Charulata

Inde (1964)

Genre : Drame

Écriture cinématographique : Fiction

Bac L Cinéma, Lycéens et apprentis au cinéma 2016-2017

Synopsis

À Calcutta, en 1880, alors que son mari la délaisse à cause de son implication dans un journal politique, Charulata se réfugie dans les arts. Se rendant compte de la solitude de la jeune femme, son mari invite son cousin Amal à l’aider dans ses aspirations littéraires. Charulata va devoir faire face à l’irruption de nouveaux sentiments face au dit cousin.

Distribution

Soumitra Chatterjee : Amal
Madhabi Mukherjee : Charulata
Shailen Mukherjee : Bhupati Dutta

Générique

Réalisation : Satyajit Ray
Scénario : Satyajit Ray, d’après une histoire de Rabindranath Tagore
Musique : Satyajit Ray et Rabindranath Tagore

Autour du film

Charulata est une femme d’intérieur. Non pas qu’elle s’épuise à des tâches ménagères, ses journées dans sa villa patricienne à Calcutta étant plutôt désœuvrées… Non, Charulata est une femme de l’intérieur : recluse dans la maison attenante à l’imprimerie où son époux édite un journal d’opinion, elle vit à l’intérieur d’elle-même. Dans les livres, ceux qu’elle lit puis ceux qu’elle écrit, dans l’amour secret qu’elle éprouve pour Amal, le beau-frère bohème qui arrive comme une bourrasque dans sa vie, et dans une relation intime et silencieuse au monde, qu’elle observe à travers les moucharabiehs de sa chambre. Loin de la politique et des changements sociaux qui préoccupent fort son mari, Charulata écoute la rumeur anodine de la rue sous ses fenêtres, elle l’observe à l’aide de jumelles, choisissant ce qui l’amuse ou la divertit. Femme de l’intérieur qui ne sortira de sa maison que pour mieux s’enfermer dans son couple, Charulata est pourtant celle qui voit et donne à voir le monde autour d’elle : isolée dans son jardin, rien ne lui échappe de la vie qui l’entoure. C’est surtout par elle, grâce à la plasticité et à l’expressivité du visage de la très belle Madhabi Mukherjee, que le cinéaste nous donne à voir le monde, dans un film qui est une partition subtile entre littérature et cinéma.

3D

Charulata, Ours d’argent à Berlin en 1965, est un sommet d’équilibre en trois dimensions – politique (la révolution bengalie, prémisses de l’Inde moderne), esthétique (la littérature et la musique) et sociale (quelle destin possible pour la femme indienne à l’aube du 20e siècle ?). Le récit est somme toute assez conventionnel : alors qu’il lance un journal pour défendre la constitution d’une Inde moderne et libérale, Bhupati accueille son jeune frère Amal, qui se moque de la politique et ne se préoccupe que de poésie. Bhupati confie à son jeune frère une mission pendant son séjour dans leur villa de Calcutta : il devra amener Charulata, sa femme, à développer ses talents pour l’écriture. La complicité littéraire qui unit Amal et « Charu » se transforme vite en passion silencieuse.

Derrière cette intrigue banale que Satyajit Ray a adaptée d’une nouvelle du grand poète bengali Rabindranath Tagore, le cinéaste réussit à fusionner des éléments très disparates dans une même composition : le mouvement brahmoïste né à Calcutta, qui prônait à la fin du XIXe siècle l’émancipation de la femme et l’ouverture de l’Inde aux valeurs de l’Occident, l’hommage à l’écriture, dont plusieurs scènes de calligraphie soulignent la beauté plastique, et qui s’incarne dans les revues littéraires concurrentes où publient Charu et Amal comme dans le journal de Bhupati, la description de la cristallisation amoureuse ou encore la musique et la chanson indiennes, qui surgissent tout d’un coup dans l’espace clos d’un intérieur bourgeois. « Charu » fait le lien entre tous ces éléments, et entre les trois temps du film : celui du journalisme moderne et de la politique, celui de la cristallisation amoureuse et de la littérature, celui de l’effondrement (le journal est floué par le frère de Charulata ; Bhupati comprend le lien qui unissait Charulata et Amal). C’est encore elle, à l’arrivée, qui formulera le compromis qui permettra au journal de renaître et au couple de continuer à vivre ensemble. À l’image de ces premières scènes lumineuses où elle guette les mouvements de la rue à l’aide de sa paire de jumelles dans un mouvement circulaire qui englobe le monde extérieur, Charulata rassemble et unifie toutes les lignes narratives d’un récit riche mais fluide, touchant, divers, d’où l’humour mutin ou l’ironie ne sont jamais absents.

