Armée des ombres (L’)

France (1969)

Genre : Drame historique

Écriture cinématographique : Fiction

Archives lycéens, Lycéens et apprentis au cinéma 2006-2007

Synopsis

Octobre 1942. « Ingénieur distingué des Ponts et Chaussées, soupçonné de pensée gaulliste, semblant jouir d’une certaine influence », Philippe Gerbier est interné dans un camp français puis transféré au quartier général de la Gestapo de l’hôtel Majestic à Paris. Il s’en évade en tuant une sentinelle. A Marseille, il est chargé avec Félix et Le Bison d’exécuter Doinot, qui les a trahis. Jean-François, un ancien copain de régiment de Félix, entre dans le réseau et réussit sa première mission : livrer un poste émetteur à Mathilde…

Générique

Réalisation : Jean-Pierre Melville
Scénario : Jean-Pierre Melville d’après Joseph Kessel
Image : Pierre Lhomme, Walter Wottitz
Décor : Théoblad Meurisse
Musique : Eric Demarsan
Production : les films Coron (Paris), Fono Roma (Rome)
Distribution : Les Acacias
Couleur
Durée : 2 h 30
Interprétation
Philippe Gerbier / Lino Ventura
Luc Jardie / Paul Meurisse
Mathilde / Simone Signoret
Jean-François / Jean-Pierre Cassel
Félix / Paul Crauchet
Le Bison / Christian Bartbier
Le coiffeur / Serge Reggiani
Lemasque / Claude Mann
Doinat / Alain Libolt

Autour du film

Réalisé en 1969, entre Le Samouraï et Le Cercle rouge, L’Armée des ombres, onzième long-métrage de Jean-Pierre Melville, est l’adaptation d’un roman de Joseph Kessel, écrit « à chaud » en 1943. Melville, qui s’était fait une spécialité d’auteur de film noir « à la française », s’attaquait à une période de l’histoire et à une aventure, celle de la Résistance, à laquelle il participa dans sa jeunesse.

Le film s’attache plus particulièrement aux membres d’un réseau de résistance et se découpe en longues séquences, où la motivation principale des individus s’efface derrière l’action pure, laconique, apparemment détachée de toute causalité et justification idéologique. Après avoir été détenu dans un camp de concentration l’ingénieur Philippe Gerbier (Lino Ventura impérial) s’évade de l’hôtel où il devait être interrogé par la Gestapo. Il rejoint ses camarades, organise l’exécution du traître qui l’a vendu, effectue une mission à Londres, revient, tente de faire évader l’un de ses camarades, est capturé puis sauvé avant d’avoir à faire un choix douloureux.

Appliquant aux soldats de l’ombre, le même traitement qu’à ses flics et truands, Melville ne détruit pas le mythe politique de la Résistance (une séquence montre furtivement de Gaulle en apparition divine) mais décompose celle-ci en une suite de comportements fascinants et létaux.

L’Armée des ombres s’inspire d’événements réels (l’arrestation et la mort de Jean Moulin par exemple) auxquels il fait subir le traitement d’une transposition ultrastylisée. Loin de tout triomphalisme et de tous pathos, le maniérisme de Melville atteint ici un degré extrême de pure incandescence poétique où l’attente, le mouvement, la mort ou la mise à mort, le sacrifice se juxtaposent. Et ce qui frappe tout spectateur du film c’est l’incroyable tristesse qui s’en dégage et qui atteint son sommet lors du carton final, énumérant le sort que connurent les protagonistes du récit.

Jean-François Rauger / Le Monde 27 mai 2005

Pour Jean-Pierre Melville, qui avait été résistant avant de rejoindre Londres et de terminer la guerre comme combattant des Forces Françaises Libres, ce film était tabou. Un morceau de sa mémoire. Il avait attendu disait-il « vingt-cinq ans et quatorze mois » pour le tourner. Il y tenait plus que tout, comme à ses convictions gaullistes. Au témoignage de Joseph Kessel (publié à Alger, en 1943), il a jouté ses propres souvenirs et les thèmes qui ont hanté son cinéma : la recherche du père, le sens de l’honneur et de la fraternité, le culte du héros, le respect du code moral, la solitude de l’homme qui reste fidèle à ses principes. Le film est grave non manichéen, antispectaculaire. Les personnages y sont dépeints comme des êtres courageux, idéalistes, avec leur ambiguïté, leurs faiblesses. Les actions échappent à tout racolage : ni pétarades d’armes à feu, ni mots historiques. La reconstitution est minutieuse, mais Melville n’a pas caché le caractère de ses images : « Une rêverie rétrospective et nostalgique ». Un cauchemar qui ne s’oublie pas.

Jean-Luc Douin / Télérama 1995

Outils

Webographie

Musée de la Résistance
Melville soldat de l’armée des ombres (sur film de culte.com)
Critikat - "Histoire(s) sans paroles"
Persee.fr - Le visage de l'Histoire: l'Armée des ombres et la figuration de la résistance au cinéma, par Vincent Guiguenot (possibilité de télécharger le document en PDF)
ACRIF
Académie de Poitiers - Documents pédagogiques à télécharger

Ouvrages

Le cinéma policier français, par François Guérif, Paris : Artefact, 1986, collection cinéma
Le cinéma selon Melville, livre d'entretiens avec avec Rui Nogueira, Paris, Ed. de l'Etoile, Cahiers du cinéma, 1996
Jean-Pierre Melville : de l'oeuvre à l'homme, par Denitza Bantcheva, Troyes, Librairie Bleue, 1996

Sur les liens entre le cinéma et l'Histoire:

L’historien et le film, par Christian Delage et Vincent Guiguenot, Gallimard, Folio Histoire, 2004
De l’Histoire au cinéma, par Christian Delage et Antoine De Baeque, Complexe, IHTPCNRS, coll. « Histoire du temps présent », 1998
De l'histoire du cinéma : méthode historique et histoire du cinéma, par M. Lagny, Armand Colin, Paris, 1992.
La Résistance dans le cinéma français 1944-1994, par Suzanne Langlois, L’Harmattan, 2001
Les écrans de l’ombre, par Sylvie Lindeperg, CNRS éditions, 1997

Revues

Cahiers du cinéma n°507 (novembre 1996), "L' Armée des ombres, le monument piégé d'un résistant" par Jean-Michel Frodon
Cinéma n°140 (entretien avec le réalisateur et critique)
Positif n°110

Commentaires