Contrebandiers de Moonfleet (les)

États-Unis (1955)

Genre : Récit initiatique

Écriture cinématographique : Fiction

École et cinéma 2004-2005

Synopsis

En pleine nuit, le petit John Mohune arrive à Moonfleet : il veut rejoindre Jeremy Fox, un ancien ami de sa mère, à qui celle-ci, en mourant, a décidé de le confier. Jeremy, aventurier débauché ne veut pas, tout d’abord, s’encombrer de l’enfant, mais celui-ci s’obstine à rester près de lui et a gain de cause…
Tombé par accident dans une crypte, John y trouve le médaillon de son ancêtre le cruel Barberousse et découvre que Jeremy n’est autre que le chef des contrebandiers. Fox défend John que les contrebandiers veulent tuer, puis, ensemble, l’homme et l’enfant découvrent le secret du médaillon et —au fond d’un puits — le diamant de Barberousse. Mais Jeremy Fox abandonne John et part avec Lord et Lady Ashwood, deux nobles qui veulent l’entraîner dans la piraterie. En chemin, il se ravise, mais Lord Ashwood, avant d’être tué par lui, le blesse mortellement ; Jeremy rejoint alors John, lui confie le diamant, lui dit adieu et s’éloigne en mer… Plus tard, John laisse grand ouvert le portail des Mohune, car il attend le retour de son ami.

Générique

Titre original : Moonfleet
Réalisation : Fritz Lang
Scénario : Jan Lustig et Margaret Fitts d’après Moonfleet, roman de John Meade Falkner (écrit en 1891) Ed. Phébus 1989
Image (couleur et cinémascope) : Robert Planck
Décors : Edwin B.Willis, Richard Pefferle, Cédric Gibbons, Hans Peter
Costumes : Walter Plunkett
Montage : Albert Akst
Musique : Miklos Rozsa
Musique Flamenco : Vicente Gomez

Interprétation :
Jeremy Fox / Stewart Granger
John Mohume / Jon Whiteley
Lord Ashwood / George Sanders
Lady Ashwood / Joan Greenwood
Mrs Minton / Viveca Lindfors
La danseuse gitane / Liliane Montevecchi
Elvezir Block / Sean Mc Clory
Félix Ratsey / Melville Cooper
Le pasteur Glennie / Alan Napier
Le juge / Maskew John Hoyt
Grace Maskew / Donna Corcoran
Damer / Jack Elam
Hill / Dan Seymour
Tewkesbury / Ian Wolfe
Mgr Hennishaw / Lester Matthew
Jacob / Skelton Knaggs
Starkhill / Richard Hale
Greening/ John Alderson
Tonson / Ashley Cowan
Cachen / Franck Ferguson
Capitaine Stanhope / Booth Colman

Production : John Houseman, Metro-Goldwin-Mayer Loew’s Incorporated
Tournage : 45 jours (sept-oct 1954) extérieurs à Oceanside (Californie)
Sortie : Juin 1955
Durée : 1h27
Distribution : Ciné-classic
Prix de la nouvelle critique française pour le meilleur film étranger 1960

Autour du film

 » Moonfleet  » : un mot qui, comme le film qu’il titre, brille d’une ténébreuse poésie.
A partir du  » romanesque « , mainte fois souligné, d’un sujet à la Stevenson et tout en s’intégrant à l’esthétique  » décorative  » des studios de la MGM, Lang réalise une oeuvre où  » la main de l’auteur  » signe chaque élément d’une mise en scène à la sombre et fascinante beauté. Sa vision pessimiste du monde et de la destinée de l’homme, de l’ambivalence de sa nature et de ses sentiments hausse ce film d’aventures historiques au rang d’une tragédie dont les enjeux sont ceux de la vérité morale et du sentiment qui restent, en définitive, les seuls à donner sens et prix à l’existence.
Si l’innocence enfantine emprunte d’instinct, tout naturellement cette voie, il n’en va pas de même pour l’adulte qui a fait  » l’épreuve  » du monde, de ses corruptions ou, pire encore, de ses désenchantements.
C’est la confrontation de ces deux regards sur la vie que met en scène le film dans une double démarche initiatique : celle de l’enfant face au monde adulte, celle d’un retour de l’adulte vers cette  » pureté  » initiale, mais… au seuil de la mort. D’où la funèbre et déchirante beauté d’une oeuvre dont Lang élimine pourtant tout pathos.
La stylisation des décors, couleurs, lumières, renoue avec l’esthétique de la période allemande du cinéaste et transpose admirablement la sombre magie poétique et l’élégante rigueur du  » Roman Noir  » anglais qui fascina les surréalistes. On ne peut que suivre Patrick Brion pour qui Moonfleet reste  » hanter  » l’imaginaire de ses spectateurs.
France Demarcy

