Ballon d’or (Le)

France (1994)

Genre : Récit initiatique

Écriture cinématographique : Fiction

Archives collège, Collège au cinéma 1995-1996

Synopsis

À Makono, un petit village de cases en Guinée, Bandian, un gamin de 12 ans, partage son temps entre l’école, les travaux domestiques et sa grande passion, le football, auquel il joue avec un ballon de fortune.
Très doué pour ce sport, il rêve de le pratiquer avec un vrai ballon. Pour cela, il essaie de se constituer une cagnotte en vendant du bois mort. Il confie son argent à un médecin de l’association “ Médecins sans frontières ”, Isabelle, surnommée Madame Aspirine. Peu de temps après, celle-ci lui offre un vrai ballon de football, bien usé certes, mais en cuir authentique ! Aussitôt il le recouvre de peinture dorée.

À la suite d’un coup de pied malheureux qui blesse un notable, il fuit son village pour aller à la capitale, Conakry, où il rend visite à sa grande sœur, Fanta. Il se fait embaucher dans un atelier spécialisé dans la fabrication de souvenirs “ typiques ” à partir de cornes de bovins récupérées dans une décharge publique. Surexploité, mal aimé des autres enfants ouvriers qui le traitent de paysan, il se lie d’amitié avec un jeune nain de 20 ans, extrêmement débrouillard, qui le fait entrer en fraude dans le stade où se déroule un grand match de football. Bandian récupère, au cours du match, une balle perdue sur le toit des tribunes et se livre alors à une éblouissante démonstration de virtuosité. La police l’arrête et il se retrouve en prison.
Béchir, commerçant aisé et grand amateur de football – qui avait déjà remarqué le jeune prodige – l’en fait sortir et le confie à Karim, directeur de l’école de foot. En butte à la jalousie des autres élèves, il devra sa chance à la blessure du joueur vedette qu’il remplace après un accident “ arrangé ” par Béchir.

Dès lors, il remporte de nombreux succès. Béchir, qui n’a pas froid aux yeux, lui obtient, contre l’avis de l’entraîneur Karim, un engagement en France. Celui-ci, comme sa famille et Isabelle, le trouve trop jeune pour s’expatrier. Finalement, Béchir et Fanta réussissent à convaincre la famille, considérablement aidés par l’attribution d’une bourse permettant à la famille de vivre plus confortablement.
Bandian arrive à Roissy. Personne ne l’attend. Il monte dans un taxi, direction Saint-Étienne.

Distribution

Bandian
Une passion : le football. Un désir : être le meilleur au monde. Jusque-là rien que de très normal, autant être capitaine du navire que moussaillon. Ses possibilités sont tout de même limitées : l’Afrique n’est pas l’Europe, Conakry n’est ni Milan, ni Barcelone, ni Saint-Étienne. Bandian est trop jeune pour gérer ce qu’il est convenu d’appeler un plan de carrière. Les autres vont s’en charger pour lui, et plus particulièrement Béchir qui ne tient pas à perdre son investissement, aussi minime soit-il. En termes simples, il acquiert un statut de marchandise d’exportation, mais seul ce statut peut lui permettre d’échapper à la misère qui le guette et de réaliser son rêve de gosse. Bandian incarne l’enfance dans son innocence comme dans sa cruauté (cf. le “ duel ” avec Touré). Il veut gagner à tout prix avant tout pour être reconnu par les autres : les élèves de l’école de football, la communauté villageoise et surtout ceux qui auraient pu douter de ses dons. Il manifeste déjà des velléités de star (cf. la dispute avec Bouba lui apportant des chaussures de foot). Mine de rien, avec ses grands yeux rieurs, on le sent prêt à beaucoup de sacrifices pour “ arriver ” : le sien et celui des autres… Comme dit Béchir, c’est un gagneur. Mais qui, dans ce contexte, oserait lui reprocher de choisir la formation proposée par le club de Saint-Étienne ?

