Au premier dimanche d’août

France (2000)

Genre : Comédie

Écriture cinématographique : Film d'animation

Archives collège, Collège au cinéma 2007-2008

Synopsis

Le soir de son bal d’été, tout le village est au rendez-vous. De la tombée du jour à l’aube, la musique déploie ses rocks et ses tangos, ses slows et ses valses. La nuit révèle les couples de danseurs jeunes ou vieux, les amours naissantes, les timides, les buveurs, les bagarreurs, les enfants qui rient et courent partout.

Générique

Six courts métrages Collège au cinéma 2007-2008

Réalisation : Florence Miailhe
Image : Florence Miailhe
Son : Etienne Bultinguaire
Montage : Nathalie Perret
Décors : Florence Miailhe
Musique : Denis Colin
Production : Les Films de l’Arlequin
Durée : 11 mn
Peinture sur verre

Autour du film

La technique d’animation

Le film de Florence Miailhe est un film peint. Cette technique consiste à dessiner les personnages sur une planche de verre éclairée par le dessous. Pour faire bouger le personnage durant une seconde au cinéma, il est nécessaire d’avoir 24 images par seconde correspondant chacune à une phase du mouvement à recréer. La réalisatrice dessine donc son personnage dans une position 1 puis efface une partie du dessin pour le dessiner dans une position 2 … Et ainsi de suite 24 fois (ou plus souvent 2 x 12 images). En faisant défiler en une seule seconde ces 24 images, le personnage s’anime. 

Les enjeux du cinéma d’animation

Deux questions majeures préoccupent les réalisateurs de films d’animation. La première est liée à la reproduction du mouvement : comment faire bouger le personnage ? Quelle sera sa démarche ? Comment exécutera t il ses gestes ? En bref : comment animer un dessin encore figé, inerte. Si les personnages du film Harvie Krumpet bougent très peu et de façon très saccadée, la petite fille de Histoire tragique avec fin heureuse se déplace de façon très fluide, presque nerveuse et la personnalité des personnages de Le Portefeuille est véhiculée par l’animation de leur physionomie très typée. Les mouvements spécifiques à chaque personnage nous permettent de les apprécier dans toute leur complexité : il les caractérisent.

La seconde question concerne la représentation du corps : quel trait choisir ? Faut il délimiter les contours du personnage ou bien le faire apparaître par petites touches ? Avec quel outil ? Le crayon donne une nature d’ébauche aux personnages du film Le Portefeuille tandis que ceux de Au premier dimanche d’août, réalisés au pastel gras, ont l’air plus incarnés : ils sont palpables.

Les enjeux du film : un film de danse

Ces deux préoccupations semblent avoir guidées Florence Miailhe dans le choix du sujet de son film : la danse. En effet, contrairement aux autres films de la sélection, Au premier dimanche d’août raconte moins une histoire (pas d’intrigue, pas de personnages principal auquel nous identifier) qu’il nous invite à observer et à ressentir une ambiance. Immergés dans l’atmosphère d’un bal populaire du sud de la France, nous écoutons et nous nous attardons, comme un observateur indiscret, sur des corps en mouvements.

La bagarre est d’ailleurs filmée comme une danse. Lorsqu’elle éclate, la musique qui baigne le film reste au même niveau sonore, le rythme du montage ne s’accélère pas : cet épisode n’est pas dramatisé mais filmé comme une autre forme de danse, un corps à corps. 

Le cinéma animation facilite des effets difficiles à réaliser avec de véritables acteurs. Ici, les personnages se métamorphosent sous l’effet de la danse. Sensuels et enivrés, les corps se chevauchent, s’enlacent, se confondent jusqu’à glisser progressivement dans un monde abstrait.

La fin du film reflète bien l’intérêt de la réalisatrice à propos de la danse. Nous glissons progressivement d’un monde « réaliste » (la fête de village) à un univers onirique : petit à petit, les corps ont fusionnent en monstres fabuleux. Les perspectives sont désormais abolies : un fond uni à remplacé l’arrière plan. Des personnages abstraits flottent dans un espace hors du temps comme si la réalisatrice remontait aux origines légendaires de la danse : primitives et magiques.

Le travail du son : un air de fête très authentique

Ce film nous plonge dans une ambiance festive : nous avons l’impression d’y être. Comment la réalisatrice parvient-elle à rendre si justement cette ambiance de bal populaire ? Cette sensation d’authenticité est rendue par plusieurs paramètres (couleurs utilisées : gamme de couleurs chaudes, motifs…) mais surtout par le son.

