Fatima

France (2015)

Genre : Drame

Écriture cinématographique : Fiction

Lycéens et apprentis au cinéma 2017-2018, Prix Jean Renoir des lycéens 2015-2016

Synopsis

Fatima vit seule avec ses deux filles : Souad, 15 ans, adolescente en révolte, et Nesrine, 18 ans, qui commence des études de médecine. Fatima maîtrise mal le français et le vit comme une frustration dans ses rapports quotidiens avec ses filles. Toutes deux sont sa fierté, son moteur, son inquiétude aussi. Afin de leur offrir le meilleur avenir possible, Fatima travaille comme femme de ménage avec des horaires décalés. Un jour, elle chute dans un escalier. En arrêt de travail, Fatima se met à écrire en arabe ce qu’il ne lui a pas été possible de dire jusque-là en français à ses filles.

Distribution

Fatima : Soria Zeroual
Nesrine : Zita Hanrot
Souad : Kenza Noah Aïch
Le père : Chawki Amari
Sali : Yolanda Mpele
Le médecin : Franck Andrieux

Générique

Écrit et réalisé par Philippe Faucon
Direction photo : Laurent Fénart
Montage : Sophie Mandonnet
Conception sonore : Olivier Calvert
Musique : Robert M. Lepage
Durée : 1h19

Autour du film

Depuis plus de vingt ans, Philippe Faucon poursuit son chemin de cinéaste exigeant, lumineux, mais parfois trop à l’écart des autoroutes du succès et de la reconnaissance. Faucon est de ces cinéastes obsessionnels qui déclinent de film en film le même sillon esthétique et thématique : la jeunesse d’une part, les Français issus de l’immigration d’autre part, parfois les deux fondus ensemble, sujets d’un regard qui combine la finesse psychologique et la simplicité dépouillée de la forme.

Pas de naturalisme moralisateur chez Faucon mais un réalisme épuré qui va ausculter la complexité du réel au-delà des apparences simplistes et des jugements hâtifs. Un cinéma prophylactique qui devrait être remboursé par la Sécu en ces temps de dévissage identitaire d’une partie de nos “intellectuels” et politiciens.

Prenons ainsi Fatima, héroïne éponyme de son nouveau film : mère de famille quinqua, femme de ménage, musulmane, élevant seule ses deux filles de 15 et 18 ans, parlant mal le français. Un tel personnage pourrait facilement revêtir la peau d’une victime, soumise aux périls de la montée du rigorisme islamique, ou de la ségrégation, ou de sa condition sociale, ou de tout à la fois…

Mettre des mots sur ses pensées et sentiments

Faucon préfère en faire une battante, une femme qui trime pour un mince salaire dans le but de financer les études de ses filles, une croyante dont la foi est intime et non un modèle à imposer aux autres, un être qui n’a pas fait d’études mais écrit des poèmes pour transcender la grisaille de son quotidien et mettre des mots sur ses pensées et sentiments.

Les deux filles de Fatima sont nées en France, parlent parfaitement le français, s’habillent et vivent à l’occidentale. Le fossé générationnel se double d’un écart culturel. Mais une mère, deux filles, c’est forcément ternaire et non binaire : l’aînée est sage, bonne élève, veut passer le concours d’entrée en médecine, reste proche de sa mère, alors que la cadette est rebelle, glandeuse, refuse la langue arabe, les contraintes religieuses…

Construire ou reconstruire son identité

Avec autant de limpidité dans le récit que de simplicité dans le filmage, Faucon saisit tous les tâtonnements, glissements, conflits, incompréhensions, stratégies qui mijotent au sein d’une cellule familiale et qui sont ici autant de façon de construire ou de reconstruire son identité. Son précédent film s’intitulait La Désintégration et décrivait le processus par lequel de jeunes Français étaient amenés à commettre un attentat. Ce film était prophétiquement réalisé avant les tueries de Toulouse, puis de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher.

Fatima aurait pu s’intituler L’Intégration. A l’échec et à la suicidaire pulsion de mort, au rejet du pays d’accueil et du mode de vie occidental succèdent la pulsion de vie, la lutte pour s’en sortir et même pour réussir, le désir de culture et de savoir, la volonté de vivre en France, d’être français, sans renier ses racines arabo-musulmanes.

Bouffée d’oxygène

Il n’est pas indifférent que l’univers de La Désintégration soit masculin et celui de Fatima féminin. Par cette alternance dialectique, Philippe Faucon suggère en creux qu’une part des difficultés de l’intégration républicaine est peut-être liée entre autres causes à une affaire de différence de genre, selon la vieille dichotomie entre Vénus et Mars. Si le cinéaste n’assène aucune certitude en la matière (pas le genre de la maison), il soulève là une question qui mérite d’être posée et pensée.

Il ajoute ainsi une nouvelle pierre à son vaillant et bel édifice, tout entier consacré à la condition de jeune et/ou de Français d’origine étrangère en un temps tenaillé entre les serres de l’extrémisme religieux et celles de la pulsion xénophobe. Ajoutons que Fatima se conclut par une scène muette, sans tambours ni trompettes, qui est sans doute l’une des choses les plus bouleversantes vues sur un écran cette année. Dans une France de plus en plus asphyxiante, Fatima est une vraie bouffée d’oxygène.  

Par Serge Kaganski, Les Inrocks

Outils

Rencontre avec Philippe Faucon, pour Arte

Le tournage, reportage Arte

Le réalisateur Philippe Faucon et Fatima Elayoubi, auteure de Prière à la lune
http://www.franceinter.fr/emission-lhumeur-vagabonde-le-realisateur-philippe-faucon-et-fatima-elayoubi

Dossier pédagogique
http://www.zerodeconduite.net/dp/zdc_fatima.pdf

Fiche film du distributeur
http://www.universcine.com/films/fatima

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