Autres points de vue

Le coup de génie de Fritz Lang dans Moonfleet est d’avoir construit son film entre deux points de vue radicalement autonomes : le point de vue de l’enfant, le point de vue d’un adulte. Il n’a pas eu une seconde la tentation (qui est souvent celle du film d’apprentissage, ou du film dit pour enfants) de réduire le monde des adultes à ce que pourrait en comprendre John. Ni la tentation inverse de produire de John une image d’enfant pour adulte […].
L’enfant voit, depuis un espace de réserve, une scène qui se déroule dans le monde des adultes, à laquelle il assiste sans participer, en retrait, mais qui pourtant concerne directement son destin le plus immédiat. La scène de réserve est séparée du monde des adultes par une rampe matérielle et protégée des regards et de la lumière. Je pense à la scène où John assiste à la danse de séduction de la gitane, à la scène de la crypte où il observe la reprise en main des contrebandiers par Fox, ou encore à celle où il assiste, incognito, à la revue d’inspection de soldats du Fort. Lorsque le enjeux concernent les relations de désirs, de rapports de force, de violence, Lang les filme du point de vue du spectateur adulte, le seul qui soit à même d’en rendre compte […].

Alain Bergala, Cahier de notes sur…Les Contrebandiers du Moonfleet, Paris, Les enfants de cinéma, 1994.

Vidéos

Le séjour souterrain comme rite de passage

Catégorie :

par Alain Bergala

Montrer/cacher

Catégorie :

Les films programmés dans les dispositifs français d’éducation au cinéma (École, Collège, Lycéens et apprentis au cinéma) peuvent aussi être abordés en suivant le fil rouge d’une question de cinéma transversale. Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site du Cinéma, cent ans de jeunesse où vous trouverez, en plus des ressources générales sur chaque question de cinéma (enjeux, une question/une séquence, extraits de films…) des ressources spécifiques sur les films des dispositifs, sous forme de PDF (liste des films des dispositifs concernés par une question de cinéma, exemples d’analyses, bibliographie).

Ainsi, Les Contrebandiers de Moonfleet est-il un film exemplaire de la question « Montrer/cacher ».

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Pistes de travail

Le titre original du film ouvre déjà une variété de pistes. Dans ses qualités intrinsèques aux plans poétique, symbolique voire mythologique concernant l’astre des nuits :  » Moonfleet « , littéralement  » lune fuyante  » ou  » fugitive « . Dans ses rapports avec le film.
Fonction « emblématique  » à multiples résonances enchevêtrées. Nom du lieu où s’origine l’intrigue. Nom patronymique (et patrimonial : le manoir, le diamant) de l’enfant par contraction  » Moon  » :  » Mohune « . Atmosphère  » crépusculaire  » d’ensemble (décors, lumière).
Par ailleurs comme toute  » adaptation « , l’étude comparée du film et de l’œuvre littéraire de référence ouvre la voie à nombre de questions sur la transposition : fidélité ou écart, liberté créatrice, transcodage d’un langage dans un autre (du littéraire au filmique). La comparaison peut s’élargir, montrant l’originalité du film, aux lois ou conventions du genre. Roman et/ou film d’aventures historiques auxquels il emprunte leurs traits typiques : intrigue, actions, péripéties, personnages, décors, tout en s’en éloignant comme on l’a brièvement vu pour les rôles.

Mise à jour: 16-06-04

Expériences

Moonfleet est l’un des derniers films de la longue carrière de celui qui fût l’un des plus grands maîtres du 7ème art. Tourné à la fin de sa  » période américaine « , ce film est resté pour toute une génération de cinéphiles français des années soixante et pour les jeunes cinéastes de la nouvelle vague le  » chef d’oeuvre maudit  » du cinéaste. Il est vrai que classé dans le genre  » film d’aventures « , il relevait plutôt de la série B pour sa firme productrice la MGM. La  » prestigieuse  » Major n’appréciait guère l’esprit  » trop européen  » de Lang, à qui elle n’avait auparavant confié la réalisation que d’un seul film Fury, son premier tourné aux Etats-Unis., vingt ans plus tôt. Malgré ou grâce à la relative modestie de son budget et aux  » difficultés  » que lui crée l’emploi  » obligé  » du cinémascope, Lang signe ici l’une de ses mises en scène les plus dramatiquement et plastiquement belle. Oeuvre  » crépusculaire  » a-t-on dit parfois,  » testamentaire  » pourrait-on ajouter, par le regard que Lang y porte sur la puissance du sentiment et la noblesse de cœur de l’enfance.

Outils

Bibliographie

Moonfleet, John Meade Falkner, Ed. Phoebus, 1989.
Fritz Lang, Lotte H. Eisner, Cahiers du cinéma/ Cinémathèque française, 1984.
Fritz Lang en Amérique, Peter Bogdanovitch, Cahiers du cinéma, 1967.
Fritz Lang, trois lumières, Alfred Eibel, Flammmarion, 1988.
Fritz Lang, Luc Moullet, coll. Cinéma d'aujourd'hui n°9, Ed. Seghers, 1963.
Fritz Lang, la mise en scène, ouvrage collectif, Cinémathèque française, 1993.
L'Exercice a été profitable, Monsieur, Serge Daney, P.O.L, 1993.

Films

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