Flèche brisée (La)

États-Unis (1949)

Genre : Western

Écriture cinématographique : Fiction

Collège au cinéma 2009-2010

Synopsis

1870, en pleines « Guerres Apaches », le chercheur d’or, ex-soldat de l’Union, Tom Jeffords, se rend à Tucson (Arizona). En chemin, il sauve un jeune Indien blessé par des soldats. Quelques Apaches surgissent et lui laissent la vie sauve, alors qu’ils torturent et massacrent d’autres Blancs.
À Tucson, le colonel Bernall voudrait que Jeffords devienne son éclaireur. Mais celui-ci préfère aller seul rencontrer Cochise. Au village indien, ce dernier lui promet que les Apaches n’attaqueront plus les courriers, et Jeffords s’éprend de la belle Sonseeahray. Si désormais les courriers passent sans encombre, un convoi militaire est en revanche attaqué par Cochise et Bernall est tué. De retour à Tucson, accusé d’espionnage, Jeffords est sauvé du lynchage par le général Howard, rescapé de l’attaque. Celui-ci, venu négocier la paix avec Cochise, obtient l’aide de Jeffords et réussit malgré l’opposition de l’Apache Goklia (qui devient Geronimo). La paix s’installe peu à peu, mais les irréductibles de chaque camp n’ont pas renoncé. Il faut toute la persuasion de Cochise et Howard pour sauver la paix, en empêchant Jeffords de céder à la vengeance après la mort de son épouse Sonseeharay, tuée dans une embuscade organisée par le rancher Ben Slade.

Distribution

James Stewart / Tom Jeffords
Jeff Chandler / Cochise
Debra Paget / Sonseeahray
Basil Ruysdael / Général Howard
Will Geer / Ben Slade
Joyce MacKenzie / Terry
Arthur Hunnicutt / Duffield
Jay Silverheels / Goklia (Geronimo)
Robert Foster Dover / Machogee (le jeune Apache)
Raymond Bramley / Colonel Bernall

Générique

Titre original : Broken Arrow
Réalisation : Delmer Daves
Scénario : Albert Maltz, Michael Blankfort, d’après le roman d’Elliott Arnold Blood Brother
Image : Ernest Palmer
Musique : Hugo Friedhofer
Direction musicale : Alfred Newman
Son : Bernard Freericks, Harry M. Leonard
Montage : J. Watson Webb Jr.
Décor : Lyle Wheeler, Albert Albert Hogsett (dir. art.)
Costumes : René Hubert
Effets spéciaux : Fred Sersen
Production : Twentieth Century Fox
Producteur délégué : Julian Blaustein
Distribution : Swashbuckler Films (2008)
Sortie aux États-Unis : 21 juillet 1950
Sortie en France : 30 mars 1951 et 19 mars 2008
Durée : 1h29
Format : 35 mm, Technicolor, 1.37 : 1

Autour du film

Une mise en scène sobre

À propos des westerns de Delmer Daves, on a pu parler de westerns néoréalistes, Cow Boy en particulier, que le cinéaste lui-même qualifie de « documentaire », tant le souci de la documentation, de la précision historique et sociologique, était grand par rapport à la moyenne du genre à l’époque, où le mythe l’emportait si souvent sur l’authenticité. La mise en scène de Flèche brisée est un exercice d’effacement, de retenue formelle au service d’un sujet unique : la réhabilitation des Apaches en tant que peuple possédant une culture (et plus généralement, un plaidoyer pour la paix). Ainsi lorsque Cochise brise la flèche, il est filmé de face, clairement et simplement : Daves n’y ajoute ni mouvement de caméra ni effet photographique. La beauté et la force de la mise en scène sont dans ce qu’elle montre. À peine un effet de contre-plongée sur Cochise contribue-t-il à le grandir, à souligner l’importance historique du geste et la stature qu’il lui donne pour la postérité. Les coutumes et cérémonies des Apaches (le mariage) sont filmées de façon à rendre hommage à leur beauté, ce que ne fait pas toujours le document ethnographique, sans les trahir par une quelconque occidentalisation chorégraphique, musicale ou spectaculaire. La séquence de la fête indienne en l’honneur d’une jeune vierge, est filmée avec le soin d’une comédie musicale, renforcé par le regard de Jeffords (James Stewart).