Madame Aspirine
Son statut de “ médecin sans frontières ” ne peut que la rendre sympathique. À l’évidence, elle est en Afrique pour aider les indigènes et non pour faire carrière. Elle est cordiale, chaleureuse, à meilleure preuve la bonne ambiance qui règne dans son dispensaire. Elle se heurte à la médecine traditionnelle africaine reposant sur une véritable connaissance de la pharmacopée mais aussi sur des croyances, des superstitions qui sont rarement efficaces et peu aptes à traiter des maladies graves. Faire accéder les autochtones aux soins de la médecine européenne représente une tâche ardue, d’autant que les féticheurs et les rebouteux font tout pour ne pas perdre leur influence et leur prestige, et que les croyances sont profondément ancrées. Typiques à cet égard sont les difficultés que rencontre Madame Aspirine pour voir et soigner la mère de Bandian.
Ironie du sort : c’est elle, en procurant le ballon à Bandian, qui amorcera le processus amenant le gamin à partir pour la France, alors qu’elle est la seule, avec Karim, qui ne pense pas que ce soit forcément une bonne chose. Mais comment lutter contre l’attrait d’une bourse (10 000 FF par mois) qui représente un an de salaire !

Béchir Bithar
Comme la plupart des commerçants en Afrique noire, il est probablement d’origine libanaise. C’est un commerçant très avisé : outre sa “ poissonnerie-vidéo-club ” (association qui serait curieuse ailleurs qu’en Afrique), il utilise sa passion du football pour découvrir de jeunes espoirs et les vendre à des clubs européens. Ce chasseur de têtes (ou plutôt de jambes) a bien compris que les pots de vins, la corruption, constituent les moyens les plus rapides pour arriver à ses fins et c’est sans état d’âme qu’il paie le n° 4 de l’équipe adverse pour mettre Touré hors de combat. Ce n’est pas un méchant homme, il est juste un peu “ pourri ”, dans un univers urbain où les combines sont pratique courante. Finalement, il donne à Bandian la chance de sa vie, et à sa famille des revenus inespérés.
Fanta
Elle a choisi de vivre à la capitale et veut s’intégrer à la culture urbaine. Pour l’heure elle habite chez l’une de ses amies et ne peut loger Bandian lorsqu’il arrive à la ville. Comme le dit Cheik Doukouré : “ qu’une sœur ne puisse accueillir son petit frère est quelque chose de révoltant pour la culture et la mentalité africaines ”. Cette citadine a tout de suite conscience des avantages que sa famille et Bandian peuvent retirer du talent de ce dernier, d’où sa complicité avec Béchir, une complicité faite d’intérêts communs entre deux personnages qui se sont reconnus. D’où leur attirance mutuelle, chacun ayant une vue très claire de ce qu’il peut obtenir de ou par l’autre.

Karim
Ancien footballeur international de haut niveau, il s’occupe avec sérieux et passion de la formation sportive des jeunes dans son école de football. Idéaliste et désintéressé, il ne roule pas sur l’or, logeant même dans son école, comme le lui fait remarquer Béchir après avoir vainement tenté de s’associer avec lui. Karim veut conserver les champions pour faire émerger un véritable football africain et se refuse à les “ vendre ” aux clubs européens, même si, pour les footballeurs eux-mêmes, cela permet de se confronter plus facilement aux meilleurs, de progresser et d’avoir une vie plus confortable. Le manichéisme de son discours dessert parfois le propos idéaliste de Karim, mais en définitive, le fait de laisser Béchir aller convaincre les parents de Bandian sans s’en mêler, laisse apparaître une certaine lassitude chez ce personnage de “ pur ”.

