Baccalauréat

Roumanie (2016)

Genre : Drame

Écriture cinématographique : Fiction

Prix Jean Renoir des lycéens 2016-2017

Synopsis

Romeo, médecin dans une petite ville de Transylvanie, a tout mis en oeuvre pour que sa fille, Eliza, soit acceptée dans une université anglaise. Il ne reste
plus à la jeune fille, très bonne élève, qu’une formalité qui ne devrait pas poser de problème : obtenir son baccalauréat. Mais Eliza se fait agresser et le précieux sésame semble brutalement hors de portée. Avec lui, c’est toute la vie de Romeo qui est remise en question quand il oublie alors tous les principes qu’il a inculqués à sa fille, entre compromis et compromissions…

Distribution

Adrian Titieni : Romeo
Maria-Victoria Drăguș : Eliza, la fille de Romeo
Lia Bugnar : Magda, la femme de Romeo
Malina Manovici : Sandra, la maitresse de Romeo
Vlad Ivanov : l’inspecteur en chef
Rareș Andrici : Marius, le petit ami d’Eliza
Gheorghe Ifrim : Agent Sandu
Adrian Vancica : Gelu
Ioachim Ciobanu : Suspect n° 1
Valeriu Andriuta : Suspect n° 4

Générique

Réalisation : Cristian Mungiu
Scénario : Cristian Mungiu
Photographie : Tudor Vladimir Panduru
Montage : Mircea Olteanu
Durée : 2h08

Autour du film

Il y a quelques années, on parlait du « cinéma de l’inquiétude morale ». Ce courant venait de l’Est et Krzysztof Kieslowski en était le héraut. Notamment avec le Décalogue, dix moyens métrages de 50 minutes qu’on va redécouvrir bientôt (il ressort le 29 juin).

L’ « inquiétude morale », à l’Ouest, on s’en fiche un peu. Mais c’est un thème qui continue de hanter les cinéastes qui ont vécu, durant tant de temps, le communisme. Se compromettre ou pas ? Ruser ou sombrer ?…

Le talent de Cristian Mungiu (Palme d’or pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours), c’est de mettre constamment la théorie en pratique, sans jamais sombrer dans le film à thèse, style « Les Dossiers de l’écran ». Voilà, donc, dans Baccalauréat, un médecin prénommé Roméo, dont il n’a pas vraiment le physique. Il a la cinquantaine, un peu d’embonpoint, et on ne sait pas trop si sa jeune maîtresse qu’il a opérée avant de la séduire (bonjour l’éthique !) l’aime pour lui ou pour ses relations.

Car tout le monde, en Roumanie, semble destiné à obliger quelqu’un à lui être redevable. Rendre « des services », comme ils disent. Contrairement à son épouse, pour qui les mots « devoir » et « honneur » ont encore de l’importance, Roméo n’est plus l’idéaliste qu’il était. La foi, l’espérance et l’amour, toutes ces sornettes, n’ont pas résisté aux Ceauscescu, à la peur ambiante, à la pauvreté permanente et, peut-être, à sa propre médiocrité.

Froideur suave
Sa seule obsession, désormais, est de sauver sa fille : si elle obtient une moyenne de 18 à son bac, elle pourra bénéficier d’une bourse qui lui permettra de quitter ce fichu pays, d’étudier en Angleterre. Plutôt douée, l’adolescente se fait agresser dans un chantier près de la fac et a du mal à utiliser sa main droite. Ça ne fait rien, il faut qu’elle réussisse… Roméo s’agite : il lui faut des « services ». En échange d’un foie tout neuf, un homme influent lui promet d’intervenir auprès d’une pointure qui pourra corrompre le correcteur des copies…

Roméo accepte, Roméo fonce sans s’apercevoir que le piège se referme sur lui. C’est cet engrenage que décrit Cristian Mungiu avec une froideur suave, où les faits (une vitre brisée) angoissent au moins autant que les sentiments. Les plans séquence qu’il affectionne lui permettent d’instaurer, pour le coup, une inquiétude totalement « physique » : on contemple, par vagues successives, un homme se noyer. La satire sur la corruption inévitable vire lentement au polar noir…

S’il complique inutilement son scénario dans la dernière demi-heure, le film reste jusqu’au bout fulgurant. Et dans le rôle principal, Adrian Titieni se révèle un candidat sérieux au prix d’interprétation masculine.

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