Exercice de l’Etat (L’)

France (2011)

Genre : Comédie dramatique

Écriture cinématographique : Fiction

Lycéens et apprentis au cinéma 2013-2014

Synopsis

Le ministre des Transports Bertrand Saint-Jean est réveillé en pleine nuit par son directeur de cabinet. Un car a basculé dans un ravin. Il y va, il n’a pas le choix.

Ainsi commence l’odyssée d’un homme d’Etat dans un monde toujours plus complexe et hostile.

Vitesse, lutte de pouvoirs, chaos, crise économique… Tout s’enchaîne et se percute. Une urgence chasse l’autre. A quels sacrifices les hommes sont-ils prêts ?

Jusqu’où tiendront-ils, dans un État qui dévorent ceux qui le servent ?

 

Générique

Réalisation : Pierre Schoeller
Scénario : Pierre Schoeller
Image : Julien Hirsch
Musique : Philippe Schoeller
Montage : Laurence Briaud`
Son : Olivier Hespel
Décors : Jean-Marc Tran Tan Ba
Production : Archipel 35, Les Films du Fleuve
Distribution : Diaphana films
Couleurs
Sortie en France : 26 octobre 2011
Durée : 1h52
Interprétation
Bertrand Saint-Jean / Olivier Gourmet
Gilles / Michel Blanc
Pauline / Zabou Breitman
Yan / Laurent Stoker
Martin Kuypers / Sylvain Deblé
Woessner / Didier Bezace
Le sénateur Juillet / Jacques Boudet
Le ministre de la Santé, Falconetti / François Chattot
Séverine / Arly Jover
Loik / Gaetan Vassart
Le Premier ministre / Eric Naggar
Josépha / Anne Azoulay
Louis-Do / Abdelhafid Meltas

Le ministre du Budget, Peralta / François Vincentelli
Le président de la République / Stephan Wojtowicz
Le journaliste de la matinale / Marc-Olivier Fogiel
Nemrod / Christian Vautrin
Tintin / Ludovic Jevelot
La femme du rêve crocodile / Brigitte Lo Ciero
Kenza / Jade Phan Gia
Le député Prade / Brice Fournier

Autour du film

L’Exercice de l’Etat, film intelligent, neuf, provocant

A quoi rêvent les hommes de pouvoir ? A leur bureau, peuplé d’huissiers encagoulés, d’une femme nue et d’un crocodile, nous dit la première séquence du film. C’est le premier coup de maître de ce film magistral que d’établir d’un seul coup la dimension fantasmatique et érotique du pouvoir. Pierre Schoeller n’y reviendra pas, mais ce trouble sensuel vibre tout au long du film. Le désir bouillonne dans les antichambres du pouvoir comme dans les chambres à coucher.

Ce prologue déconcertant précède une scène de la vie quotidienne dans un ministère français : la permanence du cabinet signale une urgence – une catastrophe routière -, l’information remonte jusqu’à Bertrand Saint-Jean (Olivier Gourmet). La mécanique se met alors en route pour amener le titulaire du portefeuille des transports jusqu’au lieu de l’accident. A ceci près que la mécanique a pour pièces détachées des êtres humains, à qui l’on ne peut pas accorder la même confiance qu’à des circuits imprimés.

Parce que Pierre Schoeller s’amuse avec brio à démonter ces mécanismes, L’Exercice de l’Etat repose en partie sur cette sensation, si plaisante pour le spectateur, d’accéder enfin à une réalité qui lui échappe. On entend les négociations entre ministre et préfet, on découvre que la logistique d’un de ces déplacements qui occupent nos journaux est aussi une petite comédie, où chaque réplique, chaque mise en scène se négocie âprement.

Dès cette séquence tragique, Pierre Schoeller tient à faire sa place à l’autre vie, celle que mène la partie du genre humain qui ne vit pas au sommet de l’appareil. Sur les lieux d’un terrible accident d’autocar scolaire, on voit des pompiers en action, des enfants traumatisés, des parents fous de douleur. Ces deux plans de la réalité coexistent au sein d’un même plan de cinéma. Et comme il s’agit de mettre en scène l’existence d’un homme de pouvoir, la vie des gens apparaît toujours légèrement déformée comme à travers une vitre embuée.