Charulata s’inscrit dans une vision progressiste de l’histoire de l’Inde : le film rend un hommage explicite, par la voix de Bhupati, au grand personnage de la révolution bengalie dont était issu Tagore (et, à quelques décennies de distance, la famille de S. Ray) : Rammohan Roy – même si par ailleurs l’idéalisme altruiste mais naïf de Bhupati est voué à l’échec (La Sentinelle, le journal qu’il édite, est floué par son beau-frère). Charulata est aussi un hommage au cinéma, celui de Renoir en particulier, lui aussi cité dans la caméra qui suit les mouvements de Charulata sur sa balançoire, comme celle de Renoir trente ans plus tôt voulait soulever les jupons de Sylvia Bataille dans Partie de campagne. Charulata prolonge la poésie à la fois sensible et réaliste de Renoir, dont on sait l’influence qu’il eut sur l’œuvre de Satyajit Ray : tous deux avaient en commun de ne pas distinguer la poésie du monde de l’humanisme qu’elle se devait d’exprimer.

Autour du film :
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2014/04/09042014Article635326248947194678.aspx

Vidéos

Par une chanson

Catégorie :

La scène où Amal adresse Charulata par une chanson semble détonner avec le reste du film : en effet, Ray s’approche ici du cinéma musical de divertissement indien. On verra pourtant qu’au long de cette séquence Ray reste fidèle au principe mis en place dès les premiers instants de Charulata, celui de raconter son histoire par d’autres moyens que la parole, tout en captant de près les senti-ments changeants de ses personnages.

Dénouement

Catégorie :

Le dénouement de Charulata arrive par une lettre d’Amal qui, malgré son aspect anodin, met fina-lement au grand jour les sentiments de Charulata. Faisant à plusieurs reprises écho à des scènes an-térieures, Satyajit Ray en profite pour mener à bien plusieurs motifs qui parcourent son film.

Outils

Conférence et analyse


"Satyajit Ray et le cinéma indien" par Amandine d’Azevedo
Conférence illustrée d’Amandine d'Azevedo, maître de conférences en études cinématographiques à l’Université de Paris III Sorbonne nouvelle, rédactrice du document pédagogique sur "Charulata".
Dans le cadre des Rencontres inter-académiques des classes terminales L, cinéma, autour du film "Charulata" de Satyajit Ray, les 19 et 20 octobre 2016 à LUX Scène nationale, conçues en collaboration avec la Drac Auvergne Rhône-Alpes, les DAAC des rectorats de Grenoble et Lyon, le lycée Camille Vernet.


Analyse de "Charulata" par Amandine d’Azevedo
Amandine d'Azevedo est maître de conférences en études cinématographiques à l’Université de Paris III Sorbonne nouvelle, rédactrice du document pédagogique sur "Charulata".
Dans le cadre des Rencontres inter-académiques des classes terminales L, cinéma, autour du film "Charulata" de Satyajit Ray, les 19 et 20 octobre 2016 à LUX Scène nationale, conçues en collaboration avec la Drac Auvergne Rhône-Alpes, les DAAC des rectorats de Grenoble et Lyon, le lycée Camille Vernet.

Article
« Existe-t-il une véritable histoire du cinéma indien ? Est-il possible de le portrait de ce qui se dérobe vues la masse et l'extrême hétérogénéité de cette production ? (...) On connaît une période, un région, une forme, mais la maîtrise de tous « ces » cinémas indiens demeure une illusion. »
Amandine d'Azevedo, « Cent ans de cinéma indien » dans les Cahiers du cinéma, Paris, Fev. 2013, n°686
http://www.cahiersducinema.com/Fevrier-2013-no686.html

Disponible aussi en bibliothèque :

Ouvrages
- "Dictionnaire du cinéma asiatique", sous la direction d'Adrien Gombaud, nouveau monde éditions, 2008
- "La Nouvelle Revue de l'Inde, 100 ans de cinéma indien", sous la direction de François Gautier, édition L'Harmattan, 2012
- "Bollywood et les autres, voyage au coeur du cinéma indie"n, Opéhlie Wiel, Buchet-Chastel, 2012
- "Bolllywood, cinéma et mondialisation", Camille Deprez, 2010
- "Charulata, Satyajit Ray" d'Amandine d'Azevedo, édité par Canopé Éditions, 2016

À lire sur le web...
Sur le cinéma indien :
- Groupe de recherche créé par Charles Tesson, Térésa Faucon et Amandine d'Azevedo (Université Sorbonne nouvelle-Paris-3)
http://lescinemasindiens.wordpress.com
- La scène du cinéma indépendant indien
http://www.ecufilmfestival.com/?p=16546&lang=fr
- Le cinéma indien indépendant (par Barbara Lorey de Lacharrière)
http://www.festival-larochelle.org/festival-2010/decouverte/le-cinema-indien-independant
- Le centenaire du cinéma indien (par Amandine d'Azevedo)
http://www.festival-larochelle.org/festival-2013/le-centenaire-du-cinema-indien

Vidéos
Les enjeux du cinéma indépendant indien contemporain
http://www.forumdesimages.fr/les-programmes/toutes-les-rencontres/table-ronde-les-enjeux-du-cinema-independant-indien-contemporain
Bande annonce et Extraits :
http://www.premiere.fr/film/Charulata/bandes-annonces
Film en VOD : http://www.fr.universcine.be/films/charulata

À voir sur le site "Images de la culture"
Manikda - Ma vie avec Satyajit Ray
De Bo Van der Werf
2005, 52', couleur, documentaire

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