Bouba
Ce nain de 20 ans représente à la fois symboliquement le grand frère de Bandian et son plus fervent admirateur. Il connaît toutes les astuces, toutes les combines pour survivre dans une ville où la surpopulation et le chômage créent des marginaux à la pelle. Ce débrouillard, qui a dû apprendre très tôt à ne compter que sur lui même, et qui, pour ce faire, n’hésite pas à voler et à frauder, éprouve une sincère affection pour le jeune prodige. S’il le protège, il n’hésite pas non plus à lui dire ses quatre vérités. Il contribue à l’intégration de Bandian dans la société et la culture urbaines.

Sara, le féticheur
Sa fonction fait de lui l’un des personnages importants du village. Comme c’est l’usage, il faut lui faire une offrande avant chaque consultation. On le consulte d’ailleurs pour tout, de la divination proprement dite à la confection de gris-gris, en passant par des demandes de remèdes et de thérapies (plus ou moins magiques) pour des maux physiques ou mentaux. Aucune cérémonie dans le village ne saurait se dérouler sans sa participation. Dans Le Ballon d’or, conformément au ton du film, Doukouré en fait un personnage madré, plutôt sympathique et bon enfant, ce qui n’enlève rien à sa fonction sociale.

Générique

Réalisation : Cheik Doukouré
Scénario et dialogues : Cheik Doukouré, David Carayon et Martin Brossolet
Image : Alain Choquart
Son : Jean-Marcel Milan
Musique : Loy Rhrlich, Ismaël Isaac, Boom Bass et MC Solaar
assistant-réalisateur : Rémy Burkel
Film : 35 mm, (1/1,85)
Distribution : CTV International
Couleur
Sortie en salle : 13 avril 1994
N° de visa : 81 590
Durée : 1 h 30
Production : Chrysalide Films
Interprétation
Bandian / Aboubacar Sidiki Soumah
Karim / Salif Keita
Béchir Bithar/ Habib Hammoud
Fanta / Mariam Kaba
Bouba / Aboubacar Koita
Madame Aspirine / Agnès Soral
Kanimadi / Amara Camara
Radio Kankan / Mody Sory Barry
Moussa, le père de Bandian / Alama Keita
Le féticheur / Lamfia Kouyate
Siki le forgeron / Moussa Keita
La mère de Bandian / Fanta Kamissoko
La marâtre / Sabou Doumbouya
Sylla / Mamadi Kourouma

Autour du film

Un conte lucide
“ L’un des atouts majeurs de ce conte pour enfants réside dans la lucidité avec laquelle le réalisateur aborde la société traditionnelle africaine et le football. Tout en montrant l’intérêt qu’ils présentent, il ne se fait d’illusions ni sur la première ni sur le second.

Le parcours de Bandian est jalonné d’actes délictueux : il vole un poulet au forgeron pour payer le féticheur, il dérobe, avec son ami Bouba, deux sacs de provisions dans le caddie d’une jeune femme, grâce auxquels ils pourront soudoyer le garde et pénétrer dans le stade (où il se fera à nouveau remarquer par Béchir), enfin, même si Bandian n’y est pour rien dans la faute volontaire commise par le n° 4 de l’équipe adverse sur Touré, il profite de son élimination. Non seulement tout s’achète et tout se paie, mais l’on est pas trop regardant sur les moyens pour arriver à ses fins. De même, à la fin du film, la bourse proposée par le club de Saint-Étienne, énorme pour la famille de Bandian, suffit à emporter la décision. Il s’agit là d’un contrat en bonne et due forme, sauf que là encore, on triche sur l’âge de Bandian. Toujours avec le sourire, sans altérer la bonne humeur ambiante, Cheik Doukouré montre bien que la vie – et la survie – dans ces sociétés pauvres passe souvent par la fraude et la corruption.

En ce qui concerne plus spécifiquement le football, sa place et son rôle pour des individus à cheval entre les valeurs de la société traditionnelle et les contraintes économiques du développement, le point de vue du réalisateur paraît sans équivoque : le foot représente, pour les plus doués, une chance d’échapper à des conditions de vie difficiles et d’accéder, via les clubs européens, à un niveau de vie très supérieur avec, peut-être, en prime, la gloire. Le titre du film reprenant l’appellation de la récompense attribuée chaque année au meilleur joueur peut s’interpréter dans deux sens : à la fois symbole solaire, rayonnement, prestige, et tout bonnement la fortune, le fric.

