comme un poème, mieux, comme une ballade, au sens moyenâgeux du terme, c’est-à-dire un poème chanté d’origine chorégraphique. On remarquera à ce propos que la musique de Victor Young à tendance hispanique (le thème est emprunté à Granados) est en accord, voire souligne le baroque flamboyant du film. Il en est de même pour les couleurs où l’emportent le rouge et le noir, où “ l’ocre de la terre se marie avec l’or des flammes ” (Jean Wagner in “ Nicholas Ray ”, éd Rivages, Paris, 1987).

Picturalement, Johnny Guitar n’est pas sans évoquer l’école romantique française : Gros, Géricault et surtout Delacroix. Par ailleurs, tout en prenant garde de ne pas tomber dans un délire systématique, on trouve dans le film comme une symbolique des éléments : le feu et la terre – et les explosions qui réunissent les deux – en tant que valeurs masculines, guerrières et donc dangereuses… mais qui conviennent si bien aux personnages ! L’eau, valeur féminine de refuge, de paix, de protection et peut-être de purification (cf. la séquence finale où Johnny et Vienna traversent le rideau aquatique “ bouchant ” la grotte), mais aussi l’eau qui oblige les personnages à changer de vêtements : quoi de plus logique que de ne pas garder des habits mouillés? Certes, mais on y insiste et, toujours sur ce registre, on peut – avec précaution – esquisser l’idée que la symbolique de l’eau ne convient guère à nos héros.

Si l’on veut approcher le sens du film (dans les deux acceptions du mot : signification et direction – où nous mène-t-on ?), la voie royale semble bien être le traitement cinématographique, le style de Nicholas Ray dans Johnny Guitar, c’est-à-dire l’organisation poétique et symbolique de tous les éléments du film. Alors, on se rend compte que rien n’est vraiment simple, que les forces de vie et les forces de mort ne sont pas forcément à l’opposé : sœurs ennemies certes mais sœurs quand même, que la haine comme l’amour peuvent être également fascinants, voire producteurs de beauté, que les sentiments sont souvent ambigus et qu’on peut difficilement les mettre en cage. Cela, on le savait déjà, mais il est bon que certains films nous le rappellent.
Alain Carbonnier

Autres points de vue

Deux films en un

“ En filigrane de ses thèmes et d’une mise en scène très inventive et cependant sans effets extérieurs, apparaît très clairement la personnalité de l’auteur qu’il est aisé de deviner hypersensible et d’une sincérité absolue. […] Il y a deux films dans Johnny Guitar : celui de Ray (les rapports entre les deux hommes et les deux femmes, la violence et l’amertume) et tout un bric-à-brac extravagant du “ style Joseph von Sternberg ” absolument extérieur à l’œuvre de Ray, mais qui, ici, n’en est pas moins attachant. ”
François Truffaut, in “ Arts ”, février 1955.

Un artiste

“ C’est grâce à des artistes courageux comme Nicholas Ray que certains Américains sont enfin atteints dans leur bonne conscience et que l’injustice, sans disparaître, ne triomphe que plus rarement là-bas et dans l’ombre. Un artiste, oui. Et c’est ce qui conserve à ce film si décevant ses beautés. Malgré les imperfections d’un procédé, curieusement appelé Trucolor, c’est par son utilisation de la couleur que Nicholas Ray nous prouve le mieux, dans Johnny Guitar, sa maîtrise. ”
Claude Mauriac, in “ Le Figaro littéraire ”, juillet 1965.

Du western à la tragédie

“ On dit de Johnny Guitar que c’était avant tout un film de regards. De fait, tout se lit dans les yeux et sur le visage des personnages, et leurs attitudes sont, elles aussi, révélatrices. Nicholas Ray a fait de ces héros de western des êtres que l’amour et la haine transforment au point d’atteindre la tragédie. […] Nicholas Ray a joué avec les couleurs de façon particulièrement originale et symbolique. Le blanc pour Joan Crawford injustement accusée, le noir pour Mercedes Mc Cambridge et sa bande, la couleur de la haine. ”
Robert Chazal, in “ France-Soir ”, juin 1986.

Vidéos

Rencontre au sommet (extrait non commenté)

Catégorie :

La génèse du film, par Maxime Donzel

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Journaliste spécialisé dans la pop culture (Tutotal, Tellement gay !, Dress Code), Maxime Donzel est l’auteur du livre Joan Crawford, Hollywood Monster (Capricci, 2019).

