Apprentis (Les)

France (1994)

Genre : Comédie

Écriture cinématographique : Fiction

Archives collège, Collège au cinéma 2006-2007

Synopsis

De boulots minables en cambriolages calamiteux, d’expériences érotiques épiques en désillusions amoureuses, Antoine et Fred font l’apprentissage parfois douloureux d’un quotidien où l’amour, l’amitié, ou la simple proximité de l’autre sont les plus belles des richesses. Tout les sépare, mais ils cherchent à  s’en sortir ensemble.

Générique

Réalisation : Pierre Salvadori
Scénario : Pierre Salvadori, Philippe Harel
Image : Gilles Henry
Musique : Philippe Eidel
Montage : Hélène Viard
Décor : François Emmanuelli
Son : Laurent Poirier
Costumes : Valérie Pozzo di Borgo
Production : Les Films Pelléas, Glem Films
Distribution : Les Films du losange
Format : Couleurs – 35 mm
Durée : 1 h 30
Interprétation
Antoine / François Cluzet
Fred / Guillaume Depardieu
Sylvie / Judith Henry
Agnès / Claire Laroche
Nicolas / Philippe Girard
Patrick / Bernard Yerles

Autour du film

De boulots minables en cambriolages calamiteux, d’expériences érotiques épiques en désillusions amoureuses, Antoine et Fred font l’apprentissage parfois douloureux d’un quotidien où l’amour, l’amitié, ou la simple proximité de l’autre sont les plus belles des richesses. Tout les sépare, mais ils cherchent à s’en sortir ensemble.
Ce film m’a fait rire aux larmes. Il appartient à la veine des films que j’appellerais “films de grands adolescents attardés”, comme on dit “films d’amour” ou “films de guerre” et dont le chef d’oeuvre classique du genre est, pour moi, les Vittelloni de Fellini. Dans cette lignée, Les Apprentis réussit à faire vivre, dans un contexte parisien contemporain, deux personnages aussi drôles qu’attachants.
Antoine et Frédéric sont à l’exact opposé du personnage de “battant”. Leur cohabitation de grands garçons décalés, paresseux et immatures est le point de départ d’une très belle histoire d’amitié.
Le titre, Les Apprentis, est un clin d’oeil amusant à l’univers des films de mafia. Salvadori joue avec humour des codes attendus de la communauté masculine. Ici, le lien de compagnonnage, loin de mettre en scène la virilité, révèle surtout la commune inadaptation des deux comparses. Leurs maladresses et leurs scrupules les empêchent tout autant de cambrioler efficacement une entreprise que de s’y épanouir. C’est dans cette inadéquation au monde qu’ils accèdent à la dimension de personnages burlesques. Et s’il y a initiation, “apprentissage”, ce n’est pas celui des codes maffieux, mais plutôt celui de leur amitié.
Si la drôlerie de leurs aventures est aussi cruelle que touchante, c’est qu’il s’agit pour eux d’accepter la dose d’amour retenu qui s’était installée au coeur de leur compagnonnage de fortune. Leur simple cohabitation de circonstance, pleine de chamailleries un peu potaches doit se transformer. Ce qu’ils prenaient pour du simple bon voisinage se révèle le point d’appui de leur nouvelle vie. Une quête solidaire va remplacer l’expérience de leurs deux marginalités parallèles.
Au sein de leur “couple”, si l’homosexualité est pudiquement evitée, ce n’est pas par homophobie, mais plutôt par l’intuition farouche qu’ils se refermeraient alors définitivement sur eux-mêmes. Ainsi, ils s’efforcent de garder contact avec le monde extérieur, de continuer à faire vivre l’espoir de rencontres ou de retrouvailles amoureuses. Les réactions des personnages féminins sont agréablement étonnantes ; elles bousculent ainsi l’immaturité frileuse des deux personnages.
Leur amitié nous apparaît comme elle finit par leur apparaître à eux-mêmes, dans ce qu’elle a de plus précieux : une communauté tendre et généreuse d’où ils peuvent s’aider à repartir vers le monde.

Judith Cahen / ACID

«… Dans mes films, on retrouve le même genre de personnages et d’intrigue. La différence tient au point de vue et à la mise en scène. Dans la comédie, j’ai une obligation de faire rire. Ça englobe plein de choses : un mouvement, une légèreté, la suggestion, l’ironie. Mais ce n’est pas forcément induit à l’écriture. Quand le scénario des Apprentis circulait, personne n’en voulait parce que les gens ne trouvaient pas ça drôle ! Ce que je peux comprendre…
Les personnages qui me touchent sont des gens un peu marginaux, qui se battent pour s’intégrer à la société. Mes personnages n’ont pas le mode d’emploi, mais ils rêvent d’être heureux. Leur lutte correspond bien à la comédie, un genre qui peut aider à vivre. Et puis, il y a quelque chose d’humble dans la comédie qui dissimule son sujet dans le côté joyeux. J’ajoute que la comédie (comme le polar) est propice à la mise en scène. Les spectateurs savent qu’il va y avoir, de la part des personnages, des excès et des débordements que la mise en scène va accompagner dans le mouvement et la rapidité…. »

Pierre Salvadori / Positif N° 530, avril 2005

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