Une vision idéaliste ?
C’est pourquoi certains propos du réalisateur surprennent par leur optimisme (leur idéalisme ?) : “ Le football africain, dit-il, n’est pas tant une confrontation de forces qu’une activité de solidarité. Et là on rejoint la tradition africaine, entièrement basée sur la solidarité, l’échange, le partage, la rencontre avec autrui… C’est la notion de collectivité qui m’intéresse dans ce sport. ” Pour aussi sympathique que soit ce point de vue, il est en léger décalage avec ce qui nous est montré à l’écran, ne serait-ce que par la part accordée au conflit opposant Touré et Bandian et par l’issue du film : ce contrat représente la chance de sa vie pour Bandian, mais pour lui seul.

Un poste à transistors dans un village de case, ce n’est pas seulement un objet industriel, technique, c’est l’instrument de la culture occidentale avec ses valeurs dans un univers fondé sur le respect et la transmission des coutumes par la tradition orale. Le regretter ou s’en réjouir ne servirait strictement à rien. Mais on peut simplement souhaiter que la nécessaire évolution économique ne se fasse pas au détriment des fondements de la société traditionnelle. Et malgré ses propos un peu optimistes sur le football africain, Cheik Doukouré est bien conscient de l’état des lieux et souhaite, pour reprendre ses propres termes que cesse “ le pillage de l’Afrique ”.

Des personnages spectateurs d’eux-mêmes
Que le cinéaste ne se leurre ni ne nous leurre sur la réalité guinéenne est assurément un bon point. En revanche, on peut émettre des réserves sur deux points :
1) La distance de Doukouré vis-à-vis des aspects traditionnels, en particulier des rituels, fait que leur beauté, leur aura magique ne passe guère à l’écran.
2) Les personnages ne sont pas très fouillés psychologiquement. On chercherait en vain une quelconque ambiguïté ou ambivalence chez l’un d’entre eux. Si le conte, en tant que genre, s’accommode bien de personnages d’une seule pièce et d’une relative naïveté, ceux qui les écrivent sont loin d’être des naïfs et, surtout, ils laissent deviner des zones d’ombre où l’imaginaire trouve à se repaître. Si tel n’est pas le cas du Ballon d’or, c’est à cause de cette distance moyenne dont Doukouré ne se départit jamais. À tout coup, utile et efficace pour ne pas perturber le jugement, elle ôte au film cette part de mystère qui caractérise les œuvres fortes. On a parfois l’impression que les personnages sont les spectateurs de leur propre vie. C’est fort probablement ce que nous signifie le réalisateur : ils n’ont guère le choix, sauf de saisir la chance quand elle se présente. Sociologiquement, le propos est irréprochable. En revanche, esthétiquement et dramatiquement, il a pour conséquence d’effleurer les choses et les gens. À trop travailler sur les aplats, on perd nécessairement de la profondeur. Si les films auxquels on ne comprend rien déclenchent une légitime irritation, ceux auxquels on comprend tout nous laissent un peu sur notre faim. ”
Alain Carbonnier

Un spectacle populaire qui sait dire des choses graves
“ Sans s’attarder ni forcer le trait, Cheik Doukouré construit son récit avec le souci de le rendre toujours intéressant, constamment drôle (de nombreuses répliques et plusieurs gags, filmés “au millimètre”, sont irrésistibles) et parfaitement lisible pour les spectateurs qui ont l’âge du héros.
Le Ballon d’or est un conte coloré, souriant, foisonnant, émerveillé et souvent inspiré. Mais un conte lucide, qui ne se fait d’illusions ni sur le football ni sur l’histoire qu’il raconte. C’est, aussi, un film qui présente toutes les qualités d’un spectacle populaire, montre et dit des choses sensées et graves dans un éclat de rire permanent. ”
Pascal Mérigeau, Le Monde, 14 avril 1994

