Contes de la mère poule (Les)

Iran (1922-2000)

Genre : Conte

Écriture cinématographique : Programme de courts-métrages

École et cinéma 2004-2005

Synopsis

Shangoul et Mangoul est une variation, en laine brodée traditionnelle de la région de Kirman, du conte des sept chevreaux, connu aussi chez Esope, La Fontaine ou les frères Grimm : le loup doit montrer « patte blanche » pour tromper les petits de la maman chèvre – ici une « patte verte » qu’il a trempée dans le bain d’un teinturier -, puis la mère défie le loup en combat singulier et l’éventrer pour retrouver ses petits.

Le poisson Arc-enc-ciel, en tissu découpé et animé, démontre que l’union fait la force, et raconte l’entrée dans le groupe du poisson solitaire « Arc-en-ciel », d’abord trop fier de ses écailles, colorées et lumineuses, pour se joindre aux autres.

Lili Hosak, en papier découpé, fait s’animer les motifs animaliers d’un tapis persan : lenfant à peine né de la poule et du coq se noie dans l’étang. Le coq appelle à l’aide, mais personne ne vient, puis la chèvre à clochette parvient à regrouper autour du point d’eau toute la communauté animale, qui ensemble seulement, parvient à sauver le naufragé.

Générique

Shangoul et Mangoul (Shangoul-O-Mangoul)
Réalisation : Farkhondeh Torabi et Morteza Ahadi Sarkani
Année : 2000
Film : Couleurs, éléments textiles découpés et brodés
Scénario, graphisme, animation : Farkhondeh Torabi
Décor et image : Morteza Ahadi Sarkani
Montage : Hassan Hassan-Doust
Son : Mohammad Haghighi
Musique : Pirouz Arjomand
Durée : 17 mn

Le poisson Arc-en-ciel (Mahi-e Ranguin-Kaman)
Réalisation : Farkhondeh Torabi
Année : 1998
Film : Couleurs, éléments textiles découpés et brodés
Scénario, animation, image : Farkhondeh Torabi, d’après le live de Marcus Pfister
Montage, son : Mohammad Haghighi
Musique : Mehrdad Janabi
Durée : 13 mn

Lili Hosak
Réalisation : Vajiollah Fard-e-Moghadam
Année : 1992
Film : Couleurs, papier découpé inspiré par des motifs de tapis persan
Scénario : Vajiollah Fard-e-Moghadam
Animation, image : Farkhondeh Torabi
Son : Changiz Sayyad
Musique : Mohammad Mirzamani
Durée : 16 mn

Autour du film

Une « mère poule » est généralement une mère abusive. Il faut ici au contraire prendre l’expression au pied de la lettre, parce que Lili Hosak propose une figure maternelle de poule et parce que les mères animales des trois films de la sélection, courageuses et combattives, sont plutôt mises en face des dangers que l’existence réserve à leur progéniture, tout en tenant, sans abus, le centre de l’univers des trois contes. Lili Hosak, dernier film présenté mais le plus ancien dans l’ordre de la réalisation, cherche à donner l’illusion, par la technique des papiers découpés, qu’un tapis persan se met à vivre. Le poisson arc-en-ciel franchit une étape en travaillant la dimension tactile du tissu utilisé visiblement dans son épaisseur et présente à l’œil du spectateur contemporainement la représentation des poissons et la matérialité des tissus.

Mais Shangoul et Mangoul additionne ces deux volontés poétiques en proposant une entrée imaginaire dans l’intérieur du tissu avec un univers entièrement fait de laine brodée. Alors l’intégrité du corps maternel, perçu, comme celui de tous les autres personnages, en plusieurs morceaux démantibulés capables précisément de faire un tout cohérent lorsqu’ils se mettent en mouvement (c’est là le paradoxe propre à l’animation d’éléments découpés) s’identifie à l’intégrité de l’univers tout entier, à la cohérence du récit, à la symbolique des motifs, à la réussite technique de l’animation et à sa promotion mythologique traditionnelle en « don de la vie » ou, selon une version moins naïvement théologique, en lieu privilégié d’observation de la « naissance du mouvement ».
Hervé Joubert-Laurencin

Vidéos

Du tapis à l’histoire racontée

Catégorie :

« Entrer dans l’épaisseur de l’image : la circularité du monde et fusion maternelle »
par Hervé Joubert-Laurencin

Pistes de travail

  • Le symbolisme des couleurs et des motifs des tapis persans (tapis « Ghom » imité par Lili Hosak) et des tissus traditionnels employés dans Shangoul et Mangoul (les broderies dites « pateh-duzi », utilisées pour les nappes dans la région de Kirman) est important dans les trois films : par exemple, la « palmette », motif de feuille de palmier stylisé, ou le poisson ou l’« arbre de vie » animal et végétal associés à la vie.
  • Les trois films répondent à la technique d’animation d’éléments découpés ou cousus, ils répondent donc à une activité tactile de la vision, et se prêtent particulièrement à des activités manuelles hors séance.
  • Le poisson arc-en-ciel est inspiré d’un personnage de livre pour enfants de Marcus Pfister : il existe plusieurs épisodes des aventures d’ « Arc-en-ciel, le plus beau poisson des océans » ; Shangoul et Mangoul, traditionnel en Iran, rejoint une série connue en Occident : Le loup et les chevreaux d’Esope, repris par La Fontaine avec Le loup, la chèvre et les chevreaux (IV, 15) connaît une version populaire sous le titre : Le loup et les sept biquets, et une version par les frères Grimm intitulée : Le loup et les sept chevreaux.

