Fish Tank

Grande-Bretagne (2009)

Genre : Drame

Écriture cinématographique : Fiction

Archives lycéens, Lycéens et apprentis au cinéma 2011-2012

Synopsis

Mia, quinze ans, n’a que des ennemis: les adolescentes du voisinage la détestent, sa meilleure amie ne veut plus la voir, sa petite soeur la couvre d’insultes et sa mère célibataire semble résolue à la placer dans une école pour délinquants juvéniles. Mais le comportement extrême de la jeune adepte de hip-hop s’adoucit lorsque Connor, le nouvel amant de sa mère, vient s’établir dans leur appartement d’une cité ouvrière anonyme. Les attentions de ce dernier envers les deux filles, ainsi que son charme et sa beauté indéniables, viennent à bout des résistances de Mia, qui se laisse apprivoiser par cet homme au passé mystérieux, qui lui prête son camescope et l’encourage à participer à une audition.

Distribution

Interprétation :
Mia / Katie Jarvis
Joanne, la mère de Mia / Kierston Wareing
Connor / Michael Fassbender
Tyler, la petite sœur de Mia  / Rebecca Griffiths
Billy  / Harry Treadaway
Keira / Sidney Mary Nash
Liam  / Jason Maza
London / Brooke Hobby
Sophie / Charlotte Collins
Andree / Chelsea Chase

Prix : Prix du jury – Festival de Cannes 2009 ; Bafta 2010 du Meilleur film britannique

Générique

Titre original :  Fish Tank
Réalisation :  Andrea Arnold
Scénario : Andrea Arnold
Image :  Robbie Ryan
Son : Joakim Sundström
Montage : Nicolas Chaudeurge
Décors : Helen Scott
Costumes : Jane Petrie
Musique : Liz Gallacher
Production : BBC Films
Producteurs : Kees Kasander, Nick Laws, Christine Langan, David M. Thompson, Paul Trijbits

Couleurs
Durée : 2h04

Autour du film

« Fish Tank » : Mia, 15 ans, entre guerre et amour dans un HLM anglais

Rares sont les cinéastes promus dès leur premier film dans la compétition cannoise. C’est ce qui était arrivé, il y a trois ans, à une réalisatrice anglaise méconnue, Andrea Arnold, avec Red Road. Son nouveau film, Fish Tank (« Aquarium ») est encore en compétition. Et il prouve que ce privilège n’est pas exorbitant.

Situé au nord-est de Londres, parmi les barres et les maisonnettes d’une cité de l’Essex, il met en scène un âpre roman d’éducation contemporain dont l’héroïne, prénommée Mia, issue d’un milieu modeste, est une adolescente en guerre. Cette boule de nerfs anguleuse et renfrognée a l’insulte pour carte de visite, et le coup de boule pour geste de politesse.

Mia manque de tout ce qui pourrait lui venir en aide pour son départ dans la vie. Un père inconnu, jamais nommé, toujours absent, une mère instable et immature qui collectionne les aventures, une sœur cadette qui prend le chemin épineux de l’aînée, un environnement confiné et impitoyable, une école qui ne veut plus d’elle, et l’univers frelaté des clips gangsta rap pour horizon culturel.

Qu’on ne s’imagine pas pour autant que Fish Tank est un réquisitoire. Rien de cette démission généralisée, qui conspire à la marginalisation des plus démunis, n’est souligné. Tout est suggéré, comme en passant, et avec une efficacité d’autant plus grande.

L’enjeu du film est pourtant ailleurs, dans le destin de cette jeune fille de 15 ans, dans l’incarnation et la relation des personnages, dans le trouble moral où nous jette le récit, dans l’enjeu romanesque qui emporte tout sur son passage.

JARDIN SECRET

Quand elle ne traîne pas dans la cité à rentrer dans le chou de ses voisines ou à vouloir libérer le cheval blanc du campement gitan proche, Mia cultive un jardin secret : la danse. Un appartement vide dont elle force la porte tient lieu de salle de répétition, où elle épuise avec grâce et violence, sur de la musique rap, son inépuisable rage. Pour cette « Rosetta » (film des frères Dardenne) en rupture de tendresse et de lien social, filmée par une caméra qui lui colle à la peau, quelque chose va bouger. Quelque chose qui va détourner le film des rails du déterminisme sociologique. Ou plutôt quelqu’un.

Il se prénomme Connor, il est l’ami provisoire de la mère de Mia, il est agent de sécurité dans une grande surface, il est beau, il est gentil, il est généreux, il a un charme fou. Entre Connor et Mia – il a vingt ans de plus qu’elle -, quelque chose va se passer. Une brèche dans le mur mental de la jeune fille, une ouverture soudaine au monde, une preuve ténue que l’amour existe.

Connor, c’est l’homme qui offre à la mère et à ses deux filles une partie de campagne enchantée au bord de la Tamise, c’est celui qui encourage Mia dans son désir de danser et dans la conscience de son pouvoir de séduction, et qui lui fait découvrir l’existence d’une musique antérieure au rap, symbolisée par le tube California Dreamin, dans la version sensuelle de l’Afro-Américain Bobby Womack.