Un conte qui ouvre des perspectives
“ Le scénario est bourré de détails plutôt bien trouvés, même s’il sacrifie un peu trop à l’air du temps (le personnage de la femme Médecin sans Frontières ou du Monde est d’un convenu !). La mise en scène chaleureuse n’est pas indigne, quoiqu’un tantinet laxiste. Au final, ça donne un film amusant, un conte pour enfants qui nous change la perspective. ”
Gérard Lefort, Libération, le 13 avril 1994

Une réussite, entre coups de tête et coups de cœur
“ Le réalisateur guinéen se place ici sur le terrain du conte pour enfants comme si, après avoir tâté de la chronique coloniale acerbe dans Blanc d’ébène, il voulait coller au plus près des rêves et des désirs des jeunes Africains d’aujourd’hui.
L’image chatoyante et truculente qu’il propose de l’Afrique contemporaine est en complet porte-à-faux avec celle que dresse la majorité des cinéastes africains.
Servi par une technique impeccable, des acteurs pleins d’allant, une musique vive et prenante,Le Ballon d’or est une réussite, entre humour et émotion, coups de tête et coups de cœur. ”
Elisabeth Lequeret, Jeune Afrique, 21 avril 1994

Pistes de travail

Du village à la ville
Le film donne une image duelle (et juste) de l’Afrique noire, et plus particulièrement de l’Afrique de l’Ouest :
– d’un côté, les villages et hameaux. Une vie de brousse difficile avec des revenus faibles par tête d’habitant, mais une relative cohésion assurée par le respect des traditions. À ce propos, insister sur le rôle du féticheur ;
– de l’autre, les grandes agglomérations urbaines et avant tout la capitale, Conakry, où la différence entre les riches et les pauvres est énorme. La misère est ressentie d’autant plus fortement du fait de l’effritement des traditions et des valeurs d’entraide communautaire.

L’urbanisation anarchique et l’absence de logements contribuent à isoler les plus démunis, ceux que nous appelons chez nous aujourd’hui des SDF.

Le football, ascenseur social ?
La place du football dans ce type de société (cf. les propos du réalisateur dans le point de vue de l’auteur du dossier). Est-elle réellement très différente de la place qu’occupe ce sport dans les pays dits en voie de développement et même, chez nous, dans les banlieues les plus déshéritées ? Malgré les propos un peu idéalistes de Karim, il est clair que ce sport, très prisé des foules, représente le moyen le plus rapide de franchir les échelons de la hiérarchie économique et sociale, et parfois même d’en obtenir des retombées politiques.

Bandian doit-il partir ?
Les personnages, sans grandes nuances, ne permettent guère un approfondissement psychologique. En revanche, ils expriment une position claire, pour ou contre le départ de Bandian, à l’exception du père qui hésite, mais pas très longtemps. À travers leur position, un débat évident ne peut que s’instaurer : Bandian devait-il ou non partir ?

La réalité du milieu social
Si la mise en scène dont la simplicité ne peut donner lieu à de longs développements, elle mérite d’être étudiée pour sa faculté à mettre en évidence l’insertion de l’action dans la réalité, dans l’environnement des personnages.

V.O. ou V.F. ?
Les élèves sont-ils gênés par l’usage sans accent d’une langue française un peu sophistiqué et en léger décalage avec l’image ? Regrettent-ils de perdre les couleurs et les sons de la langue vernaculaire ? N’y a-t-il pas une perte d’authenticité du fait de ce choix ?

Expériences

Un film d’apprentissage ou d’initiation ?
Peu de films de fiction ont été consacrés à l’enfance d’un champion. Aussi Le Ballon d’or ne s’inscrit-il pas dans une thématique repérable.

