Jeremiah Johnson

États-Unis (1972)

Genre : Western

Écriture cinématographique : Fiction

Archives collège, Collège au cinéma 1998-1999

Synopsis

Au milieu du dix-neuvième siècle, Jeremiah Johnson part vivre dans les Montagnes Rocheuses. Il s’initie à ce monde sauvage, où il trouve peu à peu sa place, et même une famille, au cœur d’une tribu indienne. Cette harmonie est soudain brisée par les militaires américains, que Jeremiah Johnson accepte de guider dans ces paysages enneigés, au prix d’une profanation qu’il paiera cher : la traversée d’un cimetière des Indiens Crows. Au bout du chemin de la vengeance, la paix reviendra.

Générique

Titre original : Jeremiah Johnson
Réalisation : Sydney Pollack
Scénario : John Milius, Edward Anhalt et David Rayfiel d’après le roman Moutain Man de Vardis Fisher et la nouvelle Crow Killer de R.W. Thorp et Robert Bunker
Image : Duke Callaghan
Décors : Raymond Molineaux
Montage : Thomas Stanford
Son : Charles Wilborn
Musique : John Rubinstein, Tim McIntire
Interprétation :
Jeremiah Johnson / Robert Redford
Chris Lapp, dit Bear Claw (Griffe d’ours) / Will Geer
Del Gue / Stephan Gierarsch
La femme folle / Allyn Ann McLerie
Caleb, l’enfant / Josh Albee
Chemise Rouge (Paint His Shirt Red) / Joaquin Martinez
Cygne, l’Indienne / Delle Bolton

Production : Wizan-Sanford Production pour Warner Bros
Durée : 1h 50
Sortie à Paris : 13 septembre 1972

Autour du film

Jeremiah Johnson s’attache à décrire l’esprit américain contemporain (1972) dans ses multiples aspirations et contradictions, en remontant à ses racines. L’action du film se situe au milieu du dix-neuvième siècle, soit une bonne vingtaine d’années avant la période  » classique  » du western. Les colons sont déjà présents, ils ne sont pas encore des héros… Le trappeur de 1870 peut se donner l’illusion d’une liberté reconquise, d’une relation paisible avec les Indiens, d’un contact direct avec la nature, illusion qui fait écho à celles de la génération issue du mouvement hippy des années 60-70, fuite dans des paradis artificiels ou rejet de la civilisation et de sa violence, guerre du Mexique hier, du Viêt-nam alors.

Jeremiah Johnson tempère ce romantisme idéaliste par une lucidité amère et dessine les limites de ce retour à la nature. Johnson fuit la violence mais devient un mythe comme  » Tueur de Crows « . Pollack fait preuve d’une ironie cinglante : c’est en refusant de prendre les scalps des Pieds-Noirs et en les offrant à leur chef que son personnage se retrouve marié à l’Indienne Swan selon le rite indien, mais il ne supportera jamais ni sa cuisine ni ses pratiques religieuses. Il est incapable de se départir de sa mentalité  » yankee  » et se fait piéger par les arguments humanistes, religieux et moraux du lieutenant et du révérend. En traversant le cimetière, il commet le pire sacrilège aux yeux des Indiens dont il prétendait respecter les valeurs.
Joël Magny

Autres points de vue

Le film de Sydney Pollack a fait réagir les critiques. Il a aussi, et c’est plus rare, inspiré un écrivain, Yves Berger, qui évoque Jeremiah Johnson dans un roman dont voici un extrait :

Mocassin toujours, après qu’il a éprouvé de la peine à respirer et que d’un geste il a écarté Arcadi, qui se précipitait :  » Je pense comme vous : Jeremiah Johnson est le plus grand film au monde. Vous l’avez en vous, en mémoire à vie. Tout comme moi. Et ce passage, plus que tous les autres, insupportable, quand Jeremiah Johnson voyage dans mon pays. C’est l’hiver dans les Rocheuses. Les arbres, sous la neige incessante, sont réduits à leur fût et à quelques branches au sommet, où les Crows exposent leurs morts, enveloppés dans des peaux. Un Blanc qui traverse le cimetière, c’est, pour les Corbeaux, la profanation suprême. Jeremiah Johnson pensait ne pouvoir l’éviter, qui devait, sa femme malade, faire vite et, passant par le cimetière, il abrégeait le voyage. S’ensuivra ce que vous savez, qui vous poigne : la vengeance, les massacres,… Eh bien, je vais vous dire, Arcadi : vous n’empêcherez jamais Jeremiah Johnson d’avoir insulté la mémoire de mes ancêtres. Vous pouvez dissoudre le temps, vous n’en effacerez jamais la mémoire.  » […] Mocassin l’air si las… Puis :  » D’ailleurs, Jeremiah Johnson, si j’en avais le pouvoir, l’empêcherais-je de faire ce qu’il a fait ? Sans doute pas. Un si beau film « .
Yves Berger, Le Monde après la pluie, éditions Grasset, 1997

Pistes de travail

  • Qui est Jeremiah Johnson ?

