Duel

États-Unis (1971)

Genre : Comédie dramatique

Écriture cinématographique : Fiction

Collège au cinéma 2012-2013, Collège au cinéma 2017-2018

Synopsis

David Mann traverse la Californie en voiture. A un moment donné, il tente de dépasser un camion-citerne. Celui-ci semble agressé. Il empêche David de poursuivre sa route, ralentit, joue avec ses nerfs. Une confrontation commence entre les deux véhicules.

Générique

Titre original : Duel
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Richard Matheson, d’après une de ses nouvelles
Image : Jack A Marta
Montage : Frank Morriss
Décors : Robert S. Smith
Musique : Billy Goldenberg
Production : George Eckstein, Universal TV

Sortie en France : 21 mars 1973

Couleurs
Durée : 1h30
Distribution : CIC

Interprétation

Dennis Weaver / David Mann
Jacqueline Scott / Madame Mann
Tim Herbert / Le pompiste

Eddie Firestone/ le propriétaire du Café
Lou Frizzell / le chauffeur de bus

Autour du film

Réalisé pour la télé par un inconnu de 24 ans nommé Steven Spielberg, devenu phénomène après sa diffusion sur la chaîne ABC en 1971, distribué au cinéma en Europe, Grand Prix à Avoriaz en 1973… L’histoire de Duel est taillée dans la légende. Mais le film n’a guère besoin qu’on la rappelle : il impressionne instantanément. L’effet, sans doute, de la simplicité presque provocante de son argument : dans un coin paumé de l’Amérique, un représentant de commerce double, au volant de sa petite berline, un énorme camion, qui ne le quittera plus. Toujours devant, toujours derrière, partout menaçant, obsédant.

On doit le scénario de Duel à Richard Matheson, qui avait écrit celui de L’Homme qui rétrécit (1957), de Jack Arnold, dont le héros finissait quasiment dans la gueule d’un gros chat. Le même genre de peur est à l’oeuvre ici : ce qui était familier devient danger de mort pour l’être humain, dont la terrible fragilité éclate au grand jour. Spielberg a choisi le camion et l’a « habillé » avec le soin dont il aurait entouré une véritable star. Il a surtout su tirer le meilleur d’une idée de Matheson : ne jamais montrer l’homme au volant. Ses motivations restent, du même coup, dans l’ombre : mauvais plaisantin, sadique pervers ? Duel vise clairement des pulsions obscures comme celles qu’explorait Hitchcock, salué par une musique qui rend hommage à Psychose.

Frédéric Strauss / Télérama

 

Quand il réalise Duel en 1971, Steven Spielberg a 25 ans. Il a déjà réalisé toutes sortes de courts métrages (science-fiction, western…), des épisodes de feuilletons (Colombo, Night Gallery) au sein du studio Universal. Mais Duel marque pour lui un vrai tournant avec cette fiction basée sur un scénario du fameux auteur de nouvelles terrifiques Richard Matheson (qui avait à son actif une quinzaine d’épisodes de la série culte la Quatrième Dimension que Spielberg, enfant, adorait), véhicule d’un road-movie paranoïaque qui contient déjà une partie des obsessions du futur auteur des plus gros succès du cinéma mondial.

L’histoire est simple : un voyageur de commerce, David Mann (Dennis Weaver), prend la route comme tous les jours. Mais il est subitement gêné par un camion-citerne dont le conducteur s’amuse à l’empêcher de le doubler. Le semi-remorque finit par le laisser passer, mais c’est pour se mettre alors à le poursuivre et à se montrer de plus en plus menaçant. Le visage du routier demeure invisible, et l’énorme engin sur roues qui lui sert de machine de guerre anticipe le requin cinglé des Dents de la mer, les animaux préhistoriques sanguinaires de Jurassic Park ou les aliens dévastateurs de la Guerre des mondes.

