Foutaises

France (1989)

Genre : Comédie

Écriture cinématographique : Court-métrage

Archives lycéens, Lycéens et apprentis au cinéma 2000-2001

Synopsis

Au cœur d’un univers enfantin et poétique, le film tente de tracer le portrait d’un homme à travers la mise en scène de son monde intérieur. Ainsi, tout au long d’une succession de vignettes illustrant ses goûts et ses dégoûts, se dévoile l’imaginaire de ce personnage fait de souvenirs d’enfance et d’impressions saisies dans les replis de sa vie quotidienne.

Générique

Programme Courts métrages Lycéens

Réalisation, scénario, montage : Jean-Pierre Jeunet
Image : Jean Poisson
Son : Claire Bernardi
Musique : Carlos d’Alessio
Décors : Sylvia Goubern
Interprétation : Dominique Pinon Production : Zootrope
Film : 35 mm, noir et blanc
Format : 1,8
Durée : 7 mn 30

Autour du film

Le jeu du je

Lorsque l’on considère la petite histoire du court métrage français, Foutaises apparaît comme le film emblématique des années 80, non seulement par la nouveauté du langage cinématographique inventé par Jean-Pierre Jeunet, mais également grâce à la richesse du film lui-même, dont la construction offre plusieurs niveaux de lecture.

D’un point de vue purement formel, le film renvoie, par sa construction, à un certain nombre de références littéraires, dont la plus évidente est sans doute l’inventaire des 486 souvenirs d’enfance, énumérés avec autant de méthode que de poésie par Georges Pérec dans son livre Je me souviens. Au-delà même du simple exercice de style, le formalisme rigoureux auquel se plie Jean-Pierre Jeunet n’est pas non plus sans rappeler les expérimentations dialectiques de certains linguistes, dont la démarche consistait à créer des œuvres littéraires à partir d’un cadre formel préétabli (Roland Barthes par exemple, avait employé ce procédé dans un texte utilisant à l’instar de Foutaises la formule binaire “ j’aime/je n’aime pas ”).

Pourtant, l’atmosphère à la fois fantaisiste et foisonnante de Foutaises n’a rien de véritablement conceptuelle, bien au contraire, la démarche de Jean-Pierre Jeunet privilégie la spontanéité et consiste plutôt à recréer, à travers les différentes images suggérées par son personnage, un univers sensible souvent très concret. En effet, les séquences illustrant les souvenirs du narrateur ne cessent de faire appel aux sens tels que l’ouïe (le rire de Richard Widmark, la comptine sur Thierry la Fronde), l’odorat (le pain grillé, la colle blanche), le goût (le jaune d’œuf, le jambon, les petits beurre) ou le toucher (dérouler la toile cirée, fouler la neige immaculée). La vue elle-même est sans cesse sollicitée par l’enchaînement presque hypnotique des images.

Mais avant tout, par cette force suggestive, le film parvient à faire resurgir chez le spectateur, des impressions peut-être oubliées et enfouies dans une forme d’inconscient collectif, comparables à l’émotion de la Madeleine de Proust, ou aux Tropismes de Nathalie Sarraute, c’est-à-dire ces “ imperceptibles mouvements de l’âme ”, aussi furtifs qu’insaisissables.

Quoiqu’il en soit, il est certain que Jean-Pierre Jeunet n’a pas consciemment élaboré son film à partir de telles références, car son propos est à la fois plus humble et plus universel. En effet, Foutaises n’est à aucun moment un exercice spéculatif. Il prend plutôt la forme d’un regard nostalgique sur l’enfance, celle du narrateur naturellement, mais également, en écho, celle du spectateur, c’est-à-dire l’image d’un monde fait de sensations brutes (les choses sont perçues d’une manière primaire – “ j’aime/j’aime pas » ” – sans qu’il n’y ait jamais une quelconque justification).

On pourrait même évoquer une forme de régression, au sens poétique du terme, face à ce narrateur au visage burlesque – mi-homme, mi-clown – difficile à replacer dans le monde réel, et devenant peu à peu insaisissable, à l’instar des images surannées qu’il fait naître (les décors rappelant les années 50 avec les congés payés, les départs en vacances, les dimanches en famille, etc.). Tout un monde d’inconscience et de naïveté, que dans la solitude de sa chambre, il semble vouloir retrouver.

Ainsi, la présence des souvenirs et la force des images parviennent véritablement à plonger le spectateur au cœur de cette indicible mémoire collective, mêlant les clichés nostalgiques tels que les personnages de bandes dessinées, les jeux d’enfants, mais aussi, et surtout, le cinéma. Une évocation alors si puissante que les acteurs s’emparent tout à coup du dialogue, reprenant la ronde des “ j’aime/j’aime pas ”, comme s’ils prenaient vie devant les yeux d’un enfant. Sans doute plus qu’un hommage, cette dernière séquence devient un véritable acte de foi de la part du réalisateur envers cet art, qui prend métaphoriquement le contrôle de l’histoire.

Texte de Arnauld Visinet
© Bibliothèque du Film

Outils

Web

Ressources pédagogiques du CNDP www.cndp.fr/cav/foutaises

Commentaires