Doigts dans la tête (Les)

France (1974)

Genre : Comédie dramatique

Écriture cinématographique : Fiction

Archives lycéens, Lycéens et apprentis au cinéma 2011-2012

Synopsis

Chris, apprenti boulanger, a dix-huit ans et loge dans la chambre de bonne de ses patrons, où vient le rejoindre Rosette, la serveuse de la boulangerie. Chris a un copain de son âge, Léon, qui vit chez sa mère et travaille, de temps en temps, comme mécano. Les deux garçons ont dragué ensemble Liv, jeune suédoise en vcances ; elle vient s’installer dans la chambre de bonne.. et dans le lit de Chris. Un matin Chris oublie de se réveiller et arrive en retard au fournil. Il est licencié. Un conseiller syndical lui conseille de se défendre, d’exiger des indemnités. Chris se retranche dans la chambre de bonne, où devrait loger son remplaçant au fournil, avec Léon, Rosette et Liv.

Générique

Réalisation : Jacques Doillon

Scénario : Jacques Doillon

Image : Yves Lafaye

Musique :Alain Contrault

Montage : Noëlle Boisson

Son : Alain Contrault

Décors : Manuel Durouchoux

Production : UZ Productions

Producteur : Jean-Jacques Schakmundes

Sortie en France : 4 décembre 1974

Noir et blanc

Durée : 1h40

Interprétation

Chrisophe Soto / Chris

Oliver Bousquet / Léon

Roselyne Vuillaume / Rosette

Ann Zacharias / Liv

Martin Trévières / Le patron

Pierre Fabien / Le syndicaliste

 

 

Autour du film

(…) Il en faut du talent pour exprimer la richesse d’une histoire aussi ténue que celle des Doigts dans la tête et cela sans jamais céder à la violence, à l’amertume, à la sensiblerie. Pour captiver et émouvoir avec tant de pudeur.

On avait retenu le nom de Jacques Doillon, lorsqu’il avait signé (en collaboration avec Gébé) l’An 01. Après Les doigts dans la tête, on ne risque plus de l’oublier. Tout séduit dans ce film, tout mérite compliment.  Une mise en scène feutrée, délicate, qui saisit sur le vif, comme par hasard des instants fugitifs, des moments de la vie, l’intimité des quatre jeunes gens enfermés dans une pièce exiguë. Des dialogues « sauvages » inventés au film des scènes, marmonnés, bredouillés, savoureux parce que vrais. Un photographie grise mais jamais laide – notre lumière quotidienne. Des comédiens, enfin, dont la jeunesse, l’ingénuité, nous ravissent, surtout Ann Zacharias. Elle est la vivacité, la drôlerie, le charme, la tendresse incarnée. Elle est le réel et l’incertitude. Elle ressemble au film, le film lui ressemble

Jean de Baroncelli / Le Monde 9 décembre 1974

 

(…) Enfin ! Après celle de Gérard Vergez (La virée suprebe) et celle de Gérard Guérin (Lo Païs), une caméra française s’intéresse à autre chose que les amertumes des « cadres » à résidences secondaires ou que les angoisses des fils à papa des beaux quartiers. Un mécano, un ouvrier boulanger, une vendeuse, plus une Suédoise en vadrouille, vaguement étudiante, qui fait office de catalyseur : elle oblige les petits Français à réinventer pour leur propre compte la liberté dans l’amour.

Les pauvres chats. C’est tout ce qu’il leur faut réinventer. Pas seulement l’amour mais le travail, les rapports avec les patrons et les compagnons du boulot. Avec une discrétion louable, Jacques Doillon indique la nécessité, quand on est à la fois jeune et ouvrier, de certaines prises de conscience d’ordre social et politique. Cette indication porte d’autant plus que Doillon n’insiste pas. Aucune démonstration. Tendre, souriant, d’une fraîcheur acidulée d’humour, mais précis, évitant la sensiblerie comme la peste, les Doigts dans la tête  si « délicieux » qu’il soit (et il est « délicieux »), est le contraire d’un film démobilisateur.

C’est du noir et blanc, un peu fauché sur les bords, mais la joliesse des couleurs, l’esthétisme de l’image, la qualité à la Sautet, seraient ici déplacés, incongrus. De cette « pauvreté » Doillon ait une richesse. Il en tire une extrême liberté, qui rappelle celle de la Nouvelle Vague en ses beaux débuts et dont il use au bénéfice d’une extrême pudeur.

Un vrai ballon d’oxygène. un remontant. Ça vous redonne du coeur au ventre….

Jean-Louis Bory / Le Nouvel Observateur 10 novembre 1974

Vidéos

Chorégraphie de groupe

Catégorie :

Entre la séquence où le syndicaliste intervient à la boulangerie et la séquence suivante où les quatre amis se retrouvent dans la chambre, le raccord est brutal et la coupe est mise en avant par le « chut » de Léon qui semble ordonner la fin du plan précédent. On entre dans la nouvelle séquence in medias res, au milieu d’une conversation. Le montage des trois séquences suivantes (22, 23 et 24) continue ce jeu d’ellipses et, s’il utilise parfois d’autres sautes brutales dans le temps et l’espace, il cherche surtout à faire sentir des glissements en douceur entre différents états d’âmes et différents états des corps des quatre personnages.


Cette vidéo peut être visionnée en complément du texte « Un film de chambre » en page 10 du livret enseignant Lycéens et apprentis au cinéma.
Texte et réalisation : Amanda Robles, Centre Images.

Jeux décisifs

Catégorie :

Présent dès la première séquence où Chris et Léon rencontrent Liv, le motif du jeu rythme le récit. Presque exactement à la moitié du film, Liv explique ses erreurs à Chris autour d’une table de ping-pong. Enfin, une troisième scène de jeu vient clôturer le film : juste après le départ de Liv la voix off nous annonce le prochain départ de Rosette (« rue du tennis à Bourges » !) alors que les trois amis sont réunis autour d’une partie de cartes. Ainsi le jeu n’est pas présenté comme un simple passe-temps mais bien comme un moment crucial dans le déroulement du récit. Les trois jeux mis en scène dans Les Doigts dans la tête sont très différents : chacun a ses règles propres et obéit à un rituel particulier qui en dit long sur les relations entre les personnages et sur les enjeux de la situation en cours.


Cette vidéo a été conçue en complémentarité avec le texte « Loisirs » en page 18 du livret enseignant Lycéens et apprentis au cinéma.
Texte et réalisation : Amanda Robles, Centre Images.

Outils

Intégrale Jacques Doillon 2006 à la Cinémathèque française
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