PIALAT Maurice

réalisateur

Biographie

(1925-2003)

Maurice Pialat est né le 21 Août 1925 à Cunlhat (Puy-de-Dôme). Il a 2 ans et demi lorsque ses parents s’installent en banlieue parisienne, à Montreuil notamment. Adolescent, il fréquente les cinémas et découvre La Bête humaine de Renoir : un choc. En 1944, après son échec au baccalauréat, il intègre une école d’architecture puis se tourne vers la peinture. Il fréquente les Arts Décoratifs et les Beaux-arts : il peint une vingtaine de toiles et une douzaine d’aquarelles. Pourtant, en 1947 il décide mettre un terme à ce début de carrière : « à quoi bon peindre si l’on n’a pas de génie ? ». Alors, il commence à réaliser quelques courts-métrages en amateur avec une caméra personnelle dans les années 50 tout en exerçant différents métiers alimentaires et en débutant une carrière d’acteur de théâtre.

Son court-métrage L’Amour existe (1961) et sa rencontre avec Claude Berri, seront déterminants ; ils réalisent ensemble Janine. En 1968, Maurice Pialat réalise son premier long-métrage, L’Enfance nue. D’un documentaire sur l’« assistance publique » émerge une fiction coproduite par Truffaut et Berri. Pialat filme dans le Nord, chez des « petites gens » (des non-acteurs) et à travers le couple Thierry qui accueille François, un enfant abandonné, naissent des moments uniques arrachés au réel qui reviennent en force dans La Maison des bois (1970). Feuilleton réalisé en 7 épisodes pour la télévision et avec l’aide d’Arlette Langmann (compagne du cinéaste et petite sœur de Claude Berri), La Maison des bois est une grande « partie de campagne » qui met en scène un couple entouré d’enfants placés dans la chaleur de leur foyer durant la première guerre mondiale.

Le succès public et critique vient avec Nous ne vieillirons pas ensemble, produit par Jean-Pierre Rassam, qui se veut cette fois-ci pleinement autobiographique ; sorte de catharsis qui évoque sa liaison avec Colette pour laquelle il quitta Micheline, sa première femme (en 1960), ce film est l’adaptation de son roman éponyme (Editions Galliera, 1972). Plus que la séparation, c’est le thème de l’abandon, si cher au cinéaste, qui est au centre de cette histoire. Jean Yanne interprète un personnage brutal, parfois ignoble, qui voudrait qu’on l’aime mais qui fait tout pour être détesté. Si Yanne interprète Maurice Pialat (Jean à l’écran) et Macha Méril, Micheline (Françoise dans le film), Marlène Jobert est quant à elle Colette (Catherine). Le film est sélectionné au festival du film de Cannes en 1972 et Yanne reçoit (enfin presque puisqu’il ne se déplace pas) le prix d’interprétation.

Le triptyque débuté avec « l’enfance et l’adolescence », poursuivi avec « le couple et la séparation », trouve sa finalité dans les thèmes de « la vieillesse et la mort » que Maurice Pialat aborde avec La Gueule ouverte en 1974. Il filme la disparition de sa mère emportée par un cancer dans la maison familiale auvergnate. Ses proches ne peuvent qu’assister impuissants, au travail lent et  insoutenable de la mort au travail. Cinq ans plus tard, Pialat veut adapter Les Filles du Faubourg, une nouvelle de soixante pages qu’Arlette Langmann a écrite en se remémorant son adolescence. Mais il profite de l’argent de l’avance sur recettes pour réaliser Passe ton bac d’abord (1978), juste avant Loulou (1981, avec Gérard Depardieu et Isabelle Huppert) qui raconte sa séparation avec Arlette Langmann ; il en arrive finalement à cette adaptation très libre des Filles du Faubourg qui s’intitule un temps Suzanne avant le définitif A nos amours (1983). Ce film marque la maturité d’une démarche qui consiste à faire confiance au tournage, lieu et temps qui permettent le jaillissement d’une vérité faite d’une succession de moments très impressionnistes et qui viendront révéler une actrice, alors débutante, Sandrine Bonnaire. Pialat endosse le rôle du père, meilleur moyen pour bousculer de l’intérieur un film qui se cherche constamment et se réalise en même temps qu’il se fabrique. A nos amours n’est pas un « poster sociologique » ; il est le portrait d’une fille de quinze ans qui ne sait pas aimer qui voudrait pourtant qu’on l’aime. A nos amours est un grand film de corps : énergiques, sexués, hystériques… dans tous leurs états et pris dans la tornade du dérèglement familial. L’année suivante, Pialat retrouve Bonnaire et Depardieu, qui accompagnent Sophie Marceau dans Police, récit qui s’est également forgé au jour le jour.

