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Alice

Tchécoslovaquie (1988)

Genre : Récit initiatique

Écriture cinématographique : Film d'animation

École et cinéma 2011-2012

Synopsis

Librement inspiré du récit de Carroll, Alice conte, comme sa lointaine cousine littéraire, une dégringolade au pays des rêves qui se teinte parfois de cauchemars.

Enfant solitaire, Alice vit une aventure intérieure. Son imaginaire l’entraîne loin de sa chambre et de ses objets familiers. Bientôt, la frontière entre rêve et réalité devient poreuse : son lapin empaillé n’a-t-il pas frémi? Et Alice de se lancer à sa poursuite.

Après avoir franchi un premier obstacle initiatique (traverser le tiroir d’une table), elle pénètre dans l’univers du lapin blanc. Véritable maelström, elle y affronte pêle-mêle les interdits si tentants (petits gâteaux et fioles), les modifications de son corps (grandir, rapetisser), la mer de larmes, le Chapelier fou, le Lièvre de Mars… jusqu’à son jugement par un roi et une reine de carton-pâte…Va-t-on pouvoir rouvrir les yeux? Pas sûr, le rêve est ensorcellement…

Générique

Titre original : Neco Z Alenky
Réalisation, scénario : Jan Svankmajer, d’après Alice de Lewis Carroll
Animation : Bedrich Glaser, Svatopluk Maly
Décors : Eva Svankmajerova, Jan Svankmajer
Interprète : Kristina Kohoutova (Alice)
Bouche et voix originale : Camilla Power
Voix française: Marion Balança
Son : Ivo Spalj, Robert Jansa
Montage : Marie Zemanova
Production : Condor Features
Coproduction : Film Four International, Hessischer Rundfunk
Distribution : K Films
Durée : 1 h 24
Couleur
35 mm
Tournage : 1987
Sortie à Paris : novembre 1989

Mise en scène

La bouche du générique annonce simultanément le thème (le rêve) et l’esthétique du film (le collage). Le décor de la chambre les redoublera : le corps d’Alice sera opposé à son double poupée, aux objets de son rêve, au volume qui les contient.

Cette interprétation d’Alice est radicale. Elle balaie les archétypes qui entouraient l’imagerie d’Alice pour redonner sa liberté à notre imaginaire : la rupture et la discontinuité du récit trouvent une traduction esthétique dans le personnage d’Alice lui-même en lui permettant d’amplifier la disjonction inaugurale. Alice n’est pas une, mais plusieurs. Cette disjonction du corps existe par résonances, collages, rencontres fortuites. Il se crée une dialectique d’échange entre le corps vivant et le corps animé d’Alice qui lui laisse la chance d’évoluer, comme dans le récit de Carroll, de manière somnambulique, jusqu’à sa fin logique, le rassemblement de tous les morceaux du puzzle éparpillé.

La mise en scène échappe ainsi à la mièvrerie, à la joliesse et au « bien fait » d’images animées majoritairement dévitalisées, qui ont plusieurs fois gâté la portée du texte de Carroll. Ce que l’épilogue, éloigné de Carroll, traduit à sa manière, non pas en termes de fermeture mais d’ouverture : la porosité entre le réel et le rêve est si ténue…

La boîte de Pandore – par Pascal Vimenet

Catégorie :

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Experiences

Alice est le premier long métrage de Jan Svankmajer. Sa réalisation opère un métissage des influences d’un auteur qui se définit avant tout comme surréaliste : Luis Bunuel et Salvador Dali (Un chien andalou ou L’Age d’or) ou encore le cinéma de Charley Bowers, auxquels il emprunte les gros plans décontextualisant le réel et l’intrusion de l’animation dans celui-ci. Jubilatoire et d’une inquiétante ambiguïté, Alice est comme la somme d’un processus, son bouquet.
Rêve longtemps caressé (Jabberwocky , d’après Lewis Carroll, 1971), l’approche de l’écrivain anglais est mûrement réfléchie, envisagée dans ses profondeurs. Alice est le jalon essentiel d’une démarche débutée avec le Dernier Truc de Monsieur Schwarzewald et de Monsieur Edgar (1964) où dominait la scénographie théâtrale ainsi qu’une fascination pour les marionnettes, les décors et les dispositifs en trompe-l’oeil. Alice est l’écho de films combinant la prise de vues réelles et le cinéma d’animation, (La Chute de la maison Usher , 1981, et Le Puits, Le pendule et L’espérance, 1984), adaptations de l’un des grands auteurs de prédilection de Jan Svankmajer : Edgar Allan Poe. Alice joue aussi des matériaux des Possibilités du dialogue (Grand Prix du Festival d’Annecy en 1983), oeuvre magistrale qui le révéla au public.

Outils

Bibliographie

Alice, Dossier de presse de Klaus Jürgen Gerke, Pascal Vimenet, 1989.
Entretien avec Jan Svankmajer, Michel Ciment, LorenzoCodelli, Positif n°345, 1989.
Jan Svankmajer, jeu sur le rêve, Pascal Vimenet, Cahiers du cinéma n°424, 1989.
Jan Svankmajer toujours sur la braise, Michel Roudevitch, Jacques Kermabon, Bref n°25, 1995.
La contamination des sens, Eva et Jan Svankmajer, catalogue d'exposition Annecy, juin 1991.
Tout Alice, Lewis Carroll, Garnier-Flammarion, 1979.

Vidéographie

Océaniques, "Entretien avec Jan Svankmajer", 1989.
Alice, K. Films vidéo, collection "Jeune public".

Films

Chimères des Svankmajer (Les) de Bertrand Schmitt, Michel Leclerc

Ecole et cinéma

Voir la fiche du film sur le site des Enfants du Cinéma.

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