Père et fille

Pays-Bas (2000)

Genre : Drame

Écriture cinématographique : Film d'animation

Archives collège, Collège au cinéma 2007-2008

Synopsis

Un père dit au-revoir à sa fille et s’en va. Elle attend son retour des jours, des saisons, des années…

Générique

Six courts métrages Collège au cinéma 2007-2008

Titre original : Father & Daughter
Réalisation : Michael Dudok de Wit
Scénario : Michael Dudok de Wit
Musique : Normand Roger
Montage : Spider Eye
Son : Jean-Baptiste Roger
Animation : Michael Dudok de Wit, Arjan Wilschut
Production : CinéTé Filmproduktie Willem Thijssen Cloudrunner Ltd., Claire Jennings.
Durée : 9 mn

Autour du film

• Un film chargé d’émotion
Ce court-métrage se distingue de la sélection par la charge émotive qu’il dégage. L’histoire racontée, celle de l’affection d’une fille pour son père mais aussi celle de la perte d’un être cher, peut serrer le cœur du spectateur. Mais ce sont surtout des choix de réalisation en parfaite symbiose avec l’histoire racontée qui sont à l’origine de la douceur et la mélancolie qui émanent du film.

– Des procédés favorisant l’introspection
La musique de Normand Roger (compositeur d’un autre film de la sélection Histoire tragique et fin heureuse) qui enveloppe totalement le film et occupe toute la bande son (pas de bruits ou de paroles) joue un rôle très expressif. Jouée au piano et à l’accordéon, elle est construite, comme le film, selon le principe de la ritournelle.
Cyclique, l’histoire ne progresse pas de façon linéaire. Elle évolue petit à petit vers un retour au point de départ : les retrouvailles entre le père et sa fille. En effet, l’histoire se structure autour du motif du cercle qui irrigue le film. Une importance remarquable est accordée à cette forme plastique : la roue des vélos, un détail a priori, est le seul élément souligné par des gros plans. La roue apparaît en surimpression au dessus d’un personnage puis revient au générique de fin. De même, le sens de déplacement des personnages, de droite à gauche qui contrarie notre mode de lecture occidental implique un retour dans le passé. Nous sommes projetés dans un âge d’or, l’enfance, à la recherche d’un temps perdu.

– Un sentiment d’absolu
La fixité du cadre et les choix d’échelle de plan sont surprenants. Dans la plupart des films, les personnages sont au moins filmés en plan moyen et en plan taille. Ici, le réalisateur utilise majoritairement des plans d’ensemble ou de demi-ensemble, réduisant les personnages à des éléments parmi d’autres. Souvent dessinés en ombres chinoises, ils apparaissent comme de petits êtres à l’échelle de la nature qui se déploie dans le cadre. Les plans serrés existent mais ils sont consacrés aux éléments naturels : vent courbant les hautes herbes, nuages, feuilles des arbres…
Cette importance donnée à la nature, au temps qui passe à travers les saisons qui s’enchaînent, permet de relativiser l’existence des personnages. Le spectateur peut prendre la mesure, dérisoire, d’une vie qui s’écoule à l’échelle du monde. Ce choix teinte le film d’un aspect réflexif, créé une ambiance propice à la méditation.

– Une ambiance veloutée
Le réalisateur a choisi de réaliser un lavis pour représenter ses décors. Cette technique consiste à diluer plus ou moins une couleur afin d’obtenir des dégradés et des effets de fondus. Contrairement à Au premier dimanche d’août où la peinture était matière et couleur, Father and daughter joue plutôt sur l’intensité de la couleur présente en couche infime.
Les bruns, les sépias, les orangés de chaque plan sont délicatement harmonisés grâce à des raccords en fondus. Pour lier les plans entre eux lors du montage, le réalisateur a souvent préféré ce type de raccord au traditionnel raccord cut. Ce choix donne non seulement l’impression du temps qui passe (pour condenser une vie en 9 minutes, ce court film a recourt à d’importantes ellipses) mais diffuse également une grande sérénité. En effet, le fondu permet de passer d’un plan à un autre en douceur : le premier plan disparaît progressivement à mesure que le second apparaît.

Pistes de travail

• Animation et mise en scène
Ce programme composé de 6 films d’animations met en valeur la diversité des styles graphiques (peinture, gravure, crayon à papier) et l’inventivité des techniques d’animation (volume, animation traditionnelle). Ce corpus permet aussi, par la comparaison, de mettre en relief différents choix de mise en scène.
Si il paraît indispensable de s’intéresser au graphisme et à l’animation dans un programme aussi spécifique, il ne faudrait pas s’y restreindre. Le « dessin animé » fait partie intégrante du cinéma et c’est pour expliciter cette idée qu’on préfère employer aujourd’hui le terme « film d’animation ».
Comme dans un film avec des personnages en chair et en os, le réalisateur met en scène ses personnages. Techniques d’animation et graphisme complexifie l’exercice car ils s’ajoutent aux paramètres déjà existant dans le cinéma mettant en scène de véritables acteurs : taille de plan, mouvements de caméra, déplacement des personnages, axes de prise de vue, montage, traitement du son… Ce dernier élément est souvent oublié.
S’il est vrai que par définition le son ne se voit pas c’est justement pour cela qu’il joue un rôle déterminant au cinéma. Il agit souvent de façon beaucoup plus subtile que l’image en structurant un film, en caractérisant des personnages, en complétant des décors, etc … Ainsi, invitons les élèves à regarder mais aussi à tendre l’oreille.

• Initiation à l’analyse de film en 3 étapes
1- Formuler sa réception du film, son ressenti (Dans ce film on dirait que …, On a l’impression que…) afin de dégager des pistes de travail.
2- Se questionner sur les moyens mis en œuvre pour produire l’effet repéré. Autrement dit, dégager les notions de fond et de forme (choix de réalisation : cadre fixe, changement de rythme du montage…) afin d’examiner les rapports entre les elles.
3- Hiérarchiser les choix dans un texte rédigé.

• Questions sur le chemin de l’analyse

Qu’est ce que le film a-t-il produit sur moi en terme de ressenti ?
De quoi est faite la bande son ? Relever qu’aucune parole n’appuie l’histoire, pourtant, le spectateur comprend ce qui se déroule.

Quelle est la période de temps contenue dans le film ? Comment le réalisateur nous fait il ressentir le passage du temps, les ellipses ?

Qui est le personnage principal ? Comment réussit on à l’identifier ? Comment est elle filmée (échelle des plans) ? Comment est elle représentée (détails ? Ombre ?) Quelle est la place des personnages dans le cadre ?
Identifier les trois parties qui structurent le film

Cécile Paturel, le 24 juin 2008

Expériences

L’influence de l’orient : Repérer les influences de la culture orientale qui irrigue ce film :
– les techniques : le lavis, l’encre de chine, les formes épurée (le rond et la ligne) sont des reprises de la tradition graphique chinoise (voir le travail de l’animateur chinois Te Wei)
– la philosophie : la conception cyclique du temps, la place laissée à la nature, l’importance des symboles

Outils

Site internet 

Association française du cinéma d’animation (afca)

DVD

En matière d’animation, collection Cour(t)s de cinéma : présente les 6 films du programme et leurs analyses.

Bibliographie

Entretien avec Michel Ciment (à mettre en lien vers l’entretien sur la fiche auteur Michael Dudok De Wit), juin 2003, positif, n°508
Les oscars du film d'animation, secrets de fabrication de 13 courts-métrages récompensés à Hollywood, COTTE Olivier, Editions Eyrolles, 2006
Le cinéma d’animation, Editions Armand Colin, DENIS Sébastien, Paris 2007