Brendan et le secret de Kells

Belgique, France, Irlande (2008)

Genre : Aventure

Écriture cinématographique : Film d'animation

Collège au cinéma 2010-2011

Synopsis

Brendan, un apprenti moine de 12 ans, est élevé par son oncle, le sévère Abbé Cellach, au sein de l’abbaye de Kells. L’abbé Cellah est un ancien enlumineur qui a abandonné toute activité créative pour se consacrer à la construction d’un mur géan,t afin de protéger l’abbaye contre les invasions Vikings. Le frère Aidan, le plus fameux des enlumineurs, vient trouver refuge à Kells, après que sa ville a été détruite. Auprès de cet enlumineur éclairé, gardien d’un grand livre commencé par d’autres au cours des décennies passées, Brendan trouve un père spirituel et la force de braver les interdits posés par son oncle. Pour procurer au vieil artiste l’encre dont il a besoin pour achever l’ouvrage, le garçon franchit clandestinement la porte de l’abbaye et s’engage seul, pour la première fois de sa vie, dans l’épaisse forêt qui lui fait face.

 

Générique

Titre original : The Secret of Kells
Réalisation : Tomm Moore
Assistant : Nora Twomey
Direction artistique : Ross Stewart
Scénario : Fabrice Ziolkowski, Tomm Moore, d’après Le Livre de Kells
Musique : Bruno Coulais
Animation : Kecskemét (Hongrie)
Mise en couleur : Digital-Graphics (Belgique)
Effets 3D : Walking the Dog (Belgique)
Compositing : Spirit (France)
Production : Paul Young, Didier Brunner, Viviane Vanfleteren, Tomm Moore
Durée : 1h15
Sortie en France : 11 février 2009
couleurs
Voix version française :
Brendan / Robin Trouffier
Aisling / Clara Poincaré
Aidan / Dominique Collignon-Maurin
Abbé Cellach / Féodor Atkine
Frère Tang / Jim Adhi Limas
Frère Assoua / Lucien Jean-Baptiste
Brendan adulte / Emmanuel Garijo

Autour du film

Tomm Moore joue sur toutes les possibilités visuelles offertes par les motifs celtiques, osant même des séquences quasi abstraites, comme lorsque le jeune Brendan affronte un mythique monstre serpentin. On est bien loin de l’imagerie celto-moyenâgeuse habituelle dérivée du Seigneur des anneaux. Pas de héros surarmés, mais un petit moinillon rouquin qui apprend le dessin. Pas d’enchanteurs barbus ou de dragons furieux, mais la magie des entrelacs et des couleurs verts vifs et bruns profonds, dorures diaphanes, enchâssés comme des joyaux dans la géométrie des traits.

Étonnant outsider, ce dessin animé ne ressemble à aucun autre. Nourri de nombreuses légendes, ancré dans l’histoire d’une époque charnière, entre la fin des cultes païens et l’avènement du christianisme, le récit alerte, tour à tour cocasse et émouvant, ne cesse de surprendre, d’éblouir. Une vraie révélation.

Cécile Mury, Télérama, 14 février 2009

 

Voici la nouvelle production des Armateurs, ceux qui ont réinventé l’animation française ces dernières années avec des films comme Kirikou, ou Les Triplettes de Belleville, en réconciliant créativité débridée, héritage culturel et succès public. Aussi inattendu que l’étaient la mythologie africaine pour le premier et la France populaire des années 1950 pour le second, le contexte de Brendan et le secret de Kells est celui de la fabrication du Livre de Kells, chef-d’œuvre de l’art religieux médiéval, au IXe siècle, dans une Irlande en proie aux invasions Vikings.

L’originalité et la beauté du film tiennent au fait que son esthétique s’inspire de celle des enluminures du livre en question : spirales raffinées, effusions colorées aux mille nuances, vision kaléidoscopique, découpage du cadre en forme de triptyque entre les panneaux desquels circulent les personnages … Cette iconographie luxuriante transforme un récit d’apprentissage des plus classiques en une épopée fabuleuse, où se croisent les influences du christianisme primitif et de la mythologie païenne.

Isabelle Regnier, Le Monde, 11 février 2009

 

De Michel Ocelot (Kirikou), Moore a peut-être retenu l’épuration de la ligne, la simplicité du trait, la finesse de la courbe. De Tim Burton (L’Etrange noël de Mr.Jack, Les Noces funèbres, Vincent), il garde les contours expressionnistes, les formes tout en spirales, respirations arrondies des infinis possibles de l’imaginaire. Certaines scènes (les silhouettes de vikings sur des marches d’escaliers) ne sont pas loin des ombres de Fantasia (Walt Disney). Le reste, Moore l’a puisé dans les origines littéraires et picturales de l’Irlande, et plus précisément dans ce fameux Livre de Kells, véritable chef d’œuvre de l’art religieux médiéval. Ecrit en latin par des moines aux environs de l’an 800 après J.-C., ce livre contient les quatre évangiles du Nouveau Testament et est enrichi d’enluminures remarquables. Le Secret de Kells, c’est ce livre fantastique, hôte trop régulier de la rêverie, machine infernale dans un temple de prière.

Batifolant avec les géométries, les figures de Brendan sont en cercles ou en angles droits. La rigueur de l’angle (l’abbé, les vikings, les villageois) exprime une certaine forme de mécanique, de rigidité de corps, d’esprit et de perspectives. Au-delà de l’idée de perfection et d’achèvement, le cercle exprime une idée semblable, celle de l’emprisonnement, de la claustrophobie du rouage trop bien agencé. Les personnages sont tiraillés entre ces deux idées, trop ressemblantes, d’un monde qui tourne en rond et se mord la queue (comme le monstre Crom-Cruach). La venue du frère Aidan viendra bouleverser ce schéma et libérer le trait, offrant Brendan à la liberté, à la souplesse, à la possibilité d’une spirale, élément indispensable à une carrière dans l’imagination.

Empreintes de poésie, d’onirisme et de réelles trouvailles graphiques, les images de Moore possèdent une véritable identité visuelle. Monde où tout s’emboîte, où tout se lie d’harmonie, se répond et s’accorde, l’univers de Kells et ses alentours sont une suite de paysages croisés dans un rêve gracieux, fresques magiques et enchantées peintes sur les murs d’un imaginaire séduisant.

Thomas Derlin, Critikat 10 février 2009

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