Etrange Noël de Monsieur Jack (L’)

États-Unis (1993)

Genre : Conte

Écriture cinématographique : Film d'animation

Archives collège, Collège au cinéma 1998-1999

Synopsis

L’Etrange Noël de Monsieur Jack prend ses distances avec la rotoscopie et l’anthropomorphisme. Il imprime à ses personnages un sens et un mouvement chorégraphiques. Jack a une gestuelle de funambule, Sally est une héroïne déchirée, Le Maire a un comportement d’automate, l’enfant qui se sauve devant Halloween est conçu comme un culbuto, etc.

Jack est non seulement le représentant symbolique de Halloween mais il est aussi le passeur de son iconographie : c’est lui qui déverse les signes incongrus et actifs de Halloween dans le monde fade et léthargique du « réel ». C’est lui qui autorise l’irruption des images de Halloween dans la fête de Christmas : image de jouets « négatifs » dont la seule fonction est de faire peur, image des habitants de Halloween où trois personnages émergent – Sally, l’Homme-Loup et le Maire. Tous sont d’aspect rugueux, mal fignolés. Le dur et l’hirsute dominent. Les angles sont prédominants, les coutures et cicatrices les désignent comme autant de choses animées, pièces et fragments. Et leurs tristes couleurs, faites de tons noirs, gris, ocre et marron les classent définitivement dans la horde innombrable et éternelle des zombis, des gargouilles et autres démons grimaçants.

Générique

Titre original : Tim Burton’s The Nightmare Before Christmas
Réalisation : Henry Selick
Idée et dessins originaux : Tim Burton
Scénario : Tim Burton, Michael McDowell, Caroline Thompson
Image : Pete Kozachik
Son : A. Calpini
Montage : Stan Webb
Paroles et musique : Danny Elfman
Décors : Allison Abbate, Deane Taylor, Rick Heinrichs
Production : Tim Burton et Denise Di Novi
Distribution : GBVI
Durée : 1h45
Sortie à Paris : 7 décembre 1994

Autour du film

De même que Halloween est une fête qui convoque des revenants, de même l’Etrange Noël de Monsieur Jack est un film qui en convoque aussi, cinématographiques s’entend. L’Etrange Noël de Monsieur Jack est le film emblématique d’une rupture, thématique et esthétique, comme il n’y en a pas eu depuis longtemps dans l’histoire du cinéma d’animation américain. Soit le grotesque contre le « merveilleux », figure incontournable de toutes les tartes à la crème publicitaires du cinéma d’animation américain. Au-delà du seul renversement des valeurs narratives habituelles, l’esthétique gothique du film rejette trois dogmes principaux du cinéma d’animation disneyen : l’anthropomorphisme, les formes rondes et la bidimensionnalité.

Les décors torturés de Halloween évoquent eux, irrésistiblement, par leurs perspectives tordues ceux du cinéma expressionniste allemand.

Et les personnages renouent avec une liberté antérieure qui privilégie la ligne droite. Jack est le rejeton ultime et réduit à sa plus simple expression de la lignée glorieuse des monstres qui l’ont précédé. Partout, tapis dans les recoins comme autant de gargouilles, se profilent des ombres. Celles de Jan Lenica, d’Edgar Poe, de Lotte Reiniger, de Georges Pal, de Lou Bunin, des frères Fleischer, de Ray Harryhausen, de Will Vinton, de Jan Svankmajer, de l’esthétisme anglais des années quatre-vingts.

Paradoxe : à l’heure où les productions des anciennes démocraties populaires d’Europe de l’Est renoncent peu ou prou à certaines des esthétiques qui les caractérisaient pour lorgner du côté des images de synthèse, l’un des cinéastes américains de la nouvelle génération redonne du tonus à une esthétique néo-expressionniste. Les ombres de Jack et de Sally qui ferment musicalement le film, conformément au happy end ritualisé, sont-elles chant du cygne ou renaissance?

Autres points de vue

Les thèmes du masque et du travestissement ont toujours été au cœur des préoccupations de Tim Burton. Depuis Fellini, on peut même dire qu’aucun cinéaste n’avait à ce point dégagé la dimension anarchiste et morbide du carnaval pour la transformer en sujet de cinéma : Beetlejuice, Batman, Edward aux mains d’argent ou Batman, le défi sont en effet tous centrés autour de revenants qui s’avancent masqués pour perturber le monde  » normal  » des vivants. […] L’Etrange Noël de Monsieur Jack – et c’est une première dans la carrière de Burton – est aussi une brillante comédie musicale. Sur une musique et un livret de son alter ego Danny Elfman, Burton réussit à faire de son film une somptueuse danse macabre qui n’a rien à envier aux plus grandes réussites d’Alan Menken pour Disney. Dans ses meilleurs moments, le film retrouve même les accents du Stephen Sondheim de Little Night Music. Par la conjonction de ses divers talents et sa capacité unique à créer des univers jamais vus, Tim Burton s’affirme, film après film, comme le revers diaboliquement talentueux du géant Disney. Toute son œuvre, de Pee Wee à ce formidable film d’animation, peut en effet être vue comme un joyeux piétinement des plates-bandes de l’oncle Walt, chez qui Burton fit ses débuts et auquel – c’est l’ironie ultime du film – il a réussi à faire produire cet anti-Blanche Neige, ce somptueux cauchemar féérique et anarchiste.
Laurent Vachaud, Positif n°406, décembre 1994

Vidéos

Jack Skellington ou le parti pris du mal – par Pascal Vimenet

Catégorie :

Précipitation d’un rapport d’alternance et d’opposition entre 2 mondes.