Le recours au symbole

La contre-plongée qui souligne le geste de Cochise, écart par rapport à la norme documentaire, se justifie parfaitement par le fait que cette flèche brisée est le symbole de la fin des combats, des tueries, c’est le début de la paix. Il est rapidement suivi d’un autre, lorsque Cochise décide que chaque nouveau jour sans combats sera symbolisé par une pierre. Le recours au symbole n’est pas une facilité d’expression désuète, mais prend sa source dans la volonté de Daves de s’immerger dans la culture des Indiens et leur sensibilité : ce type de symbole fait partie de la culture et du quotidien des Apaches qui les poussent à figurer tous les événements importants par des signes emblématiques. Ainsi du fameux rituel des sangs mêlés, souvent montré au cinéma, qui marque ici l’union de Jeffords et Sonseeahray.
Mais Daves utilise aussi le symbole du côté des Blancs : l’équivalent des pierres de la paix sont alors les trajets du cavalier chargé du courrier, les cinq allers et retours effectués sans encombre qui marqueront le début d’une paix possible. Dans ce cas, nul sens de la cérémonie : si chaque geste de Cochise est empreint de sacré, les cow-boys en sont, eux, à parier des dollars sur ce qui attend le cavalier postier. On est pourtant bien aussi du côté du symbole car, du contenu du courrier, de ce que permet la reprise des échanges de lettres, il ne sera jamais question. Daves n’entre pas dans la chronique réaliste : il structure sa mise en scène autour d’images fortes, d’images sommes : celle du cow-boy transformé, en quelque sorte, en colombe de la paix, en est évidemment une. Daves utilise aussi le symbole très fort du miroir, dans lequel Sonseeahray va voir son image, comme Jeffords la sienne : ils sont semblables, rien ne les sépare dans cette « relation en miroir ». C’est donc très naturellement que dans ce chemin vers l’Autre et vers la paix, le cinéaste inscrit la dimension de l’Amour au sens chrétien, religieux. Amour de l’Autre, tel qu’il peut s’exprimer dans la Bible (guide du général qui signera le traité de paix) ou dans les prières des Apaches (l’adolescent de la première scène dit à Jeffords qu’il priera pour sa sauvegarde).

Dans leur ensemble, les personnages servent d’appui à ce recours au symbole qu’affectionne Daves, qui tend à les présenter comme des allégories, ou des archétypes. Le colonel Bernall vaut pour tous les Blancs aveuglés par leur désir d’exterminer les Apaches, en méconnaissant leur force. Sonseeahray vaut pour toutes les vies brisées par l’absurdité des guerres. La même valeur peut être attribuée au plan rapproché qui nous montre, pendant la scène de la grande bataille, le jeune Indien du début du film, mort.

La question du territoire

C’est tout l’enjeu de La Flèche brisée : pour que puisse naître la paix entre Blancs et Apaches, un territoire doit être reconnu.

Toute la structure du film est au service de cette idée. Dans la première partie du film, Jeffords est en territoire ennemi (terre sauvage, décor de tortures qu’on le force à regarder). Il se retrouve ensuite sans transition spatiale chez les Blancs : le trajet d’un espace à l’autre n’est pas montré, les deux territoires ne sont visuellement pas liés, et surtout pas réconciliés : dans le montage, ils sont séparés par un passage au noir, qui a l’effet d’un mur, d’un barrage. Lorsque Jeffords entreprend sa tentative de pacification, son retour chez les Indiens fait, au contraire, l’objet d’une longue séquence de voyage : le lien commence à s’établir entre les deux territoires, il est rendu visible. Dans la dernière partie du film, Daves nous montre des Apaches qui croisent des Blancs sans s’affronter, et même des Indiens venant à la rescousse de cow-boys tombés dans une embuscade : tout se joue dans le même plan, la même séquence. La mise en scène abandonne totalement le système d’opposition des espaces, elle crée le territoire commun dont le film raconte la naissance. Il faut noter ici que, même si le traité de paix négocié à la fin du film évoque un territoire apache indépendant, Daves, lui, insiste bel et bien sur la notion d’espace commun, où l’on vit en paix les uns avec les autres (et qui exclut donc le risque de voir les Apaches assignés à un espace qui deviendrait une sorte de réserve).