L’idée géniale du cinéaste est de ne pas chercher à créer de diversion par rapport à ce pitch de départ. Le film est intégralement fondé sur la confrontation de la petite voiture (une Plymouth modèle Valiant) et du gros camion (un Peterbilt 351). Pour Spielberg, c’est une manière de défi, une course à handicap qu’il s’impose pour démontrer son sens du suspense, du découpage, sa science du flip pur à partir d’un des éléments les plus banals et les plus valorisés de la culture américaine des rugissantes années 70 : la bagnole et les trucks, symbole d’une nation qui se traverse de part en part dans l’exaltation des routes, zébrant un territoire qu’il faut sans cesse reconquérir tant il est vaste et encore fraîchement extorqué à ses anciens propriétaires indiens. Le road-movie est toujours une célébration macabre par le vide du génocide indien.

Alors que Spielberg tourne Duel, un autre jeune homme promis à un riche avenir, George Lucas, travaille sur son THX 1138, science-fiction sur une société aliénante entièrement avalée par la technologie. Spielberg et Lucas vont rapidement devenir les plus impressionnants entrepreneurs de spectacles cinématographiques démesurés, l’un avec la Guerre des étoiles, l’autre avec Rencontres du troisième type, les Aventuriers de l’arche perdue ou E.T.. Pris dans le mouvement général, appelé depuis Nouvel Hollywood, qui dépoussière les studios avec l’arrivée de personnalités aussi fortes et déjantées que Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, Dennis Hopper ou Warren Beatty, Spielberg frappe les esprits par la vraisemblance de Duel, le film ayant presque valeur d’étude de moeurs.

N’importe qui ayant déjà tenu un volant entre les mains sait quel processus de dénaturation se déclenche aussitôt, le conducteur devenant cette étrange entité, mi-humaine, mi-machine, qui adopte sur les routes des pulsions de vitesse, de compétition et de meurtre à peine masquées. Le film, diffusé avec succès par la télévision américaine, sortira en salles à l’étranger et recueillera le grand prix de la première édition du Festival d’Avoriaz en 1973.

Didier Péron / Libération 9/01/2008

Vidéos

Un personnage

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C’est sur un gunfight permanent qu’est fondée l’intrigue de Duel : un homme contre… un camion. Pas un de ces routiers pas toujours sympa, mais le véhicule lui-même, terrifiant, intelligent, retors, déterminé, entêté, capable de sentiments, et pas toujours les meilleurs… On peut songer à Baudelaire : « Objets inanimés avez-vous donc une âme ? » Certainement pas inanimé. Sinon une âme, du moins un  caractère. Bref, un personnage !


Analyse : Joël Magny
Réalisation : Jean-Paul Dupuis
Cette vidéo peut être vue en relation avec la rubrique “Personnages”,
p. 9, du dossier « Collège au cinéma » n° 201, de Frédéric Strauss, sur “Duel”.

Plein gaz

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Avec ses sorties multiples depuis une quarantaine d’années dans de très nombreux pays, Duel a connu un très grand nombre d’affiches qui mettent en relief des aspects très différents du film de Steven Spielberg. Celle que nous présentons ici est ancienne, apparemment un peu démodée, mais correspondant à une époque, celle qui a fait le succès du film et contribué à faire connaître le nom de ce jeune réalisateur encore inconnu.
Si elle a un côté horrifique avec la gueule grande ouverte du camion, elle a aussi et surtout un côté ludique, très pop, enfantin, disneyen. À la différence de nombreuses affiches ultérieures, elle insiste plus sur le chasseur, le camion, que sur le gibier, Mann, l’homme…


Analyse : Joël Magny
Réalisation : Jean-Paul Dupuis
Cette vidéo peut être vue en relation avec la rubrique “L’Affiche”, de Frédéric Strauss,
p. 1 du dossier « Collège au cinéma » n° 201 sur “Duel”.

Outils

Analyse du générique du film, par Alexandre Tylski pour "Blow Up"

Extrait et analyse de la séquence du train
http://www.analysesdesequences.com/2012/12/12/duel-steven-spielberg-1971/

 

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