En effet, ce sont les bribes de paroles qui ancrent le film dans une certaine forme de réalité. Les bruits et les voix que nous entendons sonnent vrais, et pour cause. La réalisatrice adopte une démarche assez rare en animation : elle choisit de ne pas faire uniquement appel à des bruiteurs et à des acteurs qui recréent des sons en studios, mais plutôt d’ajouter des sons d’ambiance prélevés directement dans des bals de village. Ainsi, la bande son s’enrichit d’un bruissement très réaliste : certaines expressions de parlé populaire et certains accents ne s’inventent pas. Des bruits « parasites » (la sonnerie d’un téléphone portable par exemple) chevauchent  des bribes de phrases : ce choix donne du relief à la bande son qui y gagne en réalisme.

Pistes de travail

Animation et mise en scène

Ce programme composé de 6 films d’animations met en valeur la diversité des styles graphiques (peinture, gravure, crayon à papier) et l’inventivité des techniques d’animation (volume, animation traditionnelle). Ce corpus permet aussi, par la comparaison, de mettre en relief différents choix de mise en scène.

Si il paraît indispensable de s’intéresser au graphisme et à l’animation dans un programme aussi spécifique, il ne faudrait pas s’y restreindre. Le « dessin animé » fait partie intégrante du cinéma et c’est pour expliciter cette idée qu’on préfère employer aujourd’hui le terme « film d’animation ».

Comme dans un film avec des personnages en chair et en os, le réalisateur met en scène ses personnages. Techniques d’animation et graphisme complexifie l’exercice car ils s’ajoutent aux paramètres déjà existant dans le cinéma mettant en scène de véritables acteurs : taille de plan, mouvements de caméra, déplacement des personnages, axes de prise de vue, montage, traitement du son… Ce dernier élément est souvent oublié.

C’est vrai que par définition le son ne se voit pas et c’est justement pour cela qu’il joue un rôle déterminant au cinéma. Il agit souvent de façon beaucoup plus subtile que l’image en structurant un film, en caractérisant des personnages, en complétant des décors, etc … Ainsi, invitons les élèves à regarder mais aussi à tendre l’oreille.

Initiation à l’analyse de film en 3 étapes

Formuler sa réception du film, son ressenti (Dans ce film on dirait que …, on a l’impression que…), afin de dégager des pistes de travail.

Se questionner sur les moyens mis en œuvre pour produire l’effet repéré. Autrement dit, dégager les notions de fond et de forme (choix de réalisation : cadre fixe, changement de rythme du montage…) afin d’examiner les rapports entre les elles.

Hiérarchiser les choix dans un texte rédigé.

Questions sur le chemin de l’analyse

Y a-t-il un personnage principal ? Une histoire ? Quel est le point de vue du film ?
Quel est le sujet du film ?
Où et quand se déroule le film ?
Quelle est la technique graphique choisie ? Comparer avec les autres films du corpus. Quel est l’impact sur notre perception des personnages ?
De quoi se compose la bande sonore ?
Quelle est la structure du film ? Essayer de dégager trois parties.
Analyser comparativement la séquence de la transe de la jeune fille en vert et la fin du film : quels sont les points communs ?

Autour du film

Les influences picturales du film

– L’impressionnisme : par sa technique et ses thématiques, le film de Florence Miailhe rappelle ces peintres de l’ambiance et de l’impression.

– Robert Lapoujade (1921-1993) : peintre engagé d’après-guerre, Robert Lapoujade a aussi mené plusieurs expériences cinématographiques, notamment en animation grâce au soutien du service Recherche de l’ORTF. Audacieux,subversif et volontiers provocateur, il explore et marie les techniques : il anime des titres, des visages et des corps découpés dans des magazines mais aussi des peintures en cours de réalisation ou encore des matières inattendues comme des grains de poivre. Florence Miailhe s’inspire de cette dernière technique dans Les oiseaux blancs, les oiseaux noirs, 2002, qu’elle réalise à partir de sable animé. Mais une part importante de son travail se nourrit de l’œuvre de Robert Poujade. Il signera d’ailleurs les textes d’un recueil de sérigraphie qu’elle publie en 1989 et interviendra juste avant sa mort au titre de conseiller technique sur son film Schéhérazade, achevé en 1995. En effet, les recherches plastiques de Florence Miailhe rejoignent celle du peintre qui s’était passionné pour la représentation de la foule et des corps féminins.

La danse

Peut on définir la danse ?
Comment la danse est elle filmée dans l’histoire du cinéma ? (plans-séquences pour préserver la performance dans les comédies musicales, en plusieurs plans serrés pour suggérer l’étreinte, montage rapide comme pour un affrontement…).
Comment filmer un spectacle de danse ? De la pure captation à la vidéodanse qui double la chorégraphie d’une mise en scène et d’un montage proprement cinématographique.