Expériences

On retrouve dans l’Etrange Noël de Monsieur Jack certaines des obsessions de Tim Burton : amour du récit noir et moqueur, fascination pour les mythes, attirance pour l’imagerie populaire, défense du personnage solitaire et incompris – toutes caractéristiques qui, sans œuvrer nécessairement à une unité stylistique, travaillent les premiers courts métrages d’animation de Tim Burton, Vincent et Frankenweenie, ainsi que ses longs métrages de fiction, dont Batman, Edward aux mains d’argent et Sleepy Hollow.

L’univers de Tim Burton se situe quelque part entre les rues coupées au cordeau des bourgades tristes de son enfance (Burbank), les comics américains aux couleurs de publicité, l’ombre d’Edgar Poe et la fascination qu’il avoue avoir éprouvée au tout début pour les studios Disney.

Mais le mirage n’a duré qu’un temps, Tim Burton, qui a imaginé le projet de l’Etrange Noël de Monsieur Jack en même temps que Vincent, dès 1982 aux Studios Walt Disney, puis qui l’a confié en 1990 au réalisateur Henry Selick, dit : « Lorsque j’ai conçu ce projet, j’étais sous contrat chez eux. (…) Ils semblaient posséder les droits et c’est pourquoi j’ai dû revenir chez eux. »

Etrange et fascinant cinéaste qui déploie ainsi une conception artisanale dans le cadre de la production hollywoodienne, travaillant toujours sur deux registres : des thèmes grand public (Batman, Mars Attacks!) et des thèmes plus intimes, atypiques (Ed Wood, Edward aux mains d’argent, l’étrange Noël de Monsieur Jack)

Outils

Bibliographie

L'Etrange Noël de Monsieur Jack, le livre du film, Frank Thompson, Dreamland Editeur, 1994.
Tim Burton, de Disney à Ed Wood, Bill Krohn, Cahiers du cinéma n° 475, 1994.
Pierrot lunaire et Entretien, Thierry Jousse, Cahiers du cinéma n° 486, 1994.
L'auteur, l'auteur!, Gilles Ciment, Positif n° 412, 1995.

Cartoons, le Cinéma d'animation, 1892-1992,Giannalberto Bendazzi, Ed. Liana Levi, 1991.
Le langage des lignes et autres essais sur le cinéma d'animation, Marcel Jean, Cinéma Les 400 coups, 1995.
Vampire, Iannis Katsahnias, Cahiers du cinéma n° 423, 1989.
Entretien avec Tim Burton, Thierry Jousse, Nicolas Saada, Cahiers du cinéma n°462, 1992.
Frankenweenie, Marie-Anne Guérin, Cahiers du cinéma n° 486, 1994.
Vincent, Antoine de Baecque, Cahiers du cinéma n°486, 1994.
Ed Wood, Bill Krohn, Cahiers du cinéma n°486, 1994.
Ed Wood : le rêveur subversif, Olivier Kohn, Positif n° 412, 1995.
Un optimisme étrange et perverti : entretien avec Tim Burton, Michel Ciment, Positif n° 412, 1995.
Edward D. Wood, Jr : un cinéaste "naïf", Alain Garsault, Positif n° 412, 1995.
Vincent, Frankenweenie : Apprentim Burton, Gilles Ciment, Positif n° 412, 1995.
Tim Burton : le jeu singulier de la couleur, Marc Poquet, Positif n° 412, 1995.

Web

Fiche ABC Le France - Extraits de critiques, propos de Tim Burton (document PDF à télécharger)
Ardèche Education - Pistes pédagogiques
CRDP Académie de Grenoble - Etude et questionnaire (possibilité de le télécharger)
Chez Alice - Etude du film: La comédie musicale à travers le film d'animation (vous pouvez y trouver des scripts et des dialogues en anglais)
Tim-buton.net - Dossier sur le film.
Média Magic - Entretien avec l'artiste qui a réalisé le storyboard du film.

Revues

Cahiers du cinéma n°486
Le Monde - 22 Déc. 1996
Positif n° 406
Télérama n°2343 - 7 Déc. 1994

Ecole et cinéma

Voir la fiche du film sur le site des Enfants de cinéma

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