Vidéos

Flèche brisée (La)

Catégorie :

27‘23” à 29’33” (= 2’10” env.)*
*Le minutage peut varier en fonction du matériel de lecture ou de visionnement utilisé.

Cette séquence se situe juste après la première entrevue de jeffords avec Cochise dans la tente de ce dernier. La sortie des deux hommes s’accompagne d’un fondu enchaîné [27’23”] après la phrase de Cochise : « Si on nous voit ensemble, tu seras en sécurité. » Ce fondu est une figure de style banale, mais son utilisation, ici à la place d’un simple montage montrant l’intérieur puis l’extérieur de la tente en champ-contrechamp par exemple, suggère que l’on passe d’une discussion théorique à une application concrète : l’immersion de Jeffords, guidé par Cochise, dans le monde et la culture des Indiens apaches. Ce qu’a vécu le réalisateur lui-même durant la préparation et le tournage de La Flèche brisée et à quoi il veut également initier le spectateur.

Au plan suivant, on ne retrouve pas les deux hommes devant la tente comme on pouvait s’y attendre, ni en premier plan, mais en arrière-plan devant la foule des Indiens. Cochise a eu le temps de changer de tunique (c’est la nuit et nous sommes entrés dans la tente de jour). Nous sommes donc plongés dans une danse rituelle en cours, au cœur de l’événement. La place des deux hommes, à peine visibles en arrière-plan [27’27”], ne donne pas le sentiment d’un spectacle spécialement organisé pour eux ou pour nous, même si nous n’oublions pas que nous sommes au cinéma et que le film nous est destiné.

La caméra, après s’être rapprochée des danseurs, suit leur mouvement vers la gauche, puis revient vers la droite. Contrairement à nombre de danses indiennes traditionnelles montrées dans les westerns depuis les débuts du genre, les danseurs ne sont jamais seuls. On distingue sans cesse des « figurants » en arrière-plan des images des danseurs. Il n’est pas nécessaire de savoir que le réalisateur a utilisé de vrais Apaches ni d’avoir une connaissance des danses indiennes pour ressentir au moyen de ces images l’idée d’une communauté et non de figurants anonymes venus d’autres horizons pour faire de la figuration.

Au cœur de ces mouvemnts, un plan de coupe montre Cochise et Jeffords en spectateurs (mais toujours immergés dans l’événement avec ces mêmes figurants-participants derrière eux). Ils sont nos représentants à l’écran. Une part de nous-mêmes est quasi naturellement impliquée dans la situation, comme Cochise parmi les siens, vivant et appréciant une cérémonie connue. L’autre part adopte partage le sentiment exprimé par une des attitudes favorites de James Stewart à l’écran, l’étonnement, voire l’ébahissement. Il éprouve la même stupeur devant la la nouveauté et la beauté de la civilisation indienne que ses avatars devant le monde impitoyable et incompréhensible décrit par Capra dans Mr Smith au Sénat ou La Vie est belle. Mais ici, ce n’est pas l’horreur qui fige Jeffords mais l’approche du sacré qu’il commence à partager, sans le savoir encore, avec Cochise. Ils étaient face à face dans la tente, les voici côte à côte.

Le regard de Delmer Daves s’attarde quelques instants sur le spectacle qui s’offre à leurs yeux et aux nôtres. Un spectacle parfaitement chorégraphié que le cinéaste filme avec autant se soin qu’un ballet de Busby Berkeley que les alignements de danseuses en diagonales mouvantes rappellent parfois. Impossible au spectateur quelque peu sensible au rythme, à la musique, à la composition des images, aux couleurs chatoyantes et chaudes des costumes, d’y voir une quelconque « danse de sauvages », même s’il n’en perçoit pas la signification.