Puis en 1987, Sous le soleil de Satan adapté de Georges Bernanos, voit le jour. La transposition est périlleuse (et opérée par Sylvie Danton, rencontrée sur le tournage d’A nos amours et qui deviendra sa femme) ; l’ombre de Robert Bresson (que Pialat admirait tant) plane sur l’oeuvre de l’écrivain. C’est l’occasion aussi pour Daniel Toscan du Plantier, fidèle producteur depuis Loulou, de s’épanouir pleinement. Le tournage a lieu dans la région bocagère du Boulonnais. Evictions, remplacements, arrêts, reprises, crises de nerfs, etc. Sous le soleil de Satan n’échappe pas à la règle : un film de Pialat ne peut se concevoir dans la sérénité artistique. Pialat est seul avec Satan… il tombe malade, épuisé physiquement et nerveusement et accouche de son film dans la douleur. Il ne veut pas faire un beau film (il avait une sainte horreur du « beau académique ») ; il fera simplement un grand film. Bonnaire est saisissante en Mouchette, Depardieu grandiose en Donissan car habité comme l’est son personnage par sa rencontre avec le Diable. Sous les applaudissements et quelques sifflets, Pialat reçoit à l’unanimité la Palme d’Or au festival du film de Cannes en 1987.

Son amour pour la peinture et pour Vincent Van Gogh l’amène à raconter les derniers mois du peintre passé à Auvers-sur-Oise. En 1990, il tourne son Van Gogh, dont l’interprétation est confiée à Jacques Dutronc. Pialat porte ce projet en lui depuis toujours (il tourna un court-métrage sur les traces du peintre en 1966). Rien d’écœurant dans ce film.  Le cinéaste cherche la bonne lumière, les situations justes, la vérité des acteurs pris dans la retranscription fidèle d’une époque. Son Van Gogh ne ressemble à aucun autre car il ne s’agit pas d’un film sur la peinture, il ne s’agit aucunement d’une représentation romantique mais bien un film sur un homme qui mange, boit, fait l’amour et quelquefois, rarement certes, se met à peindre. Plus que l’artiste, Pialat peint un homme au milieu de ses semblables, loin de la figure galvaudée du héros perturbé. Dans Le Garçu (1995), son dernier film, Maurice Pialat filme son fils, Antoine, entre fiction et documentaire… une manière de dire une dernière fois que la vie est toujours plus intéressante que le cinéma.

Maurice Pialat meurt à Paris le 11 janvier 2003.

[Texte reproduit avec l’aimable autorisation de l’Agence pour le Développement Régional du Cinéma – www.adrc-asso.org].

Filmographie

Courts-métrages amateurs


  • 1951  Isabelle aux Dombes (16 mm) – 10 min. (fiction)
  • 1952  Riviera di brenta (16 mm) (documentaire)
  • 1953  Congrès eucharistique diocésain (16 mm) – 08 min. (documentaire)
  • 1957  Drôles de bobines (16 mm) – 15 min. (fiction)
  • 1958  L'Ombre familière (16 mm) – 20 min. (fiction)