    Au début, nous ne savons rien de Jeremiah Johnson. La suite du film apporte peu d’informations. D’où vient-il ? Pourquoi a-t-il quitté  » le monde d’en bas  » et que cherche-t-il dans les Rocheuses ? Trouve-t-il ce qu’il cherche ? Le cinéaste donne-t-il si peu d’informations pour ne pas limiter son propos à la chronique d’un individu ?

  • Un itinéraire initiatique

    On peut reconstituer l’itinéraire symbolique de Jeremiah Johnson. Jusqu’à la traversée du cimetière indien, il rencontre plusieurs personnages qu’il redécouvrira ensuite dans l’ordre inverse : Chemise rouge, Griffe d’ours, la femme folle/le colon effrayé, Del Gue L’analyse de ces rencontres permet de saisir l’évolution de chaque personnage comme celle de Johnson.

  • L’espace

    Pourquoi le CinémaScope ? Pour inscrire Johnson dans la nature (l’initiation par Griffe d’ours), faire ressentir sa fragilité et la menace de l’environnement. Les angles de prise de vue renforcent les situations entre le monde d’en bas et le monde de la montagne, idéal et solitaire, auquel aspire Johnson.

    Mise à jour: 17-06-04

  • Expériences

    C’est Robert Redford qui apporte à Sydney Pollack le sujet de Jeremiah Johnson, passionné par l’idée d’une vie en marge des structures sociales et les relations entre l’homme et la nature. Plus tard, Redford vivra sur les lieux du tournage. Malgré l’opposition de la Warner, Pollack tient à tourner sur les lieux mêmes, exige des Indiens dans le rôle d’Indiens et se documente avec précision sur leur civilisation, chaque tribu fournissant un conseiller technique, notamment sur les  » Mountain Men « .
    Le film s’inscrit dans un renouveau du western des années 70, souvent attaché à un tel réalisme, mais rarement avec cette obstination. Il participe également à un courant de réhabilitation des Indiens dans le western, qu’on situe vers 1950 avec La Flèche brisée, de Delmer Daves, mais qui a débuté bien avant, dans les films de John Ford entre autres. Pollack évite la glorification idéaliste des Indiens : ils ont ici une noblesse certaine, mais ne sont exempts ni de contradictions (les religions des Pieds-Noirs) ni de violence, ni de cruauté.

    Civilisation et histoire

    L’expression  » Peau-Rouge  » ne vient pas de la couleur de la peau des Indiens, mais des peintures dont ils s’enduisaient le corps.
    En 1850, ils vivent en tribus, constituées des personnes descendant du même ancêtre, occupant le même territoire, parlant la même langue et obéissant aux mêmes lois. Le pouvoir du chef est héréditaire, mais il doit être agréé par les plus valeureux.
    La plupart des tribus croient à l’existence d’un Grand Esprit créateur de toute chose, présent dans la nature (eau, feu, air). Chaque tribu a son totem qui le protège. Pour les Indiens, les religions (y compris catholique) se complètent et l’homme n’est pas fait pour exploiter le monde mais pour vivre en harmonie avec lui. Ils ignorent la propriété privée du sol.
    Ils deviennent bientôt dépendants des trappeurs blancs à qui ils fournissent fourrures et céréales en échange du fer qu’ils ignorent. Les agriculteurs blancs s’installent sur les territoires de chasse indispensables à leur survie, engendrant des guerres. Rhum et épidémies détruisent des tribus entières.

    Outils

    Bibliographie

    Dossier Jeremiah Johnson, Jean-Pierre Bertin, Jean A.Gili, Alain Mitjaville, Les cahiers de la cinémathèque n° 12, 1974.

    Robert Redford ou la nostalgie du passé simple, Michel Cieutat, Positif n° 159, 1974.
    Robert Redford, François Guérif, Ed. PAC 1976.

    La grande aventure du western, Jean-Louis Rieupeyrout, Ed. Ramsay Poche Cinéma, 1978.
    Le western, Raymond Bellour, Ed. Gallimard, 1993.
    Univers du western, Georges-Albert Astre, Albert-Patrick Hoarau, Ed. seghers, 1973.
    Le Cercle brisé (l'image de l'indien dans le western), Georges-Henri Morin, Ed. Payot, 1977.
    Le western, quand la légende devient vérité, Jean-Louis Leutrat, coll. Découvertes Gallimard, 1995.
    Western : que reste-t-il de nos amours?, Gérard Camy, CinémAction n° 86, Ed. Corlet-Télérama, 1998.

    La Terre des Peaux-Rouges, Philippe Jacquin, coll. Découvertes Gallimard, 1987.
    Moeurs et histoires des peaux-rouges, René Thévenin, Paul Coze, Ed. Payot, 1977.
    Les indiens et le cinéma, ouvrage collectif, Ed. Trois cailloux, Maison de la Culture et Festival International d'Amiens, 1989.
    Indiens d'Amérique du Nord, Edward S. Curtis, Ed. Taschen, 1997.

    Vidéographie

    Jeremiah Johnson, Sydney Pollack. Distribution ADAV n° 3 312
    Danse avec les loups, Kévin Costner. Distribution ADAV n° 4 220
    La Flèche brisée, Delmer Daves. Distribution ADAV n° 19 888