    Mise à jour: 18-06-04

Expériences

La sélection appelée Les contes de la mère poule peut être située de trois manières différentes : dans la filmographie personnelle de ses trois animateurs iraniens, au sein de la production d’animation iranienne et particulièrement du lieu de production d’état « Kanun », et parmi les divers programmes intelligemment et pédagogiquement conçus par la société de distribution française « Les films du préau ».

Vajiollah Fard-e-Moghadam, le plus âgé, a réalisé Les intrus en 1976, Imitation en 1979, Le retour en 1987, Avec chacun en 1992 ; Farkhondeh Torabi a réalisé ou co-réalisé L’envol en 1993, La santé donne le bonheur en 1994, et Le corbeau assoiffé en 1996. Les trois films de la sélection sont choisis dans une immense production, l’une des plus importantes du monde musulman : Kanun à lui seul a produit plus de 2000 heures d’animation depuis sa création en 1969. Depuis octobre 2000, Les films du préau ont conçus d’admirables programmes d’animation à destination des enfants alliant connaissance de l’animation, travail spécifique sur le très jeune public et prospection dans des cinématographies méconnues : outre Les contes de la mère poule, Coucou l’ourson, Bonne journée, monsieur M., Le petit manchot, et le dernier programme en date : Les étoiles filantes, constitué de films d’animation scandinaves.

  • Place dans le courant

    Le cinéma d’animation en Iran
    Le cinéma d’animation iranien naît en 1958, soutenu par l’État. Kanun (l’Institut pour le développement intellectuel des enfants et des adolescents, institution publique créée en 1964 par l’épouse du Shah et destinée à promouvoir l’éducation artistique et culturelle des enfants) est à l’origine du Festival international de films pour enfants qui se tient à Téhéran depuis 1966. Grâce à cette fenêtre ouverte sur l’animation européenne et l’émulation qu’elle suscite en Iran, la section cinéma de Kanun (connue pour avoir été dirigée par Abbas Kiarostami) commence à produire dès l’origine, en 1969, une grande variété de films d’animation pour enfants. Après la révolution islamique de 1979, l’animation iranienne continue son essor. Kanun, également organisateur du Festival d’animation de Téhéran, a produit à ce jour plus de 2000 heures de films d’animation. Les deux autres principaux centres de production de films d’animation sont également des organismes d’état : la Radio-Télévision de la République Islamique et le Ministère de la Culture. L’Iran est ainsi l’un des plus importants producteurs de cinéma d’animation du monde musulman.

  • Civilisation et histoire

    Le cinéma d’animation en Iran
    Le cinéma d’animation iranien naît en 1958, soutenu par l’État. Kanun (l’Institut pour le développement intellectuel des enfants et des adolescents, institution publique créée en 1964 par l’épouse du Shah et destinée à promouvoir l’éducation artistique et culturelle des enfants) est à l’origine du Festival international de films pour enfants qui se tient à Téhéran depuis 1966. Grâce à cette fenêtre ouverte sur l’animation européenne et l’émulation qu’elle suscite en Iran, la section cinéma de Kanun (connue pour avoir été dirigée par Abbas Kiarostami) commence à produire dès l’origine, en 1969, une grande variété de films d’animation pour enfants. Après la révolution islamique de 1979, l’animation iranienne continue son essor. Kanun, également organisateur du Festival d’animation de Téhéran, a produit à ce jour plus de 2000 heures de films d’animation. Les deux autres principaux centres de production de films d’animation sont également des organismes d’état : la Radio-Télévision de la République Islamique et le Ministère de la Culture. L’Iran est ainsi l’un des plus importants producteurs de cinéma d’animation du monde musulman.

Outils

Bibliographie

Contes persans, Contes et légendes de tous pays, J. Dorsay, Nathan, 1987.
Histoire du cinéma iranien 1900-1999, Mamad Haghighat avec la collaboration de F. Sabouraud, BPI/Centre Pompidou, 1999.

Web

www.tapislangton.com - Galerie Langton et Griff
www.intd-tapis.com - Institut français du tapis
www.lesfilmsdupreau.com - (guide pédagogique sur le cinéma d'animation)

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