Du rêve californien célébré par cette chanson, du fantasme de père-frère-amant incarné par Connor et de l’espoir de sortir de la mouise par la danse, on ne dira rien de plus, sous peine de déflorer la belle cruauté de ce film.

On dira en revanche l’inspiration de la cinéaste pour trouver dans la composition de la lumière et des corps, dans les figures chorégraphiques, la matière de quelques scènes magnifiques et bouleversantes. La manière dont Mia, qui n’a jamais rien échangé d’autre avec sa mère que des insultes, lui dit adieu en trouvant dans quelques pas de danse un espace et une émotion enfin partagés avec elle, est un de ces très grands moments.

LES ACTEURS IMPROVISENT

Ce sont ces moments qui permettent à Fish Tank de tirer admirablement son épingle du jeu, sur un territoire socio-esthétique très fréquenté, quelque part au croisement de Ken Loach et des frères Dardenne.

Appliquant une méthode d’improvisation qui a porté ses fruits, Andrea Arnold arrive à faire ressentir et exprimer beaucoup de choses à des acteurs qui se révèlent tous remarquables. Michael Fassbender (Hunger, de Steve McQueen) et Kierston Wareing (It’s a Free World, de Ken Loach), dans les rôles respectifs de Connor et de la mère de Mia, bien sûr. Mais au premier chef la jeune Katie Jarvis, jeune inconnue de 17 ans, non professionnelle, qui prend avec la souplesse d’un chat sauvage ses marques pour le prix d’interprétation féminine.

Jacques Mandelbaum / Le Monde 16/05/2009

Elle jure comme un charretier, ne tient pas en place, décroche un coup de boule aux importunes. Mais parfois, un éclair d’innocence passe dans ses yeux. C’est Mia (Katie Jarvis, vraie révélation), jeune ado rageuse de 15 ans, rebelle sans cause d’une banlieue prolétaire blanche d’Angleterre. Elle vit avec sa jeune mère, encore immature et volontiers portée sur la bouteille, et sa petite soeur, concurrente sérieuse dans le championnat d’injures.

Horizon barré. Le film mise, pourtant, sur son héroïne en même temps que sur l’actrice. D’abord, Mia fait des merveilles dans la danse hip-hop, répète seule dans son coin, sue sur ses figures. Et puis, il y a Connor (Michael Fassbender), le nouveau mec – très sexy – de sa mère qui s’installe un moment à la maison. A son contact, Mia relâche la tension…

Andrea Arnold avait signé un premier film, Red Road, conceptuel et assez froid. Cette fois, on s’attache aux personnages, tous pourvus de défauts, mais non stigmatisés – pas même Connor le lâche. Le film prend des tours souvent inattendus, échappe au béton et gagne la campagne au bord de l’eau, dans un semblant de joie familiale.

Malgré les épreuves, la sauvageonne s’adoucit, s’humanise. Le film raconte, mine de rien, un processus de maturité, qui passe par la confiance en soi, le soutien, l’amour. La réalisatrice combine finement tableau social et imaginaire poétique. Au milieu du tumulte, des disputes qui dominent, affleurent de beaux instants de douceur. Pour preuve ces séquences de ralentis, vagues de désir où Mia se sent portée, caressée, soulevée vers le haut comme une plume.

Jacques Morice / Télérama 19/09/2009

 

 

 

Vidéos

Les danses de Mia

Catégorie :

À quatre reprises dans le film, Mia se rend dans un appartement inoccupé pour s’entraîner à danser. Ces quatre séquences chorégraphiées se répondent entre elles malgré leur traitement à chaque fois différent. Elles ménagent des pauses salutaires où le corps se défoule, s’exerce ou  s’apaise selon les cas. Davantage que la virtuosité du geste, c’est la dynamique du corps et sa façon d’occuper l’espace qui fonde toute la mise en scène. Ces séances solitaires ont également ceci de remarquable qu’à chaque fois la caméra s’autonomise du point de vue de Mia et du regard que les autres protagonistes portent sur elle pour nous montrer comment la jeune fille construit sa propre identité.


Cette vidéo a été conçue en complémentarité avec le texte « La danse » en page 15 du livret enseignant Lycéens et apprentis au cinéma.

Texte de Suzanne Hême de Lacotte, montage de Mélanie Loisel, Centre Images.

La caméra

Catégorie :

La séquence 20 (qui commence à 00:48:18) met en scène un jeu de séduction entre Mia et Connor. L’enjeu consiste pour ce dernier à pénétrer dans l’espace de Mia, ce qu’il va faire par étapes.


Cette vidéo peut être visionnée en complément du texte « Le monde selon Mia » en page 10 du livret enseignant Lycéens et apprentis au cinéma.

Texte de Suzanne Hême de Lacotte, montage de Mélanie Loisel, Centre Images.

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