Courts-métrages professionnels


  • 1960  L’Amour existe – 22 min. (documentaire)
  • 1961  Janine – 16 min. (fiction)
  • 1963  Jardins d’Arabie (documentaire)
  • 1963-1964  Série de courts-métrages sur la Turquie « chroniques turques »
  • La Corne d’Or ; Istanbul ; Maître Galip ; Byzance ; Pehlivan ; Bosphore ; Des pierres éparses (indisponible) – 11 à 14 min. (documentaires)
  • 1964-1966  Série de courts-métrages pour Les Chroniques de France
  • Les Champs-Elysées ; Pigalle ; Le Quartier Latin ; La Parisienne et les grands magasins ; L'Usine marémotrice de la Rance ; Agnès Varda ; La Camargue ; Van Gogh et Marseille – 6 min. env. (documentaires)
  • 1969  Villages d’enfants – 40 min. (documentaire)

Longs-métrages professionnels


  • 1968  L’Enfance nue
  • 1970  La Maison des bois (sept épisodes de 52 minutes chacun – feuilleton réalisé pour la télévision)
  • 1972  Nous ne vieillirons pas ensemble
  • 1974  La Gueule ouverte
  • 1978  Passe ton bac d'abord
  • 1980  Loulou
  • 1983  A nos amours
  • 1985  Police
  • 1987  Sous le soleil de Satan
  • 1991  Van Gogh
  • 1995  Le Garçu

Interprétations


  • 1957  Drôles de bobines de Maurice Pialat, (rôle du Directeur de la fabrique de rouleaux de papier).
  • 1957  Le Jeu de la nuit de Daniel Costelle.
  • 1965  Les Veuves de quinze ans (C.M) de Jean Rouch, (rôle du photographe de mode).
  • 1969  Que la bête meure de Claude Chabrol, (rôle du Commissaire). 
  • 1970  La maison des bois de Maurice Pialat, (rôle de M. Testard, l'instituteur). 
  • 1974  Mes petites amoureuses de Jean Eustache, (rôle de l'ami du réparateur de motocyclettes, qui emploie Daniel).
  • 1974  Les Lolos de Lola de Bernard Dubois, (rôle du vendeur d'outils).
  • 1982  Cinématon de Gérard Courant, 236e de la série (Maurice Pialat, lui-même).
  • 1983  A nos amours de Maurice Pialat, (rôle de Roger, le père). 
  • 1985  Grosse (C.M) de Brigitte Roüan.
  • 1987  Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat, (rôle du doyen Menou-Segrais).
  • 1991  Van Gogh de Maurice Pialat, (main au pinceau sur la toile en début du film et personnage à la casquette sur le quai de la gare, montant dans le wagon duquel descend le Vincent Van Gogh à son arrivée à Auvers-sur-Oise).

  • Fiche réalisée par Rémi Fontanel

    Mise à jour le 109 mai 2009

Outils

Principaux ouvrages :


– Amiel Vincent, Van Gogh de Maurice Pialat, Editions Atlande, Collection Clefs concours – Cinéma, Paris, 2006.
[Etude critique du film Van Gogh].

– Baecque (de) Antoine (sous la direction de), Dictionnaire Pialat, Editions Léo Scheer, Paris, 2008.
[Approche critique en diverses entrées couvrant la vie et l’œuvre du cinéaste].

– Fontanel Rémi, Formes de l'insaisissable – le cinéma de Maurice Pialat, Editions Aléas, Lyon, 2004.
[Essai critique sur l’ensemble de l’œuvre du cinéaste].

– Jardonnet Evelyne, Poétique de la singularité au cinéma. Une lecture croisée de Jacques Rivette et Maurice Pialat, Editions L'Harmattan, Collection Champs Visuels, Paris, 2006.
[Essai critique et croisée des œuvres de Maurice Pialat et de Jacques Rivette].

– Magny Joël, Maurice Pialat, Editions de l'Etoile/Cahiers du cinéma, Collection "Auteurs", Paris, 1992.
[Monographie – Le Garçu exclu].

– Merigeau Pascal, Pialat, Editions Grasset & Fasquelle, Collection Biographie, Paris, 2002.
[Biographie de Maurice Pialat].

– Philippon Alain, A nos amours, Editions Yellow Now, Collection Long Métrage, Bruxelles, 1989.
[Etude critique du film A nos amours].

– Predal René, A nos amours – étude critique, Editions Nathan/HER, Collection Synopsis, Paris, 1999.
[Etude critique du film A nos amours].