Ce qui ne veut pas dire que les politiciens sont des gens à part. Tout en eux est ordinaire, à ceci près que la pulsion qui les meut les dirige vers le pouvoir. Le scénario de Pierre Schoeller est d’une précision remarquable sur ce sujet : une belle discussion oppose Gilles, le directeur de cabinet du ministre (Michel Blanc), à Woessner, un collègue prêt à passer au privé. Mais Gilles, comme son ministre, veut rester là, « au pouvoir », même si sa réalité s’étiole face au vrai pouvoir de l’entreprise.

Le film est construit sur l’opposition entre ces deux personnages, ces deux acteurs. D’un côté l’appétit sensuel, dionysiaque, de Saint-Jean, de l’autre, la jouissance intellectuelle de Gilles. L’un s’épanouit dans la lumière artificielle des médias, l’autre prospère dans l’ombre dorée des cabinets ministériels. Ils sont réunis par l’attraction qu’exerce sur eux l’objet de leur désir, l’Etat. C’est ainsi qu’il faut comprendre le titre du film : les personnages sont régis par une force aussi implacable, mais infiniment plus capricieuse que la gravité. Ce qui conduit aussi bien à la comédie qu’à la tragédie, que Schoeller met en scène dans un même mouvement, recourant à des moyens (cascade spectaculaire, discussion politique de haut vol) que l’on trouve rarement dans ce qu’il est convenu d’appeler le cinéma d’auteur français. (…)

 

Thomas Sotinel / Le Monde 25 octobre 2011

 

 

Pierre Schœller imagine ce film comme le deuxième volet d’une trilogie commencée, en 2008, avec Versailles, dans lequel un couple de sans-abri et un enfant finissaient, au terme d’errances parisiennes, par échouer dans les jardins royaux, et qui devrait se clore par un projet sur la Terreur de 1793. L’Exercice de l’Etat, c’est l’anti-Conquête, le bal des sosies de l’ascension sarkozyste par Xavier Durringer. Bien sûr, en voyant Saint-Jean à la manœuvre, on peut penser à telle personnalité politique, plutôt un centriste ou un homme de gauche propulsé dans un gouvernement de droite (Martin Hirsch ?), mais le fond de l’affaire est ailleurs. Le film enregistre un glissement de terrain démocratique, le sol se dérobe sous les pieds de tous, aussi bien les gouvernants que les gouvernés. Le périmètre de l’Etat est réduit comme peau de chagrin, une cinquantaine d’individus juchés «sur une tête d’épingle».

A point nommé.L’Exercice de l’Etat, joué à la perfection (y compris les seconds rôles, Sylvain Deblé en chômeur mutique ou Didier Bezace, visiteur du soir florentin), superbement écrit, sort à point nommé. La gauche reprend du poil de la bête, l’Europe vacille au bord de la faillite, la droite affûte ses armes, Moody’s jette ses confettis piégés sur la pagaille ambiante. Pierre Schœller ne rassure personne, mais donne envie de sortir de la rhétorique du «tous pourris» et autre «bonnet blanc et blanc bonnet» pour entrer vers une nouvelle ère d’inventivité politique.

Didier Péron / Libération 26 octobre 2011

Vidéos

Commencer l’exercice

Catégorie :

La mise en place de L’Exercice de l’État travaille sur un double registre : à la fois fantasmatique (une scène de rêve érotique issue de l’imagination du Ministre) et documentaire (dès son réveil, le Ministre en question doit faire face à ses obligations tout en restant en contact permanent avec son Directeur de Cabinet). Mais les mondes oniriques et réalistes ne sont pas si étanches l’un à l’autre. C’est que montre la mise en scène de Pierre Schoeller, une mise en scène qui accorde une grande part à la théâtralité, à la chorégraphie comme à la création sonore, une mise en scène qui s’attache surtout à interroger des rituels et des protocoles qui renvoient à la symbolique même de la République.


Cette vidéo a été conçue en complémentarité avec les rubriques « Mise en scène » et « Genre » du livret enseignant Lycéens et apprentis au cinéma.

Outils

Canal + (Interview de Pierre Schoeller)

toutelaculture.com (Interview de Pierre Schoeller)

 

 

Images de la Culture

Prove di stato (Leonardo di Constanzo, 1998)

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