TATI Jacques

acteur, producteur, réalisateur, scénariste

Biographie

(1907-1982)

Jacques Tati, de son véritable nom Jacques Tatischeff, est né le 9 octobre 1907 au Pecq (Seine-et-Oise). Son père, d’origine russe, a repris le commerce d’encadrement de son beau-père, Van Hoof, célèbre pour avoir refusé à  Van Gogh trois toiles en paiement de ses cadres. Jacques est naturellement destiné à  lui succéder. Passionné de rugby, Tati s’inscrit en 1928, après son service militaire, au Racing Club de France, et joue dans l’équipe d’Alfred Sauvy (futur économiste et démographe). C’est à  cette époque qu’il improvise ses premières pantomimes comiques et donne, de 1930 à  1934, dans la revue annuelle du Racing, son premier spectacle, qui deviendra Impressions sportives au Théâtre Michel (1935). Malgré l’opposition paternelle, Il part en 1936 en tournée avec Marie Dubas et la troupe de l »C : désigné comme  » la révélation de l’année « , il a droit aux éloges de Colette dans son journal.

Tout en promenant Impressions sportives à  travers l’Europe jusqu’à  la guerre, il a débuté au cinéma en écrivant et interprétant en 1932 Oscar champion de tennis, demeuré inachevé faute de moyens. C’est ensuite deux films avec le clown Rhum, petit et nerveux, parfaite antithèse de Tati. Après On demande une brute (1934), écrit avec Sauvy, et Gai dimanche (1935), écrit par Rhum et Tati, Soigne ton gauche. (1936), réalisé par René Clément et produit par Fred Orain, préfigure enfin l’oeuvre à  venir. Tati y interprète un valet de ferme qui assiste à  l’entra’eenement d’un boxeur et se retrouve sur le ring.

Démobilisé en 1943, Tati s’installe en zone libre, près du village de Sainte-Sévère-sur-Indre, avec son ami Henri Marquet. Ils y écrivent le scénario de L’à‰cole des facteurs (1946), dont René Clément, pris par le tournage de La Bataille du rail, abandonne à  Tati la réalisation. Fred Orain lui donne carte blanche. Le film est un succès et recevra le Prix Max Linder en 1949.

Tati commence, en mai 47, son premier long métrage, extension et transformation de L’à‰cole des facteurs. Si Jour de fête ne trouve un distributeur qu’en 1949, c’est ensuite un succès. à  Paris, Londres, New York’85, on salue l’apparition non seulement d’un mime, mais surtout d’une nouvelle forme de burlesque. Primé à  Venise, le film reçoit le Grand Prix du Cinéma Français en 1950. Insensible aux multiples propositions, Tati refuse de poursuivre les aventures de François le facteur. Il le trouve trop français et veut surtout suivre sa propre voie avec une rigueur et un entêtement qu’il partage avec peu d’autres cinéastes français de cette époque, à  l’exception de Robert Bresson. Tati réalisera ainsi seulement six longs métrages en trente ans.  » Pas un chèque au monde qui puisse faire que je change, dira-t-il plus tard. C’est un choix. Le respect de la Banque de France ou celui d’une nouvelle génération.  »

Pour Les Vacances de Monsieur Hulot, qui ne sort donc que cinq ans plus tard, Tati écrit cette fois le scénario indépendamment du décor avec Henri Marquet et Jacques Lagrange, peintre et décorateur de théâtre, avec lequel il collaborera jusqu’à  la fin de sa vie. Toujours produit par Pierre Orain, tourné en 1952 à  Saint-Marc-sur-Mer, près de Saint-Nazaire, le film est un gros succès public et critique, Il reçoit le prix Louis Delluc, est primé à  Cannes, Bruxelles, Berlin, New York, en Algérie, en Suède, à  Cuba, nominé aux Oscars (en 1955)… Le cinéaste y fait un grand pas en avant vers la dissolution du héros parmi les estivants de l’hôtel de la plage : Hulot est le plus souvent à  l’écran, mais chaque personnage est susceptible d’occuper l’espace le temps d’un gag. Le gag lui-même fait de plus en plus appel à  l’attention, l’imagination et l’aptitude du spectateur à  le construire. Aux antipodes du comique verbal de l’époque, Hulot prend place dans la mythologie, entre Don Quichotte et Charlot.