– Toffetti Sergio & Tassone Aldo (catalogue collectif dirigé par), Maurice Pialat, L’enfant sauvage, Editions Muséo Nazionale del Cinéma, Torino ; France Cinéma, Firenze ; Admiranda, Institut de l’Image, Aix en Provence, Collection Lindau, Turin, octobre 1993.
[Approche thématique de l’œuvre de Maurice Pialat].


Autres références :


– La totalité des œuvres picturales de Maurice Pialat (21 huiles sur toile et aquarelles ainsi qu’une douzaine de dessins) est répertoriée dans un catalogue intitulé Maurice Pialat peintre et édité par l’Institut Lumière (Lyon, 2003, 54 pages).

– Amiel Vincent & Herpe Noël, « Maurice Pialat : 1925-2003 » in Positif n°505, mars 2003.

– Amiel Vincent, « Le montage à l'oeuvre (3) : Pialat ou les correspondances » in Esthétique du montage, Editions Nathan, Collection "Nathan Cinéma", Paris, 2001, pp. 93-108.

– Curoz Frank, « Maurice Pialat : la tendance métonymique et l'exigence du captage » in Styles filmiques. 2 : Les Réalismes – Cassavetes, Forman, Kiarostami, Loach, Pialat –, volume n°69 de la collection Études cinématographiques, Editions Lettres Modernes Minard, Paris, 2005.

– Tesson Charles, « Pialat 1925-2003 », numéro spécial des Cahiers du cinéma n°576, février 2003 (« Pialat peintre », « Propos inédits », « Rencontre Pialat/Godard en 1984 », « Témoignages », "Documents" et « Analyses »).


Sur le Web :


www.maurice-pialat.net propose informations, analyses et intégralité des références concernant l’œuvre cinématographique et picturale de Maurice Pialat.

Biographie ; Articles et entretiens ; Filmographie complète ; Bibliographie exhaustive – ouvrages, articles et études diverses, travaux universitaires, documents vidéos et radiophoniques, etc. ; Liens – ressources Web… font partie entrées offertes par ce site Web.

Rédaction en chef : Rémi Fontanel.


En DVD :


- Le premier volume de l'oeuvre de Maurice Pialat en DVD a été édité en 2004 par Gaumont vidéo. Ce premier coffret de 9 DVD (supervisé par Serge Toubiana), comporte 5 films du cinéaste : Nous ne vieillirons pas ensemble (1972) ; A nos amours (1984) ; Police (1985) ; Sous le soleil de Satan (1987) ; Van Gogh (1991).
Ce coffret contient également : un livret de 48 pages (synopsis, notes d'intention, entretiens, affiches) et le roman Nous ne vieillirons pas ensemble (118 pages, 1972).

Pour plus d'informations, notamment sur les suppléments : www.maurice-pialat.net/dvd

- Le second volume de l'oeuvre de Maurice Pialat en DVD a été édité en 2005 par Gaumont vidéo. Ce second coffret de 11 DVD (supervisé par Serge Toubiana), comporte 5 films du cinéaste (L'Enfance nue (1968) ; La Gueule ouverte (1974) ; Passe ton bac d'abord (1978) ; Loulou (1980) et Le Garçu (1995), le feuilleton La Maison des bois (1970) (7 épisodes) et 10 courts-métrages (dont ceux tournés en Turquie). Le coffret contient également un livret de 68 pages comprenant les commentaires de Maurice Pialat sur chacun des films, les résumés, les affiches, des photographies de tournage, ainsi que des documents inédits tirés des archives de la veuve du cinéaste, Sylvie Pialat.

Pour plus d'informations, notamment sur les suppléments : www.maurice-pialat.net/dvd1

Film sur Maurice Pialat (non présent dans les coffrets DVD) :
Anne-Marie Faux et Jean-Pierre Devillers, Maurice Pialat, l'amour existe, documentaire consacré à Maurice Pialat et ses oeuvres (picturales et cinématographiques). Documentaire de 81 minutes coproduit par Gaumont, Les Films du Worso, l'Institut National de l'Audiovisuel en partenariat avec France 3.