C’est Cochise qui rompt la fascination de Tom et le fait sortir de cet espace sacré en franchissant une barrière humaine. Dehors, ils peuvent passer à la réflexion. La question du Blanc indique un intérêt autre que touristique à l’égard d’une manifestation folklorique ou exotique. Cela doit bien avoir un sens et ne pas concerner que les Apaches. En effet, la réponse de Cochise nous ramène à la problématique de La Flèche brisée, le documentaire à la fiction : la lutte du Bien et du Mal. Cette danse doit équilibrer les deux en harmonie parfaite pour ne pas fâcher les dieux, ce qui pourrait qualifier le déroulement d’une bonne intrigue de western. La caméra a accompagné en travelling latéral les deux hommes, comme pour maintenir l’harmonie, encore fragile, qui vient de se créer entre eux. Le mouvement se stabilise pour les cadrer de nouveau ensemble, presque de face, mais à égalité. Une différence pourtant : Jeffords regarde un instant en arrière vers la danse, comme l’abandonnant à regret, tandis que Cochise regarde vers le Blanc, étonné de son intérêt et de ce qu’il permet d’espérer pour l’avenie.

C’est toujours Cochise qui entraîne Tom dans le mouvement continu du plan-séquence. Vers où ? À l’instant même où l’homme blanc prononce la phrase-clé (« Il faut comprendre les autres »), apparaît dans le fond, entre les deux hommes, dans sa tente, installée et parée comme une déesse, Sonseeahray. La tente n’est plus une simple habitation, mais une sorte de temple sacré. L’homme qui était venu pour régler des affaires importantes mais qui demeuraient du domaine du profane, s’est approché du sacré en participant au cercle de la danse liturgique. Il touche ici à des valeurs qui transcendent les échanges diplomatiques de la discussion sous la tente. La phrase de Jefford, « je respecte les tiens » (28’48”), réaffirme ce qui de l’ordre des valeurs : le respect mutuel.

La série de champs-contrechamps qui suit décrit alors un échange réellement à égalité. Comme le rappelle Cochise, ils sont toujours adversaires, mais ils ont des valeurs en commun que n’ont pas les autres. Jeffords devient une sorte d’élu et Cochise peut désormais (29’02”) lui faire franchir un pas de plus en lui révélant ce qui devrait n’être connu que des Apaches et en lui offrant de bénéficier de pouvoirs magiques de la vierge, réservés aux initiés. Après un face à face où ils sont à nouveau à égalité autour de l’entrée, Jeffords peut pénétrer au cœur du lieu sacré de cette cérémonie « unique ». (29’33”).

Pistes de travail

– Le genre « western »

Le stéréotype du western, c’est un cow-boy, avec un chapeau aux larges bords, qui se bat contre des Indiens avec des plumes et des peintures de guerre… Il y a aussi des chevaux, des armes, colt à six coups ou carabine Winchester automatique, arcs et flèches, le village de tentes des Indiens, la petite ville avec ses commerçants, un saloon, un joueur ou un chasseur de prime et un shérif, un chercheur d’or parfois, des bandits presque toujours, des embuscades, un désert, des montagnes (rocheuses), une rivière, ou des prairies avec leurs troupeaux et leurs éleveurs, des fermiers, un chemin de fer parfois, avec sa gare isolée comme une gare TGV d’aujourdhui, l’armée des tuniques bleues (qui arrive toujours après la bataille)… Il y a aussi, à la fin, un duel (gunfight) qui oppose le bon et le méchant ! Bon nombre de ces éléments se retrouvent dans tout western. Ils constituent souvent les ingrédients des westerns de série B (à petit budget et tournés à la chaîne) et les séries télévisées. Mais le western est plus que l’application mécanique de quelques recettes. Né aux États-Unis pratiquement avec le cinéma, c’est une épopée par laquelle un pays composé d’immigrés et constitué d’un nombre grandissant d’États aux intérêts divergents, à la fois se raconte son histoire et l’invente pour en faire un mythe : la conquête de l’Ouest, la Guerre de Sécession, les guerres indiennes, et avant tout l’instauration de la Loi, garante (en principe) de la paix… Dans un vrai western, il n’y a pas toujours un cow-boy ou un gunfighter (qui tire plus vite que son ombre), mais un homme qui voudrait établir et faire respecter la Loi, et qui n’est pas nécessairement le shérif. Il y a inévitablement en face de lui un ou des méchants, et ce ne sont pas nécessairement les Indiens. Le méchant du western, c’est celui qui croit à la loi du colt, celle du plus fort (ou du plus rapide), celle qui a prévalu lorsqu’il s’agissait de conquérir (et défendre) des terres dites « vierges », qui appartenaient au premier (blanc) arrivé.

