SALLES Walter

producteur, réalisateur

Biographie

Fils de diplomate, Walter Salles est né le 12 avril 1956. Il passe son enfance entre les Etats-Unis et la France où il suit une partie de ses études. Le baccalauréat en poche, il obtient une licence au Brésil puis une ma’eetrise en communication audiovisuelle à  l’Annenberg School of Communication de la Southern California University. Les nombreux voyages durant son enfance font souvent dire à  Walter Salles qu’il a vraiment eu la liberté de choisir son identité et que son désir d’appartenance a été révélateur d’une volonté de vivre au Brésil pour mieux le comprendre.

Ses premières images de cinéma sont celles des films de Charlie Chaplin et de Buster Keaton. Puis, vient la découverte du néoréalisme italien et de la Nouvelle Vague française vers 10-12 ans. Il avoue aussi avoir été marqué par la trilogie – Blow-up, Zabriskie point et Profession : reporter – sur la quête de l’identité de Michelangelo Antonioni. Enfin, c’est le choc du Cinema Novo. Signalons encore que, quand Walter Salles parle de cinéma, il cite toujours deux films qu’il a élevés au rang de culte : Limite (1929), l’unique film muet réalisé à  l’âge de vingt ans par l’avant-gardiste et richissime Mario Peixoto, et Sécheresse (1963) de Nelson Pereira dos Santos, l’un des chefs de file du Cinema Novo que Salles considère comme un  » père filmique « . Du premier, il déclare que c’est  » un film fondamental, révolutionnaire par sa thématique existentialiste avant l’heure, d’une énorme liberté qui s’approche peut-être le plus de la poésie à  l’état pur grâce à  sa structure non narrative « . Du second, il déclare qu’il  » possède une acuité de regard, une capacité unique à  traduire ce qu’était le Brésil, à  faire surgir la poésie de réalités très concrètes.  »

Après avoir été un moment photographe, Walter Salles commence à  travailler en 1983 dans le milieu du documentaire. Pendant trois ans, il réalise des films d’une heure sur des metteurs en scène aussi différents que Federico Fellini, Akira Kurosawa ou John Huston. Puis, il tourne encore une trentaine de documentaires sur des artistes en général (tels que Jorge Luis Borges, Marc Chagall ou Gabriel Garcia Marquez). à  propos du documentaire, Walter Salles affirme qu’il  » est une école qui vous apprend à  comprendre l’importance de la diversité, des différences pour ensuite les respecter.  »

En 1985, il sort une série-documentaire de 5 heures sur la confrontation du Japon d’hier et d’aujourd’hui. L’année suivante, il réalise avec son frère Jo’e3o Moreira une autre série de 5 heures sur la Chine. Enfin, il encha’eene d’autres films sur des musiciens (Chico Buarque, Caetano Veloso, Antonio Carlos Jobim, Marisa Monte…) ou sur des peintres et sculpteurs brésiliens (Frans Krajcberg, Tomie Ohtake…).

En 1987, il crée en collaboration avec son frère la maison de production Vidéofilmes à  Rio de Janeiro. Dès lors, il commence à  produire des programmes pour la télévision, des documentaires et des longs métrages de fiction.

En 1990, il se lance dans la réalisation d’un premier long métrage tourné en anglais, A Grande Arte qu’il renie aujourd’hui. Adaptation d’un roman éponyme de Rubem Fonseca, le scénario a été écrit par Fonseca lui-même. Au Brésil, 300 000 personnes ont pu voir le film.  » A Grande Arte commence à  Rio de Janeiro, avec le regard étranger d’un photographe américain que la volonté d’élucider le meurtre d’une jeune femme fait voyager à  travers le Brésil jusqu’en Bolivie. Il revient en portant un regard plus humain sur les gens, puis il repart ailleurs.  »

La même année, Fernando Collor de Mello est élu à  la Présidence et avec lui disparaissent tous les fonds de financement du cinéma. La production tombe en cette sombre année 90 à  zéro (cf. Autour du film). Pendant cette longue traversée du désert du cinéma brésilien, Walter Salles se lance à  nouveau dans la réalisation de documentaires et de spots publicitaires comme la plupart des professionnels du milieu.