Le thème du sport
Même le football, sport ô combien universel ! n’a guère inspiré les cinéastes. On notera les allusions qui y sont faites tant par Wim Wenders (L’Angoisse du gardien de but au moment du pénalty – film qui interroge plus qu’il n’y paraît au premier abord la métaphore du jeu) que par R.W. Fassbinder (Le Secret de Veronika Voss – qui se réfère à la Coupe du monde de 54 en mettant en relaton implicite les deux Fritz, Lang pour le cinéma, Walter pour le football). Quant à Jean-Jacques Annaud, il s’intéresse davantage aux spectateurs qu’au jeu proprement dit, dans son Coup de tête (avec le remarquable Patrick Dewaere, en 1978). Non, le football n’a pas rencontré comme la boxe les faveurs de l’écran Pas de grands moments comme : Gentleman Jim (1942, Raoul Walsh) ; Plus dure sera la chute (Mark Robson, 1956) ; ou Nous avons gagné ce soir (Robert Wise, 1949) ou encore Raging Bull (Martin Scorcese, 1980).

Dans le domaine de l’athlétisme, on peut évoquer le film anglais de Tony Richardson, La Solitude du coureur de fond (1962) : un adolescent placé dans une maison de redressement manifeste un authentique talent pour la course à pied. Appelé à défendre les couleurs de l’établissement contre celles de l’école privée voisine, il se retrouve en tête de la course, mais, prenant conscience qu’il est manipulé et utilisé, il laissera sa place à l’adversaire. On le voit, c’est en quelque sorte un film antithétique au Ballon d’or.

Plus proche, serait le film de Comencini, Un Enfant de Calabre (1973), qui raconte la “ belle ” histoire du jeune Mimi qui rêve de courir comme Abebe Bikila et de participer aux Jeux Olympiques. Une sorte de “ succes story ” qui n’est pas sans évoquer le parcours du jeune Bandian.

Le film d’apprentissage
Car il y a bien sûr chez Comencini une volonté de comprendre comment une vie d’homme peut se construire sur les expériences et les rêves d’un enfant. Son film s’apparente ainsi à ce que l’on pourrait appeler, en référence au “ Bildungsroman ” germanique, le film d’apprentissage. Pensons à son Pinocchio (1972), pour prendre une œuvre particulièrement exemplaire.

Mais l’une des œuvres les plus achevées de ce type de films – les exemples de manquent pas – pourrait être le film de John Ford Qu’elle était verte ma vallée (1941). Il n’y a pas là, comme chez Comencini, prétexte à une quête qui serait de nature psychanalytique ; l’enfant n’est pas interpellé pour tenter de répondre à une interrogation de l’adulte. Non, c’est l’enfant qui va de lui-même trouver son propre chemin, dans une société où les rapports de forces sont donnés une fois pour toutes, où le père comme la mère semblent là pour incarner des valeurs ancestrales, et par rapport auxquelles, finalement, il lui faudra bien se déterminer.

Dans ce sens, on serait tenté de tirer Le Ballon d’or davantage du côté de Ford que de Comencini. Le social y est fortement marqué, que ce soit celui de la société traditionnelle ou celui de la société urbaine contemporaine, avec ses dysfonctionnements et ses corruptions. Et il s’agit bien pour Bandian d’y frayer son chemin. Mais il s’avère curieusement protégé, préservé de toutes ces embûches : il n’en est, semble-t-il, même pas informé. Il est comme l’incarnation d’une certaine innocence juvénile, tout au bonheur de jongler avec une balle. Car ce n’est pas tant la vie qui lui apprendra à devenir adulte – du moins s’en chargera-t-elle suffisamment tôt ! –, que le féticheur qui l’autorisera à le devenir. C’est sans doute là où le film trouve sa véritable originalité ; retrouvant la force de ses racines culturelles et le rôle des rites du passage à l’âge adulte, il devient un film d’initiation.

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