À partir de ces quelques remarques sur le western, on peut montrer en quoi La Flèche brisée appartient bien au genre « western ». – Quels personnages typiques du western figurent dans le film ? Quels personnages typiques du western n’y figurent pas ? – Les paysages (relief, végétation, ville, village indien) du film sont-ils typiques d’un western ? – Décrire les armes utilisées par les Blancs. Par les Indiens. Les moyens de transport. – Qui sont les « bons » et qui sont les « méchants » dans La Flèche brisée ? – Quel est le point de vue du réalisateur sur les Blancs et les Indiens ?

– Le contexte historique

L’action de La Flèche brisée se rédoule entre 1870 et 1872. On y fait allusion à la conquête de l’Ouest, à la guerre de sécession, et aux guerres indiennes. Il pourrait être utile, pour une meilleure compréhension du film d’apporter quelques éclaircissements sur ce contexte.

– Conquête de l’Ouest (« Far-West »). Les Blancs du film sont représentatifs des immigrés européens qui depuis le début du XIXe siècle partent de la côte Est des États-Unis vers l’Ouest pour explorer les terres au-delà du Mississipi et s’y installer au détriment des Indiens. L’action se déroulant en Arizona, chercher où se trouve cet État. Faire chercher les motivations des Blancs présents dans le film. Comment réagissent les Indiens.

– La Guerre de Sécession (1861-1865). Faire chercher pourquoi les Américains l’appellent « Civil War ». Faire situez les personnages par rapport à cette guerre.

– Guerres indiennes (1865-1890). Chercher les origines, les principaux protagonistes, deux batailles et le bilan de ces guerres. À quel moment précis se situe l’action du film ? Quels personnages historiques sont présents dans le film ? Faire faire une courte biographie sur ceux-ci (Cochise, Jeffords, Géronimo, le Gén. Howard).

Un western « documentaire » et symbolique

– Faire faire la liste de toutes les scènes qui montrent la vie et les coutumes des Apaches. À partir de là, faire constater que La Flèche brisée est un film d’aventures (western) qui prend un peu son temps. Mais aussi chercher comment ces scènes enrichissent l’action et les personnages et donnent aux scènes d’action plus de force, de relief, puisque nous en comprenons les enjeux, partageons les espoirs et les craintes de Jeffords ou de Cochise. Par exemple lorsque Jeffords assiste impuissant à l’embuscade au cours de laquelle des Blancs sont torturés et tués (6’ à 9’). Comment la fête indienne (27’20”- voir séquence analysée) à laquelle assiste Tom donne du poids à sa rencontre avec Sonseeahray, puis à ses relations avec celle-ci et l’ensemble du peuple apache. – Rechercher les objets, gestes, paroles, scènes qui constituent des symboles utilisés aussi bien par Cochise et les Apaches que par Jeffords et les Blancs. – La guerre et la paix entre deux peuples peuvent être symbolisés par le retranchement de chacun dans un espace donné d’un côté, par un espace partagé où la notion de frontière se dilue. Il est possible de montrer comment le film évolue de l’un vers l’autre, sans que l’unification soit totalement faite. Y a-t-il identité de vue entre ce que souhaite Tom Jeffords et le général Howard qui, avec le traité de paix, concède une terre aux Apaches ?