Pistes de travail

  • Les caractèresDévelopper les “ caractères ”. Le film se prête bien à une analyse des personnages, de leurs affects, de leurs motivations, de manière générale de leur psychologie.
    C’est peut-être le moyen le plus simple et le plus efficace d’entamer le débat et déjà de mettre en évidence des ambivalences, voire des ambiguïtés.
  • La mise en scèneAborder la mise en scène qui fuit tout naturalisme. Montrer comment elle se propose de produire des effets de sens à partir d’une esthétique très stylisée.
    Possibilité de commencer par les oppositions et les contrastes : par exemple, le noir des vêtements de la “ milice ” et d’Emma (y compris de leurs chevaux) opposé, dans la deuxième moitié du film, aux vêtements clairs ou flamboyants de Vienna (robe blanche, puis chemisiers rouge et jaune).Préciser qu’il s’agit là d’une esthétique de l’affrontement, pas d’une volonté manichéenne avec d’un côté seulement des “ bons ” et de l’autre uniquement des “ méchants ”.(Recouper cette approche avec l’analyse des caractères)
  • La couleurToujours dans cette perspective, mettre en évidence les deux couleurs fondamentales du film : le noir (ou le très sombre) et le rouge (ou des couleurs s’en approchant tels l’ocre de la terre et de la poussière, le feu, etc)
    Ces couleurs ne signifient-elles pas qu’on se trouve dans une sorte d’enfer des passions ?
  • La théâtralitéEsquisser l’idée qu’un tel parti pris est proche – au bon sens du terme -– d’une mise en scène de théâtre ou d’opéra : décors, costumes, éclairages, couleurs, bien sûr, et le déplacement des personnages.
  • La direction d’acteursEnchaîner sur la direction des acteurs (et des figurants), très organisée pour ce qui concerne les déplacements dans l’espace (aspect chorégraphique du film) et, au contraire, assez libre pour ce qui concerne le jeu des comédiens.
  • Le romantisme de l’oeuvrePossibilité de conclure par une réflexion sur le romantisme avec des références théâtrales, picturales ou littéraires. Avec les élèves les plus âgés ou les plus motivés, possibilité également d’aborder l’esthétique baroque et l’influence du grand architecte américain, F.L. Wright, non seulement sur la construction de la maison mais aussi sur l’organisation de l’espace filmique.Conclure sur Ray : cinéaste européen ?

    Mise à jour: 17-06-04

Expériences

L’apogée du “ western adulte ”

Selon l’expression d’André Bazin, le début des années cinquante correspond à l’apogée du “ western adulte ”. Pour ne citer que les films les plus connus tournés ou sortis en 1952 et 1953, la liste est impressionnante : Le Train sifflera trois fois (Fred Zinneman), La Captive aux yeux clairs (Howard Hawks), L’Homme des vallées perdues (George Stevens), L’Appât (Anthony Mann), L’Ange des maudits (Fritz Lang), Bronco Apache (Robert Aldrich), La Rivière sans retour (Otto Preminger), Quatre Étranges Cavaliers (Allan Dwan). Du même Dwan, il faut citer La Femme qui faillit être lynchée (rarement pour ne pas dire jamais mentionnée par les exégètes de Johnny Guitar), car ce film se clôt lui aussi sur un duel entre deux femmes ; or si des conflits féminins apparaissent dans beaucoup des westerns, ce sont peut être les deux seuls du cinéma parlant à mettre en scène un tel duel (sous réserve de plus ample inventaire). Le rapprochement est d’autant plus intéressant que La Femme qui faillit être lynchée est également une production de Republic Pictures pour laquelle Dwan travailla de 1945 à 1956.

Si Johnny Guitar fut un succès financier, il fut en revanche à quelques exceptions près, fraîchement accueilli aux Etats-Unis, surtout par la critique corporative, très majoritairement négative.

C’est en Europe et plus particulièrement en France, que le film trouva bon nombre d’admirateurs (ce sera le cas de la plupart des films de Ray). Gavin Lambert mettra en avant “ la folie fascinante et monstrueuse ” de “ ce western extravagant ” et François Truffaut, dans “ Arts ” parlera de Johnny Guitar comme de La Belle et la Bête du western.

Enfin, venant juste après la dure période du Maccarthysme, le film eut quelques ennuis avec la censure. Il est vrai que les milices déchaînées des propriétaires et des notables, de même que la séquence où Turkey est quasiment forcé de dénoncer Vienna pour sauver sa peau, peuvent faire référence à ces années noires, d’autant que Ray et surtout son scénariste mettent en avant de telles intentions. Néanmoins, il serait excessif de voir en Johnny Guitar une parabole antimaccarthyste. Comme le dit Jean Wagner dans son ouvrage sur Nicholas Ray : “ Si tout les films montrant la bêtise de la foule sont des œuvres antimaccarthystes, on a fait des films de ce genre bien avant que le sinistre sénateur devienne célèbre. ”

Sans éliminer pour autant cette dimension historique, il faut rappeler que toute l’œuvre de Ray (et Johnny Guitar en particulier) porte en elle la nécessité de la révolte et de la rébellion contre l’establishment et ses possibles dérives fascistes.