Burn after reading

États-Unis, France, Grande-Bretagne (2008)

Genre : Comédie dramatique

Écriture cinématographique : Fiction

Lycéens et apprentis au cinéma 2014-2015

Synopsis

Furieux contre la haute direction de la CIA, qui l’a forcé à démissionner, Osborne Cox décide de se venger en écrivant ses mémoires. Mais le manuscrit, sur support numérique, tombe accidentellement entre les mains de Linda et Chad, employés d’un centre de conditionnement physique. Voyant la Providence leur sourire enfin, les deux collègues tentent de tirer profit de leur découverte en mettant au point un projet de chantage. Ils ignorent toutefois que, ce faisant, ils déclencheront une série d’incidents potentiellement meurtriers impliquant, outre la CIA et le KGB, l’épouse glaciale de Cox et son amant névrosé. Lequel, tout comme Linda, fréquente les sites de rencontre dans Internet.

Générique

Titre original : Burn after reading
Réalisation : Joel et Ethan Coen
Scénario : Ethan Coen
Image : Emmanuel Lubezki
Musique : Carter Burwell
Son : Peter Kurland,     Skip Lievsay,
Montage : Roderick Jaynes
Décors : Jess Gonchor
Production : Focus pictures, StudioCanal, Workingtitle
Distribution : StudioCanaldistribution
Couleurs
Durée : 1h36
Sortie en France : 10 décembre e2008
Interprétation
George Clooney / Harry Pfarrer
Frances McDormand/ Linda Litzke
Brad Pitt / Chad Feldheimer
John Malkovich / Osborne Cox
Tilda Swinton/ Katie Cox
Richard Jenkins / Ted
Elizabeth Marvel / Sandy Pfarrer
David Rasche / l’officier de la CIA
J.K. Simmons / le supérieur de la CIA
Olek Krupa / Krapotkin
Michael Countryman / Alan
Kevin Sussman / l’homme de Tuchman Marsh
J.R. Horne / l’avocat des divorces
Hamilton Clancy / Peck
Armand Schultz / Olson

Autour du film

En croyant un peu trop fort dans les pouvoirs du démon de l’inspiration, on pourrait penser que Burn after reading est le genre de film que les Frères Coen n’auraient pas réussi voici quelques années, avant que No country for old men, d’un coup de baguette magique, les ressuscite tout à fait. C’est-à-dire : un petit film, pas trop dévoré par l’ambition, pas trop resplendissant, mineur en un mot, mais qui sous son air de rien fourmille d’idées et raconte plein de choses. Donc : Burn after reading raconte une histoire sans importance, où Linda, une quadra mal dans sa peau (McDormand) récupère un CD rempli de données appartenant à un analyste de la CIA récemment viré ; elle veut le faire chanter pour se payer une liposuccion, mais, de toute façon, les données n’ont aucune valeur, puisque l’analyste en question (Malkovich) est un rond de cuir sans envergure, occupé à écrire ses mémoires, qui n’intéresseront personne si toutefois un éditeur les accepte. Autour de ce noyau de récit, la femme de l’analyste (Swinton), qui couche avec un flic (Clooney), le collègue demeuré de Linda (Pitt), son patron, fou d’elle (Jenkins), etc. Le film est peuplé de crétins, du débile de base (Pitt) à l’andouille paranoïaque (Clooney), en passant par le nigaud éructant (Malkovich, excellent, n’ayant d’autres commentaires durant tout le film que des Fuck !, des Fuck ! et encore des What the fuck !). Tout cela plait aux Coen, est assez plaisant de fait, bien que ce défilé risque à tout instant l’essoufflement.

Au-delà de la farce un peu vaine, il y a quand même quelque chose à quoi s’accrocher, et c’est justement le McGuffin du film (le CD) qui, comme tous les McGuffin, vaut un tout petit peu plus qu’il en a l’air. Par lui transite une affaire sérieuse, le devenir du film d’espionnage aujourd’hui, après la redistribution des cartes post-guerre froide, le 11 septembre, la crise de la CIA. A quoi ressemble une affaire d’espionnage, aujourd’hui ? Des histoires de coucheries, au mieux. Parce que concernant le trafic des secrets, on a fermé boutique : à l’ambassade de Russie, où elle porte le CD dans l’espoir d’un gain, on accueille Linda tout au plus comme un coursier (« le CD, c’est Mac ou PC ? »), si on ne la prend pas pour une folle. A la CIA, le boss n’en croit pas ses oreilles : les Russes ? dans une affaire d’espionnage ? Il y a vingt ans il aurait bondi de son siège, mais là, ce qu’il demande à son adjoint, c’est simplement de faire disparaître les cadavres, et qu’on oublie cette pantalonnade. Bref, on n’est plus après qu’après, dans un post- qui ne signifie plus rien, pas d’enjeu, une paranoïa sans objet, sinon du côté des imbéciles heureux (ceux qui croient au complot). Cette déflation de tout est au cœur du film, à la fois ressort comique (sous l’espion présumé, cherchez plutôt un détective privé spécialisé dans les divorces) et rature monumental sur un passé glorieux. Après No country for old men, dont ce nouvel opus est plus proche qu’il y paraît, les Coen se sont trouvés un nouveau condiment : grandes peurs, absurdes causes – couple qui se décline à l’infini, du film d’effroi à la farce la plus légère, y gagnant toujours un supplément de transparence.

Jean-Philippe Tessé / Chronic’art 9 décembre 2008

 

Burn after Reading est aussi un documentaire, un saisissant raccourci de notre monde contemporain. Dans les petites mécaniques absurdes et létales des Coen, il y a toujours un filon philosophique, souterrain et modeste. BeÌ‚tes ou intelligents, ploucs ou cultivés, leurs personnages s’agitent, poursuivent des objectifs, tentent de donner ordre et sens aÌ€ leur vie, et cela finit le plus souvent treÌ€s mal. Il y a dans ce monde sans Dieu, sans repeÌ€res stables, sans certitudes définitives hormis la mort, un pessimisme existentiel qui est peut-eÌ‚tre une lucidité, d’autant plus cinglante qu’elle a pour cadre l’Amérique, son reÌ‚ve et son permanent optimisme forcé. C’est tragique, mais les freÌ€res Coen préfeÌ€rent en rire. D’un rire grinçant certes, plein d’ironie noire, plus Kafka ou Cioran que Disney, mais formidablement efficace, contagieux et libérateur.

 

Serge Kaganski / Les inrockuptibles décembre 2008

Vidéos

Mise au point

Catégorie :

Au milieu des effets de brouillages de point de vue qui saturent Burn After Reading, quelques séquences sont là pour remettre un peu d’ordre dans la tête du spectateur. Ce dialogue entre deux supérieurs de la CIA en est un. En plus de permettre de faire un point, il force le comique en mettant en évidence cette idée qui traverse tout le film : comment résumer une situation absolument incompréhensible ?


Cette vidéo a été conçue en complémentarité avec le texte « Rester en ligne » de la rubrique « Récit » du livret enseignant  Lycéens et apprentis au cinéma.

Outils

Canal + (Emission Le Cercle sur Burn after reading)

Commentaires