Joël Magny d’après Michel Cyprien et Frédéric Strauss, le 26 août 2009

Expériences

– La véritable histoire de Cochise, entre guerre et paix

La Flèche brisée comporte quatre personnages historiques, Cochise, Geronimo, Jeffords et le général Howard. Mais le film a resserré le temps et commis quelques erreurs de détails dont certaines figuraient déjà dans le roman d’Elliott Arnold. L’action décrite dans le film se passe entre novembre 1870 (première rencontre entre Cochise et Jeffords) et fin octobre 1872 (le traité entre Cochise et Howard est signé le 13 octobre, et il se passe une quinzaine de jours avant que la fictionnelle Sonseeahray soit tuée). Or le film donne l’impression d’un laps de temps beaucoup plus court. En 1870, Cochise (1812-1874) avait déjà près de 60 ans, Geronimo (1823-1909), 47, Thomas Jeffords (1832-1914), 38, et le général Howard (1830-1909), présenté comme un vieillard à barbe blanche, n’en avait que 40 !

Cochise (Shi-Ka-She) avait compris dès les années 1850 que la cause des Apaches était perdue. Il pensait que seule la paix pourrait retarder l’inéluctable. Souvent contre l’avis des autres chefs apaches, il avait tenté des négociations, mais en 1861, le sous-lieutenant Bascom voulut faire capturer Cochise venu en paix, et en 1863, eut lieu l’assassinat du vieux chef Mangas Coloradas par les hommes du général West. Cochise alors mena une guerre sans répit et, profitant de la Guerre de Sécession qui éloignait le gros des soldats, il tint, depuis sa forteresse nichée dans les montagnes, tout l’Arizona pendant plusieurs années.

Tom Jeffords, ancien éclaireur à la tête de quelques diligences régulièrement attaquées, décida de le rencontrer afin d’essayer d’obtenir l’arrêt des attaques. Jeffords, que l’on appelait « Red Whiskers » (favoris rouges), partit seul pour « la forteresse ». Cette rencontre scella une amitié qui, bien que l’épisode des « frères de sang » du roman ne soit pas attestée et ne semble reposer, sauf pour le mariage, sur aucune coutume apache, eut une éphémère influence sur les événements. Cochise accepta de laisser passer les courriers, et de rencontrer le général Howard (Jeffords servant d’interprète) venu pour signer un accord au nom du président Grant, ancien général en chef des Yankees pendant la Guerre de Sécession. Howard, qui avait perdu le bras droit en 1862 au début de cette guerre à la bataille de Seven Pines (dite de Fair Oaks), était un fervent chrétien qui citait la Bible à toute occasion.

La paix fut signée, Cochise acceptant de conduire sa tribu dans la réserve de Sulphur Springs, un espace de près de 8 000 km² entre Fort Bowie et la frontière mexicaine, autour des monts Chiracahuas. Cochise exigea et obtint que Jeffords soit nommé agent indien de la réserve et celui-ci dut batailler avec l’État fédéral pour que soient livrés les vivres promis par le traité. À la mort de Cochise (sans doute d’un cancer de l’estomac), son fils aîné Taza lui succéda, puis vint le temps de Géronimo…

– Les qualités humaines de La Flèche brisée” (presse)

« Déjà Daves pouvait développer, dans ce film, le thème qui hante son œuvre : la rencontre entre deux hommes, de milieux ou de races différents qui peu à peu, au contact l’un de l’autre, apprennent, découvrent, se modifient et finissent inconsciemment par faire changer le monde autour d’eux, un monde où triomphent les préjugés et la discrimination. Nulle considération moralisante ne vient affaiblir le propos. Comme Dwan, Daves ne se préoccupe que de la justice et non des règles bourgeoises. La valeur humaine passe avant tout.
Et pourtant les protagonistes de ces aventures ne sont pas des héros. Ce ne sont pas, non plus, les membres un peu anonymes des collectivités fordiennes ni les obsédés du professionnalisme cher à Howard Hawks. »

