Sixième face du Pentagone (La)

France (1967)

Genre : Autre

Écriture cinématographique : Documentaire

Archives lycéens, Lycéens et apprentis au cinéma 2004-2005

Synopsis

À Washington, le 21 octobre 1967, une marche d’opposition à la guerre au Vietnam prend la direction du Pentagone. Des images enregistrées, Chris Marker va tirer un film qui interroge le melting-pot américain et l’engagement politique de la jeunesse.

Générique

Programme Mémoire en courts

Réalisation : Chris Marker, François Reichenbach
Texte : Chris Marker, Dit par Henri de Turenne
Photographie : Chris Marker, François Reichenbach, Christian Odasso, Tony Daval
Son : Antoine Bonfanti, Harald Maury
Montage : Carlos De Los Llanos
Producteur : Les Films de la Pléïade, S.L.O.N
Film : 35 mm 1,37
Noir et blanc/Couleur
Durée : 28 mn

Autour du film

  • Il faut partir du proverbe zen qui ouvre le film : « Si les cinq faces du Pentagone te paraissent imprenables, attaque par la sixième. » Nous pourrions à partir de cette proposition tracer quelques traits de la manière markerienne : ne pas se fier aux apparences (si le cordon de la police s’est ouvert il faut s’interroger sur le sens de cette ouverture : était-ce une faiblesse, une faille ou au contraire comme le suggère Marker vingt ans plus tard dans Le fond de l’air est rouge une stratégie pour mieux faire ressortir la « violence » des manifestants aux yeux des médias et de la population ?), ne pas prendre la mesure à chaud de l’événement (ou de ce qui est filmé dans le feu de l’action), mais ménager très vite une distance, une entrée de l’hétérogène contre l’homogène du traitement informatif, ce qui est ni plus ni moins ouvrir à une pensée de l’image malgré le côté « pris sur le vif ». Cette pensée de l’image est une pensée tout court. Elle déjoue les anticipations et les attentes aussi bien que les nostalgies. Dans le commentaire du film À Valparaiso de Joris Ivens (1963), Chris Marker écrit : « La nostalgie de l’aventure d’hier est un moyen de fuir l’aventure d’aujourd’hui ». Regarder l’aventure de cette marche sur le Pentagone quarante ans plus tard, ce n’est pas seulement regarder un document historique ou être touché par la trace filmique d’un événement passé, c’est aussi sentir que le lointain qui court sous la peau du film a la force du proche. Le « nous » qui essaye de se dire dans la marche et dans le film sur la marche vient en quelque sorte du futur, comme celui que nous essayons de dire aujourd’hui dans le présent de la projection. Le cinéma de Chris Marker (arpenteur de la mémoire) tisse et monte des images du futur.
  • La force saisissante de ce document assemblé par Chris Marker et François Reichenbach tient autant dans la violence qui est montrée que dans la façon dont les deux réalisateurs nous montrent cet événement. Une scène, plus particulièrement, retient notre attention. Jusqu’au moment où les manifestants et les forces de l’ordre se font faces, séparés de quelques mètres, la caméra est liée aux manifestants, épousant leur point de vue et leur rythme (le sit-in puis la marche vers le Pentagone). À l’instant où la violence éclate, la caméra change de camp et, contre toute attente, se retrouve derrière le rideau de soldats américains et peut ainsi filmer en gros plans les visages de jeunes GI’s incrédules. Moments en suspens, éminemment émouvants parce que rendant compte du désarroi de tout un pays (celui des manifestants comme celui des militaires), ces quelques minutes filmées du point de vue des forces de l’ordre témoignent admirablement de la liberté laissée aux médias pour rendre compte de la réalité du conflit vietnamien.
    Luc Lagier, Bref n°48, page 63

Pistes de travail

  • Comme le suggère Luc Lagier étudier les différentes positions des réalisateurs oscillant entre les manifestants et les forces de l’ordre. Parallèlement, aborder le traitement médiatique de la guerre au Vietnam pour repérer quand celui-ci bascule dans ce que Serge Daney appellera « une ère de transparence, vouée à l’obscénité d’un robinet tragique et d’un tout-à-l’image fascinant ».
  • En étudiant le montage et la construction du film, repérer la partition entre photographies et images en mouvement. Quelle incidence a cette partition sur le rythme et le ton du film ?
  • Observer attentivement la population qui participe à cette marche (les manifestants et les contre-manifestants). On parle de melting-pot ici et là, mais n’avons-nous pas à faire dans cette marche à un fighting-pot, beaucoup plus pertinent et intéressant pour comprendre la population américaine.

    Fiche mise à jour le 15 septembre 2004
    Fiche réalisée par Yann Goupil

Expériences

Avant de partir pour filmer cette manifestation du 21 octobre 1967, Chris Marker a déjà réuni en 1967 de nombreux techniciens et cinéastes (Varda, Godard, Klein, Ivens…) autour de la guerre au Vietnam. Le film qu’il montera de cette expérience collective, Loin du Vietnam, inaugure le collectif S.L.O.N qui produira, d’une manière alternative et indépendante, des films prenant le pouls d’un monde en mutation. Rebaptisée I.S.K.R.A, cette coopérative continue aujourd’hui de produire et de diffuser.
Dans Loin du Vietnam, nous pouvons déjà sentir le frémissement qui trouble les Etats-Unis : au début de l’année 1967, William Klein a filmé les premières manifestations importantes contre la guerre. Le montage de la partie Klein nous montre aussi les manifestations en faveur de la guerre. Ces images ricochent jusqu’à celles des manifestations d’aujourd’hui contre la politique de l’administration Bush.

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