Mon oncle, cinq ans plus tard, bénéficie d’un financement plus confortable et est tourné, enfin en couleurs, en deux versions, anglaise et américaine. Tati reconstitue le vieux Saint-Maur en studio, nécessaire à  la minutie de son travail, et développe un regard critique sur l’évolution de la société seulement sous-jacent dans les films antérieurs. Prix du Jury à  Cannes, Oscar du meilleur film étranger, Tati est consacré partout dans le monde.

Il peut alors entreprendre son film le plus ambitieux : un film dont Hulot serait la plaque tournante, mais ni le seul ni même le principal héros. Playtime, tourné d’octobre 1965 à  octobre 1967, est une entreprise énorme pour le cinéma français : après avoir refusé de tourner aux à‰tats-Unis, Tati fait construire durant six mois un immense décor de béton, mais surtout de verre et d’acier, près de Vincennes, et décide de filmer en 70 mm avec son stéréophonique sur six pistes magnétiques. Le devis initial est largement dépassé. Le film dure initialement 2h32. Tati, devant l’échec public, accepte de le ramener à  2h17. Cela ne change rien. Le réalisateur a pris ses risques : «  Jour de fête a coà»té 17 millions, en a rapporté 80. Les Vacances de M. Hulot ont coà»té 120 millions et en ont rapporté 210. Mon Oncle a coà»té 250 millions et en a rapporté 600… Je me suis dit : Ah non ! ‘c7a a marché, j’ai une belle maison à  Saint-Germain, il y du répondant, il faut y aller. J’ai donc commencé à  construire ce fameux décor, et Playtime a coà»té 1 500 millions et a eu un déficit de 800 millions…  »

La suite de la carrière de Tati est plus triste. Ne pouvant plus produire ses propres films, il est engagé comme acteur sur une production hollandaise dont le réalisateur en titre, Bert Haanstra, lui cède rapidement la direction. Hulot revient en personnage central dans un film satirique et au récit linéaire sur l’automobile, Trafic (1971). Pour payer les dettes de Playtime, sa maison de production, Specta-Films, est mise en liquidation judiciaire et ses quatre premiers films sont saisis. Le coà»teux décor est détruit. Tati réalise des spots publicitaires (Simca, Taillefine, Panzani’85) et ne signera plus que Parade, commande de la télévision suédoise en vidéo où il joue, dans un cirque, le rôle de M. Loyal et interpréte quelques-uns de ses sketches d’Impressions sportives. Malade, il reçoit un César en 1974 pour l’ensemble de son oeuvre. Il meurt le 4 novembre 1982 laissant inachevé le projet de Confusion, auquel il travaillait avec Jacques Lagrange.

Filmographie

Courts métrages

  • 1932 Oscar champion de tennis
  • 1934 On demande une brute
  • 1935 Gai dimanche
  • 1936 Soigne ton gauche
  • 1938 Retour à la terre
  • 1947 L'École des facteurs

    Longs métrages

  • 1949 Jour de fête
  • 1953 Les Vacances de Monsieur Hulot
  • 1958 Mon oncle
  • 1967 Playtime
  • 1971 Trafic
  • 1974 Parade

    Mise à jour le 26 mai 2009

Outils

  • Bibliographie

    Jacques Tati, Sa vie et son art, David Bellos, Le Seuil, 2002.
    Jacques Tati ou le temps des loisirs, Laura Laufer, éd. de l'If, 2002.
    Playtime, François Ede et Stéphane Goudet, Cahiers du cinéma, 2002.
    Jacques Tati. De François le facteur à Monsieur Hulot, Stéphane Goudet, Cahiers du cinéma, 2002.

  • Vidéographie

    Playtime, DVD, édition restaurée, nourrie de multiples bonus, dont une biographie de Tati et une analyse du film, 2003.

  • Webographie

    Site officiel : Tati Ville

    Films
    dans le catalogue Images de la culture
    Cinéma, une histoire de plans (Le) de Alain Bergala
    Tout communique de Stéphane Goudet
    Couleurs de Jour de fête (Les) de Jacques Deschamps