Bertrand Tavernier, Combat, 7 septembre 1965

« C’est par la reconnaissance des qualités humaines que peut se dessiner une entente entre les hommes. Le film commence par cette constatation, et l’intrigue se développe sans effets inutiles, sans morceaux de bravoure. Ce dépouillement est infiniment plus convaincant. Daves nous fait regarder l’événement, l’évidence. Cela suffit à emporter notre adhésion et notre sympathie.
Néanmoins, Daves se garde d’un optimisme plein d’illusions. Il sait que la victoire demande le sacrifice et, par deux fois, la caméra évoque la mort de l’innocent : les chercheurs d’or tuent l’adolescent épargné par Jeffords, et Sunseeahray paie de sa vie la folie meurtrière des racistes. Cette mort condamne du reste, sans didactisme superflu, le racisme que l’auteur dénonce tout au long du film, en en manifestant le caractère passionnel et l’aveuglement. Il le voit chez les Peaux-Rouges comme chez les Blancs. Il l’explique aussi de part et d’autre : pour ceux-ci, il y a des fermes incendiées, des femmes tuées ; pour ceux-là, l’exécution injuste d’un des leurs par un officier borné. La violence appelle la violence […] La tâche des hommes de bonne volonté est donc de provoquer le premier pas des communautés l’une vers l’autre […] Telle est l’ambition de Delmer Daves : inviter des hommes naguère opposés à l’estime et à la fraternité qui engendre la paix…
(Télérama)

 

Jacques Meillant, Télérama n° 965, 14 juillet 1968

Outils

Bibliographie

Dossier « Collège au cinéma » n° 171, par Michel Cyprien et Frédéric Strauss, CNC, 2009.
Patrick Brion, Le Western, La Martinière, 1992.
Elliott Arnold, La Flèche brisée, trad. J. Muray, Éd. du Rocher, 1992.
Delmer Daves, « La Flèche brisée », Positif, n°72, décembre 1965-janvier 1966.

Raymond Bellour dir., Le Western (approches, mythologies, auteurs, acteurs, filmographies), Gallimard, coll. Tel, 1993
William Bourton, Le Western, une histoire parallèle des États-Unis, PUF, 2008.
Clélia Cohen, Le Western, Cahiers du cinéma, coll. « les petits Cahiers », 2005.
Jean-Louis Leutrat, Le Western, Gallimard, coll. « Découvertes », 1995.
Jean-Louis Leutrat, Suzanne Liandrat-Guigues, Splendeur du western, Rouge Profond, coll. « Raccords », 2007 ; Western, Klincksieck, 2007.
Georges-Henri Morin, Le Cercle Brisé, l'image de l'indien dans le western, Payot, 1977
Fenimore Cooper, Le Dernier des Mohicans (1826), Folio junior, Gallimard jeunesse, 1998.
O. Delavault, Geronimo, Folio-biographies, Gallimard, 2007.
Karl May, Winnetou, l’homme de la prairie, Flammarion, 1998.
David Roberts, Nous étions libres comme le vent. De Cochise à Geronimo, une histoire des guerres apaches, Albin Michel « Terre indienne », 1999.
Jean-Louis Rieupeyrout, Histoire des Apaches, Albin Michel, 1987.
R. Thévernin et P. Coze, Mœurs et histoire des Indiens d’Amérique du Nord, Payot, « Petite bibliothèque », 2004.
Positif, n° 509-510, juillet-août 2003 (numéro spécial « Figures du western américain »)

Jonathan Coe, James Stewart, une biographie de l’Amérique, Cahiers du cinéma, 2004.
Luc Moullet, Politique des acteurs : Gary Cooper, John Wayne, Cary Grant, James Stewart, Cahiers du cinéma, coll. « Essais », 1993.
Michel Cieutat, « James Stewart ou le bien-fondé de l’Amérique », Positif, n° 284, octobre 1984.

Aigle Noir (Brave Eagle), une série de 26 épisodes (1955) sur CBS (sur la RTF en 1959) (Le chef Cheyenne incarne une sorte de Cochise œuvrant avec les Blancs pour la paix, en luttant contre les « mauvais Cheyennes »).
La Flèche brisée (Broken Arrow), de Robert Stevenson, 1956, téléfilm avec Ricardo Montalban (Cochise) et John Lupton (Jeffords).
La Flèche brisée (Broken Arrow), avec Michael Ansara (Cochise), série de 72 épisodes pour ABC (1956, diffusé en 1960 sur la RTF).

Web

Fiche ABC Le France - Extraits de critiques, propos du réalisateur (Document téléchargeable)
critikat.com critique du film
dvdclassik.com critique du dvd
cineclubdecaen.com
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