Grâce à  l’aide du producteur de son premier long métrage, Paulo Brito, il co-réalise en 1995 Terre lointaine avec sa collaboratrice Daniela Thomas, auteur dramatique et directrice de théâtre. Le film, dans un noir et blanc très contrasté, souligne l’amertume et la souffrance des gens qui sont partis au Portugal après avoir connu la mainmise économique du gouvernement Collor lors de son arrivée au pouvoir. L’exil, le racisme, la désespérance, la quête d’identité, tels sont les thèmes de ce film qui alterne les scènes entre Brésil et Portugal.

Toujours en 1995, il tourne en prison un documentaire d’une vingtaine de minutes intitulé Socorro Nobre (Fipa d’Or 1996) avec les restes de pellicule de Terre lointaine. Ce petit film retrace la liaison épistolaire entre une femme analphabète, Socorro Nobre, condamnée à  21 ans de réclusion et le sculpteur Frans Krajcberg.  » Malgré son handicap, elle lui envoie une lettre pour lui dire son admiration et lui, alors qu’il se trouve sur une plage isolée du Brésil, exilé en quelque sorte, décide de lui répondre. S’en suit alors une correspondance entre les deux. Qu’une lettre, à  l’heure du virtuel, change la vie de deux êtres m’a énormément touché. C’est de là  que vient l’idée de Dora, le personnage principal de Central do Brasil, qui n’envoie pas les lettres qu’elle écrit pour les autres.  »

En 1996, le Festival américain du Film Indépendant de Sundance lui décerne le Prix du scénario pour Central do Brasil. Cette récompense rend alors possible le projet du film qui conna’eetra un énorme succès national et international et permettra à  Walter salles de s’imposer comme l’une des figures de proue du nouveau cinéma brésilien.

Commencé pendant le tournage de Central do Brasilavec sa fidèle collaboratrice Daniela Thomas, le tournage de Minuit se poursuit jusqu’en 1998. Le film d’une durée de 63 minutes est d »ord destiné à  la collection  » 2000 vu par…  » d’Arte. Puis, 15 minutes viennent s’ajouter à  la version télé, et le film, rebaptisé Le Premier Jour, sort en salles début 99. Un évadé de prison doit tuer son meilleur ami, une femme est à  la recherche de son mari. Deux histoires différentes pour deux destins solitaires et erratiques montés en parallèle qui convergent le 1er janvier 2000, jour de tous les espoirs de réconciliation.

à  la même période, Walter Salles réalise un documentaire (Jeunes Chefs des favelas, 1998) sur les jeunes de 12-14 ans qui vivent du trafic de drogue dans les favelas de Rio de Janeiro. Ce film, déjà  diffusé sur France 3 à  la fin de l’année 99, montre pourquoi des jeunes que la société ignore et dont l’espérance de vie ne dépasse guère 20-22 ans ont choisi de s’enrôler dans les milieux de la drogue. Interrogeant de jeunes mineurs (de moins de 12 ans parfois), le documentaire souligne le fatalisme de ces enfants sans foi ni loi pour lesquels la vie ne vaut pas grand-chose.

Walter Salles commence à  la mi-juillet 2000 le tournage d’un nouveau film inspiré du roman d’Ismail Kadaré Avril brisé. Parabole libératoire autour de la responsabilité individuelle, des valeurs morales et de la possibilité de construire son destin, le film très poétique sera tourné comme pour Central dans le Nordeste du Brésil, en portugais, avec quelques acteurs professionnels et un grand nombre d’acteurs débutants. Enfin, Walter Salles étant décidément très actif, un autre projet est à  l’étude : The Assomption of a Virgin. Juliette Binoche et Al Pacino en seraient les principaux acteurs.

Filmographie

  • 1990 A Grande Arte
  • 1995 Terre lointaine
  • 1998 Central do Brasil
  • 1998 Le Premier Jour
  • 2001 Avril brisé
  • 2002 Castanha e Caju Contra o Encouraçado Titanic
  • 2004 The Motorcycle Diaries
  • 2004 Dark Water
  • 2006 Paris je t'aime (épisode : Loin du 16e)
  • 2007 Chacun son cinéma (épisode : A 8944 de Cannes)
  • 2009 Une famille brésilienne (Linha de Passe)
  • Sur la route (On the Road)

Mise à jour le 24 octobre 2014