Haute pègre

États-Unis (1932)

Genre : Comédie

Écriture cinématographique : Fiction

Collège au cinéma 2020-2021

Synopsis

Gaston Monescu est un cambrioleur de haut vol opérant sous de nombreuses fausses identités. Alors qu’il vient de détrousser le client d’un hôtel vénitien, il y tombe sous le charme d’une charmante jeune escroc, Lily. Ils se mettent en couple et en partenariat, organisant le vol à l’opéra d’une héritière, Madame Mariette Colet, responsable légale de l’usine de parfums Colet & Cie. La récompense qu’elle offre pour l’objet « perdu » (un sac à main estimé à 125 000 dollars) est telle qu’ils le lui rendent d’eux-mêmes. Gaston voit dans le palace, où elle dissimule son coffre-fort, l’occasion d’un grand coup et, séduisant Mariette, s’en fait son secrétaire personnel. Lily, et non sans raisons, devient immédiatement jalouse. En ces deux femmes, Gaston aura trouvé deux partenaires-adversaires à son imposante mesure.

Distribution

Miriam Hopkins : Lily de Vautier
Kay Francis : Mme Mariette Colet
Herbert Marshall : Gaston Monescu, alias Le Val
Charles Ruggles : le Major
Edward Everett Horton : François Filiba
C. Aubrey Smith : Adolph J. Giron
Robert Greig : Jacques, le majordome de Mariette

Générique

Titre original : Trouble in Paradise
Réalisation : Ernst Lubitsch
Scénario : Grover Jones et Samson Raphaelson, d’après la pièce de Aladar Laszlo
Photo : Victor Milner
Musique : W. Franke Harling
Production : Ernst Lubitsch
Société de distribution : Paramount Pictures
Durée : 83 min.

Autour du film

Trouble – Un lit – in Paradise. Tout Lubitsch en une litote ouvrant le générique. De tous ses films, le cinéaste considérait celui-ci comme stylistiquement le plus achevé : « Du seul point de vue du style, je pense n’avoir rien fait de meilleur, ou d’aussi bon, que Haute Pègre. » On ne saurait lui donner tort. Et tout en étant affaire de style chez Lubitsch… Trouble in Paradise (qu’on nous permette de préférer le titre anglais) réussit l’injonction de son pickpocket de haut vol à son valet d’hôtel : mettre la lune dans une coupe de champagne. A l’arrivée du parlant, alors que tant d’autres de ses confrères barbotent encore, il atteint ici une apogée en grâce du cinéma verbal qui sera peu concurrencée… sinon parfois par Lubitsch lui-même. Mais pour ce maître issu du muet, la mise en scène, s’il elle est affaire de langage, l’est d’abord de langage visuel. Trouble in Paradise élabore un système de commentaire par montage et inserts, arbore une intelligence graphique, qu’on oublierait presque tant il porte haut les possibilités de la langue anglaise. Ce cinéaste à perpétuellement redécouvrir indique une voie royale pour le cinéma américain, peu empruntée par la suite (on lui trouverait en matière de malfrats première classe un seul interlocuteur envisageable : l’aussi merveilleuse Lady Eve, autre titre édénique, de Preston Sturges), totalement oubliée depuis au profit de la pire balourdise par l’industrie hollywoodienne. Les films de Lubitsch sont tout ce que le mainstream contemporain n’est pas – ce qui les rend à jamais modernes, face à tant de titres qui à leur sortie fleurent déjà la ringardise à venir. Indémodable, c’est le premier adjectif qu’ils, et au premier rang celui-ci, inspirent.

Sûrement, il n’y pas moins bonne manière de commencer que l’emphase démonstrative pour (ré)évoquer cet as de la légèreté. C’est que la calme mais absolue maîtrise dont il fait preuve ici n’appelle guère un commentaire, sinon à ressasser les motifs connus (élégance qu’on devrait « remarquer ne pas remarquer », dérèglement des classements sociaux par le désir, mise à jour des piliers que sont le sexe et l’argent, de leurs différentes formes de sublimation). Trouble in Paradise condense en moins d’une heure et demie tout ce qui travaille en profondeur l’œuvre lubitschienne, constituant une porte d’entrée idéale dans une œuvre où l’on aime sourire et chavirer en chaque titre. Au service de ce précis de mis en scène, deux habitués (la pimpante Miriam Hopkins, Herbert Marshall aussi suave qu’il peut l’être, et dont on ne remarque une fois de plus jamais la jambe de bois), une actrice incompréhensiblement oubliée (elle a beau être trépassée il y a près d’un demi-siècle, l’auteur de ces lignes se déclare incurablement amoureux de Kay Francis). L’intrigue, sous les retournements constants de situation, est d’une tenue claire et tendue : qu’arrive-t-il au charmant filou quand il tombe amoureux d’une fille dont le coffre-fort n’égale que l’indépendance d’esprit ? Et quand celle qui réellement lui sied ne regarde pas la possibilité de cette idylle d’un œil bienveillant ?

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